Les vikings

        

 		YouTube 				- DREKNOR ET LES  VIKINGS DEBARQUENT  13 et 14 juin 200Cliquez sur la vignette pour visionner la vidéo(4')



  

Les peuples en contact avec les Vikings leur ont donné différents noms : Normands pour les Francs, Danois pour les Anglais, Rus pour les Slaves, les Arabes et les Byzantins. Ils étaient parfois aussi qualifiés de « païens » ou d’« étrangers ». Varègue est le nom donné aux Vikings exerçant sur la route de l’Est (En Russie). Ils envahirent et finalement s’établirent sur des terres éloignées de leurs pays . Leurs expéditions audacieuses, les strandhögg, par voie terrestre ou maritime, ont eu un impact sur l’histoire de l’Europe et de la proche Asie. Profitant de leur inactivité liée aux longs hivers scandinaves et de la faiblesse du système de défense côtier, ils établirent de nombreux « comptoirs », nommés « vicus » par les peuples latins, notamment sur les côtes de la Manche et de la mer du Nord ou en Russie, du VIIIe au XIe siècle. Bien qu’ils se soient également installés aussi bien en Irlande, où ils ont fondé la plupart des villes (sauf Dublin), qu’en Grande-Bretagne (cf. Royaume viking d'York), c’est en Normandie et en Russie que leur entreprise a le mieux réussi, puisqu'ils sont à l'origine de puissants États.

Navigateurs hors pair, les Vikings furent d’abord des commerçants au long cours. Mais, plus qu’à l’hypothèse mauresque, la faiblesse militaire de l’empire carolingien à la mort de Charlemagne et des territoires situés au nord et à l’est de celui-ci, c'est à... qu’on doit l’attirance particulière que les côtes du nord de l’Europe exercèrent sur ces marins. Avec son faible tirant d’eau (parfois augmenté par un lest de pierres) et sa proue relevée, leurs bateaux naviguaient aussi bien à la voile qu’à la rame. Le terme utilisé en français est drakkar, dérivé du mot drekar et signifiant « dragons », qui désigne originellement les figures de proues ; datant de 1839 et créé par Auguste Jal (1795-1873), alors officier français attaché au ministère de la Marine sous la monarchie de Juillet. Il s’agit d’un barbarisme sans doute pour marquer les esprits. Embarqués à son bord, les Vikings menaient des raids d’une redoutable efficacité, jusqu’à l’intérieur des terres en remontant les fleuves ou en volant des chevaux.



Causes hypothétiques du phénomène

  Les écrits norrois de cette époque se bornant à quelques épitaphes runiques, l’analyse des historiens se fonde essentiellement sur les témoignages des victimes, souvent largement postérieurs aux événements, influencés et déformés. L’archéologie apporte cependant des éclaircissements déterminants. La réaction à la conquête franque de la Saxe « La chute de l’arbre sacré : L’Irminsul a la forme d’un tronc d’arbre et symbolise la colonne cosmique qui soutient la voûte céleste. Lors de la campagne de 772, Charlemagne le fait abattre solennellement afin de “chasser le diable” de Saxe.

 » Bruno Dumézil « La destruction du célèbre sanctuaire païen d’Irminsul n’eut pour effet que de les inciter à se venger en brûlant les édifices religieux en Hesse. Charlemagne, profondément religieux, convaincu que Dieu avait confié au peuple franc et à son souverain la tâche de répandre et de défendre la foi chrétienne, passa sa vie à combattre tous les païens d’Europe. Par le fer et le sang, il réussit à établir un empire chrétien sur la majeure partie de l’Europe occidentale. Particulièrement, le peuple qui occupait le nord de la Germanie à la frontière du Danemark, fut victime d’épouvantables massacres. (Alain Decaux, André Castelot) Le roi franc employa la force et la terreur « le baptême et la conversion ou la mort ». Le crime le plus marquant pour tout le monde païen fut sans doute le massacre de Verden en 782, les Francs décapitèrent 4 500 personnes, déportèrent 12 000 femmes et enfants parce qu'ils refusaient le baptême. En 785 probablement, Charlemagne instaura en Saxe le capitulaire De partibus Saxoniæ. Le chef des Saxons Widukind résista très longtemps et se réfugia à plusieurs reprises chez ses voisins nordiques (Danois) et se mit sous la protection de Sigfred « roi des Danois », puis il bénéficia de la protection du roi viking Godfred, son parent le successeur de Sigfred. La légende de Siegfried est probablement tirée de cet évènement entre Vikings et Saxons.

 Les Saxons et les Danois étaient très proches, ils avaient les mêmes croyances, la même culture, ils firent cause commune pour résister à l’empire chrétien. Widukind devint le parent de Godfred en épousant la princesse viking Geva de Vestfold, fille d’Oystein (Eystein) Ier de Vestfold (Westfold, Norvège) Parmi les causes ayant provoqué le phénomène viking, le traumatisme des massacres de Charlemagne qui voulait imposer sa foi par d’extrêmes violences, marqua profondément les Païens et notamment les Scandinaves qui voulurent se venger. Le professeur Rudolf Simek confirme la pertinence de cet argument religieux : « Une des causes de l’émergence de l’âge viking peut avoir été la progression du christianisme ». « Ce n’est pas un hasard si le début de l’activité viking s’est produit sous le règne de Charlemagne. La menace militaire franque, soumission des Frisons et des Saxons, à la frontière du Danemark, aurait « provoqué un changement soudain de l’attitude des Scandinaves [...] La montée du christianisme constituait une menace en soi. En conséquence il apparaît moins surprenant que le premier raid « officiel » viking se soit porté sur l’ile de Lindisfarne, et qu’il ait visé un monastère, à l’évidence le protagoniste sans défense de la nouvelle foi, qui constituait une menace politique et idéologique pour la Scandinavie».

