L’histoire de l’Écosse au Moyen Âge concerne la période allant de la mort de Domnall II en 900 apr. J.-C. à celle du roi Alexandre III en 1286, laquelle mène indirectement aux guerres d’indépendance de l’Écosse.
Aux Xe et XIe siècles, le nord de l’île de Grande-Bretagne connaît une domination croissante de la culture gaélique, et du royaume seigneurial connu sous le nom gaélique de « Alba », en latin « Albania » ou « Scotia », et en anglais en tant que « Scotland ». À partir de l’est de l’Écosse, dans une région située au nord du fleuve Forth, le royaume prend possession progressivement de terres s’étendant plus au sud. Ce royaume, faisant plus largement partie du monde gaélique, possède une culture florissante.
Après le règne du roi David ier au xiie siècle, les monarques écossais sont davantage décrits comme Scoto-Normands que gaéliques, préférant la culture française à la culture écossaise indigène. Ils s’implantent et entreprennent une sorte de « conquête normande » écossaise. La conséquence en est la diffusion d’institutions et de valeurs sociales françaises. En plus de cela, les premières villes, appelées burghs, apparaissent dans la même région, et au fur et à mesure qu’elles se développent, l’anglais moyen s’implante. À un certain degré, ces développements sont compensés par l’acquisition de la partie viking peu à peu gaélicisée de l’ouest, et par la gaélicisation de beaucoup des grandes familles de population française et d’origine anglo-normande, de sorte que la période se ferme avec ce qui s’est appelé une « renaissance gaélique », et une identité nationale écossaise affirmée. Cependant, il reste beaucoup à faire pour rester dans la continuité. En 1286, les développements économiques, institutionnels, culturels, religieux et législatifs rapprochent l’Écosse de ses voisins anglais ou continentaux. Le royaume d'Écosse possède alors à peu près les frontières politiques de l’Écosse moderne.
L’histoire de l’Écosse à cette période est relativement bien étudiée. De nouveaux travaux sont publiés chaque année au Royaume-Uni, et le domaine de l’Écosse médiévale est à la fois vivant et en évolution. Les médiévistes écossais peuvent généralement être regroupés dans deux catégories : les celticistes et les normanistes. Les premiers, comme David Dumville, Thomas Owen Clancy et Dauvit Broun, portent leurs études sur les cultures indigènes du pays et ont souvent une formation linguistique dans les langues celtiques. Les normanistes s’intéressent aux cultures françaises et anglo-françaises telles qu’elles ont été introduites en Écosse après le xie siècle. Le plus éminent de ces universitaires est G. W. S. Barrow, qui a consacré sa vie à étudier la féodalité en Grande-Bretagne et en Écosse au Haut Moyen Âge. Le débat sur le changement ou la continuité qui dérive de cette division entre gaéliques et normands est actuellement sujet au plus vives discussions. Pendant une grande partie du xxe siècle, les universitaires accentuèrent l’importance du changement culturel qui eut lieu en Écosse pendant la période normande. Cependant, beaucoup d’historiens, comme par exemple Cynthia Neville ou Richard Oram, bien que n’ignorant pas les changements culturels, arguent du fait que la continuité avec la culture gaélique fut au moins aussi importante-
Origine du royaume d’Alba
Alba est le nom gaélique, gallois, cornique et breton de l’Écosse. L’irlandais utilise également le mot Alba, alors que le vieux gaélique emploie le terme Albu. Le terme Alba vient d’un mot celte désignant l’ensemble de l’île de Grande-Bretagne, ceci bien avant l’utilisation du terme classique d’Albion. Il fut employé dans ce sens jusqu’au ixe siècle et au xe siècle, avant de désigner uniquement les royaumes des Pictes et des Scots (Pictavia et Dál Riata), situés au nord de la rivière Forth et de l’estuaire de la Clyde, unifiés par Kenneth Mac Alpin. Avec le temps, ce royaume en incorpora d’autres situés plus au sud. Son nom se latinisa au haut moyen âge pour devenir Albania. Il n’est pas très clair quant à savoir si le terme Albania, partage la même étymologie que l’Albanie moderne ou l’Albanie du Caucase. Le terme Albania fut principalement employé par des auteurs celto-latins. C’est ce mot, passé dans la langue anglaise qui donna Albany, surtout utilisé à propos du Duché d'Albany. La capitale de l’État de New York, Albany, tire son nom de la même origine. Dans l’Historia regum Britanniae, Geoffroy de Monmouth attribue la fondation du royaume d’Albanie au légendaire Albanactus, fils de Brutus de Bretagne.
Pendant la période de l’occupation romaine, la province de Bretagne (Britannia) s’étend officiellement au mur d’Hadrien. Entre ce mur et celui d’Antonin, les Romains entretiennent une série d’États-tampons en séparant le territoire occupé par les Romains du territoire des Pictes. Le développement du « Pictland » lui-même, d’après le modèle historique développé par Peter Heather, est une réponse normale à l’impérialisme romainVers 400, les États-tampons deviennent le royaume bryttonique d’Y Gogledd Hen (le Vieux Nord), et en 900, le royaume des Pictes se mue en royaume gaélique d’Alba.
