Les chrétiens et la richesse

 

La civilisation chrétienne médiévale prend sa source dans les écritures saintes. Ainsi, elle préconise la pauvreté et l’abnégation. La pauvreté apparaît alors comme une vertu résultat d’un choix délibéré. Parallèlement à cela, l’aumône est prônée en tant qu’instrument de rachat des péchés. Les pauvres se voient donc attribuer une raison d’exister permettant donc aux riches de racheter leurs péchés. L’apparition de la richesse monétaire et non plus terrienne fera apparaître un nouveau rapport à la pauvreté ; les premiers ordres mendiants voient le jour. Les XIIe et XIIIe siècles connaîtront ainsi, une forte augmentation du nombre d’œuvres de bienfaisance qui renforceront les liens établis entre les fidèles et les organisations religieuses ; une bienfaisance de classe est mise en place. Ainsi, les « pauvres honteux », c’est à dire les individus de bonne naissance ayant connu des incidents les conduisant à la misère, bénéficient d’une solidarité de classe de la part des privilégiés.

 

Le droit à l’assistance est cependant proportionnel aux conditions de vie du miséreux. Ainsi, on distingue les mendiants malhonnêtes qui préfèrent mendier plutôt que de gagner leur vie, des individus souffrant de misère physiologique. Dans ce cas, l’assistance immédiate est obligatoire et, si tel n’est pas le cas, le vol est considéré comme un droit et non comme un délit. L’Eglise perd peu à peu son rôle d’intermédiaire entre Dieu et les hommes, l’aide s’institutionnalise. Les hospitalitas (aumône) s’opposent aux liberalitas (assistance sociale) où les différentes classes sociales contribuent au soutien des plus démunis.

 

La mendicité devient de plus en plus honteuse, les ordres religieux la refusent, et des termes tels que « vilains » sont employés pour désigner les pauvres. On assiste donc à une contradiction entre l’éthos de la pauvreté qui devrait conduire à une admiration et la réalité. Seul les pauvres volontaires ayant choisi une vie asociale en devenant ermite sont l’objet de l’admiration de la société. Cependant, cette vie ne semble pas réellement asociale puisque la présence de ces ermites pacifie la forêt. Le plus grand intérêt est donc porté aux pauvres volontaires qui proviennent de toutes les classes sociales. De par la ressemblance qui frappe les pauvres volontaires et involontaires ont assimile relativement fréquemment les indigents à la sainteté.

 

Souvent préconisée par l’Eglise, l’aumône est très répandue au moyen âge. Cependant, elle possède également une grande place au sein de la vie laïque, avec par exemple d’importants versements d’aumônes à la mort d’une personne aisée. La distribution des aumônes est très organisée. Ainsi, les nécessiteux doivent porter un insigne leur donnant droit à l’assistance, leur nom est alors répertorié, des itinéraires sont mis en place par les pauvres, etc.… L’aumône prend un aspect quasi-ludique. En effet, comme les travailleurs qui ne parviennent pas à assurer leur subsistance acceptent eux aussi la charité, l’aumône devient donc un moment de rassemblement où différents groupes sociaux coexistent.

 

L’Eglise jouera un grand rôle dans la manière de distribuer l’aumône. En effet, l’acte de charité sera effectué de façon à être la moins ostentatoire possible. Ainsi, les dons seront collectivisés par l’Eglise pour être redistribués par la suite. La charité est alors plus une tradition chrétienne qu’une action motivée par le désir de secourir des individus dans le besoin. Aux XIIe et XIIIe siècles, la charité individuelle va se développer. Un véritable désir d’aider les pauvres va apparaître et le rôle de l’Eglise va se voir diminué. La liturgie de l’aumône prône cependant une assistance continue aux miséreux. On assiste donc à la mise en place de pauvre « pensionnés » dans différents instituts variant selon les individus et privilégiant les individus se trouvant dans la pauvreté par accident.

 

Au XIVe siècle, l’idée d’une assistance sociale gérée par l’Etat voit le jour, destinée à une aide ponctuelle. Des insignes sont donc distribués et le vagabondage est interdit.