Alain Decaux et André Castelot parlent de «complications de haine de religion » entre les Vikings et les Chrétiens, ce qui expliquerait selon eux que ce soient principalement les églises, les cloîtres et les autres édifices sacrés avec leurs habitants les nonnes, les moines et les prêtres qui étaient l’objet de la fureur, des insultes et des outrages des Normands encore païens et leur haine du christianisme. En l’an 882 les Vikings ne se contentèrent pas de piller le tombeau de Charlemagne à Aix la Chapelle, ils profanèrent la sépulture et la dépouille du grand Empereur de la chrétienté. Les témoignages des clercs chrétiens précisaient que les Vikings non contents de voler les biens de l’Église, piétinaient et s’acharnaient sur les reliques sacrées, insultaient et outrageaient, muent d’une véritable haine de la religion chrétienne. Les historiens voient dans ces sacrilèges des représailles à la christianisation forcée et les menaces contre le paganisme et les Scandinaves « Après les violences en Saxe contre le paganisme Charlemagne menaçait le Danemark d’une christianisation par le fer et le feu ». Ils soulignent que la conquête de la Saxe par Charlemagne coïncide avec les premiers raids vikings. « Les sources franques mentionnent des hostilités à la frontière danoise entre l’empire carolingien et les danois » L'historien Pierre Bauduin explique que « la crainte inspirée par la conquête du pays [la Saxe ndlr] et la brutale soumission de ses habitants eut sans doute sa part dans le mouvement d'expansion viking . Hypothèse déjà formulée par Lucien Musset. La résistance à la christianisation forcée ne fut pas anodine et explique en partie le phénomène viking, bon nombre d’entre eux se rebellaient contre la puissante Eglise qui voulait imposer sa religion.

Tous les premiers raids vikings visaient les édifices chrétiens et pas seulement pour leurs richesses, tous n’en détenaient pas. Les Francs cherchaient à convertir par la force tous les païens, les Scandinaves compris. L’historien François-Xavier Dillmann cite Montesquieu dans De l'esprit des lois , « Ils [Les Vikings ndlr] attribuoient aux ecclésiastiques la destruction de leurs idoles, et toutes les violences de Charlemagne, qui les avoient obligés les uns après les autres à se réfugier dans le nord. C’étoient des haines que quarante ou cinquante années n’avoient pu leur faire oublier ».

Les Vikings Danois attaquèrent, les Abodrites, un peuple allié de Charlemagne. Ils renforcèrent le Danevirke pour se protéger de l’empire chrétien qui les menaçait à leurs frontières, puis vers 810, 200 navires vikings se lancèrent sur la Frise. L’aspect le plus caractéristique du règne de Charlemagne est d’avoir mis l’Eglise à son service en associant les évêques et les abbés à l’administration de l’empire chrétien. Charlemagne - très pieux fonde de nombreux monastères qu’il dote richement - impose sa foi aux peuples conquis et veille à l’éducation des clercs. » Il instaure un véritable pouvoir religieux contrôlant l’Etat et l’armée au service de la Foi Chrétienne -

 Causes favorisant l'expansion viking

Comptoirs commerciaux, bons réseaux de renseignements

Au VIIe siècle , les Arabes perturbent le commerce en Méditerranée. En Europe, cela entraîne le développement de nouvelles voies commerciales vers le nord. Les marchands occidentaux y trouvent des fourrures, du bois, de l'ambre et de l'ivoire et échangent avec les Scandinaves du vin, de l'argent et des armes. Les comptoirs de Birka en Suède, de Hedeby et de Ribe sur les côtes du Jut land se développent. Les Scandinaves qui acceptent la « prima signatio » (Petit baptême chrétien) sont autorisés à commercer comme par le passé. Les Scandinaves commerçaient au moins depuis l’époque romaine, ils avaient coutume de s’installer à la belle saison dans des Vicus, ils connaissaient donc parfaitement le reste de l’Europe depuis fort longtemps. Leurs comptoirs commerciaux ont servi à « faire du renseignement» pour les futurs raids. Selon l'historien Stéphane Lebecq, « le commerce a pavé la voie aux raids vikings ».

 

  Déclin de l’Empire Carolingien

Charlemagne a tenté à maintes reprises des offensives contre le Danemark mais sans résultats. Il provoqua une réaction et c’est sous son règne qu’eurent lieu les premiers raids Vikings. L’empire Franc était très puissant et a pu résister aux attaques vikings. L’empire carolingien entame un long déclin après la mort de Charlemagne. Les Vikings profitent des faiblesses de ce vaste empire qui commence à se morceler, il est mal défendu et souvent en proie à des guerres internes. Commerçants, certains Scandinaves se transforment occasionnellement en pillards-

Pour le linguiste Régis Boyer, ce phénomène est renforcé par le mercenariat : les Carolingiens, seigneurs ou souverains, utilisaient les Vikings comme mercenaires lors de leurs guerres internes.  Cette lecture est cependant discutable. En Grande-Bretagne, les historiens constatent que ce sont les Vikings qui manipulent les souverains indigènes, surnommés Puppet-kings ; il serait étonnant que ceux qui dominent le jeu politique en Grande-Bretagne se contentent d'être des pions en France. Les faits semblent d'ailleurs suggérer que les Francs ont eu quelques difficultés à « contrôler leurs mercenaires ».