Histoire et mythe de l’Écosse
Au xe siècle, l’élite écossaise commence à développer un mythe de conquête pour expliquer sa gaélicisation, un mythe souvent connu sous le nom de trahison de MacAlpin, dans lequel Cináed, roi de Dál Riata de la première moitié du ixe siècle est censé avoir annihilé les Pictes et fondé Alba. Les plus anciennes versions incluent La Vie de Saint Cathróe de Metz et des généalogies royales font remonter leurs origines à Fergus Mór Pendant le règne de Máel Coluim iii, le Duan Albanach (Chanson des Scots) inscrit le mythe dans la tradition poétique gaélique. Aux XIIIe et XIVe siècles, ces traditions mythiques sont incorporées à des documents maintenant appelés manuscrit de Poppleton et déclaration d’Arbroath. Ces traditions restent ancrées jusqu’au début de la période moderne et au delà ; même le roi Jacques vi d’Écosse (Jacques ier d’Angleterre) fait remonter son origine à Fergus, énonçant en ses propres mots, qu’il était « un monarque jailli de la lignée de Fergus »
Cependant, les historiens modernes commencent maintenant à rejeter cette conceptualisation des origines écossaises. Aucune sources contemporaines ne mentionne cette conquête- De plus, la gaélicisation du Pictland fut un long processus antérieur à Cináed, et est mis en évidence par l’usage de la langue gaélique par les chefs Pictes le patronage royal des poètes gaéliques, des inscriptions gaéliques, et l’attribution de noms de lieux en gaélique. Bien que le terme roi d’Alba ne soit apparu qu’au début du xe siècle, il est possible qu’il ne soit qu’une traduction gaélique pour Pictland (royaume des Pictes). Ce changement d’identité trouve possiblement son origine l’extinction de la langue picte, bien que la « scotisation » présumée de l’Église picte par Causantín II et le traumatisme causé par les invasions vikings, particulièrement ressenties dans le centre du royaume picte de Fortriú, y jouèrent un rôle d’importance-
En dehors d’Alba, le royaume de Strathclyde dans la vallée de la rivière Clyde reste semi-indépendant, de même que les Gaëls d’Argyll et les îles à l’ouest des côtes écossaises (autrefois appelées Dál Riata). Le sud-est est absorbé par les Anglais du Royaume de Bernicie/Northumbrie au viie siècle, tandis qu’une grande partie des Hébrides, des Northern Isles, ainsi que le secteur de Caithness passent sous contrôle Viking. Le Galloway subit également une forte influence du peuple viking, bien qu’il n’y a pas eu de royaume unifié dans cette zone.
Le royaume d’Alba ou de Scotia
Rois gaéliques : de Domnall II à Alexandre Ier
Le roi Domnall II, mort au château de Dunnottar en 900, est le premier homme à avoir été appelé rí Alban (roi d’Alba) ; ceci signifiant roi de Grande-Bretagne ou d’Écosse, la signification d’Alba ayant été fluctuante à cette époque. Tous ses prédécesseurs portaient en effet soit le titre de roi des Pictes , soit celui de roi de Fortriu. Ce changement est tel dans les chroniques gaéliques qu’il est parfois considéré comme marquant la naissance de l’Écosse, bien qu’il n’y ait aucune trace du règne de Domnall ii qui puisse confirmer cela. Domnall eut comme surnom dásachtach, terme qui s’applique à un fou, ou, selon loi irlandaise de l’époque, à un homme qui n’est pas en possession de ses moyens et par conséquent sans culpabilité légale. En fait, le long règne (900–942/3) du successeur de Domnall, Causantín est davantage considéré comme la clef de voute de la formation du royaume du Haut Moyen Âge d’Alba. En dépit de quelques reculs, c’est lors de son règne d’un demi-siècle que les Scots repoussent tout danger d’agrandissement du territoire viking au-delà des Hébrides extérieures, des Northern Isles et de la région de Caithness.
La période comprise entre l’accession au trône de Máel Coluim ier et celle de Máel Coluim II est marquée par de bonnes relations avec les rois d’Angleterre (alors issus du Wessex), une intense désunion dynastique interne et, en dépit de cela, des politiques expansionnistes relativement réussies. En 945, le roi Máel Coluim reçoit le Strathclyde d’un arrangement avec le roi Edmond ier d’Angleterre, un événement quelque peu contrebalancé par une perte de contrôle sur le comté de Moray. Lors du règne du roi Idulb (954–962), les Scots capturent la forteresse nommée l’oppidum d’Eden, qui deviendra Édimbourg. Leur contrôle sur le Lothian est renforcé par la victoire de Máel Coluim ii sur les habitants de Northumbrie et par la bataille de Carham en 1018. Les Scots ont probablement une forte influence sur le royaume de Strathclyde depuis la fin du ixe siècle, mais le royaume gardait ses propres souverains, et il n’est pas évident que les Scots aient toujours été suffisamment forts pour imposer leur autorité.
Le règne du roi Donnchad ier à partir de 1034 est troublé par des échecs militaires. Il est défait et tué par le Mormaer de Moray, Macbeth, qui devient roi en 1040 Macbeth règne pendant dix-sept ans, période durant laquelle l’Écosse connait une telle période paix que le roi peut se permettre de partir en pèlerinage pour Rome. Il est néanmoins renversé par Máel Coluim, le fils de Donnchad, qui dix-huit mois plus tard vainc Lulach Ier, beau-fils et successeur de Macbeth), pour devenir le roi Malcolm II
C’est Malcolm III, et non son père Donnchad, qui œuvre le plus pour créer la dynastie qui dirige l’Écosse au cours des deux siècles suivants. Une partie de ce succès réside dans le grand nombre d’enfants qu’il eut —peut-être une douzaine— lors de son mariage avec Ingebjørg Finnsdottir, issue de la noblesse norroise, puis avec la princesse anglo-hongroise Margaret. Cependant, bien que son épouse soit Anglo-saxonne, Malcolm passe la majeure partie de son règne à pratiquer des rafles d’esclaves contre les Anglais, s’ajoutant aux malheurs de ce peuple après les conquêtes normandes. Marianus Scotus raconte que « les Gaëls et les Français terrassèrent les Anglais ; et [les Anglais] furent dispersés et moururent de faim ; et furent contraints de manger de la chair humaine »
Les raids et les tentatives de Malcolm de faire poursuivre à sa descendance ses prétentions pour la Couronne d’Angleterre provoquent l’ingérence des seigneurs normands d’Angleterre dans le royaume d’Écosse. Il se marie ainsi à la sœur du prétendant anglais au trône d’Angleterre, Edgar Ætheling, et donne des noms anglo-saxons à la plupart des enfants nés de ce mariage. En 1080, le roi Guillaume ier d’Angleterre envoie son fils envahir l’Écosse. Malcolm doit se soumettre à son autorité, donnant son fils ainé Donnchad en tant qu’otage. Malcolm iii meurt lui-même lors d’un raid en 1093.
