Aucun élément à afficher

Lors de la construction de Notre dame, l'Evèque refusera le don d'un vitrail par les ribaudes parisiennes. Mais certains théologiens s'interrogeront sur le statut de ce métier si particulier. Thomas de Cobham estimera que les femmes "foles de leur cors" doivent être assimilées aux mercenaires. "Elles louent, en effet, leur corps et fournissent un travail. Si elles se repentent, elles peuvent garder les bénéfices de la prostitution pour en faire des aumônes. Mais si elles se prostituent par plaisir et et louent leur corps pour connaître la jouissance, alors elles ne fournissent pas un travail , et le bénéfice est aussi honteux que l'acte". Le « plus vieux métier du monde » ne s'exercera pas dans l'indifférence pendant les temps médiévaux, la prostitution depuis le code Alaric (5ème siècle) poursuit celles qui vendent leur corps et condamne ceux qui les soutiennent, les proxénètes. Sous Charlemagne, les prostituées étaient passibles de 300 coups de de fouet et la chevelure tondue.
Louis IX dans un édit de 1254, prône l'extradition. La prostitution devient souterraine suite à une forte répression et voit la fermeture des maisons de luxure. La population finit par se plaindre des restrictions, les viols se multipliant, ils mettaient en danger les filles ou les épouses des bourgeois. Sous la pression l'édit est révoqué et un nouveau décret ouvre de nouvelles conditions à la prostitution : seulement dans certains quartiers de la ville, à certaines heures ou moments de débauche général comme les carnavals ou le viol devenait pratique courante. Les Dames de bon rang exigèrent un code vestimentaire les différenciant, des autres Dames, dîtes de "petite vertu". Il fut donc interdit aux prostituées de vêtir dans de riches toilettes, et obligeant celles-ci à porter au cou un ruban de couleur jaune. Idem pour les souteneurs devant porter un habit de couleur jaune, afin de les éviter, ou sous peine d'être fouetté.
Il fut de fait interdit aux "filles ou femmes de joye, follieuses, ribaudes, bordelières, folles de leurs corps" de se mélanger avec la population. Saint Louis fut le premier, en 1254 à vouloir expulser ces dames du Royaume, après confiscation de leurs biens et vêtements. Ordonnance réitérée lors de son départ d'Aigues Mortes pour l'Outre Mer, avec un don au couvent des Filles Dieu ouvert aux filles repenties. En 1256, le roi devra se contenter de les expulser hors les murs et de leur interdire de travailler en centre ville, près des églises ou des cimetières.
Après cette édit prohibitionniste à la huitième croisade, le roi s'assouplit fortement, étonnant les prostituées suivirent les troupes. Il fut fait mention sur les "Livres de Compte d'État", que le Roi paya un salaire à 13.000 prostituées, pour répondre aux besoins des hommes loin de la terre natale et de leurs épouses... Au XIVème siècle on verra naître une reconnaissance de la prostitution. La maison close est reconnue par l'Eglise et la municipalité comme d'utilité publique. Et c'est le Clergé qui en prend couramment le contrôle... La prostitution est considérée dès lors comme un mal nécessaire. Néanmoins, les prostituées se devront à une pénitence de six ans, les clients de jeûner pendant 1O jours. L' Eglise considéra ces femmes comme des " Brebis égarées ". Elles furent autorisées à se former en corporation.
La prostitution, quoi que mal vue était tolérée est encadrée par le pouvoir politique. Il est vrai que ce genre de pratiques permettait de protéger la vertu des honnètes femmes. Il semble à la lecture de registres criminels que les viols, parfois en groupe, n'étaient pas rares au point que les historiens ont parlé de rite de passage à l'âge adulte pour les jeunes mâles entravés par un carcan social et religieux des plus pesant... Même la cité des Papes connaisaient quelques mauvais lieux, puisqu'un proverbe disait qu'on ne peut traverser le pont d'Avignon sans croiser deux moines, deux ânes et deux putains..."
Paris au 14ème siècle fut la ville la plus importante de l'Europe occidentale, environ 200 à 300.000 habitants. Au début du quinzième la population chutera brutalement de moitié, en raison de la grande peste de 1348. Plus exactement on parle de «feux et non d'habitants, terme désignant un foyer avec plusieurs personnes, et sur lequel on prélevait une taxe. Pour les chiffres de l'époque, il s'agit d'un peu plus de 60.000 foyers que l'on recense à Paris. Et encore, on ne prend en compte que les «feux» au sein des enceintes. La population des faubourgs et villages limitrophes n'est pas concernée, encore moins les marginaux hors de la ville et nombreux
Les marginaux parisiens sont composés principalement des mendiants, des vagabonds, des prostituées et des artistes. Pour les mentalités de l'époque être mendiant est en soit déjà un crime, être prostituée depuis Charlemagne, un délit passible de 300 coups de fouets et de la tonte. En raison des forts écarts économiques, l'on peut se douter que les plus pauvres pour survivre favorisaient des solutions pas toujours honnêtes ou morales. La violence sociale était telle, que la criminalité était une solution face aux questions quotidiennes (se loger, manger, s'habiller,...). La justice en cette fin de Moyen Âge s'est employée à réprimer sévèrement les couches sociales les plus défavorisées. La grande majorité des punitions se faisait à la vue d'un public. Les châtiments étaient corporelles et variaient selon l'estimation de la faute. On était passible de pendaison pour un incendie délibéré de maison, l'hérésie religieuse après maintes tortures se finissait le plus souvent sur le bûcher. Dernier exemple, la fausse monnaie valait pour condamnation à son auteur d'être jeté vivant dans l'eau bouillante.