Les guerres intestines en Scandinavie

Les raids vikings commencent au VIIIe siècle, à cette époque, la Scandinavie est constituée d’une multitude de petits royaumes. La volonté d’établir des grands royaumes centralisateurs dans les pays Scandinaves n’apparaît qu’avec la christianisation. Des Princes par la conversion au christianisme bénéficient d'alliances chrétiennes, pour accéder au pouvoir. Au IXe siècle, le Danemark et dans une moindre mesure la Norvège connaissent une multitude de conflits internes liés à l'opposition entre les jarls et aux crises de succession. Le roi du Danemark peine à s'imposer aux différents clans et à sa famille même. Les raids en Europe financeraient les guerres entre aristocrates et augmenteraient le prestige des candidats au pouvoir.

 La faim de terres

Un hypothétique réchauffement climatique autour du Xe siècle aurait amplifié les raids vikings. Cela aurait entraîné la croissance des productions agricoles, et du coup, une hausse démographique. Les raids vikings auraient été un moyen de réponse à une faim de terre. Les historiens pensent que cet argument concerne au plus l'ouest de la Norvège. Au contraire pour l’historien François Neveux « On peut affirmer que l’argument de la surpopulation est aujourd’hui largement discrédité par les découvertes archéologiques ». L'archéologie rurale scandinave a révélé que les terres cultivées étaient moins étendues à l'époque viking qu'au début de notre ère[36]. On pourrait en déduire que la surpopulation ne semble donc pas avoir affecté la Scandinavie au VIIIe ou IXe siècle, mais il s'agirait d'une conclusion rapide : pour réduire la pression démographique, les Scandinaves pourraient avoir préféré conquérir des meilleures terres dans le sud plutôt que défricher des terres ingrates, gelées 6 mois par an. Mais le réchauffement climatique n’explique pas la cause des raids vikings puisque il ne commence qu’aux environs du Xe siècle et les premiers raids datent du VIIIe siècle. D'autre part ce réchauffement n’est pas prouvé et encore le sujet de nombreux débats. L'invention du drakkar, navire fin, léger et robuste, a permis ces expéditions lointaines- Mais le manque de terre est maintenant écarté par l’archéologie-


Les Vikings et la christianisation

« La mission par échanges culturels, puis par la parole, puis par l’épée »-

 « En avant, en avant, hommes du Christ, hommes de la croix, hommes du Roi! ». (Fram, fram, Kristsmenn, krossmen, konungsmenn!) Tel était le cri de bataille des convertisseurs « Christ, Croix et Roi » reprit par Olaf Tryggvason. Cette détermination annonçait les futures croisades «Nous allons marquer notre emblème sur nos casques et boucliers. Dessiner à la peinture blanche la Croix Sacrée» . La conversion au christianisme des Vikings s’est effectuée, de façon pacifique mais aussi violemment, sur plus de quatre siècles. Il ne s’agit pas d’une guerre de religion, car les Vikings étaient ouverts à d’autres dieux et croyances et y trouvaient parfois un intérêt politique et commercial. Les Nordiques habitués à commercer depuis très longtemps en Europe à l’époque païenne, entrèrent en contact avec la religion chrétienne suite aux premières missions d'évangélisation dans la première moitié du VIIIe siècle, c'est-à-dire avant l'expansion viking. « Tant que la foi chrétienne ne menaçait pas les anciennes coutumes, les païens considéraient le Christ avec indulgence »- Des Scandinaves n'ont pas hésité à intégrer Jésus dans leur panthéon aux côtés de leurs divinités traditionnelles comme Odin ou Thor. En 678 Saint Willibrord et Wilfrid d'York ont pour mission d’évangéliser Heligoland et le Danemark. En 716 Boniface de Mayence. Willibrord évêque d'Utrecht, récidive vers 725 mais il échoua à convertir les Danois. Rudolf Simek précise que la propagation du christianisme n’est pas due aux seuls missionnaires. Les résultats furent décevants l’Eglise eut recours à la force. En 737, le Roi Scandinave du Danemark érigea la première muraille du Danevirke contre les incursions de Charles Martel Le courage des missionnaires pour répandre leur foi en Scandinavie, ira parfois jusqu’à détruire des stèles païennes au prix de leurs vies. Ne parvenant pas à ses fins ni par la parole ni par les actes de vandalismes, l’Eglise eut recours à la violence : « Répandre sa foi par le fer et le sang ». Avec le règne de Charlemagne qui avait comme objectif de répandre et de défendre la foi chrétienne, sans hésiter à utiliser d’extrêmes violences (Verden), le Danemark fut menacé mais résista en agrandissant le Danevirke et en participant aux premiers raids vikings- Les Vikings veulent marquer les esprits à leur tour en s’attaquant à Lindisfarne, le 8 Juin 793. Ce prestigieux sanctuaire constituait le symbole de réussite de la christianisation en Angleterre. les Vikings renversèrent la croix de pierre, piétinèrent les saintes reliques, insultèrent, outragèrent et tuèrent les moines, muent d’une véritable haine de la religion chrétienne. L’émoi et le traumatisme des massacres de Charlemagne se firent ressentir dans toute la Scandinavie. Ce fut l’une des raisons qui provoqua les raids vikings qui souhaitaient se venger de la christianisation forcée. (Alain Decaux, André Castelot, François Neveux Rudolf Simek…) . Les chroniqueurs ont dépeint de la manière la plus noire, ces bandes de Vikings qui mettaient à sacs les édifices chrétiens, en leur prêtant là, des intentions religieuses. Quels motifs auraient pu empêcher ces bandes de maraudeurs nordiques d’attaquer des sanctuaires chrétiens, alors que les missionnaires chrétiens détruisaient les temples païens et qu’ils le feraient encore longtemps. Vers 822-825 la Scandinavie fut déclarée terre de mission. Les premiers baptêmes furent prodigués dès 823 par Ebbon, archevêque de Reims envoyé par Louis le Pieux. Puis en 826 par Ansgar, moine de Corbie Vers 832-851 l’Abbe Wala poursuivit la Christianisation Vers 876 le moine Anschaire et Harald à la Dent Bleue, évangélisèrent leurs sujets mais sans grands succès»