Le successeur naturel de Malcolm est Domnall Bán, son frère, les fils de Malcolm étant trop jeunes. Cependant, l’État normand envoie le fils de Malcolm, Donnchad, pour diriger le royaume. Lors du conflit qui s’ensuit, Donnchad s’empare du trône, mais selon la Chronique anglo-saxonne, ses partisans anglais et français sont massacrés et Donnchad ii lui-même est tué plus tard dans la même année (1094) par l’allié de Domnall, Máel Petair de Mearns. Cependant, en 1097, le roi d’Angleterre envoie un autre fils de Malcolm, Edgar, pour s’emparer à nouveau du royaume d’Écosse. S’ensuit la mort de Domnall Bán, ce qui sécurise l’accès au trône d’Edgar, et suit alors une période de paix relative. Les règnes d’Edgar et de son successeur Alexandre ier sont moins connus que ceux de leurs successeurs. L’acte le plus notable d’Edgar est d'envoyer un chameau (ou peut-être un éléphant) à Muirchertach Ua Briain, alors Grand roi d'Irlande. Lorsqu’Edgar meurt, Alexandre accède au trône, pendant que son jeune frère David devient prince de Cumbrie et seigneur du Lothian.
Les rois scoto-normands : de David ier à Alexandre III
La période allant de l’accession au trône de David ier à la mort d’Alexandre iii est marquée par une dépendance de l’Écosse vis-à-vis de l’Angleterre et des relations relativement bonnes avec les rois anglais. La période peut également être considérée comme celle d’une grande transformation historique s’inscrivant dans un phénomène plus large d’« européanisation de l’Europe »- En relation à cela, cette période voit l’autorité royale s’imposer avec succès à travers le pays. Après David ier, et particulièrement lors du règne de Guillaume ier les rois d’Écosse deviennent plus distants de la culture de leurs sujets. Comme Walter de Coventry le rapporte, « les rois modernes d’Écosse se considèrent comme des Français, par la race, les manières, la langue et la culture ; ne gardent que des Français parmi leurs gardes et leurs partisans, et réduisent les Scots à une complète servitude »
Cette ambivalence des rois est, dans une certaine mesure, identique chez les Scots eux-mêmes. À la suite de la capture de Guillaume ier à Alnwick en 1174, les Scots s’en prennent au petit nombre de francophones et d’anglophones parmi eux. Guillaume de Newburgh raconte que les Scots s’attaquent d’abord aux Anglo-écossais au sein de leur propre armée, et Newburgh rapporte une répétition de ces actes au sein de la sphère civile écossaise. Walter Bower écrit quelques siècles plus tard sur ces mêmes évènements et confirme qu’« il y eut une pitoyable et large persécution des Anglais à la fois en Écosse et en Gallowaw
L’opposition aux rois écossais de l’époque est vive. Après la révolte de Óengus de Moray, d’autres résistants à l’expansion des rois écossais comme Somairle mac Gillai Brigte, Fergus de Galloway, Gilla Brigte de Galloway et Harald Maddadsson, épaulés par deux autres groupes appelés aujourd’hui les MacHeths et les MacWilliams se sont révélés. Ces derniers prétendent descendre de Donnchad ii, par son fils William fitz Duncan. Les MacWilliams semblent s’être rebellés pour nulle autre raison que le trône lui-même. La menace parait si grave qu’après la défaite des MacWilliams en 1230, la Couronne écossaise ordonne l’exécution publique de la dernière descendante de cette lignée. Voici comment les Chroniques de Lanercost décrivirent le sort de la dernière des MacWilliams :
« La même fille de Mac-Williams, qui n’avait quitté le sein de sa mère que depuis peu, innocente qu’elle était, fut mise à mort, dans le bourg de Forfar, sur la place du marché, après proclamation du crieur public. Sa tête fut frappée contre la colonne de la croix du marché et son cerveau en sortit »
Beaucoup de ces résistants collaborent ensemble et trouvent un soutien non seulement dans les régions gaéliques de Galloway, Moray, Ross et d’Argyll, mais aussi dans l’Est de l’Écosse. Cependant, à la fin du xiie siècle, les rois d’Écosse ont acquis l’autorité et la capacité d’attirer les seigneurs gaéliques à l’extérieur de leurs zones de contrôle afin de faire leur travail, les plus exemples les plus connus étant ceux de Lochlann de Galloway et de Ferchar mac in tSagairt. De plus, sous le règne d’Alexandre III, les Scots sont en position d’annexer le reste de la côte occidentale, ce qu’ils font en 1265 avec le Traité de Perth. La conquête de l’Ouest, la création du Mormaerdom of Carrick en 1186 et l’absorption de la seigneurie de Galloway après la révolte galwegienne de 1235 indiquent que le nombre et la proportion de locuteurs gaéliques sous l’autorité du roi écossais augmente largement voire double lors de cette période dite Normande. Ce sont les Scots et les guerriers gaélicisés des nouvelles terres de l’ouest, et la force qu’ils offrent, qui permettent au roi Robert ier (lui-même un Scoto-Normand gaélicisé de Carrick) de remporter les Guerres d’indépendance qui suivent la mort d’Alexandre III.
Autres royaumes
Le Mormaerdom ou Royaume de Moray (gaélique : Moireabh) est une seigneurie d'Écosse au Haut Moyen Âge qui fut démantelée par le roi David Ier d'Écosse en 1130. Il ne recouvrait pas exactement le même territoire que l'actuel council area de Moray. Cette seigneurie médiévale était en fait centrée autour de la vallée de la Spey et d'Inverness et de la partie nord du Great Glen, et incluait probablement à l'origine Buchan et Marr, ainsi que Ross.
Royaume de Strathclyde.
