Aucun élément à afficher

A son apogée aux XII° et XIII° siècles, le Moyen Age n'a pas échappé à ces plaies que sont la marginalité, la délinquance et le crime. La criminalité pure (vols, meurtres, assassinats) se distingue nettement d'un délinquance mineure et d'une marginalité, sinon tolérées du moins contenues dans de strictes limites supportables, et, dans une certaine mesure, légales.
Canton nés dans certains quartiers, tous les individus menant une vie anormal (prostituées, proxénètes, mendiants ou lépreux) ont pu ainsi avoir leur place dans la société, voire bénéficier de certains priviléges, c'est-à-dire d'un statut.
Cette situation a une explication. Aux yeux de l'idéologie dominante -celle qu'exprime la voix du clergé- le marginal est aussi "de l'église", il est en quelque sort l'image de peuple du Christ écoutant le Sermon sur la montagne. On lui manifeste une tolérance réelle et une pitié dont, seuls, ne bénéficient pas les hérétiques. Le pauvre, le marginal apparaissent comme des sortes de Christ sur terre, donnant par conséquent au fidèle qui se montre charitable l'occasion et le moyen d'acquérir des mérites pour la vie future. Protégés par l'évêque et exerçant leurs activités à proximité des églises, les ribaudes et leurs souteneurs sont même admis aux offices de la cathédrale, peuvent faire des dons à des oeuvres pieuses, fleurir l'autel ou faire dire des messes à la chapelle de sainte Marie-Madeleine, leur patronne, et finissent parfois leur carrière en entrant dans la vie conventuelle.
Tout change à partir du XIV° siècle, lorsque se produit un renversement brutal de la mentalité portée à l'indulgence. L'affirmation de l'Etat tend à rendre beaucoup plus sévères les verdicts. L'église, elle-même s'adapte à ce revirement. Fait nouveau, il se produit une identification quasi générale entre ce qui était jusque-là le monde des marginaux, des pauvres, des errants, des exclus, et la pègre véritable du crime. Le lépreux est soupçonné de vouloir se venger de son mal en contaminant, par méchanceté pure, la population saine et on le tue.
L'errant devient un criminel en puissance. Quant au pèlerin, il cesse d'apparaître comme un saint homme: on le suspecte de n'être que la masque habile d'un brigand obligé de se cacher et, de ce fait, d'autant plus dangereux (fait curieux, le mot coquin dérive, d'ailleurs, de "coquille", c'est-à-dire de l'emblème qu'arbore le dévot se rendant à Saint-Jacques de Compostelle). Mais la raison essentielle, peut-être de la naissance d'une intolérance active à l'égard de la marginalité, c'est l'irruption massive d'une population étrangère, la migration bohémienne au début du XV° siècle en France et qui, pour des siècles, allait cristalliser dans le langage le caractère dangereux de la délinquance.
Au XIV° siècle commence une période difficile, le "temps des calamités". Les sols se sont épuisés, avec, pour conséquence, une sous-production alimentaire généralisé. Il se produit un refroidissement climatique cyclique -qui va durer plus d'un siècle et demi- qui engendre toute une série de récoltes mauvaises ou franchement catastrophiques. Disettes et famines occupent, en moyenne, deux années sur trois durant cette période que font ressentir comme insupportable la prolifération des bouches inutiles que sont les marginaux de tout poil. Privé de ressources de la charité publique et chassé de la ville où il résidait habituellement , le pauvre est vite assimilé au marginal vicieux et devient, aux yeux de la loi, un criminel en puissance. Or, ce qui saute aux yeux et transforme les peurs en haines, c'est le constat que la société est impuissante , à réprimer les vices et les méfaits du "mauvais peuple". L'arme qui est ressentie comme la plus efficace est assurément l'exercice d'une justice rigoureuse et impitoyable. Les verdicts sont d'une exceptionnelle sévérité: 79% de condamnations à mort pour la période 1389-1395 !. Dans un de ces verdicts, Colin Lenfant, un vagabond est condamné à la pendaison pour le motif d'être "inutile au monde".
Quand et pour quelle raisons diminuent en acuité le crime et la délinquance, qui donnent aux XIV° et XV° siècles, l'"automne" du Moyen Age, sa détestable originalité dans l'histoire sociale ? On n'a que de réponses fragmentaires.
Selon l'opinion de l'historien Geremek le développement de la délinquance et du crime serait le fruit d'une profonde désorganisation sociale, née du désespoir devant un avenir sans perspectives et se manifestant par une uniformisation des êtres dans le mal et dans la marginalité.
Aucun commentaire pour l'instant, soyez le premier à laisser un commentaire.
Créer un site gratuit avec e-monsite.com - Signaler un contenu illicite



