Autres techniques

La broderie

 

Les origines de cet art millénaire sont oubliées. Des découvertes remontent à l'âge de bronze (1500 - 500 av. J.-C.) et à l'âge de fer (c. 500 -100 av. J.-C.), mais elles sont peu nombreuses. A partir des périodes anglo-saxonne (c. 400 - 1042 ap. J.-C.) et viking (c. 800 - 1050 ap. J.-C.), les exemples de broderies se font plus nombreux.

 Les vêtements et les étoffes d'ameublement étaient essentiels au Moyen-Âge car "les tissus richement décorés, les soieries, les tapisseries étaient synonymes d'opulence et venaient immédiatement derrière les métaux précieux et les bijoux" . Ces étoffes richement brodées et tissées étaient un signe de puissance, elles indiquaient le rang social de celui qui en possédait et en portait, et elles étaient donc recherchées.

 Pour rehausser la décoration de ces broderies, on les ornait de perles, camées, pierres précieuses et semi-précieuses, symboles de richesse. Des motifs en fil d'or étaient également ajoutés ; ils finirent par ne plus avoir qu'un rôle fonctionnel, celui de maintenir en place les différents ornements mentionnés ci-dessus.

 Si la broderie semble avoir été la prérogative des classes dirigeantes les plus aisées, au moins au début du Moyen-Âge, elle a par ailleurs constitué un élément important de la splendeur ecclésiastique.

 D'autre part, les ouvrages brodés faisaient également partie intégrante de la diplomatie internationale, constituant des cadeaux somptueux offerts aux rois, papes, princes et prélats.

 LES CREATEURS

Si certains brodeurs créaient leurs propres dessins, en général ils essayaient tous de s'assurer les services des meilleurs artistes disponibles pour réaliser notamment les vêtements richement décorés, les tentures et les rideaux de lit.

Les artistes travaillaient pour de riches commanditaires, appartenant à l'Église, à la noblesse ou aux classes dirigeantes. Ils réalisaient pour eux des fresques, des peintures sur bois. Il n'est donc pas surprenant que ces mécènes aient fait appel au même artiste pour leur dessiner des broderies. Pour le roi, les artistes peignaient des bannières héraldiques et des housses de chevaux, aussi bien pour les guerres que pour les joutes. A l'aide d'un pochoir, ils répétaient le même motif en or ou en argent sur de la soie fine afin de décorer les oriflammes, les housses de chevaux, les tentures murales et les rideaux de lit.

La production, en Italie et en Espagne, d'étoffes de soie décorées de motifs avait déjà commencé, mais l'application de motifs (héraldique, animaux, feuillage) au pochoir sur de la soie était plus rapide et moins coûteux.

Sur certains ouvrages où les points de broderie sont usés et les couleurs passées, on peut voir les fils de soie qui composent le fond qui témoignent du soin apporté par l'artiste au dessin préliminaire qui allait guider les brodeurs.

 Au début du XVe siècle, le peintre florentin Cennino Cennini compose son Il libro dell'arte. Les procédés décrits dans les trois parties composant cet ouvrage étaient ceux utilisés au XIVe siècle. Différents sujets sont traités dans ce guide, comme par exemple "la difficulté d'appliquer la peinture et la feuille d'or sur la toile des bannières et tentures".

On y trouve aussi des consignes destinées aux artistes devant réaliser des dessins pour les brodeurs.

Un autre exemple du contenu du livre est celui concernant le velours. Vers la fin du XIIIe siècle, cette étoffe de soie la plus onéreuse devient plus facilement disponible. Ce fond de broderie, plus riche et plus brillant, était recherché par toute personne voulant faire preuve d'opulence et afficher son rang. Les poils du tissu rendaient la broderie difficile à réaliser. Cennini conseille de travailler sur du taffetas blanc, de le découper au motif voulu et de le faire appliquer sur le velours par le brodeur.

 L'OUVRAGE DE BRODERIE

Au début du Moyen-Âge, la broderie civile semble avoir été peu utilisée, à l'exception, sur le continent, des manteaux de sacre précieusement conservés au fil du temps. "A cette époque et au cours des siècles qui suivirent, les soieries richement tissées importées d'Espagne, d'Italie, du Proche-Orient et parfois de Chine, satisfaisaient les désirs de vêtements décorés".

 A partir du début du XIVe siècle, l'augmentation des commandes royales entraîne la création d'ateliers particuliers pour répondre à la demande.

 Des pièces conservées témoignent d'une pratique qui consistait à sceller les bords des étoffes de soie et de coton avec de la cire. On a retrouvé des traces de cire sur les bords vifs des motifs brodés, réalisés avant d'être découpés et appliqués sur l'ouvrage.

La cire permettait également de fixer la peinture sur les bannières et les fanions et d'imperméabiliser les toiles protégeant les vêtements royaux, la literie et les tentures murales pendant leur transport.