 

Les mendiants ; quand à eux, semblent avoir mis au point des techniques professionnelles. Ainsi, la manière de s’habiller, la manifestation ostentatoire des infirmités ont une importance capitale dans le processus de pitié qui conduit à la charité. L’activité de mendicité s’institutionnalise puisqu’on assiste à la création de corporations de mendiants, le plus souvent de confréries d’aveugles. Une telle institutionnalisation permettra la création de réseaux de liens entre les pauvres et donc d’un soutien mutuel.

 

Cependant, l’ensemble de ces processus amène également à l’existence de soupçons permanents vers les pauvres, les donateurs doutant alors de la réalité de leur misère.

 

Le Moyen Age va connaître un important processus de paupérisation dû à un surpeuplement relatif ainsi qu’à une succession de crises économiques longues et courtes. En effet, les faibles rendements de l’agriculture conduisent à une constante angoisse et pire, à de fréquentes famines. L’introduction de l’économie marchande dans les campagnes au XVe siècle, introduisant le rachat de leur liberté par les paysans va fortement influencer le processus de paupérisation des catégories les moins favorisées. La société assiste donc à une forte augmentation des groupes de pauvres aux XIIIe et XIVe siècles.

 

L’apparition des paysans sans terre constitue également un grand changement ; ainsi, pour assurer leur subsistance, ces derniers doivent vendre leur force de travail. Avec la baisse du prix du travail journalier et la hausse du prix du blé, les pauvres sont obligés de migrer. Ainsi, à cette époque, 2/3 de la population est dans la précarité.

 

La misère rurale connaît deux formes principales ; d’une part, les cas isolés de pauvreté qui bénéficient de l’entraide et de l’assistance sociale, et d’autre part, la pauvreté due à l’arrivée de l’argent sur les marchés conduisant les individus non capables d’assurer leur subsistance à vendre leur force de travail. Les immigrés les plus riches se dirigent vers les villes où l’agriculture détient toujours une place importante.

 

L’arrivée de l’argent dans les villes instaure un certain nombre de changements. Ainsi, le nombre de domestiques augmente, et le travail commence à s’organiser. La main d’œuvre se déqualifie alors, c’est la naissance du prolétariat. Les femmes et les enfants, travaillent également bien que ce travail soit nettement moins considéré. De plus, les ouvriers non qualifiés ne peuvent pas faire partie d’une corporation, ce qui accentue leur misère matérielle ainsi que leurs désavantages sociaux. En ville, seul les riches peuvent avoir un jardin, ce qui constitue un important moyen de subsistance.

 

La pauvreté ne suscite plus la pitié, ni en ville ni à la campagne. En effet, les pauvres ne sont pas considérés comme des citoyens à part entière et les villes possèdent certains quartiers uniquement destinés aux pauvres. On assiste alors à l’apparition des premiers bidonvilles.

 

Le système médiéval basé sur l’aumône semble donc inefficace pour les pauvres travailleurs. Seule une aide basée sur la solidarité spontanée fonctionne.

 

La société moderne prend place au XVIe siècle. La période regroupant la fin du Moyen Age et le début des temps modernes rencontrera diverses évolutions, la société évoluant seulement au niveau local. Cependant, on retrouve tout de même une certaine unité de rythme de vie et d’évolution. Si du XIIe au XIVe siècle, les prix augmentent accompagnés d’une stagnation de la vie économique, la première moitié du XIVe rencontrera une baisse des prix conduisant à un ensemble de crises. En effet, la population augmente fortement alors que les productions agricoles stagnent. L’augmentation de la population conduit au morcellement des fermes et donc à la sous alimentation des paysans. Il faut toutefois noter que malgré les épidémies qui stoppèrent la croissance démographique, la crise perdura. Ainsi, au lieu de permettre une amélioration de l’économie, l’endiguement de la croissance démographique provoquera de nouvelles famines.

