Juges et bourreaux

 

Depuis les temps antiques jusqu’à il n’y a pas longtemps, les sociétés ont recourt à la peine de mort afin de punir certains crimes perpétrés. Personne ne peut supporter l’annonce d’un crime sans être soulevé d’indignation et d’horreur. Dans une réaction immédiate, presque instinctive, l’appel au châtiment suprême monte en chacun, impérieux, irrésistible . Dans les sociétés antiques ou dans l’époque moderne, l’influence est très grande ; il semble que deux idées les aient guidés dans les modes d’exécutions de la peine capitale : d’une part l’exemplarité, d’autre part le symbolisme qui châtiera le criminel par un procédé qui rappelle le forfait commis 


 

Par contre, il n’est pas possible de parler de l’exécution sans évoquer le bourreau. Son rôle est déterminant. « La justice disposait alors d’une gamme fort riche de supplices et de tortures. Le tourmenteur-juré du roi était appelé à les appliquer tous et sans bavure » . La profession de bourreau amène son lot d’avantages et d’inconvénients sur la vie sociale et personnelle de ceux-ci. Mais, comment est-ce que l’évolution de la répression ainsi que de la représentation publique peut avoir une influence sur la vie personnelle et sociale des bourreaux dans le contexte de société française du Moyen Âge.Les raisons en sont multiples.

L’organisation judiciaire dirigée par le Chancelier est d’autant plus complexe que le Roi répugne à supprimer les instances peu à peu vidées de leur utilité. Au sommet elle est représentée par le conseil privé, qui coiffe tout le système et fixe la jurisprudence. « On imagine que la complexité de cette structure. Incessants apparaissent les conflits de compétence, qui parfois protègent le coupable, mais enrichissent les auxiliaires de justice et ruinent volontiers le plaideur » .

 

Le déroulement de la justice jusqu’à l’intervention du bourreau

De récentes recherches ont démontré qu’au cours des périodes médiévales et modernes, plutôt qu’à une désacralisation la justice fut traversée par une migration du sacré, le jugement des hommes s’appropriant progressivement la transcendance indispensable à l’institution et aux rituels judiciaires . Les manifestations de la justice retenue du Roi sont la pratique des lettres de cachet, des lettres de justice et de grâce, les jugements personnels du Roi ou, plus souvent, les jugements par des commissaires pour les affaires intéressant la sûreté de l’État ou les finances et même les affaires criminelles particulièrement graves .

A cette époque,il n’existait pas de Code pénal, à quelques exceptions près, aucun texte ne définissait partout et de manière uniforme les peines appliquées pour chaque délit ou crime. « Cette absence législative se retrouve dans l’organisation de la justice, car aucune loi n’a jamais organisé l’ensemble du système juridictionnel » . Par contre, il y avait un véritable code de procédure pénale, qui définissait pas à pas la façon de conduire un procès criminel. La procédure démarre par une plainte déposée, soit par un particulier lésé, soit par la partie publique, autrement dit le procureur du roi. Ensuite, le magistrat s’efforce de vérifier les faits en recueillant les dépositions des témoins. Celui-ci fera un rapport incorporant toutes les dépositions et le donnera au procureur. Il pourra donc décider si la cause en vaut la peine. S’il juge qu’il est préférable de poursuivre, le prévenu est incarcéré. On passe ensuite à l’interrogatoire de l’accusé . Finalement, on procède au récolement des témoins. Le magistrat qui a instruit l’affaire lit son rapport, puis le procureur fait part de ses conclusions.

Les juges peuvent alors rendre leur verdict. Par contre, si la preuve n’est pas pleine et entière, les juges peuvent ordonner la torture de l’accusé afin d’avoir un aveu. L’on appelle cette procédure la question préparatoire. Il considérait que la seule preuve pleine et valable était celle qui était l’aveu de l’accusé. Pour finir, les juges rendent leur jugement, s’il y a condamnation à une peine corporelle, il n’est pas rare que celle-ci soit appliquée dans les vingt-quatre heures. « Le souverain ne souffrant pas que son autorité fût contestée, la répression s’abattait aussi bien sur les puissants du royaume que sur les autres. Alors, la justice royale était arbitraire et souvent injuste, mais, pour l’avoir remplacée, on n’a pas installé, une justice égale pour tous » .