 Au sujet de la réalisation des motifs de broderie, on a par exemple retrouvé dans un livre de comptes du XIVe siècle la mention de l'achat de six peaux de parchemins pour réaliser le patron des léopards destinés à une tunique d'armoiries où les léopards étaient ensuite brodés au fil d'or. On a également la mention de l'achat de grandes feuilles de papier pour la réalisation d'une housse de cheval décorée à la feuille d'or et d'argent.

 Les commanditaires étaient souvent pressés. Une solution pour répondre au problème de la rapidité d'exécution était de répéter les motifs, procédé qui deviendra courant pour la broderie civile et plus tard pour la broderie liturgique. Pour faciliter la réalisation de motifs répétitifs, " on traçait d'abord le dessin sur le papier, on en piquait le contour de petits trous et on reportait le dessin sur la toile en faisant pénétrer de la craie en poudre par ces trous. Le papier enlevé, une série de petits points de craie indiquait le contour du motif sur lequel on repassait à l'encre ou à la peinture ; l'excès de poudre était ensuite enlevé en y soufflant dessus ".

 La production de papier ne commença à augmenter qu'à partir du XIVe siècle. A l'époque où Cennini écrit, il était possible de se procurer, en Italie du moins, un papier blanc très fin qu'il conseille d'enduire d'huile de lin pour le rendre " transparent et bon ".

Il était également possible d'utiliser du parchemin soigneusement gratté pour le rendre transparent et de l'enduire d'huile de lin. Papiers et parchemins pouvaient parfois servir de fond à un motif de broderie, lui permettant ainsi de conserver sa forme pendant qu'il était brodé.

 Les bobines de fil n'existaient apparemment pas mais on a retrouvé des fils de soie enroulés sur des bâtons.

 L'enrichissement des broderies :

Les broderies médiévales étaient rehaussées de perles et de pierres précieuses et semi-précieuses, d'ornements en or, argent, d'émaux. Parfois de perles (décoration très populaire au Moyen-Âge, surtout les toutes petites) ou de paillettes de verre.

Ces symboles témoignaient et marquaient le rang social et la richesse et étaient présents dans l'Eglise, les cours royales et la noblesse ; "Associées aux soieries et velours aux dessins remarquables, l'effet devait vraiment être somptueux et impressionnant".

Ces broderies somptueuses étaient par ailleurs souvent offertes par de riches commanditaires à la recherche de faveurs ou d'influences.

A la fin du Moyen-Âge, le goût pour les ornements qui faisaient miroiter la lumière sur les vêtements et les harnois était très marqué. Un jeu de chatoiement était alors créé par chaque mouvement.

 LES COMMANDITAIRES :

La broderie, en tant qu'occupation familiale, était liée à l'aisance du ménage au Moyen-Âge. La majorité des femmes avaient peu de temps à y consacrer.

Rapidement, les brodeurs de métiers ne purent produire des ouvrages remarquablement exécutés que s'ils étaient commandités directement. Ils pouvaient ainsi couvrir les coûts des matériaux au fur et à mesure que l'ouvrage avançait, même si, dès le XIIIe siècle, les marchands étaient des intermédiaires anticipant la demande et facilitant la production.

Les églises étaient les premiers bénéficiaires de l'art de la broderie au Moyen-Âge.

Généralement, les commanditaires aimaient que leur nom figure sur la broderie, pour que chacun sache qui en était le donateur. Les broderies étaient même parfois rehaussées de motifs héraldiques sur la demande du commanditaire, pour rappeler la générosité et le rang social du donateur.

Le tricot

 

Pour certains historiens, les plus anciens vestiges de pièces de tricot, au sens propre du terme – c’est-à-dire le résultat d’un même fil enroulé sur lui-même en boucles, appelées mailles, à l’aide de plusieurs aiguilles et qui donne un tissu extensible – se composent de chaussettes, ou plus exactement de fragments de chaussettes coptes trouvées en Égypte, entre le XIe et le XIIIe siècles. Ce sont des pièces fines, le plus souvent dans des tons de coton blanc et indigo,

La technique du tricot, due donc probablement aux Coptes, gagne les pays du monde islamique via les conquêtes des Arabes : la Syrie en 632, Jérusalem en 635 – ce qui va provoquer les Croisades, l'Égypte en 640, le Maghreb en 647 ; ils montent ensuite vers le Portugal et l'Espagne en 711, la Sicile en 720, la France où comme chacun sait ils sont arrêtés à Poitiers en 732, les Maures restent en Espagne jusqu'en 1492

On admet qu’au Xe siècle, le tricot s’est répandu dans toute l'Europe. L’unification culturelle des pays chrétiens va participer à sa diffusion dans les pays européens. Religieuses et artisans tricotent pour les églises. Le développement du tricot est accéléré par des prescriptions liturgiques qui apparaissent en 785. Elles imposent aux évêques et prêtres de porter, pendant la consécration du pain et du vin pendant la messe, des gants non cousus, bien ajustés aux doigts. Ils sont d’abord tricotés en soie naturelle ou blanche, puis colorée, souvent en rouge, jamais en noir. Les premières mentions de gants liturgiques spécifiques datent du Xe siècle ; les plus anciens qui nous sont parvenus en France sont conservés à la basilique Saint-Sernin à Toulouse, ils datent du XIIIe siècle et témoignent du haut niveau technique de tricotage à la main de l’artisan bonnetier qui les a réalisés.

