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Il fut un temps où on allait danser sur les tombes ! Au Moyen Age, le cimetière était un lieu où l'on se réunissait pour des marchés et des foires, pour des spectacles, pour des jeux et des divertissements, pour des assemblées de justice ou pour conclure des accords. Bref c'était un lieu de vie, de sociabilité et de rencontre pour les vivants. On y trouvait même des maisons et des ateliers avec leurs étals (ateliers de bouchers, de potiers, etc.). Situé au cœur des villes ou des villages, le cimetière du Moyen Age n'était pas ce havre de paix, lieu des seules cérémonies funéraires, qui nous est si familier. Il n'a rien à voir non plus avec les lieux funéraires de l'Antiquité, toujours relégués à l'écart des lieux habités, souvent le long des routes. Au Moyen Age, le cimetière est un lieu où cohabitent les vivants et les morts. Selon Michel Lauwers, le mouvement massif des défunts vers les lieux d'activité se produit à partir du VIIe siècle. Plus précisément, les sépultures se concentrent autour des lieux de culte. Puis, au terme d'un long processus,la terre funéraire deviendra, tout comme l'église à laquelle elle est accolée, un espace consacré. Ce qui est en jeu dans ce mouvement est l'identité de l'institution ecclésiale : en même temps qu'elle renforce son inscription spatiale et son enracinement dans la terre, elle envahit tout le champ de la vie et de la mort, réunissant sous sa coupe vivants et morts. Mais dès la fin du XIIe siècle, la dynamique change et une pastorale de la mort se développe. L'institution ecclésiale met fin à la cohabitation des morts et des vivants. Elle interdit les jeux, la danse et le commerce dans les cimetières. Elle couvre leurs murs d'images représentant des défunts entraînant avec eux les vivants. Comme l'écrit l'auteur, « le cimetière fut dès lors moins le lieu où les ancêtres confortaient les actes des vivants que celui, effrayant, où les vivants devaient contempler leur mort future ».
Avec le développement du christianisme, les cimetières étaient gérés par les paroisses. La plupart des cimetières étaient et restent encore souvent implantés à proximité immédiate d'un lieu de culte (églises, temples, etc.), ils sont considérés comme une terre sainte. De ce fait, les personnes excommuniées (selon les époques: les suicidés, les comédiens) n'avaient plus droit d'être enterré au cimetière : leur corps était enterré sans cérémonie religieuse aux portes de la ville, dans une fosse commune.
Richesse et pauvreté devant la mort au Moyen Age
Dans la première partie du Moyen Age, les obsèques comprennent quatre étapes : le deuil (assez violent, pleurs, vêtements déchirés…), l'absoute (seule partie religieuse), le convoi (laïc) et l'inhumation (peu solennelle). La cérémonie était probablement la même pour les pauvres et les riches. La différence de fortune se voyait plus à la matière du sarcophage et à la qualité de l'entourage.
Il y a, dans les épitaphes, une confusion entre la gloire terrestre et la gloire céleste. Les riches tombeaux servent moins à marquer le lieu de l'inhumation qu'à commémorer la mémoire du défunt. Une distinction réelle entre les deux n'est faite qu'au XVIe.
Ces évolutions traduisent une nouvelle conscience de soi qui impliquent également un changement des funérailles. Leur caractère clérical devient plus marqué : pendant la veillée, les moines récitent l'office des morts. Ensuite, de nombreuses messes étaient dites. Le corps est déposé devant l'autel avant d'être inhumé. Le convoi devient religieux (les prêtres qui accompagnent le convoi appartiennent généralement aux ordres mendiants). Le deuil est en revanche moins manifesté (ou on loue des pleureuses professionnelles en Espagne).
Tous ces facteurs contribuent à différencier fortement la mort des riches et celle des pauvres. Pour ces derniers, la présence des prêtres ne vient pas combler le vide laissé par la moindre solidarité du groupe. Participer à l'enterrement des pauvres devient alors une œuvre de charité à part entière. Des confréries se forment pour donner des intercesseurs et des prières aux pauvres. L'Eglise finit donc par intervenir dans les enterrements des pauvres comme dans ceux des riches.
- Les représentations de la mort aux XIIe et XIIIe siècles
Avant le XIIIe siècle, le visage du mort est toujours visible quand on procède à l'inhumation. A partir du XIIIe, il est dissimulé par un linceul ou dans un cercueil. Pendant les cérémonies qui précèdent l'enterrement, le cercueil est recouvert d'un catafalque (pièce de bois) qui porte parfois une statue représentant le mort. Pour avoir une représentation ressemblante, on développe la pratique du masque mortuaire, qui équivaut à une sorte de photographie. Cette pratique n'est pas contradictoire avec la volonté de masquer le mort. On reconstitue une image du vivant à partir de celle du mort.
-Une signification du macabre du XIVe-XVe siècle
Les thèmes macabres ont été instrumentalisés par l'Eglise pour susciter une peur de la damnation, et non un peur de la mort. Au départ, ces thèmes illustrent le sentiment d'un échec individuel. L'impuissance de l'homme est rattachée à la mort et au pourrissement physique (surtout au XVe siècle). Ce rapprochement entre la mort et l'échec fait naître un sentiment de mélancolie, de regret de la vie fragile et précieuse, mais pas de peur de la mort. Les images macabres traduisent une exaltation de ce sentiment.
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