Le Strathclyde est l'un des royaumes celtes brittoniques qui résista aux Anglo-Saxons, aux Pictes, aux Scots et aux Vikings durant le haut Moyen Âge avant d'être réuni au royaume des Pictes et des Scots vers le milieu du XIe siècle. Sa formation, mal connue, eut lieu durant la période romaine de l'île de Bretagne (avant 410) ; durant la période anglo-saxonne, le Strathclyde eut comme voisins le Dal Riada et la Calédonie au nord, le Gododdin et la Bernicie à l'est, le Rheged du nord et le Galwyddel (Galloway) au sud (de 450 à 600) ; puis, la Cumbrie au sud et la Northumbrie à l'est (à partir de 650) avant de se fondre dans l'Écosse médiévale
Origines et formation jusqu'au VIIe siècle
À partir du milieu du ve siècle, l'avancée des Anglo-Saxons sur l'île de Bretagne sépara les Bretons insulaires en plusieurs groupes : la majeure partie d'entre eux se trouva cantonnée dans les terres occidentales correspondant au futur Pays de Galles et forma par la suite les « Gallois » de Cymru ; un nombre plus réduit de Bretons fut quant à lui isolé autour de la Clyde et du Forth, au nord du mur d'Hadrien. Ces derniers avaient constitué deux « royaumes » celtiques, dont un, situé le plus à l'est et nommé « Goutodin » ou « Gododdin » (v. 390 – 425) par les sources les plus anciennes – probablement d'après le nom de la tribu des Votadini) – fut intégré à la Northumbrie anglo-saxonne sous le règne d'Ecgfrith, fils d'Oswy († 685). L'autre royaume, occidental, dont l'historien Nennius rapporte la fondation au ve siècle, survécut sous le nom écossais de « Strathclyde ».
Les rares sources bretonnes sont quasiment muettes sur la période de sa formation. En réalité, il semble que les territoires qui le composèrent puissent être identifiés dès la période romaine comme un territorium, placé sous l'autorité d'un chef barbare, client de Rome. Le premier de ces clients, auquel on peut attribuer le contrôle du futur Strathclyde, gardait l'ouest du mur d'Antonin. Il est connu sous le nom de Ceretic Guletic ou, en latin, Coroticus (v. 400 – † v. 440). Auparavant, la région était placée sous l'autorité des chefs des Damnonii ; ces derniers y avaient supplanté les Catuvellauni (au milieu du IIIe siècle ?) et avaient dû contenir les raids des Irlandais, avant de signer un traité avec Rome, probablement pour la première fois au début du IVe siècle (en 305 ?).
Au début du ve siècle, la capitale de cette « chefferie » était Alcluith (Dumbarton), établie sur un promontoire surplombant la Clyde : son nom signifie littéralement « la forteresse des Bretons ». Si l'on ignore tout de la réalité politique exacte dans cette région jusqu'à la fin du VIe siècle, l'Histoire fit ensuite de ce territoire le seul, avec le pays de Galles, qui ne fut jamais conquis par les Angles. En fait, les Bretons du Strathclyde se fondirent avec les Scots et les Pictes qui étaient leurs plus proches voisins.
Résistance des Bretons du nord : VIIe – Xe siècles
C'est la partie septentrionale d'un autre royaume breton, par ailleurs mieux connu – le Rheged du nord – qui forma ensuite le centre de gravité du Strathclyde, du moins si l'on se réfère à la tradition bretonne d'abord rapportée par Nennius : le plus grand roi de Rheged, Urien Rheged (v. 570 – v. 590), a en effet pu être assimilé au fondateur de la dynastie qui régna sur le Strathclyde au VIIe siècle.
Vers 616 – 632, la partie septentrionale du Rheged du nord, en effet, tomba aux mains du roi des Angles de Bernicie, Edwin, avant de devenir une partie de la Northumbrie à la suite d'une alliance entre la dynastie bretonne de Rheged et la dynastie des Angles. Cependant, certains des territoires bretons du Rheged du nord demeurèrent hors du pouvoir des Angles et furent alors rattachés aux territoires du Strathclyde : ce dernier royaume gagna ainsi Dumfries, une partie du Galloway picte (le Galwyddel), et une partie de la Cumbrie (Cumbria, qui tire son nom du breton Cymri). Peu après, le Strathclyde dut lutter contre les Scots du Dal Riada (le roi de ces derniers, Domnall Brecc, fut tué lors d'une bataille contre le Strathclyde en 642) En parallèle, l'expansion des Northumbriens qui s'était poursuivie vers le nord durant la majeure partie du VIIe siècle prit fin avec la mort d'Ecgfrith, en 685, lors de la bataille de Nechtansmere contre les Pictes
Pour que d'autres informations concernent le royaume de Strathclyde dans les sources, il faut attendre le milieu du VIIIe siècle et l'expansion des Pictes : en 744, en effet, le roi des Pictes Oengus Ier tourna son attention vers le royaume breton. En 750, la bataille de Mocetauc et la victoire du roi Tewdwr de Strathclyde provoqua la mort du frère d'Oengus, Talorcan. En 756, les Pictes s'attaquèrent à nouveau au Strathclyde, cette fois avec l'aide des Northumbriens : leur armée fut quasiment anéantie à Dumbarton. Finalement, ayant repoussé ces envahisseurs, le royaume de Strathclyde perdura sans connaître de changements majeurs jusqu'au milieu du IXe siècle. Après 889, en effet, le roi des Scots, Constantin Ier, accéda au trône, probablement à la suite de manœuvres politiques. Les annales des Gallois (annales cambriae) rapportent que Dumbarton fut pillée à la suite d'un siège de quatre mois par les Vikings, en 870. Le rôle de l'ancienne capitale déclina alors rapidement au profit de Glasgow, tandis que l'influence des Scots grandit et devint prépondérante dans le Strathclyde.
