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D’office, nous associons le mendiant à la pauvreté. Selon J.-P. Leguay, le pauvre « est celui qui utilise la totalité de ses ressources à (mal) se nourrir […], celui qui ne peut plus, à cause de son âge, d’une infirmité, de la maladieou de sa « foiblesse » accomplir une activité régulière, celui qui a connu […] la perte de ses moyens de travail et d’existence »
Le déclassement est parfois précoce, les enfants sont « habandonnez et delaissez soubz les portaulx » des églises ou des bâtiments publics. Ce sont des enfants illégitimes ou infirmes dont la mère a préféré se séparer malgré les risques de sanctions si la justice retrouve la fautive. Il est difficile de savoir combien d’enfants sont ainsi laissés aux caprices de la rue, mais cela semble fréquent, même dans les petites cités : à Morlaix, au XVème au moins deux cas par an sont répertoriés.
Parfois, ce sont des accidents de vie qui mènent à la rue : infirmité, maladie, vieillesse. La fin du XVème est marquée par une paupérisation des populations les plus fragiles suite aux épidémies, guerres. L’exode rural mène les saisonniers, travailleurs agricoles, bâtards de la campagne, chômeurs et soldats désoeuvrés vers la ville ou ils grossissent les rangs des pauvres.
C’est ainsi que cette population « d’inutiles au monde » se retrouve a mendier sa pitance afin de survivre.
On trouve plusieurs catégories chez les mendiants -
Les mendiants occasionnels se distinguent des professionnels : On les trouve surtout chez les plus fragiles sensibles à la conjoncture. Dans les pires années, 20% de la population peut se retrouver dans l’obligation defaire du porte à porte pour se nourrir.
Chez les professionnels, on distingue les vrais mendiants (vrais infirmes, vieillards, veuves sans ressources…), des faux. Ces derniers sont des « oyseul » préférant tendre la main que de travailler. On y trouve de faux aveugles, de faux malades et insensés. Tout un tas de recettes existent afin de simuler des maux divers et variés,des plus simples au moins ragoûtant.
Ce phénomène attire même l’attention de Charles VII au point qu’il émette une ordonnance qui condamne ceux qui extorquent « injustement les ausmones qui sont deues aux vrays pauvres de Dieu et en ce faisant commettent larcin »
Chez les vrais mendiants, il existe une hiérarchie qui se traduit par le placement. On s’impose par l’ancienneté ou par la force pour bénéficier d’une bonne place à la porte d’une église aisée ou d’un carrefour fréquenté. Ces mendiants « officiels » sont parfois cooptés comme à Nantes.
Ajoutons parmi les « mendiants par choix », les « Egyptiens » comme sont appelés les premiers gitans, mais aussi les « vaccabunds » et « boesmes ».
Dans tous les cas, ces mendiants rencontrent assez peu de compassion. Les farces et fabliaux les mettent souvent en scène, avec généralement une dérision parfois cruelle comme dans « Le garçon et l’aveugle » ou « lesmiracles de Sainte Geneviève ».
Les prostituées
La prostitution est la limite flottante de la morale : tantôt tolérée, tantôt prohibée (comme sous Saint Louis), elle est vue comme un mal nécessaire contribuant au maintien de l’ordre et à la protection des honnêtes femmes.La retape des « pouvres filles » est tolérée à condition de respecter certaines limites spatiales : on ne racole pas aux abords des églises, des couvents, écoles et sur les quais. Ainsi, au nom de la morale et de l’hygiène sociale,
on consigne les « filles fols de leurs corps » loin du regard, souvent dans les bas quartiers. Les rues chaudes portent souvent des noms fleuris : rue Brise-Miche, rue Gratte-cul ou rue Tire-Boudin… Souvent, les villes financent un bordel visant à contenir le phénomène dans les zones qui lui sont attribuée. De même, les estuves sont connues pour être des maisons de tolérance.
Bien souvent, au nom de la rentabilité, ce zonage est transgressé, malgré les sanctions possibles (emprisonnement, amende voir bannissement de la ville). A différentes reprises, on voit les prêtres et notables des beaux quartiers dénoncer ce voisinage gênant.
Plusieurs décisions sont prises pour éviter la contamination des femmes honnêtes. En plus des restrictions de lieux, des interdits vestimentaires sont mis en place : les dames de petite vertu sont donc interdites de toilettes luxueuses. Puis des signes vestimentaires sont imposés, différents selon les villes : ruban blanc à Avignon,morceau de drap jaune à la manche, aiguillettes d’une couleur donnée.
On remarque donc que la prostitution est de plus en plus institutionnalisée au cours du Moyen Âge-
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