. L’Eglise impose la « prima signatio » (baptême simplifié) aux Vikings s’ils veulent continuer de commercer dans le monde chrétien. Peuple de commerçants avant tout, les vikings acceptent d’autant qu’ils ne voient pas d’objectioà compter parmi leurs dieux, un de plus. Lors de la cérémonie, ils reçoivent également une « aube » blanche. Certains se font baptiser plusieurs fois afin d’obtenir plusieurs tenues que leurs épouses transformaient. Le changement décisif se produisit lorsque de grands chefs se convertirent. Des princes comprirent tout l'intérêt d'embrasser une religion qui consolidait leur pouvoir.

En Francie, le jarl Rollon accepta d'être baptisé en échange de recevoir un territoire qui allait devenir le duché de Normandie. C'était un excellent critère d'intégration dans le monde franc. En Scandinavie, des rois se servirent de la religion du Christ afin de « dépasser les particularismes culturels et surtout les dissensions politiques entre clans »- Le but ultime étant d'unifier leur royaume. La christianisation engendra des résistances suivies de bannissements et de brutalités, car cette nouvelle foi était coercitive, imposant un dieu unique. Les Vikings avaient l’obligation d’abandonner leurs anciennes croyances. « L’Église n’autorise pas d’autres dieux, qu’elle considère comme des démons et des forces du Mal. Freyja, la Grande Déesse des Vikings, symbole de la fécondité, fut pour l’Église un objet de ridicule et de mépris » .


Progression du christianisme 

 Autour de 974, Otton II du Saint-Empire envahit le Danemark. Le roi Harald à la Dent Bleue et son allié norvégien, Håkon Sigurdsson, perdirent une bataille près du Danevirke et furent contraints, pour avoir la paix, d’accepter le baptême et de christianiser leur peuple mais une fois revenu en Norvège, Hakon se débarrassa des prêtres autour de lui et reprit ses anciennes croyances- En 985, Harald à la Dent Bleue, unifie et christianise le royaume sous sa poigne. Le prince norvégien Håkon le Bon se fit baptiser en Angleterre et, de retour en Norvège, entreprit une christianisation de son pays. Il rencontra une forte opposition à la propagation de sa foi. « En 933, des sujets de Hakon [le Bon] brûlèrent des églises, tuèrent des prêtres et forcèrent Hakon à abandonner son projet de christianiser tout le pays ». Maîtres du Trøndelag, les jarls de Lade, Håkon Grjotgardsson, son fils Sigurd Håkonsson puis son petit-fils Håkon Sigurdsson, résistèrent à la christianisation de la Norvège, restaurèrent le culte des anciens et des divinités malgré les efforts des rois, en particulier Harald à la pelisse grise.

« L’opposition à la foi chrétienne fut brisée environ vingt ans plus tard avec une violence peu chrétienne, d'abord par le roi Olaf Tryggvason, baptisé en 995.» « Il fit preuve d’une poigne évangélisatrice redoutable pendant les cinq ans de son règne sans doute mû par un fanatisme religieux hors du commun. Son œoeuvre fut achevée par Olaf Haraldson»(1016-1028). "Olaf Haraldsson lança la christianisation plutôt par l’épée que par le verbe. La résistance païenne fut tenace surtout dans le Trondelag de telle sorte que en 1030 le roi Olaf trouva la mort à la bataille de Stiklestad-

" Tryggvasson imposa le christianisme aux Féroé, avec l’aide du jeune chef féroïen Sigmundr Brestisson, (Faereyinga saga) et en Islande, en envoyant des missionnaires comme Thangbrandr dont l’efficacité n’avait d’égale que la violence (Kristni saga) . L'historien Olaf Olsen :"C’est également sous la pression d’Olaf Tryggvason qui menait alors un combat acharné contre le paganisme norvégien, que l’Islande accepta le christianisme " . Au cours d'une réunion de l'Althing au solstice d’été de l'an 999, les Islandais décidèrent, contraints et forcés, d'adopter le christianisme officiellement. «Les menaces du roi Olafr Tryggvason, qui décide de garder tous les fils de grands chefs islandais séjournant en Norvège, pèsent certainement d’un grand poids sur le fameux Althing de 999 »-

 Régis Boyer s'étonne que ce point soit souvent escamoté par les commentateurs. Il rappelle : « l'Islande se divise en deux camps, le païen et le chrétien, qui évitent de peu l'affrontement violent, juste avant l'ouverture de l'althing de 999». Thorgeirr Ljosvetningagodi, un chef reconnu des deux parties, est chargé de trancher : il décide après une très longue réflexion solitaire que tous les Islandais seront chrétiens. Cette décision est motivée aussi par la crainte d'une division religieuse, et donc politique, du pays entre païens et chrétiens, ces derniers étant déjà nombreux sur l'île. Ce risque de partition était d'autant plus grand que l'Islande ne connaissait pas ni roi ni quelconque prince à sa tête.