Formation de l'Écosse médiévale : Xe – milieu du XIe siècle
En 900, le Strathclyde gagna le reste du Galloway, demeuré jusqu'alors une enclave picte, et de la Cumbrie : ces dernières régions avaient été pillés par les Vikings. De plus, le royaume fut probablement dirigé directement depuis l'Écosse jusqu'en 908, dans une préfiguration de sa réunion prochaine au royaume des Pictes et des Scots. Vers 920, Owen Ier de Strathclyde, comme les souverains voisins (Constantin II, roi des Pictes et des Scots, Ealdred Ier de Bernicie et Rognvald, roi viking d'York), dut reconnaître l'autorité du roi d'Angleterre Édouard l'Ancien : ce dernier fut dénommé « père et seigneur ». Peu après, toutefois, les trois princes rompirent leur allégeance et se tournèrent contre l'Angleterre : La coalition fut vaincue en 937 à la Bataille de Brunanburh. Le Strathclyde dut se scinder à ce moment, une partie du sud (de la Cumbrie) fut annexée par le roi Athelstan d'Angleterre. Une autre partie forma un royaume indépendant de Cumbria et passa en 945 sous le contrôle du roi des Pictes et des Scots Malcolm Ier d'Écosse. Quant au nord, qui conserva le nom de Strathclyde, il échut à Mael Coluim mac Domnall (975 – v. 997). Vers 1018, Owen le Chauve, dernier roi breton de Strathclyde mourut. Duncan, le petit-fils de Malcolm II, roi des Pictes et des Scots, devint roi de Strathclyde : celui-ci fut alors formellement rattaché à l'Écosse, bien qu'il conserva dans un premier temps une autonomie apparente. En 1034, à la mort de son aïeul, Duncan réunit temporairement les deux royaumes, constituant ainsi les bases de l'Écosse médiévale. Mais Macbeth prit le pouvoir en Écosse et le fils de Duncan, Malcolm III Canmore, dut se réfugier en Angleterre. Ce n'est qu'aidé par Siward, comte de Northumbrie, que ce dernier put contre-attaquer. Vainqueur de son rival en 1054, Malcolm créa alors un royaume de Cumbrie, avatar du Strathclyde, couvrant le Galloway écossais et le Cumberland anglais. Après 1058, après la mort de Macbeth, et celle de son successeur Lulach Ier, Malcolm accéda au trône d'Écosse sous le nom de Malcolm III Canmore : il réunit définitivement le Strathclyde à l'Écosse.
Bien que dominant, le royaume d’Alba n’est pas la seule source de pouvoir régalien dans le nord de la Grande-Bretagne. En fait, jusqu’à la période normande, et peut-être même jusqu’au règne d’Alexandre ii, le roi d’Écosse n’exerce son autorité que sur une minorité des habitants qui vivent au sein des frontières actuelles de l’Écosse, de la même manière que les monarques français du Moyen Âge ne contrôlaient qu’une portion de ce qui est la France actuelle.
Les seigneurs de Moray sont également appelés roi d’Alba/d’Écosse selon les sources scandinaves et irlandaises, avant que ces dernières ne les appellent seigneur de Moray. Ils prennent possession de l’Écosse tout entière en 1040, à l'époque du fameux Macbeth (Mac Bethad mac Findláich) (1040-1057) et de son successeur Lulach mac Gillai Coemgáin (1057–1058). Cependant, le Moray se trouve assujetti aux rois scots après 1130 et la défaite d’Angus Mac Aedh lors de sa tentative de s’emparer du trône d’Écosse.
Le Galloway est également une seigneurie quelque peu souveraine. Dans une charte galwegienne datant du règne de Fergus, les dirigeants se proclament eux-mêmes rex Galwitensium, roi de Galloway, et les sources irlandaises continuent d’appeler « rois » les descendants de Fergus. Bien que l’influence écossaise s’accroîsse après la mort de Gilla Brigte et l’installation de Lochlann/Roland en 1185, le Galloway n’est pas complètement absorbé par l’Écosse avant 1235, lorsque une révolte du Galloway est écrasée.
Le Galloway et le Moray ne sont pas les seuls territoires dont les seigneurs soient dotés de pouvoirs régaliens. Il en était de même sur l’île de Man et les Hébrides, et les seigneurs d’Argyll ont le statut de rois, même si certains auteurs en latin les appelèrent reguli (roitelets). Les Mormaers de Lennox se considèrent comme rois de Balloch, en allusion à leurs prédécesseurs et en effet beaucoup de Mormaerdoms ont auparavant été des royaumes. Un autre royaume, celui de Strathclyde (ou de Cumbrie), se voit incorporé à l’Écosse par un long processus qui commence au ixe siècle et qui ne se réalise complètement qu'au XIe siècle.
Géographie
Durant le Haut Moyen Âge, les frontières théoriques ou politiques d’Alba ou de Scotia ne correspondent pas à celles de l’Écosse moderne. L’approximation la plus proche survient à la fin de cette période, après les traités de York (1237) et de Perth (1266), qui fixent les limites du royaume des Écossais avec respectivement l’Angleterre et la Norvège. Cependant, en aucun cas ces frontières ne correspondent aux limites actuelles ; la ville de Berwick et l’île de Man seront perdues au profit de l’Angleterre, alors que les Orcades et les Shetland seront regagnées sur la Norvège.
Jusqu’au XIIIe siècle, le terme Écosse désigne le territoire au nord du fleuve Forth. C’est la raison pour laquelle les historiens emploient parfois le terme « Écosse véritable » (Scotland-proper en anglais). Au milieu du XIIIe siècle, l’Écosse inclut alors l’ensemble des territoires dirigés par les rois des Scots, mais l’ancien concept d’Écosse demeure tout au long de la période.
À des fins législatives et administratives, le royaume des Scots est divisé en trois, quatre ou cinq zones : l’Écosse (Scotland-proper) au nord et au sud des Grampians, le Lothian, le Galloway et plus tard le Strathclyde. Tout comme l’Écosse, ni le Lothian ni le Galloway n’ont leur sens actuel. Le Lothian se réfère à toute la région sud-est, dont la langue était le moyen anglais, et inclut plus tard une majeure partie du Strathclyde ; il était séparé de l’Écosse par le fleuve Forth. Le Galloway désigne à l’époque toute la région sud-ouest, et la langue parlée y était le gaélique.
