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Comme pour beaucoup de changements ayant eu lieu durant cette période, on peut faire remonter la création de l'armée féodale au règne de David Ier, bien que les chevaliers français et anglais furent quelque peu utilisés par ses prédécesseurs. Les sources contemporaines témoignent bien de la pression que ces chevaliers produisirent. À la bataille de l'Étendard, les Gaels s'opposent au placement de soldats français dans l'avant-garde de l'armée royale. Ailred de Rievaulx attribue cette opposition aux Galwegiens, mais il est établi que ce sont surtout les Gaèls écossais de manière générale, dont le porte-parole est Máel Ísu, puis le Mormaer de Strathearn et des nobles de haut rang au sein de l'armée.
Les avantages de la culture militaire française sont nombreux. Les chevaliers français utilisent de coûteuses armures complètes, tandis que les Écossais sont « nus » (d'armure plus que d'habits). Ils possèdent une cavalerie lourde, de nombreuses armes telles que des arbalètes et des engins de siège, et des techniques de fortifications beaucoup plus perfectionnées que celles des Écossais. De plus, leur culture, particulièrement l'idéologie féodale, fait d'eux des vassaux fidèles, beaucoup plus dépendants du roi du fait de leur origine étrangère. Au cours du temps, les Écossais eux-mêmes deviennent comme les chevaliers français, et ceux-ci adoptent un grand nombre de pratiques gaéliques, tant et si bien qu'à la fin de la période une culture militaire syncrétique existe dans le royaume. Quand l'armée féodale est détruite à la bataille de Dunbar (1296), les Écossais sont une nouvelle fois dépendants de l'armée gaélique. Cependant, grâce à deux siècles d'adaptation et à la domination du Scoto-Normand Robert Bruce, qui parle le gaélique, cette armée parvient à résister aux tentatives de mainmise de la couronne d'Angleterre.
Le christianisme et l'Église
Il est établi qu'au moins tout le nord de la Grande-Bretagne est chrétien au xe siècle, excepté l'extrême nord et ouest scandinave. Les principaux facteurs de cette conversion de l'Écosse furent la proximité de la province romaine de Britannia déjà évangélisée au sud, et plus tard la diffusion de l'église dite gaélique ou de Colomba, dans laquelle monastères et seigneuries entretenaient des liens étroits. C'est elle qui propagea à la fois le christianisme et le gaélique parmi les pictes.
Saints
Comme dans tous les autres pays chrétiens, un des principaux trait de la chrétienté écossaise est le culte des saints. Les saints sont les intermédiaires entre le fidèle ordinaire et Dieu. Dans l'Écosse située au nord du Forth, les saints locaux sont soit des Pictes soit des Gaéliques. Le saint patron des Gaëls écossais est saint ColumCille ou saint Colomba d'Iona (en latin, lit. colombe). Dans le Strathclyde il s'agit de saint Kentigern (en Gaélique, lit. Chef du Seigneur) et dans le Lothian, Cuthbert de Lindisfarne. Plus tard, en raison d'une confusion entre les mots latins Scotia et Scythia, les rois écossais adoptent saint André (Saint Andrew), un saint qui attire plus les arrivants normands qui sont liés à l'ambitieux évêché connu sous le nom du saint. Cependant, la dévotion à saint Colomba est toujours centrale au début du xive siècle, quand le roi Robert Ier s'avance en tête de ses armées à la bataille de Bannockburn portant le brecbennoch (ou reliquaire de Monymusk). Aux environs de cette même période, un clerc d'Inchcolm écrit le poème latin suivant :
Le brecbennoch ou reliquaire de Monymusk
Bouche des muets,
Lumière des aveugles,
Pied des boiteux,
Tendez la main
À ceux qui sont tombés,
Fortifiez les vaniteux,
Et revigorez les malades!
O Colomba espoir des écossais,
Par vos mérites
Par votre intercession
Faites de nous les compagnons des anges.
Alleluia.
Ce poème illustre à la fois le rôle des saints, ici comme représentants des écossais (ou peut-être seulement des gaéliques) au paradis, et l'importance de saint Colomba pour le peuple écossais.