 

 


 

 

La répression publique

Le rétablissement de l’autorité royale, au cours des XIVe et XVe siècles, aboutit à la monarchie absolue, qui commence avec François 1er pour trouver son plein épanouissement sous Louis XIV. Bien loin de s’affaiblir, il semble que la vigueur de la répression soit plus lourde encore que par le passé : sans doute cette sévérité accrue s’explique-t-elle par le développement du paupérisme, de la mendicité, bref de la misère qui multiplie les malheureux, les aspirants au crime et les criminels . La torture s’est introduite dans la procédure criminelle de droit commun, impliquant du même coup les services d’un « questionneur ». Du questionneur, chargé par le juge d’obtenir l’aveu en tourmentant le suspect selon les règles et dans les limites prescrites, au bourreau qui, tout aussi professionnellement exécute les condamnations, la distance est réduite . Le but recherché paraît être la valeur exemplaire du châtiment. « Pour atteindre cette fin, toutes les coutumes prescrivent des mesures convergentes de publicité pénale, qui se rattachent directement à l’idée d’intimidation : on en espère une influence moralisatrice sur le public » . Un effort continuel a été fait pour n’incriminer que les actes entraînant un préjudice matériel incontestable pour la société, ou portant une atteinte intolérable aux valeurs morales et sociales reconnues par le groupe . Les historiens de la justice insistent généralement sur cette pratique politique de manifestation de force, où le pouvoir royal déclarait sa puissance par les supplices .

 

 Représentation publique des peines

Longtemps la clé de voûte du système répressif, la peine de mort vise à « l’exécution définitive, de la société, d’individus reconnus incorrigibles ou dangereux » . L’exécution de la justice, prérogative royale, paraît ne s’être directement associée à la figure du prince que lorsque celui-ci octroyait une grâce. Le rituel de l’exécution masquait la présence du souverain dont l’Essence aurait été entachée par l’association au supplice et au bourreau. L’exécution publique était une représentation du pouvoir sans être une représentation du souverain . Cet enthousiaste et cette participation au spectacle judiciaire, par les applaudissements ou la contestation la plus violente, ne firent quand même pas de l’exécution la démonstration carnavalesque d’une fête intrinsèquement populaire : l’absence de désordre, qui était la règle générale du drame, parait le confirmer . C’est seulement à partir de la deuxième moitié du XVe siècle que le nombre ces exécutions commencent à augmenter .

L’exemple pour les populations est un des buts poursuivis par la justice . On fait donc un lien avec toute la publicité faite à l’exécution des sentences et tout le raffinement de châtiments secondaires qui s’ajoutent à la sentence . Dans cette même ligne de pensée, la mort du coupable est souvent précédée d’une amputation, très souvent de la main qui a tué ou de la langue qui a blasphémé. . L’ancienne France va donc au bout de sa logique. La publicité donnée à l’exécution des peines, fait partie intégrante de son système répressif . D’une extrémité à l’autre de l’échelle des peines, la recherche de l’exemplarité transforme l’exécution en spectacle à vocation édifiante. C’est évidemment dans la mise en scène de la peine de mort que la volonté d’effrayer, plus encore que la volonté de punir, se surpasse . Il y a donc autre chose derrière l’unité de lieu imposée au crime et à son châtiment : là où le sang de l’innocent a coulé, le sang du coupable doit être répandu, aussi l’exécution peut avoir lieu non seulement dans la ville du crime, mais à l’endroit précis où il a été perpétré . On remarque alors l’importance que la valeur des symboles représente pour cette société . Ainsi, le spectacle de l’exécution attire des populations très variées qu’il conduit au-delà de leurs préoccupations habituelles. Hommes et femmes, jeunes et adultes, ruraux et citadins, petit peuple, gens de métier et de boutique, bourgeois et beau monde se fondent dans la foule qui se presse un peu comme à la fête avec son bruit, son désordre, son animation .

 

 

 


 

 

 Métier de bourreaux 

L’utilisation de la torture a pu généraliser la professionnalisation du métier de bourreau. Il est probable qu’en France, on ait d’abord eu recours à des amateurs, volontaires ou forcés. Et avec elle, l’infamie, « dont les amateurs de jadis étaient exempts, mais qui marque ceux qui, de leur plein gré, leur ont succédé » .

 Leur travail et responsabilité

L’attribution principale des bourreaux provençaux était l’application des sentences de peines corporelles imposées par les juges. Celui-ci est donc, « un professionnel qui torture, blesse et tue des gens pour de l’argent » .

 Leur employeur

Certains bourreaux importants découvrirent qu’ils pouvaient, moyennant paiement d’un droit, obtenir des provisions d’office du roi lui-même ; ce qui les rendait propriétaires de leur charge. Toutefois au XVIIIe beaucoup exerçaient encore en vertu de provisions de l’autorité locale, ou même sans aucune provision, simplement grâce à l’assentiment des juges locaux . La création de cet office de bourreau de la cour, dans certaines circonscriptions, est certainement une des mesures d’encadrement les plus remarquables adoptées par l’administration comtale . Les autorités municipales donnent des gants aux bourreaux, afin que ses mains semblent rester pures après l’exécution . Ceci est d’autant plus facile que les bourreaux, même s’ils étaient souvent appelés à exercer leur art dans plusieurs circonscriptions, demeuraient attachés à une seule circonscription durant l’ensemble de leur période d’activité .