 

Au cours de la deuxième moitié du XIVe siècle, la quasi-abolition du servage induira certaines mutations sociales. En effet, la raréfaction de la main d’œuvre entraînera la hausse des prix des salaires. Certains Etats, comme la France et l’Angleterre, mettent alors en place des mesures répressives contre les individus qui refusent de travailler. L’Angleterre, l’Espagne et le Portugal fixeront également les salaires à un prix plus bas afin ‘éviter l’oisiveté. Cependant, l’adoption de salaires trop bas par rapport au prix du blé conduira à la sous-alimentation des salariés.

 

  La richesse, l'abondance de biens, de moyens, de revenus implique souvent une attitude peu charitable envers les plus pauvres qui va à l'encontre du dogme chrétien. D'autant plus que l'amour des biens matériels détourne l'homme de l'amour de Dieu et de la richesse spirituelle. Cependant, du XIème au XIIIème Siècle, l'Occident chrétien connait une expansion économique qui est la conséquence du développement technique de la production agricole, d'un essor du commerce et de mutations sociales. Dès lors, comment les chrétiens – qu'il s'agisse de l'Eglise, du clergé ou encore du peuple – s'adaptent-ils au contexte d'enrichissement de l'Occident? L'idéologie chrétienne condamne clairement la richesse et sacralise la pauvreté. Néanmoins, l'enrichissement paraît inéluctable puis bénéfique à l'Eglise. Cette attitude lance un fort mouvement de réaction religieuse qui se veut un retour aux sources du christianisme. Le nouvel enrichissement n'est plus matériel mais spirituel.

 

L'Evangile fait clairement l'apologie du pauvre. Les derniers seront les premiers, les premiers seront les derniers ». Autrement dit, tous les hommes appartenant au bas de la hiérarchie ne doivent pas s'offusquer de leur condition qui leur prépare une place au paradis. Le pauvre est ainsi associé à d'autres vertus chrétiennes, l'humilité ou « patientia » qui peut se permettre de se hisser vers l'au-delà et de connaître le Salut éternel. Le pauvre incarne la souffrance du Christ qui s'est fait pauvre pour l'éternité et pour l'humanité. Par conséquent, le Chevalier est un soldat du Christ et à ce titre, il doit protéger les plus démunis, défendre les pauvres.

Faire l'apologie du pauvre induit logiquement à dresser un réquisitoire contre les richesses. Ce mépris de la richesse se traduit à nouveau dans l'Evangile selon Saint-Matthieu, 19-24, où on trouve la célèbre expression « Il est plus aisé à un chameau de passer par le chas d'une aiguille qu'il ne l'est à un riche d'entrer au royaume de Dieu ». En fait, le riche n'est pas mauvais en soi mais il ne doit pas abuser de sa condition et faire preuve d'orgueil ou d'avarice qui sont des péchés capitaux, des vices de l'humanité. Le riche apparaît comme enlisé dans des préoccupations matérielles et à ce titre il n'a pas le temps de prier son seigneur et de se préparer une place au royaume des cieux. L'accumulation de richesse peut même le pousser à refuser de faire l'aumône et à s'accaparer malhonnêtement des biens des autres. Il est donc difficile de concilier la richesse et une foi bonne et sincère. Cependant, cette vision traditionnelle est remise en cause par l'évolution économique qui a lieu du XIème au XIIIème Siècle.

La période qui s'étend du XIème au XIIIème Siècle, voit l'essor de la Chrétienté. En effet, en l'espace de trois siècles, le commerce s'est étendu à des matières premières, à des denrées alimentaires, à des produits fabriqués qui deviennent indispensables à des groupes de plus en plus larges de consommateurs. Même s'il est exercé par une fraction minime de la population européenne médiévale, le commerce est devenu « le moteur principal du progrès économique » . Cette révolution se caractérise par de nombreuses innovations dans la technique des affaires: elle crée un vaste réseau d'échanges qui s'étend au XIIIème Siècle sur la plus grande partie de l'Europe. Par conséquent, la conversion de l'Église à cette nouvelle donne devient inévitable.