En Suisse sont conservés des bas et jambières tricotés entre le VIIe et le IXe siècle.

 On ne manque pas de citer aussi les housses de coussins tricotées, datant des XIIe et XIIIe siècles, provenant des tombes royales du monastère Santa María la Real de Huelgas, fondé par le roi Alphonse VI de León et de Castille pour abriter le mausolée de sa famille. Le plus ancien, pourpre, or et blanc, entièrement tricoté au fil de soie et point jersey très serré , placé sous la tête du prince Fernando de la Cerda, mort à vingt ans en 1275 est intact. Les motifs en jacquard à fils tirés représentent des fleurs de lys et des aigles encastrés dans des losanges sur une face, des châteaux à trois tours (ceux qui ont donné leur nom à la Castille) et des rosettes dans des octogones sur l'autre face. Il est bordé de glands verts un peu abîmés aux quatre coins et d’une lisière où se répète le mot barakah [en arabe : bénédiction], cette inscription atteste l’origine arabe de ces coussins.

 Dès le XIVe siècle, la technique du tricot s’est fortement répandue en Europe du Sud et dans certaines villes allemandes autour de la Baltique. La peinture la montre avec précision en représentant des madones dites « au tricot ». Le tricot se fait en rond, sur un jeu de quatre ou cinq aiguilles, probablement métalliques, non crochetées, tenues par les paumes, le fil dans la main droite. De fait les tricoteurs utilisent alors de deux à cinq aiguilles pour tricoter des fils de coton, de soie ou de laine, ils pratiquent déjà le jacquard.

 Parallèlement à cette évolution de la technique dans l’Europe méridionale, vers le Xe siècle, colportée par les envahisseurs normands, l’usage de tricots en grosse laine, exécutés au crochet ou sur de grosses aiguilles en os ou en bois, s’est introduit dans le Nord de l’Europe : Norvège, Finlande, Islande, îles anglo-normandes et plus généralement toutes les régions de culture celte. Des fouilles archéologiques en Lettonie, Pologne et certains pays scandinaves l’attestent.

 Ce sont donc l’expansion de l’Islam, les invasions normandes, les Croisades, le commerce et les conquêtes qui permettent la diffusion de la technique du tricot.

La soie

 

Le haut Moyen Âge avait continué à pratiquer les techniques antiques du textile sans grands changements, ni dans les matières employées, ni dans les outils utilisés. Il semble que, bien timidement, entre le Xe et le XIIe siècle se soient produites certaines mutations. Les transformations du XIIIe siècle sont plus larges et plus profondes. Des textiles nouveaux apparaissent assez tôt : le coton et le chanvre, avec des techniques particulières de préparation, la soie, article d’importation.

 Connue sous l’Empire romain, la soie demeurait un textile rare et cher. Les magnaneries byzantines de Grèce et de Syrie (VIe – VIIIe siècle), celles des Arabes de Sicile et d’Espagne (VIIIe – Xe siècle) fournirent une matière première plus abondante.

 Le XIIIe siècle ajoute à une technique déjà en évolution des mutations considérables, si considérables que l’on est en droit de se demander si, comme en Angleterre au XVIIIe siècle, l’industrie textile n’a pas joué un rôle moteur dans le progrès technique. Dans ce contexte, le travail de la soie occupa une place particulière.

 Il existe déjà, au début du XIIIe siècle, une forme primitive du moulinage du fil de soie. En 1221, le dictionnaire de Jean de Garlande, en 1226, le Livre des métiers d’Étienne Boileau énumèrent plusieurs sortes d’instruments qui doivent être des machines à retordre. Il semblerait qu’à Bologne, on assiste au passage à des instruments plus perfectionnés (entre 1270 et 1280). Dès le début du XIVe siècle à Lucques, de nombreux documents font allusion à des appareils complexes en usage.

 Le dévidoir, dérivé de l’industrie de la soie, se fait jour sous des formes multiples. Le rouet à caneter se répand : sa première représentation figure sur un vitrail de Chartres. L’ourdissoir à dents remplace l’ourdissoir au mur, allant de pair avec le rouet à bobiner dont des représentations figurent sur le vitrail de Chartres et la fresque de la Kunkelhaus de Cologne (vers 1300). Il est possible que cet ourdissoir à dents soit aussi venu de l’industrie de la soie : il uniformisait l’ourdissage et augmentait la longueur ourdie.

 Dès la fin du XIVe siècle, sans doute à cause de la grande crise du milieu de ce siècle, on s'orienta vers des techniques moins coûteuses, utilisant techniques et machines que les règlements antérieurs prohibaient généralement (utilisation de la laine de plus basse qualité, ensimage, cardage, rouet, métiers à plusieurs piés...). Dans le domaine de la soie on assista à l'expansion des filatures hydrauliques et du métier dit de Jean le Calabrais, qui se fait surtout au XVe siècle.

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