En Suède, malgré le zèle des missionnaires comme l’évêque Bruno de Querfurt, le paganisme demeurait encore au XIe siècle. Les missionnaires, voyant qu’ils ne pouvaient pas détruire les anciennes croyances, les christianisèrent progressivement en récupérant les anciennes déités païennes. Les Varègues furent contraints d’accepter la christianisation, en même temps que les Slaves, en 989, lors du baptême général ordonné par le roi Vladimir Ier "Le puissant roi chrétien Olof Skötkonung voulut imposer le christianisme, la résistance fut si forte que des missionnaires chrétiens furent attaqués et tués". Certains furent crucifiés-

 Rédigée vers 1230 par un aristocrate islandais, Snorri Sturluson, l'Histoire des rois de Norvège raconte la difficulté, la fragilité et la violence de l'implantation du christianisme en Norvège. Les textes de Snorri Sturluson lui-même vantaient les exactions chrétiennes. « Ceux qui n’abandonnaient pas le paganisme étaient expulsés, à d’autres il [ndlr Olaf Haraldson]) faisait couper les mains ou les pieds ou extirpait les yeux, pour certains il les faisait pendre ou décapiter, mais ne laissait impuni aucun de ceux qui ne voulaient servir Dieu (...) à qui il affligeait de grands châtiments (...). Il leur [au peuple norvégien] donna des clercs et en institua dans les districts... ».

« Olaf, roi de Norvège en 1016, vu comme un héros, était un conquérant sanguinaire, canonisé à sa mort, christianisateur et unificateur de la Norvège, il fut le champion, comme Charlemagne d’un pouvoir central fort et chrétien "


Les croyances vikings

« Nous autres camarades n’avons pas d’autre croyance qu’en nous-mêmes et en notre force et capacité de victoire, et cela nous suffit amplement. » — Formulation de Gauka-Thorir chapitre CCI Olafs saga hins Helga Cette formulation se retrouve dans d’autres textes, où ils affirment : ne croire qu’en leur propre puissance et capacité de réussir « eiginn mattr ok megin ». Ils disent ne croire qu’en leurs propres forces , et capacité de victoire « afl okkat » . Les Vikings ne sont en aucun cas des fatalistes subissant un destin. Ce sont avant tout des combattants et des hommes libres qui décident de leur sort au risque de déplaire aux dieux. Ils croient également à la magie et à la divination pour percer les projets de leurs ennemis, des dieux et des forces tutélaires, afin de changer le cours des évènements, d'anticiper sur le destin, donc de le modifier, car rien n'est écrit définitivement. Ces faits sont très éloignés et incompatibles avec la vision du Destin implacable des auteurs chrétiens qui ont rédigé ou corrigé la quasi totalité des documents dont nous disposons. Il n'y a donc pas de destin que leur volonté ne puisse modifier.

 « les Scandinaves étaient des hommes d’actions prisant les valeurs d’actions et on leur fait tort en les accablant de pratiques et de concepts dont, sans aucun doute, ils eussent été fort empêchés !»


 Héritage

Comme celle des autres peuples germaniques, les croyances Vikings, avant la christianisation, sont mal connues. La mythologie Viking a été réinventée de toutes pièces par les chrétiens, lors de la période Normande. À l’origine "les pères des Vikings" avaient le culte d’une Déesse Mère et des grandes forces naturelles qu’ils ont représentées plus tard par la création d’un panthéon qui compte notamment Odin, Thor, Jord, Frigg, Freyja , Freyr... et le grand arbre Yggdrasill. Il existe des témoignages de l'époque romaine décrivant ce que l'on nomme « les pères des Vikings » en ces termes : « ils (germains du nord) n’ont ni druides qui président au culte des dieux, ni aucun goût pour les sacrifices, ils ne rangent au nombre des dieux que ceux qu’ils voient et dont ils ressentent manifestement les bienfaits, le Soleil, le feu, la Lune. Ils n’ont même pas entendu parler des autres. »

César dans Comentarii De Bello Gallico VI, 21 « ils répugnaient à présenter leurs Dieux sous formes humaines, il leur semble peu convenable à la grandeur des habitants du ciel, ils leur consacrent les bois, les bocages et donnent le nom de Dieux (et Landvaettir) à cette réalité mystérieuse que leur seule piété leur fait voir »

« Aucun de ces peuples ne se distingue des autres par rien de notable, sinon qu’ils ont un culte commun pour Nerthus c'est-à-dire la Terre Mère, croient qu’elle intervient dans les affaires des hommes et circule parmi les peuples » (La grande Aïeule primordiale, la Stammor, Jord, Fjorgyn, la Déesse Mère.) Tacite. Germania IX,3


Religion

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Nous ne pouvons pas parler de religion, la langue ne dispose pas de vocable pour « religion » quoique les textes médiévaux mentionnent le vocable Forn siðr pour désigner le paganisme scandinave. Leurs croyances ne possèdent aucun crédo, pas de prières, pas de prêtres, ni ordre religieux, ni temples, sans foi, sans dogmes..., mais une totale liberté de pensée. L'Islande devenue chrétienne, l'Église ne badine pas plus là qu'ailleurs sur la stricte observance de ses lois-La rédaction deux siècles après l’âge Viking, donne latitude à l’Église, d’entreprendre un travail patient et opiniâtre d’éradication, bien connu -

D'’autre part,les auteurs Snorri et Saxo Grammaticus s’efforceront bien de reconstituer un panthéon organisé vaille que vaille autour de quelques grands dieux en se contredisant souvent et parfois gravement. Il n’est pas difficile de montrer l’inconsistance de leur doctrine, notamment dans leur application à faire de l’évhémérisme . L'archéologie, l'histoire, et le passage à l'étamine de toutes nos sources, et en considérant avec plus d'attention les témoignages antérieurs à la domination chrétienne, qui semblent

 être les plus objectifs (comme ceux cités plus haut dans le chapitre héritage), permettront d'avoir une idée plus précise de ce qui auraient pu être les "Croyances Vikings".