Grosso modo, il s'agit de montrer que l'Église profite de la croissance économique car davantage de récoltes signifie plus de dîmes et des donations nombreuses. La conséquence ultime est une richesse qui s'affiche dans la splendeur architecturale de l'art roman puis gothique. Pour preuve de ce « changement de cap » de l'Eglise, on peut noter qu'au Xème Siècle l'évêque Rathier de Vérone définit le marchand comme « un esclave du vice, un amant de l'argent » alors qu'au XIIIème Siècle les marchands sont les maîtres des villes, admis par l'Eglise, enviés par tous en raison de leur puissance et de leur richesse. Ainsi, il faut soulever ici un paradoxe: malgré la condamnation de la richesse par le Christ, l'Église est traditionnellement riche et surtout, cette richesse a des justifications traditionnelles qui restent valables à l'époque qui nous occupe. En effet, l'Église s'efforce de défendre l'idée selon laquelle la richesse permet de faire prospérer le christianisme étant donné qu'elle enrichit les établissements ecclésiastiques. D'autre part, la construction d'églises plus vastes et plus somptueuses trouve sa justification dans l'idée qu'il s'agit de bâtir des bâtiments à la gloire de Dieu et qui par conséquent doivent être les plus somptueux possibles. Dans d'autres cas, l'Église s'efforce de trouver un compromis entre l'idéologie chrétienne et la richesse.

Cette volonté s'illustre d'abord dans le débat autour du crédit. En fait, l'Église condamne l'usure en confondant celle-ci avec le prêt à intérêt. Ainsi, dans le but de satisfaire à la fois à la conscience des marchands et les besoins des commerces, les prêts « gratis et amore » ont été mis en place – ils dissimulent l'intérêt perçu. D'autre part, les prêts maritimes et contrats de change justifiaient la perception d'un intérêt par les risques courus par les créanciers. Dans le même logique de faire la part des choses, les reliques prennent alors une importance considérable tout au long de la période. En effet, leur possession est une marque de richesse spirituelle. Les reliques attirent partout les chrétiens car en les priant ils sont censés se protéger des maux de la Terre. Or, les transferts de reliques par des transactions financières sont inconcevables: on n'introduit pas l'argent dans des croyances d'ordre spirituel. Ainsi, on cachait ces transactions que l'on remplaçait par des vols de reliques où le voleur témoignait publiquement de ce geste. Il apparaissait alors que si celui qui s'était accaparé la relique avait réussi à le faire, c'est que le saint était prêt à se déplacer vers un endroit où il serait mieux traité. Enfin, l'Église a modéré sa critique envers les hommes riches en considérant que l'homme riche peut mériter l'au-delà par des moyens positifs. Il peut se livrer à des donations testamentaires, à de grands pèlerinages qui lui permettent à chaque étape de vénérer les reliques. Il apparaît donc que l'Église a offert à la société les mots d'ordre spirituel dont elle a besoin pour s'enrichir sans que cela n'entrave son Salut. Mais, son attitude imprime aussi à la recherche du Salut des formes nouvelles, certaines allant même jusqu'en réaction contre l'Église établie.

Les plus anciens sont à associer au monachisme traditionnel réuni autour de Cluny. En fait, les clunisiens souhaitent respecter les règles de Saint Benoit, un idéal de vie en collectivité. Le succès de cette règle est dû à un texte court et sobre qui peut être interprété de différentes façons. La vie du religieux se divise entre des périodes de travail manuel et des moments de prière pour occuper son esprit et l'éloigner du vice. Cependant, le monastère de Cluny s'enrichit de plus en plus, car il accueille surtout des aristocrates qui abandonnent tous leurs biens à la communauté au moment d'intégrer le monastère. De plus, les clunisiens s'éloignent du travail manuel et deviennent peu à peu non pas des producteurs de la terre mais des rentiers du sol. Leur vie apparaît même comme assez confortable – ils possèdent des cellules individuelles – alors qu'au même moment il se développe un christianisme christocentrique qui attache davantage d'importance au labeur.