Pour citer le texte du XIIIe siècle de Situ Albanie,
« Le cours d’eau qui est appelé en écossais le Froth, en britannique le 'Werid' et en langue romane le 'Scottewatre' qui signifie l’eau des Scots, qui sépare le royaume des Scots de celui des Anglais, et qui coule près de Stirling. »
Dans ce passage, la langue écossaise à laquelle il est fait référence est en fait du moyen irlandais, le britannique étant du gallois et la langue romane du vieux français, qui a emprunté le terme Scottewatre au moyen anglais.
À cette époque, seule une portion restreinte du pays est gouvernée par la couronne d’Écosse. Beaucoup d’Écossais restent sous le contrôle de seigneurs gaéliques, puis, après le xiie siècle, de seigneurs parlant le français.
Économie
L’économie écossaise d’alors est dominée par l’agriculture et des échanges sur de courtes distances. On note un accroissement du commerce extérieur lors de cette période, ainsi que la réalisation d’échanges au moyen de butins de guerre. Au XIIIe siècle, la monnaie remplace le troc, alors qu’auparavant la plupart des échanges se font sans l’utilisation de pièces métalliques-
La plupart des richesses agricoles de l’Écosse viennent du pastoralisme plutôt que de l’exploitation des terres arables. Cette dernière prend de l’ampleur lors de la période normande, avec des disparités géographiques : les plaines du sud-est sont plus concernées par ce changement que les hauteurs des Highlands, du Galloway ou des Southern Uplands. Selon G. W. S. Barrow, le Galloway, « déjà réputé pour ses élevages, exerça un tel pastoralisme qu’il n’est pas évident que des terres de cette région aient été cultivées durablement, à l’exception de la côte le long de Solway ». La surface moyenne utilisée par un éleveur était environ de 26 acres . Il existe de nombreuses preuves montrant que les Écossais favorisent le pastoralisme dans la mesure où les seigneurs gaéliques préfèrent céder plus de terres aux colons parlant le français ou le moyen-anglais, s’accrochant avec acharnement aux régions plus élevées, ce qui pourrait avoir contribué à la division entre les Highlands et le Galloway qui a lieu à la fin du Moyen Âge.
L’unité de mesure principale en Écosse est le davoch, appelé arachor dans le Lennox. Cette unité est parfois connue sous le nom de Scottish ploughgate. En langue anglaise du Lothian, cela devient simplement le ploughgate Il vaut 104 acres divisés en 4 raths. Le bétail, le porc et les fromages sont les denrées alimentaires les plus produites, parmi de nombreuses autres et notamment des ovins, du miel et le cire d’abeilles, du poisson, du seigle ou de l’orge.
L’Écosse d’avant David Ier ne possède pas réellement de ville, bien que des concentrations de population supérieures à la moyenne existent autour des grands monastères, comme à Dunkeld et à Saint Andrews, ou autour des grandes fortifications. L’Écosse, Lothian mis à part, est constituée de hameaux dispersés, et n’a pas de villages constitués autour d’un noyau comme sur le reste du continent européen. David ier établit les premiers burghs d’Écosse, d’abord dans le Lothian, zone du moyen anglais. David ier recopie presque mot pour mot les chartes et les Leges Burgorum (règles définissant tous les aspects de la vie et du travail dans un bourg) des coutumes anglaises de Newcastle upon Tyne. Les premiers burghs sont flamands, anglais, français, et germains plutôt qu’écossais gaéliques. Le vocabulaire des burghs est entièrement composé de termes français et germaniques. Les conseils régissant chaque burgh ainsi appelés lie doussane, la douzaine.
Démographie
Le nombre d’habitants que comptait l’Écosse au Haut Moyen Âge est inconnu. Il n’y a pas d’information fiable sur ce sujet avant 1755, date à laquelle 1 265 380 personnes sont recensées. Les estimations font état d’une population comprise entre 500 000 et 1 000 000 d'habitants, qui est alors encore plus éparse qu’actuellement. On peut estimer qu’environ 60 à 80 % de la population vivent au nord du fleuve Forth, et que le reste est divisé entre le Galloway, le Strathclyde et le Lothian. La distribution des évêchés et des juges laisse suggérer une répartition relativement égale de la population entre ces trois zones.
Sur le plan linguistique, la majorité des personnes vivant alors en Écosse parle le gaélique, appelé ensuite simplement « Écossais », ou en latin, lingua Scotica. Les autres langues parlées à cette époques sont le norrois et l’anglais, ainsi que le cambrien, qui disparait au xe siècle. Le picte a pu survivre lors de cette période, mais il n’est pas certain. À partir de l’accession au trône de David ier, et peut-être même avant, le gaélique cesse d’être la langue utilisée à la cour royale.
À partir de son règne et jusqu’aux guerres d’indépendance, les monarques écossais préfèrent le français à l’écossais comme le prouvent les textes des chroniques de l’époque, la littérature et les traductions de documents administratifs en langue française. L’anglais, avec le français et le flamand deviennent les principales langues des burghs, qui sont créés sous David ier. Cependant, les burghs sont selon C. S. W. Barrow « à peine plus que des villages […] s’élevant au nombre des centaines plus qu’à celui des milliers » ; les chevaliers normands sont également extrêmement minoritaires au sein de la population parlant le gaélique, hors du Lothian.