Dans le cas des bourreaux provinciaux, ils étaient certainement de petits serviteurs de l’État. Gages annuels, protection et hébergement lors des déplacements, attribution d’un logis à même le palais royal ainsi que les périphrases flatteuses : voilà des mesures qui contribuaient tant à rehausser l’image des exécuteurs dans l’appareil administratif comtal qu’à marquer une distance avec la masse du petit peuple provençal .

 Les exécutions et les exécutés

 Le coupable est agenouillé, les yeux bandés, la tête sur le billot… Déjà l’homme rouge brandit sa redoutable épée nue. Et brusquement des cris, un cavalier à fond de course qui envahit la place en brandissant un parchemin, Grâce, grâce… » . Le travail ne manquait pas, et comme les lieux d’exécution étaient aussi nombreux et variés que les prisons il lui fallait sans cesse se déplacer avec son « ustensile » et ses aides. Les plus anciens et principaux lieux patibulaires étaient la place principale de la Halle et la place de Grève . 

La grève n’a jamais été si pleine de monde que ce jour-là ; la plupart des chambres étaient louées. Toute la nuit on n’a fait qu’amener du monde dans les fiacres, et la Grève était toujours pleine de gens qui attendaient. Le froid était mordant, mais la foule alluma des feux et des marchands vendaient sur place de quoi manger et boire (…) Tout le monde riait, buvait, chantait, les spectateurs pour la plupart avaient réservé leurs places depuis plus d’un mois .

Aussi, toute peine est un spectacle, qui doit édifier les foules et, en même temps, affirmer la puissance publique. La marche à la mort, de la prison au lieu de l’exécution, s’effectue de manière plutôt particulière. On remarque que condamné est en chemise, pieds nus, la torche à la main, assisté par un confesseur souvent par des pénitents et est enfin conduit de la prison au parvis de l’église, où il prononce son amende honorable, puis il gagne la place où il devra subir sa peine. Il écoute la lecture du jugement puis il monte sur l’échafaud . Plus le crime est réputé atroce, plus le châtiment est théâtral.Et, si le peuple restait très conscient que c’était l’État qui rendait justice, le bourreau se posait alors apparemment comme seul responsable de la violence légitime . La représentation du roi sacré ne pouvait se réaliser que dans sa déresponsabilisation, que le bourreau exprimait en exécutant seul, avec la permission du prince, les rigueurs de la justice royale : le souverain était ainsi représenté par son absence .

On remarque que le bourreau s’occupe surtout des peines afflictives, c’est-à-dire, qui vont du simple bannissement, aux diverses peines capitales. La pendaison est la plus courante dans l’ensemble de la population, par contre, la décollation est la plus exercée parmi les crimes perpétrés par des nobles . 

 Leur vie sociale et personnelle

 Leur salaire et leur rendement financier

 

 


 

Pour ce qui est du salaire, nous pouvons en différencier trois sortes : la confiscation, le paiement à l’acte et le droit de havage, d’abord exercé en nature avant d’être converti en argent . Dans chaque ville et circonscription, nous pouvons remarquer que le salaire et les privilèges diffèrent. Pendant fort longtemps l’office de bourreau dut être traité « de gré à gré » par les magistrats ou les autorités locales. C’est le juge, ou le maïeur qui investissait de la fonction de celui qui l’acceptait .

Par exemple, les quittances dressées par les greffiers nous permettent de savoir que Geoffroy Thérage a touché : 20 sols tournois pour avoir traîné sur une claie et pendu, 60 sols tournois pour une pendaison et 46 sols tournois pour quatre pendaisons. Par la suite, d’autres avantages s’ajoutent au paiement. Par tradition, le corps du condamné lui appartenait. Alors, il pouvait obtenir les biens du condamné qui sont présent sur le corps lors de l’exécution. Il était aussi le titulaire du droit de havage sur les grains exposés en vente, c’est-à-dire autant que pouvait en contenir sa louche de fer blanc. Dans certaines villes, ce droit s’exerçait sur toutes les denrées, ce qui assurait la nourriture du bourreau et de ses aides : grain, huile, lait, fromage, viande et fruits .