Monachisme
Les caractéristiques du christianisme écossais résident dans une conception relâchée du célibat des clercs, une intense sécularisation des institutions ecclésiastiques, et le manque de structures diocésaines. À la place de celles d'évêque et d'archevêque, les charges les plus importantes de l'Église écossaise sont celles des abbés (ou coarbs). L'Écosse ne connait pas les formes continentales du monachisme avant la fin du xie siècle. À la place, le monachisme est dominé par les moines appelés Céli Dé (lit. "vassaux de Dieu"), anglicisé en culdees. De manière générale ces moines ne sont pas remplacés par de nouveaux moines continentaux à l'époque normande, mais survivent, gagnant même la protection de la reine Marguerite, pourtant souvent considérée comme hostile à la culture gaélique. Dans le diocèse de Saint André, la fondation des Céli Dé perdure à travers la période et acquiert des droits sur l'élection de ses évêques. En réalité, le monachisme gaélique est vivant et se développe tout au long de ce Haut Moyen Âge. En témoignent les dizaines de monastères, souvent dénommés Schottenklöster, qui sont fondés par les moines gaéliques sur le continent écossais, et les nombreux moines qui sont localement considérés comme saints, tels que saint Cathróe de Metz.
Le monachisme de type continental est introduit pour la première fois en Écosse par le roi Máel Coluim III lorsqu'il persuade Lanfranc de fournir quelques moines de Canterbury pour fonder une nouvelle abbaye bénédictine à Dunfermline (vers 1070). Cependant, les monastères bénédictins traditionnels rencontrèrent peu de succès en Écosse face aux Augustins ou aux ordres issus de la réforme de l'ordre bénédictin tels que les Cisterciens, Tironiens, Prémontrés et même les moines de l'ordre de Vallis Caulium.
L'Ecclesia Scoticana
L'Ecclesia Scoticana (lit. église écossaise) en tant que système n'a pas de point de départ connu, bien que la présumée scoticisation de l'Église « picte » par Causantín II puisse en constituer un. Avant la période normande, l'Écosse a une structure diocésaine très faible, en grande partie monastique suivant l'exemple de l'Irlande. Mais après la conquête normande de l'Angleterre, les archevêques de Canterbury et d'York proclament chacun leur supériorité sur l'Église écossaise. Il faut la bulle pontificale de Célestin III (Cum universi) en 1192 pour qu'elle obtienne un statut indépendant, chaque archevêché écossais, hormis le Galloway, étant en effet déclaré indépendant de ceux de York et Canterbury. Cependant contrairement à l'Irlande qui est dotée de quatre archevêques au cours de ce siècle, l'Écosse n'en reçoit aucun et toute l’Ecclesia Scoticana, avec les évêchés écossais (excepté Whithorn/Galloway), devient la « fille toute particulière de Rome ». La liste qui suit est celle des évêchés de l'Écosse au XIIIe siècle
Hors de l'Écosse en tant que telle, Glasgow parvient à garantir son existence au xiie siècle grâce à une communauté ecclésiastique dynamique qui gagne les faveurs des rois écossais. L'évêché de Whithorn est ressuscité par Fergus, roi de Galloway, et Thurstan, archevêque d'York. Les îles, sous la juridiction symbolique de Trondheim (ou parfois de York), ont leur siège épiscopal à Peel sur l'île de Man. Le Lothian n'a pas d'évêque. Leur suzerain naturel est l'évêque de Durham, et cet évêché demeura important pour le Lothian, particulièrement à travers le culte de Saint Cuthbert.