Société
La société médiévale écossaise est stratifiée et est peut-être mieux connue que celle de n’importe quelle autre société européenne du Haut Moyen Âge, ceci grâce aux nombreux textes législatifs et traités concernant les statuts de l’époque- Le texte parvenu jusqu’à nous sous le nom de Laws of Brets and Scots, dresse la liste de cinq classes d’Hommes : le roi, le mormaer/comte, le toísech (qui peut-être rapproché du baron français), l’ócthigern et le serf. Avant le xiie siècle, on peut également ajouter l’esclave à cette dernière catégorie. La différentiation classique entre les bellatores (« ceux qui combattent », les aristocrates), les oratores (« ceux qui prient », le clergé) et les laboratores (« ceux qui travaillent », les paysans) que l’on retrouve dans les sociétés médiévales européennes ne sont pas utile à la compréhension de la société écossaise au début de la période, mais le deviennent davantage après le règne de David Ier
La plupart des territoires assujettis au roi des Écossais et se situant au nord du fleuve Forth sont sous contrôle direct de seigneurs appelés en écossais médiéval des mormaers. Le terme est traduit en latin comes et en anglais moderne par earl. Ces seigneurs exercent un pouvoir séculier et religieux comme le roi mais à échelle réduite. Ils conservent leurs propres troupes et partisans, édictent des chartes et supervisent la loi et l’ordre interne à l’intérieur de leurs provinces. Lorsqu’ils deviennent vraiment assujettis à l’ordre royal, ils doivent alors payer au roi un cain, un tribut prélevé plusieurs fois par an, usuellement en bétail et autres matières premières. Ils se doivent également d’offrir au roi le conveth, une sorte de d’obligation d’hospitalité, payée en fournissant au souverain en visite le gîte et le couvert ou en lui offrant des matières premières. Pendant la période normande, ils doivent fournir le servitum Scoticanum(service militaire écossais) qui aboutit au exercitus Scoticanus, la partie gaélique de l’armée du roi qui compose la vaste majorité de toutes les armées de cette période.
Un toísech est inférieur au mormaer et devait à celui-ci les mêmes services que le mormaer au roi. Le nom latin généralement utilisé était thanus (et en anglais thane). La formalisation de cette classe a principalement lieu dans l’est de l'Écosse, au nord du Forth ; seulement deux des 71 toísech s’y trouvent au sud Après le toísech et le mormaer on trouve le clan, rarement formalisé. À sa tête, on trouve le capitalis en latin ou le cenn gaélique médiévale. Dans le comté du Fife, le principal clan est alors connu sous le nom de Clann MacDuib (« enfants de MacDuff »). Parmi les autres on trouve les Cennedig (de Carrick), les Morggain (de Buchan), et les MacDowalls (de Galloway). Il est probablement possible d’en recenser des centaines, la plupart n’ayant pas été relevés.
Le plus haut rang pour les non-nobles est, selon Laws of Brets and Scots, l’ócthigern (le petit ou le jeune seigneur). Parmi les autres rangs, on trouve également le scoloc.
Jusqu’au XIIe siècle, l’esclavage est pratiqué, la plupart des esclaves étant des étrangers, Anglais ou Scandinaves, capturés lors de batailles. Les rafles d’esclaves pratiquées à grande échelle sont particulièrement bien connues au XIe siècle.
Législation et gouvernement
Les premiers traités de loi gaéliques, qui datent du IXe siècle, révèlent une société très attachée aux liens familiaux, au statut, à l'honneur et au règlement des luttes entre les familles. La common law écossaise commence à prendre forme à la fin de cette période, en mêlant les lois celtes et gaéliques avec les pratiques de l'Angleterre anglo-normande et du continent. Aux XIIe et XIIIe siècles une forte influence continentale en matière de lois se fait ressentir à travers notamment le Droit canon et un certain nombre de pratiques anglo-normandes. L'existence de lois chez les Gaëls avant le xive siècle n'est pas toujours bien attestée. Cependant, notre connaissance étendue des premières lois gaéliques permet de se faire une idée des lois écossaises antérieures au xive siècle. Dans le premier manuscrit juridique écossais connu, on trouve un document nommé Leges inter Brettos et Scottos qui a survécu en vieux français, et constitue presque certainement une traduction d'un texte gaélique, qui conserve cependant, sans les traduire, un certain nombre de termes juridiques gaéliques. D'autre textes médiévaux plus récents, rédigés à la fois en latin et en anglais moyen, contiennent un plus grand nombre de ces termes qui sont par exemple slains (du vieil irlandais slán ou sláinte qui signifie "exemption") et cumherba (de comarba signifiant "successeur ecclésiastique").
Le Judex (pl. judices) d'où provient le mot "juge" en français, représente une continuité post-normande des anciens charges gaéliques des hommes de loi appelés en anglais Brehons. Les membres du bureau portaient presque toujours des noms gaéliques au nord du Forth ou dans le sud-ouest. Les Judices étaient souvent des fonctionnaires royaux qui supervisaient les "cours" baronniales, abbatiales ou d'autres de moindre importance. Cependant, le principal homme de loi du Royaume des Scots de la période précédant le règne de David était le Justiciar. Il a une origine Anglo-normande, mais représentait vraisemblablement une continuité avec une fonction antérieure dans l'Écosse située au nord du Forth. Ainsi, le Mormaer Causantín of Fife est appelé judex magnus (i.e. grand Brehon), et il semble que le Justiciarship de Scotia était juste une latinisation/normanisation supplémentaire de cette charge. Celle-ci résidait dans la responsabilité de superviser l'activité et le comportement des sheriffs et sergents royaux, de présider le tribunal et de rendre compte de ces activités au roi. Il y eut principalement deux Justiciarships, organisés selon des frontières linguistiques : le Justiciar de Scotia et celui des Lothian, bien que Galloway en eu également un par périodes-
Les charges de Justiciar et de Judex ne représentent qu'un mode de justice que la société écossaise a connu. Dans la période précédente, le roi "déléguait" son pouvoir à des fonctionnaires héréditaires tels que les Mormaers/Earls et Toísechs/Thanes. Il s'agissait d'un gouvernement reposant sur les cadeaux (et les charges) qu'il offrait ainsi que sur une loi orale. Il existait également des tribunaux populaires, les comhdhail, comme en témoignent des dizaines de lieu-dits de l'est de l'Écosse. Pendant la période normande, les shérifs et dans une moindre mesure les évêques (voir plus bas) devinrent de plus en plus importants. Les premiers permirent au roi d'administrer réellement le territoire royal. Sous le règne du roi David Ier, les shérifs royaux avaient été établis au cœur même des territoires personnels de celui-ci à savoir Roxburgh, Scone, Berwick-upon-Tweed, Stirling et Perth58. Puis, sous celui de Guillaume Ier, il dut y avoir environ trente shérifs royaux, incluant ceux de Ayr et Dumfries, lieux clés situés sur les frontières de Galloway-Carrick. Le contrôle royal progressait avec l'augmentation du nombre de shérifs. Vers la fin du XIIIe siècle, des shérifs furent établis à l'ouest dans de vastes étendues telles que Wigtown, Kintyre, Skye et Lorne. Grâce à cela, les rois écossais du treizième siècle exerçaient plus de contrôle sur l'Écosse que ne le firent jamais aucun de leurs successeurs du Moyen Âge. Le roi lui-même se déplaçait, ne possédant pas de réelle capitale. Cependant, par tradition, tous les rois écossais furent couronnés à Scone par les Mormaers of Strathearn et particulièrement ceux de Fife- Bien que David Ier essaya de faire de Roxburgh sa capitale aux XIIe et XIIIe siècles, la plupart des chartes étaient signées à Scone. Les autres villes prisées étaient Perth, Stirling, Dunfermline et Édimbourg (particulièrement populaire sous le règne de Alexandre II), ainsi que tous les autres burghs royaux. Au début de cette période, Forres et Dunkeld semblent avoir été des résidences royales.