Certains bourreaux sont exemptés de tous les droits sur les entrées de vins et boissons, privilège que l’on retrouve dans toutes les petites villes de France, sur le cidre et le vin en Normandie, et portant sur toutes les boissons avec cette précision : « pour ses besoins et ceux de sa maison seulement ». Ils étaient aussi exempts des tailles, aides et gabelles, droits de mouture au moulin banal et de loger les gens de guerre.

D'autres devaient  percevoir leur droit de havage en numéraire et non plus en nature. Ils perçoivent donc un sol par panier de fruits, un denier sur chaque marchand amenant du foin, dix-huit sols pour chaque cheval apportant une marée, cinq deniers sur chaque marchand de cresson, un sol un denier sur chaque marchand de poireaux .

Pour ce qui est des bourreaux provençaux, ceux-ci reçoivent deux deniers réforciats par jour pour ses gages, mais l’usage ne fait pas école. Aussi, en 1325, la cour royale accorde une livre et cinq sous coronats au bourreau pour une période de quatre-vingt-douze jours. Avant 1340, les bourreaux étaient gagés annuellement, à partir de cette année, les gages se font en fonction de leur charge de travail .

Finalement, les bourreaux avaient plusieurs moyens afin de gagner leur vie, que se soit le droit de havage, la confiscation et le paiement à l’acte. Peu importe les avantages et les privilèges de ceux-ci, il n’en reste pas moins que la famille de celui-ci était impliquée dans son métier, que ce soit directement ou indirectement.

 Leur famille

Dans la société , les bourreaux qui exercent évidemment publiquement ne sont pas toujours bien reçus par le restant de la population Par contre, les familles de ceux-ci sont en relation directe avec le métier de l’homme de la maison.

On remarque que les épouses des bourreaux sont personnellement influencées par ceci.  Dans la famille Sanson ,Charles Jean Baptisme a convolé en justes noces avec la fille du questionnaire, Jules Tronson, en 1738. Après la mort de sa femme, en 1740, il se remarie avec Jeanne Gabrielle Berger, issue d’une des plus anciennes et puissantes dynasties de bourreaux français. Il en naquit six fils et deux filles. Quand on sait que tous les garçons deviendront aides ou bourreaux, et que les filles épouseront à leur tour des membres de la confrérie, on sait l’importance « historique » de Charles Jean Baptiste Sanson . Barbara Lévy ajoute même : Charles avait eu de « Madeleine Tronson deux enfants : une fille, Madeleine-Claude-Gabrielle, qui épousa Pierre Hérisson, bourreau de Melun et un fils, Charles-Henri, appelé « le Grand », qui devait succéder à son père et devenir le membre le plus célèbre de la famille grâce au rôle qui lui échut pendant la révolution » . Aussi, Dans la maison de Charles-Henri Sanson, il était règle d’éviter la moindre allusion au métier de celui-ci, et la vie au foyer ressemblait à celle de tout autre ménage bourgeois de Paris à l’époque .

 

 

 

 


 

Pour ce qui est des enfants des bourreaux, écrivent-ils, ils se marient toujours entre eux et les fils succèdent aux pères plus inexorablement que des notaires ou des fabricants de moutarde. A l’appui, ils citent le cas du seul Desfourneaux qui ait osé transgresser. Il fut rejeté par sa famille, ses fiançailles avec la fille Deibler rompues et enfin, pris de remords, il se brûla la cervelle . Aussi, l’habitude se prit de faire succéder automatiquement le fils au père, ou le frère cadet à l’aîné. Puisque ces parias ne pouvaient trouver un autre gagne-pain, il était juste que leur subsistance fût assurée par la permanence de la fonction . Dans son étude, Françoise Siori nous informe que « l’étude de la torture en tant que système m’a permis de mettre en évidence le fait suivant : on ne naît pas tortionnaire, on le devient ; soit par une violente expérience de déculturation, soit par une initiation spécifique qui utilise des techniques traumatiques » .

Lors de la première exécution du premier des Sanson, c’est-à-dire Charles, la situation n’était pas idéale, il perdit connaissance sur l’échafaud. C’était un début de mauvais augure pour un homme qui devait non seulement remplir les fonctions d’exécuteur des hautes œuvres royales, mais aussi fonder une dynastie de bourreaux : « un homme dont le fils, les petits-fils et arrière-petits-fils marcheraient dans les traces, dont les petites-filles et arrière-petites-filles épouseraient des bourreaux, dont les frères, les oncles et les cousins manieraient la hache et l’épée, pendraient, disloqueraient, brûleraient, marqueraient, mutileraient, roueraient et guillotineraient dans toutes les villes et cités de France » .