La liste des supplices et idées tordues seraient longues. La notion d'altérité était quasi inexistante. Nous sommes face à une justice, qui n'est en fait qu'une justice de classe implacable. De triste mémoire, le gibet de Montfaucon à la sortie de Paris exhibait et laissait en nombre les corps de malheureux pendus au spectacle des passants. La prison n'avait pas pour but d'y maintenir les criminels en lieu sur, on n'y faisait que passer en l'attente de sa condamnation publique. Paris regorgea de prisons et de condamnés. Au Châtelet, la plus grande prison parisienne, le séjour coûtait six deniers pour une litière et un denier pour la " fossée ", soit un bout de geôle très humide comme seule solution pour ceux qui n'avaient aucuns moyens pécuniaires. La nourriture y était médiocre et insuffisante et les prisonniers dépendaient de l'aide éventuelle de visiteurs charitables ou des proches. Le séjour carcéral n'était pas quelque chose de rare ou pris comme dégradant. Sauf pour les pauvres dont les conditions étaient terrifiantes, et les peines plus sévères.
La délation est aussi un mode répandu par des appels au " voisinage " pour lutter contre les voyous. La police parisienne dispose des Sergents de Ville pour exécuter la justice prévôtale. Il y a peu de contrôle de leurs fonctions et les abus sont fréquents. Les sergents du Châtelet sont conscients de leur force et détestés par la population. Ils tirèrent le plus souvent profit de leur pouvoir. Difficile de savoir quels étaient leurs effectifs, au début du XIVe siècle, à Paris on estima à quatre-vingt policiers à cheval et autant à pied, mais moins ils subissaient contrôle et plus ils augmentaient en nombre. On peut supposer qu'en période de vacances de pouvoir ou de changements fréquents pendant la guerre de cent ans, ils disposèrent d'une emprise conséquente sur les citadins.
La société médiévale est marquée par la féodalisme et fossilise les relations sociales dans chaque fiefs, au dépend d'un plus grande unité territoriale. L'état de vagabondage et l'instabilité politique inquiètent. Le vagabondage devient progressivement un délit. Et l'on n'hésite pas à appréhender les personnes sans revenu, les soûlards, ou individus louches. Si vous étiez suspecter " de mauvaise vie ", l'expulsion de la ville ne tardait pas. Les migrations préoccupent les populations sédentaires, la peur de l'étranger domine. En 1351, l'ordonnance de Jean II le Bon marque le début d'une chasse aux indigents des centres ville, maintenant les plus pauvres hors des murailles ou des fortifications urbaines.
La ville au Moyen Âge vit sur la notion de quartier. On trouve ainsi à Paris des rues où dominent la pratique d'un travail ou d'un métier : bouchers, tanneurs, jongleurs, ...Les listes dressées pour le prélèvement de l'impôt de la taille recense la répartition des fortunes, mais nous ne savons pas grand chose sur les contribuables du Paris médiéval. Et rien ne permet d'indiquer avec exactitude où s'assemble la population la plus misérable ? Sauf à se concentrer sur les abords de la ville, ou dans ses faubourgs ou localités avoisinantes. Henri Sauval, (historien amateur du XVIIème siècle), écrivit un texte sur «la cour des miracles», dont il dénombra une dizaine de lieux similaires à Paris. Dans son récit, l'auteur situe l'action d'une de ces cour sur une vaste place et une longue ruelle. Juste derrière se tenait le couvent des Filles-Dieu (le couvent des prostituées repenties), non loin de l'emplacement des fortifications. Où se dressaient des cabanes en torchis, où se concentraient les "gueux". Pareillement cette cours réapparaît dans la fiction sur le Capitaine Fracasse au sein possiblement du deuxième arrondissement, à la limite des actuels grands boulevards.
Le clergé aussi est concerné par le crime. Certains individus entrent dans les ordres pour échapper à la justice, en particulier à la peine de mort, qui est assez coutumière. On trouve aussi une catégorie du clergé en situation d'errance. Allant de paroisse en paroisse pour trouver du travail, ils vivent avec les errants et s'adaptent aux murs des groupes. Les institutions ecclésiastiques sont inaptes face à la misère. Les Hôpitaux ne sont pas vraiment ce à quoi nous sommes habitués. Les pauvres, les mendiants, les prisonniers sont des pécheurs et s'ils se trouvent au sein d'un hôpital, c'est d'abord pour expier, les soins médicaux sont secondaires. Là, l'enfermement prend un sens pour l'époque. Reconnaître ses fautes et souffrir, c'est enfin vivre en bon chrétien et c'est seulement à ce titre que l'on peut échapper à la rue ou au crime.
Sources : B. GEREMEK, ancien ministre polonais, et historien de Paris au Moyen Âge.
Aucun commentaire pour l'instant, soyez le premier à laisser un commentaire.
Créer un site gratuit avec e-monsite.com - Signaler un contenu illicite
Concert Paris