Culture
La société écossaise étant à l'époque majoritairement gaélique, la plupart des pratiques culturelles ressemblent fortement à celles de l'Irlande, elle-même empruntées aux Pictes. Après David Ier, les rois francophones introduisent des coutumes répandues dans l'Angleterre Anglo-Normande, en France et en d'autres lieux. Comme dans toutes les sociétés pré-modernes, les contes sont très populaires. D.D.R. Owen, spécialiste de la littérature du Moyen Âge, écrit que des "conteurs professionnels exerçaient leurs talents de cours en cours. Certains d'entre eux étaient des écossais d'origine, offrant sûrement de vieilles légendes celtes racontées… en gaélique quand cela était approprié, ou en français pour la plupart des nouveaux nobles". (« Professional storytellers would ply their trade from court to court. Some of them would have been native Scots, no doubt offering legends from the ancient Celtic past performed… in Gaelic when appropriate, but in French for most of the new nobility ») Presque toutes ces histoires sont aujourd'hui perdues, ou ne subsistent que vaguement dans les traditions orales gaéliques ou scots. Une forme de culture orale extrêmement bien conservée de cette période est la généalogie. Il existe des dizaines de généalogies écossaises survivants de cette période, qui couvrent tout le monde depuis les Mormaers de Lennox et de Moray, au roi d'Écosse lui-même. Les rois écossais conservent un ollamh righe, poète royal de haut rang qui avait une place permanente dans les seigneuries gaéliques médiévales, et dont la fonction est de réciter les généalogies à certaines occasions comme les couronnement-
Avant le règne de David Ier, les Écossais disposent d'une élite littéraire florissante produisant régulièrement des textes latins et gaéliques, qui sont ensuite diffusés en Irlande et ailleurs. Dauvit Broun montre que cette élite survit dans les lowlands de l'est, à des endroits tels que Loch Leven et Brechin au xiiie siècle. Cependant, les écrits qui parviennent jusqu'à nous sont principalement rédigés en latin, leurs auteurs traduisant fréquemment les termes vernaculaires dans cette langue, ce qui créé des difficultés aux historiens qui se retrouvent confrontés à une société gaélique déguisée sous une terminologie latine. Même les noms sont traduits dans leurs formes continentales; ainsi Gilla Brigte devient Gilbert, Áed devient Hugh, etc.. En ce qui concerne la littérature écrite, il y a sans doute plus de littérature médiévale écossaise en gaélique qu'on ne le pense souvent. En Irlande, elle a presque entièrement survécu car on ne chercha pas à la faire disparaître, à la différence de l'Écosse. Thomas Owen Clancy a récemment quasiment pu prouvé que le Lebor Bretnach, aussi appelé Irish Nennius, avait été rédigé en Écosse, probablement au monastère d'Abernethy. Et pourtant, ce texte ne nous est parvenu que par des manuscrits conservés en Irlande. Il en est de même pour l'œuvre du prolifique poète Gille Brighde Albanach. Vers 1218, il écrit un poème — Heading for Damietta — sur son expérience de la cinquième croisade. Au xiiie siècle, le français connait son essor comme langue littéraire, avec notamment le Roman de Fergus, première œuvre vernaculaire non-celtique d'origine écossaise qui existe encore. Il n'y a pas de littérature conservée en anglais à cette époque, mais on trouve des traces de littérature norroise dans les régions scandinaves telles que les Northern Isles et les Hébrides extérieures. La célèbre Orkneyinga saga cependant, bien que traitant du Comté des Orcades, a été écrite en Islande.
La harpe (ou clarsach) était un instrument associé à la culture médiévale écossaise. Celle-ci, désormais au Museum of Scotland, est l'une des trois seules harpes médiévales existant encore.
Au Moyen Âge, l'Écosse, peut-être plus que n'importe quel autre pays d'Europe, est renommé pour son talent musical, comme en témoigne Gerald of Wales :
« L'Écosse, de par son affinité et ses relations [avec l'Irlande], essaie d'imiter l'Irlande dans sa musique, et s'applique dans cette imitation. L'Irlande n'utilise et se délecte que de deux instruments uniquement, à savoir la harpe et les timbales [(tympanum)]. L'Écosse en utilise trois, la harpe, les timbales et le chorus [sorte de lyre]. Cependant, selon l'opinion de beaucoup, l'Écosse n'a pas seulement rattrapé l'Irlande, sa professeur, mais l'a déjà devancée et se distingue d'elle par ses compétences musicales. C'est pourquoi, les [Irlandais] se tournent désormais vers ce pays comme source principale d'inspiration »
Les Scots médiévaux, en effet, se mettent à la harpe très sérieusement. Nous savons que, près d'un demi-siècle après l'écriture de cet extrait, le roi Alexandre III conserve un harpiste royal. Des trois harpes médiévales qui ont survécu, deux viennent d'Écosse (dans le Perthshire), et une d'Irlande. Les chanteurs (c'est-à-dire la foule) ont également une fonction royale. Par exemple, quand le roi d'Écosse traverse le territoire de Strathearn, la coutume veut qu'il soit accueilli par sept chanteuses. Quand Édouard Ier d'Angleterre approche les frontières de Strathearn à l'été 1296, il est accueilli par ces sept femmes, « qui accompagnèrent le roi tout au long de son trajet entre Gask et Ogilvie, chantant pour lui, comme le voulait la coutume de l'époque du dernier Alexandre roi des Scots »
Source : J.-C. Crapoulet, Histoire de l’Écosse, PUF, coll. « Que sais-je ? », Paris, 1975 ;
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