Finalement, les familles des bourreaux ont été influencées par ce métier. Bien sûr, les enfants ont plus subi celle-ci, en suivant, souvent, les traces de leur père. Aussi, cela mena donc à des dynasties de bourreaux très importants pendant l’ancien régime, comme les Sanson. Ces dynasties seront toutes sous l’influence et dépendront tous, de la répression exercée par l’État français.

 La population face au métier de bourreau

En exerçant la profession de bourreau, ils se trouvent à susciter des réactions dans la population. Si le commun applaudissait à ses prouesses, il appréciait peu dans le privé l’individu. Bien pire que le croque-mort, on préférait le voir de loin que de près. Il était tenu systématiquement à l’écart. Par son costume, d’abord : pendant longtemps il ne put porter qu’un seul vêtement rouge et jaune. Quand il fut autorisé à s’habiller comme les autres, on lui interdit la couleur pourpre. Par sa maison encore . Le bourreau ne pouvait habiter qu’une maison, celle du pilori. Une description de cette demeure est faite par Francis Carco : « Une maison basse, close de murs qui, d’une part tenait à l’église Saint-Antoine et de l’Autre à la haute masse trapue de la prison. L’ensemble de ces maçonneries flanquait la droite du gibet… »

Aussi, en raison de l’infamie attachée à son métier, ils n’avaient pas le droit de toucher les denrées sur les marchés, et en particulier les grains. Il devait se servir d’une cuillère en fer-blanc, qui devint par la suite une mesure sur laquelle il prélevait son droit de havage, vu précédemment .

 


 

 Discrimination envers les bourreaux

Plusieurs éléments nous incitent à penser que les bourreaux n’étaient pas très populaires . Ils étaient contraints d’habiter hors des murs de la cité. Les siècles passent, mais les tabous restent. En 1709, alors que les bourreaux sont depuis longtemps normalement intégrés ; à la communauté, un arrêt du parlement de Paris rappelle que le maître des hautes œuvres, lui « ne peut demeurer dans l’enceinte de la ville, à moins que ce ne soit au pilori où son logement lui est donné » .

Vers les années 1780, l’Assemblée fut saisie d’un projet de loi qui réhabiliterait le bourreau. L’abbé Maury, qui était le principal orateur de droite de l’Assemblée, n’était pas tout à fait de cet avis : « l’exclusion des exécuteurs de la justice, dit-il, n’est point fondée sur un préjugé. Il est dans l’âme de tout homme de bien frémir à la vue de celui qui assassine de sang-froid son semblable. On dit que la loi exige cette action, mais la loi ordonne-t-elle à un homme d’être bourreau ? Ce préjugé est appuyé sur l’honneur qui doit être plus essentiellement respecté dans la monarchie » .

Aussi, un juriste du début du XVIIe siècle écrit, qu’« on pense universellement, que la profession d’exécuteur de la haute justice est infâme ». Infamie pour le moins paradoxale, qui épargne le juge dont la bouche a prononcé l’arrêt de mort et se reporte tout entière sur le subalterne dont le bras a exécuté la sentence. Il en a toujours été ainsi, aussi loin qu’on puisse remonter . Quoi de plus normal que l’homme qui a choisi de gagner sa vie en supprimant celle des autres soit mis au ban de la communauté ? Même si, comme c’est le cas, l’opinion publique ne remet pas en question la peine de mort et les supplices dont elle s’entoure, autre chose est de les infliger de ses propres mains . On comprend dans ces conditions qu’à moins d’être né dans une famille de bourreaux ou d’y entrer par mariage, la profession n’attire pas les candidats .

Il semble par contre que des attitudes nouvelles apparaissent à la fin du XVIIe siècle, comme on le remarque dans le Dictionnaire de Richelet, parut pour la première fois en 1680, qui nous annonce que le « bourreau n’est plus si en horreur qu’autrefois, puisque des gens de qualité font gloire d’aller faire débauche avec lui, et que des plus beaux esprits de l’Académie française lui dédient des livres » . Jean Guillaume y est décoré du titre de « principal arc-boutant de la justice » .

 

Source

DELARUE, Jacques, Le métier de bourreau : Du Moyen-Âge à aujourd’hui, Paris, Fayard, 1979. .

 

Le saviez-vous?

 


 

Sur le Champ à Seille, aujourd'hui Place Coislin, existait, au Moyen-Age, un lieu où l'on plongeait les suppliciés dans la "Xuppe", égoûts d'où sortaient les déchets de l'hôpital St-Nicolas. Le comdamné était descendu dans ce cloaque immonde autant de fois qu'il plaisait aux magistrats chargés de surveiller l'exécution.

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