Les tenants de ce mouvement sont les cisterciens. Ils dénoncent la pauvreté factice des clunisiens qui sont en réalité très riches collectivement. Ils souhaitent un retour aux sources de la vie apostologique – il s'agit d'imiter la figure du Christ. Ainsi, lorsqu'en 1098 quelques moines sous la direction de Robert de Molesme se sont établis à Cîteaux, ils souhaitent une rupture totale avec le monde qui se caractérise par la pauvreté, le silence, le travail manuel et le dépouillement des édifices de la liturgie. Les moines décident de cultiver eux-mêmes leurs domaines en s'intéressant aux techniques nouvelles de mise en valeur. De plus, ils refusent de recevoir des droits seigneuriaux et des taxes des paysans. Cependant, l'ordre finit par s'enrichir car les moines travaillent beaucoup beaucoup et dépensent peu. La richesse des maisons acquise grâce à une bonne gestion montre qu'il n'est pas possible de concilier l'idéal originel et la réalité du temps. Les cisterciens tombent malgré eux dans le défaut fustigé chez les clunisiens, la richesse.

Ce sont les Ordres mendiants qui vont chercher à aller plus loin dans le dénuement pour ne pas tomber dans les travers des clunisiens et des cisterciens. Il faut d'abord évoquer l'influence des hérétiques dans leur formation. En effet, les fondateurs des nouveaux ordres ont repris les méthodes et les genres de vie des vaudois ou encore des cathares. Ils utilisent la prédication itinérante et exigent une pauvreté radicale. Mais l'intransigeance des hommes considérés comme des hérétiques par l'Église risquait de détruire l'unité de la Chrétienté, surtout, ils remettent en cause la richesse de l'Église! L'Inquisition a donc dû les poursuivre. Dans l'époque qui nous intéresse, les plus influents furent les dominicains. La règle adoptée par les prêcheurs fait une grande place à la prière liturgique, à la méditation. Leur rôle fut considérable au XIIIème Siècle: ils suppléèrent en partie le clergé séculier dans ses tâches essentielles, la prédication et l'enseignement. Ils comprirent qu'il fallait assurer la direction spirituelle des masses et encadrer les nouveaux adeptes laïcs par de nouvelles forces de spiritualité. Les concernant, il s'agit surtout de mettre en lumière un paradoxe: ils vont finir par prendre en main l'Inquisition, qui est elle-même dirigée par l'Église. Cela prouve d'une part que même s'ils souhaitent une pauvreté mystique, ascétique, ils ne remettent pas en cause l'autorité chrétienne que l'Église chrétienne. On peut d'ailleurs même dire qu'ils la défendent à tout prix. Ils considèrent en fait qu'il ne faut pas discuter le pouvoir temporel car il est prétendu d'origine divine. D'autre part, la capacité que les Ordres mendiants ont pour exercer une profonde influence dans tous les ressorts de l'Église prouve que cette institution a été obligée de s'adapter aux aspirations d'un temps nouveau. D'autant plus qu'en acceptant les donations charitables des marchands, ils justifient ces richesses. Pour reprendre les mots de Le Goff « Ils sanctifient l'argent, eux qui le méprisent ». Enfin, il peut être intéressant d'évoquer l'ordre mendiant des Franciscains qui attache une si grande importance à la pauvreté que ce thème sera - au XIIIème Siècle et durant les siècles suivants - l'objet d'une controverse au sein de leur ordre qui a longtemps menacé son unité.

Il apparaît finalement que l'Église, prise dans ce mouvement d'enrichissement, a évolué pour finir par remettre en question l'idéal de pauvreté et accepter le marchand. Cependant, parmi les autres chrétiens, beaucoup ont réagi dans des mouvements qui, opposés à cette « déviation », voulaient revenir aux sources du christianisme. Il est d'ailleurs intéressant de se demander si ces siècles ne sont pas l'annonce des mesures équivoques prises par l'Église pour s'enrichir. Le point culminant a lieu au XVIème Siècle lorsque, pour financer le dôme de l'église Saint Pierre de Rome, le Pape a pu proposer les pardons des péchés contre la vente d'indulgences.

 

 

Source

LE GOFF Jacques: La Civilisation de l'Occident médiéval. Coll: Les grandes civilisations. Ed: Arthaud.

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