Origines géographiques et aires d’expansion

Expansion viking du VIIIe au XIe siècle

L'origine géographique des Vikings aurait déterminé, dit-on, la direction de leur expansion. Les Varègues (Suèdois) se seraient dirigés vers l'est, autour de la Baltique et en Russie. Les "Norvégiens" auraient concentré leur raids sur les îles Britanniques tandis que les Danois se seraient répandus autour de la Mer du Nord, de la Manche et sur les côtes atlantiques de la Gaule. Toutefois, toute sectorisation trop rigoureuse serait néanmoins à bannir. Les bandes vikings mêlent parfois Danois et Norvégiens et certaines régions comme l'Irlande ou l'Angleterre sont disputées entre ces deux peuples. 

 Les Varègues 

 Les Vikings originaires de l’actuelle Suède, bientôt nommés « Varègues », étendent leur domination à l’Est de la Mer Baltique. Vivant du commerce, de la piraterie et du pillage, et s’offrant comme mercenaires, ils écument le réseau fluvial et lacustre des futures Ukraine et Russie (avec leurs "Drakkars" à faible tirant d'eau), leur but ultime étant d'atteindre Constantinople. Certains Varègues y parviennent, descendant le Dniepr puis traversant la Mer Noire. En 838, ils se présentent devant la capitale de l'Empire byzantin. Plus tard, l'empereur en recrute pour composer sa garde personnelle.

D'autres Varègues empruntent une route plus longue : ils suivent la Volga, naviguent sur la Mer Caspienne, passent par Bagdad pour rejoindre Constantinople. Dans les années 1040, une expédition varègue dirigée par Ingvar atteint même l’Afghanistan. Les "Suédois" arrivent dans la future Russie à l'invitation des tribus slaves et finnoises, incapables de se gouverner. Ils établissent plusieurs comptoirs et fondent un État autour de Novgorod puis un second autour de Kiev. L'union de ces deux parties forme l'embryon de la Russie, le pays des Rus. Rus étant le nom que les Slaves, les Grecs et les Arabes de l'époque donnent aux Vikings-

 Vers l'ouest, classiquement, les Danois et les Norvégiens 

 Les Danois organisent des expéditions massives, souvent sous le commandements de rois ou de chefs influents. Ils orientent leurs conquêtes et leurs pillages le long des côtes de la mer du Nord, de la Manche et de l'océan Atlantique. Leur raids commencent dès la fin du VIIIe siècle mais s'intensifient après la mort de Charlemagne (814) et la déliquescence de son empire. À l'évidence, les Scandinaves profitent de cette faiblesse politique. Ils sont également poussées au pillage par leurs guerres internes et les Danois partent en raid sans doute pour financer leurs conflits au Danemark et pour s’auréoler du prestige du conquérant. Morcelée en multiples royaumes, l'Angleterre est particulièrement touchée. L’Humber et la Tamise constituaient des voies de pénétration privilégiées pour les navires vikings. Entre 875 et 879, les Danois battirent les souverains locaux du nord-est de l'Angleterre et fondèrent une sorte de royaume autour de York. Ce territoire s'agrandit aux dépens des rois anglo-saxons jusqu'à recouvrir les provinces de Northumberland, East Anglia, les Five Burroughs (Stamford, Leicester, Derby, Nottingham et Lincoln) et les Midlands du Sud-Est. Alfred le Grand, roi du Wessex, arrêta cette expansion et reconnut en 886 le royaume viking qui prit progressivement le nom de Danelaw, « le pays sous la loi danoise ». En tant qu'État indépendant, le Danelaw survécut jusqu'en 954, assez longtemps pour que cette partie de l'Angleterre connut une imprégnation de la langue scandinave. La densité des toponymes en -by, -beck, -fell, -thwaite, -thorp et -toft l'atteste. Certains mots anglais d'aujourd'hui comme egg ou law proviennent du vieux norrois.

La Gaule présentait aussi une façade maritime très ouverte ; les Vikings empruntèrent régulièrement la Seine, la Loire, la Garonne et les petits fleuves côtiers. Les chroniques des monastères nous apprennent que la Seine charria des flottes scandinaves en 841, en 845, en 851, en 852 et en 856. Ensuite, les envahisseurs choisirent d'hiverner sur une île fluviale. Les Vikings envahissant la Gaule reçurent le nom de « Normands » avant de s’établir durablement dans la région qui porte aujourd’hui le nom de Normandie. Dans la Bretagne voisine, les envahisseurs trouvent un terrain favorable à leur expansion. Dans un premier temps parce que le roi breton Erispoë ne dédaigne pas l'alliance des Vikings dans son combat contre les Francs. Dans un second temps, parce que les guerres de succession à la tête de la Bretagne favorise l'emploi de Scandinaves comme mercenaires puis leur installation. A partir de 919, les Vikings deviennent les maîtres de la Bretagne, plus précisément de la région autour de Nantes. Ces Normands de la Loire sont chassés par Alain Barbetorte, petit-fils du dernier roi des Bretons, entre 936 et 939. La Bretagne a failli devenir une seconde Normandie. 