Organisation militaire
En Écosse, comme dans toutes les pays occidentaux au Moyen Âge, la société reposait en grande partie sur une organisation militaire. Après « la conquête normande » de David Ier, on distingue deux catégories de guerriers écossais. La première, l’exercitus Scoticanus (« armée écossaise » aussi appelée « armée ordinaire ») était composée d'écossais de souche tandis que la seconde l’exercitus militaris (« armée féodale ») comprenait de nombreux chevaliers français et anglais.
L'exercitus Scoticanus
L'armée ordinaire constituait la majeure partie des forces armées en Écosse durant la période antérieure aux Stuarts. Cependant, dans une Europe ou la chevalerie dominait, elle était beaucoup moins prestigieuse que celle féodale. Jusqu'au milieu du XIIe siècle, les Scots, comme beaucoup d'Européens du Haut Moyen Âge, menaient en effet couramment des raids afin de se fournir en esclaves. Ils le faisaient vraisemblablement entre clans adverses, mais le principal témoignage d'une telle pratique ne relate que les expéditions menées contre leurs voisins Normands et Anglo-saxons. Pour John Gillingham cet usage, entre autres, explique pourquoi les Scots (et les autres Celtes) étaient considérés comme particulièrement barbares par leurs voisins « francs », les Français ayant en grande partie abandonné ce type de guerre. Siméon de Durham écrit que
« les jeunes gens et les jeunes filles, ainsi que tout ceux qui semblaient capable de travailler dur, furent attachés et emmenés en tête des ennemis pour devenir esclaves et servantes dans un exil perpétuel. Quand certaines jeunes filles furent épuisées...et tombèrent soudainement à terre, le lieu de leur chute fut aussi celui de leur mort. [Le roi] Máel Coluim observa ces choses, et fut pris de pitié par l'absence de larmes et de gémissements de la part de ces malheureuses ; mais à la place il leur commanda de se hâter encore plus. Ainsi l'Écosse fut remplie d'esclaves et de servante de la race anglaise ... et pas un hameau, ni même une cabane, ne peut être trouvé sans un des leurs »
Le Máel Coluim évoqué ici est le roi Malcolm III, qui épousa en 1070, l'année même de ce raid, une princesse Anglo-Hongroise appelée Marguerite et qui fut canonisée par la suite. Malgré ses efforts, celle-ci ne parvint pas à empêcher la plupart de ces raids, en particulier ceux contre les Anglais. Symeon ainsi que les Chroniques anglo-saxonnes rapportent en effet des raids postérieurs, en particulier en 1079. Ceux-ci ne stoppèrent finalement qu'au milieu du douzième siècle.
L'exercitus militaris
Les ruines de la tour principale d'Urquhart Castle. Après la conquête de Moray vers 1130, ce château fut un parmi les dizaines construits dans la région pour les Francs fidèles au roi.
Comme beaucoup de changements de cette période, la constitution de l'armée féodale remonte principalement au règne de David I, bien que des chevaliers français et anglais aient été employés ponctuellement par ses frères plus âgés. La tension créée par ces chevaliers est bien perceptible dans des sources de l'époque. A la bataille de l'Étendard, les Gaëls s'opposèrent au placement des soldats français dans la caravane de l'armée royale. Ailred de Rievaulx attribue cette opposition au Galwégiens, mais il s'agissait en réalité des Gaëls écossais en général puisque le porte-parole ayant formulé cette opposition était Máel Ísu, le Mormaer de Strathearn et noble de plus haut rang de l'armée. Ailred rapporte un long discours de Robert de Brus, ancien vassal de David, qui reproche au roi d'avoir trahi son peuple en envahissant l'Angleterre normande avec une armée de barbares gaéliques. David est néanmoins forcé de satisfaire les Gaëls, ce qui sera la raison principale de la défaite écossaise selon Ailred de Rielvaux-
Malgré cela, au cours du siècle et demi qui suivit, le système guerrier féodal français s'imposa en Écosse. David confia à des guerriers français le contrôle de la frontière entre ses terres du vieux royaume de Strathclyde et l'ouest Norse-Gaélique, établissant ce qui sont essentiellement des seigneuries frontalières dans les comtés du Renfrew (la seigneurie de Stewart de Strathgryfe), d'Annandale (accordé à Robert de Brus) et de Cunninghame. Au treizième siècle, les familles nobles de langue française, en particulier celle des Comyns, s'élevèrent au sommet de la noblesse écossaise en devenant Mormaer, notamment à Buchan, Menteith ou Angus. A la fin de ce siècle, certains devinrent même rois.
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