Moins bien organisés que leurs voisins danois, les Vikings originaires des côtes occidentales de la Scandinavie (l’actuelle Norvège) formaient des groupes d'individus isolés qui s'attaquèrent à l'Occident dans un but de pillage mais aussi de colonisation. Ils recherchaient en effet des terres agro-pastorales. Leur aire d'expansion recouvre l’Écosse, l’Irlande, le nord-est de l'Angleterre ainsi que les petites îles plus septentrionales comme les îles Féroé, les Orcades, les Hébrides ou les Shetlands. L'Irlande constituait une proie de premier choix pour les envahisseurs : riche de ses prestigieux monastères, l'île était divisée en sept "royaumes"qui ne cessaient de se faire la guerre. Vers 840, le Norvégien Turgeis amorça la conquête du pays. Conquête rendue difficile par l'intervention des Danois du Danelaw. Preuve des rapports conflictuels qui pouvaient exister entre les Vikings. L'apport scandinave en Irlande est en tout cas indéniable puisqu'ils sont notamment à l'origine des villes de Wexford, Waterford, Cork et Limerick. Des îles Britanniques, les Norvégiens se lancèrent à l'attaque des côtes occidentales de la Gaule et de la péninsule ibérique. D'autres gagnèrent l’Islande. Sur cette île proche du cercle polaire arctique, le but n'était pas de razzier mais bien de coloniser. Arrivés en 870, les premiers colons, des Norvégiens mais aussi des Irlandais et autres Celtes, construisent des fermes. Ils cultivent la terre, élèvent des ovins, des bovins ou des chevaux ou chassent les mammifères marins. L'historien Régis Boyer estime que c'est sur cette île isolée que s'exprima le « génie viking ». Les colons formèrent une société originale, dominée non pas par un roi ou un jarl mais par une assemblée, l'Althing. D'Islande, provient une précieuse partie de la littérature scandinave, au premier chef les sagas et les Eddas (poèmes).


Les aires d'expansion extrême : Méditerranée, Groenland et Amérique

Remarquables navigateurs, les Vikings s'aventurèrent très loin de leur patrie en procédant par bonds. D'Angleterre ou de France, certains assaillirent la péninsule ibérique. En 844, Séville et Cadix alors aux mains des Maures furent ravagées par une flotte remontant le Guadalquivir. Les Vikings pénétrèrent en Méditerranée par le détroit de Gibraltar. En 859-860, ils atteignirent le port de Luni près de Pise. Selon le Livre des Islandais, des Vikings commandés par Erik le Rouge partirent en 982 ou 983 d'Islande et mirent le cap vers l'ouest. Après quelques jours de navigation, ils rencontrèrent l'immense masse du Groenland. L'île parut si attirante (le climat était sûrement à l'époque plus favorable) qu'Erik y revint deux ans plus tard afin de coloniser les lieux. L'archéologie a retrouvé une ferme qui atteste de l'occupation viking sous ces hautes latitudes dès la fin du Xe siècle- Les Vikings auraient aussi mis les pieds en Amérique, et ce bien avant Christophe Colomb. En effet, plusieurs sagas, en particulier la Saga des Groenlandais et la Saga d'Erik le Rouge, racontent l'exploration d'une région appelée Vinland par des groupes vikings en l'an 1000. Or dès le XIXe siècle, des érudits émirent l'idée que ce Vinland était en Amérique du Nord. En 1960, les archéologues norvégiens Helge et Anne Stine Ingstad découvrirent au nord de Terre-Neuve les ruines d'un campement qui se révéla d'origine viking. D'après les analyses du carbone 14, ce site de L'Anse aux Meadows datait entre 980 et 1020[94]. Il constituerait la preuve que les premiers Européens à débarquer en Amérique étaient des Vikings. Toutefois, cette découverte archéologique ne fait pas encore l'unanimité chez les scientifiques .On reste dans le domaine de la supposition , d'autant plus qu'appeler 'Vinland' (le pays du vin ) un endroit où jamais une vigne n'a poussé ( à cause du climat froid et humide) laisse perplexe-

 Les phases d'expansion 

 L'historiographie place traditionnellement en 793, année du saccage de l'abbaye de Lindisfarne, le début des invasions vikings. En réalité, des Norvégiens avaient déjà sévi quelques années plus tôt en 789 sur la côte méridionale de l'Angleterre. Mais l'épisode tragique de Lindisfarne a tellement frappé les contemporains que les historiens continuent à le présenter comme le premier événement de l'âge viking. L'historien Lucien Musset repère deux grandes phases d'invasions : la première entre 790 et 930 et la seconde entre 980 et 1030. Entre les deux périodes, l'Europe connut quelques dizaines d'années d'accalmie- Musset subdivise ensuite la première phase en trois mais cette partition n'est pertinente que pour les Danois envahissant la France : entre 800 et 850, les Vikings se contentent de piller les monastères ; entre 850 et 900, les Vikings découvrent la faiblesse des défenses franques et organisent de véritables opérations militaires depuis  des îles situées sur les fleuves francs ; ils procèdent de plus en plus par intimidation. Les populations s'en débarrassent temporairement en leur versant un tribut (le danegeld) de 900 à 950, c’est le temps de la colonisation : les Francs incapables de mettre fin aux invasions par la force autorisent les Vikings à s’installer sur leurs terres. Et Pierre Bauduin de préciser : « si ce schéma offre un cadre de lecture au mouvement viking, il ne correspond pas à un plan préétabli et les étapes en ont été franchies à des dates différentes selon les régions »

Régis Boyer propose une autre périodisation qui reprend partiellement celle de Musset. Il distingue trois « vagues » d'invasions : entre 800 et 850, les Vikings procèdent par tâtonnement et testent leurs adversaires. entre 850 et 900, sûrs de leur force, ils exploitent les territoires envahis, voire les conquièrent entre 980 et 1050, après une phase d'acca lmie qui a vu l'installation des Vikings en différentes régions (Angleterre, Normandie, Groenland...), des Scandinaves repartent sur les mers, dernier soubresaut des invasions. Il s'agit surtout de Danois qui s'attaquent à la Grande-Bretagne, et dans une moindre mesure, de Suédois qui se mettent en route pour l'Asie musulmane. Cette périodisation formulée par l'historien Danois Johannes Steenstrup (1844-1935) a été reprise par Lucien Musset qui l'a adaptée à la Neustrie. Les suivants de Musset ont repris cette périodisation et l'ont étendue au reste de la France sans autre forme de procès. Or, la conquête de la Gascogne dès 840 -largement ignorée par la plupart des chercheurs focalisés sur la Normandie- prouve que les attaques vikings n'ont pas été "progressives" partout et surtout que dès le début des invasions, les Vikings, loin de se comporter comme des pillards, ont affiché des ambitions politiques. 


Les raisons des succès vikings :

Le royaume franc dirigé par Charlemagne connait un raid dès 799 : point de départ d'une longue série d'attaques vikings, dont la plus connue est sans doute le siège de Paris en novembre 885. Si des mesures défensives sont rapidement prises après l'événement de 799, il n’en demeure pas moins que les incursions vikings restent d’une redoutable efficacité tout au long du IXe siècle. Ce succès s’explique d’abord par la vitesse d’exécution de la machine militaire viking, efficace et novatrice. Par ailleurs, la décadence politique de l'empire franc après 830 certainement facilite la tâche aux assaillants.

 

 

 Les atouts militaires vikings

Les premiers raids vikings sont surtout dirigés vers des cibles situées à proximité du rivage et consistent surtout à piller les villages ou les monastères avec peu de moyens, de façon à pouvoir regagner le large avec des richesses rapidement gagnées. Mais dès 830, une plus grande flotte attaquent des cibles (surtout des églises ou des monastères) à l’intérieur du pays. Des éclaireurs ou des espions vont reconnaître la disposition de leurs cibles et s’attardent même parfois en territoire franc. Noirmoutier, situé à l’embouchure de la Loire, figure parmi les premiers lieux à avoir servi de base fixe aux Vikings. À partir des a nnées 860, les Vikings entreprennent de conquérir et coloniser des territoires. Ce changement d’objectif nécessite une armée plus grande et mieux organisée. Les Danois en particulier savent rassembler plusieurs bandes dans un objectif précis. En 885-886, une armée portée par 700 navires se présente devant Paris-De fait, contrairement à ce que la lecture des chroniques monastiques tente de faire croire, les assaillants ne forment pas une marée humaine se déversant sur la Francie. En effet, la Scandinavie, à cette époque comme aujourd'hui, trop peu peuplée ne peut submerger par le nombre l'Occident. Leurs navires de guerre, appelés langskip ou snekkja (et non pas drakkar), sont l'outil de la réussite des envahisseurs. Longs en général d'une vingtaine de mètres, et mus à la rame et à la voile, la souplesse de leur coque les rend adaptés aux déplacements en haute mer tandis que leur légèreté, leur faible tirant d'eau leur permettent de remonter aisément les rivières-

Les Vikings peuvent également emporter leur flotte sur une bonne distance : durant le siège de Paris, ils l’auraient même traîné hors de la Seine pour la remettre à l’eau deux mille pieds plus loin, en amont de la Seine. Privilégiant la marche, les Vikings utilisent peu les chevaux du reste difficiles à obtenir. Ces hommes du Nord ne seraient pas à proprement parler des pirates, ne combattant pas en mer, leur flotte ne sert que pour le transport. Les armes scandinaves ne sont en rien supérieures à celles des Francs. Les guerriers sont généralement armés de haches, de grands glaives lourds, de lances, de javelots et de boucliers. À la grande hache scandinave (tenue à deux mains), répond la qualité des épées et des broignes franques. Ils utilisent aussi des épées d'origine anglo-saxonne. C’est l’élément tactique des Vikings et non l'armement qui garantit leur efficacité au combat. Ils utilisent notamment l’effet de surprise. Mais cet avantage disparait lorsqu'ils s'engagent dans la remontée des fleuves et dans l'arrière-pays car la nouvelle de leur présence est rapidement transmise de village en village. Les sources franques révèlent que les envahisseurs savent se retrancher dans devillage fortifiés fortifications qu'ils élèvent eux-mêmes. Lors d’un raid, les Vikings tuent ou emmènent des captifs. La nouvelle de ces violences causent la terreur chez les autochtones qui s'empressent de fuir ou de verser un tribut. Cette intimidation est une arme de dissuasion redoutable dont les effets sur l’adversaire, quoique non quantifiables, jouent sûrement un rôle important dans le succès des incursions vikings en Francie occidentale. Enfin, de façon générale, les Vikings ne s’attaquent qu’à des cibles beaucoup plus faibles qu’eux, évitant les armées et les batailles rangées, se repliant rapidement dès qu’ils rencontrent une résistance


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