La Danse macabre est un élément, le plus achevé, de l'art macabre du Moyen Âge, du XIVe au XVIe siècle. Par cette sarabande qui mêle morts et vivants, la Danse macabre souligne la vanité des distinctions sociales, dont se moquait le destin, fauchant le pape comme le pauvre prêtre, l'empereur comme le lansquenet.
Tout au long du XVe siècle et au début du XVIe, ce thème est peint a fresco sur les murs des églises et dans les cimetières d'Europe du Nord. Il est diffusé à travers l'Europe par les textes poétiques colportés par les troupes de théâtre de rues.
Cette forme d'expression est le résultat d'une prise de conscience et d'une réflexion sur la vie et la mort, dans une période où celle-ci est devenue plus présente et plus traumatisante. Les guerres — surtout la guerre de Cent Ans — les famines et la peste, que représentent souvent les trois cavaliers d e l'Apocalypse, ont décimé les populations-
Une des 17 gravures sur bois de la Danse macabre du cloître des Saints Innocents à Paris. Publiées en 1485 par deux éditeurs parisiens, Guyot Marchant et Verard, elles furent diffusées dans toute l’europe. Le seul exemplaire parvenu jusqu'à nous se trouve à la bibliothèque de Grenoble.
Contexte artistique
La Danse macabre est une étape dans la représentation de la Mort. Ce thème apparaît après celui du Dit des trois morts et des trois vifs, du Triomphe de la Mort, de l'Ars moriendi, du Mors de la Pomme, des Vanités et des Memento mori.
Mais alors que la leçon du Triomphe de la mort présente l'individu mourant, ayant le temps de faire un dernier examen de conscience, la Danse macabre entraîne celui-ci immédiatement vers la pourriture, en montrant une Mort insensible aux inégalités sociales.
XVe siècle

À l'origine, la Danse macabre constituait le sujet de représentations théâtrales populaires, les Mystères.
Elle prenait donc la forme d'échanges verbaux — le plus souvent de quatre lignes — entre la Mort et 24 personnes rangées par ordre hiérarchique. Un rôle prépondérant y était vraisemblablement attribué aux sept frères macabres, à leur mère et à Eléasar. Une représentation eut d'ailleurs lieu à Paris dans le cloître des Innocents en leur mémoire. D'où le nom consacré en latin de chorea macabæorum (danse macabre). D'autres théories prétendent que le mot « macabre » vient de l'arabe makabir qui signifie "tombeaux" ou "cimetière", ou encore d'un peintre du nom de Macabré. La prédication des Ordres mendiants contribua à la diffusion dans la chrétienté de ce thème du destin inéluctable de l'homme et de l'égalité de tous devant la mort.
* L'une des plus anciennes figurations de Danse macabre connue apparaît à Paris, en 1424, sur les murs du charnier du cloître des Saints Innocents. Cette fresque, aujourd'hui détruite, ne comportait que des hommes. Elle nous est parvenue à travers des gravures populaires que l'on retrouve dans le Manuscrit de Blois, au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale de France.

* Vers 1440, le moine anglais John Lydgate traduisit le poème et recopia la représentation du charnier des Saints Innocents sur l'église Saint Paul de Londres- Le thème de la Danse macabre se diffusa ainsi en Angleterre.
* On retrouve autour de 1460, dans l'église de Lübeck, une Danse macabre apparue lors du passage de la « mort noire » (la peste). Cette peinture murale de la chapelle de la mort fut en partie annotée par Bernt Notke. Les vers en allemand populaire ont partiellement été conservés jusqu'à aujourd'hui.
La danse macabre y est représentée sous sa forme la plus simple : 24 figures humaines, ecclésiastiques et laïques, dans l'ordre décroissant de pape, empereur, impératrice, cardinal, roi, jusqu'au paysan, jeune homme, jeune femme et enfant. Chaque personnage y danse toujours avec son mort.
Cette fresque fut détruite au cours de la Seconde Guerre mondiale. Deux vitraux réalisés par Alfred Mahlau en 1955-1956 rappellent aujourd'hui dans cette chapelle ce chef-d'œuvre disparu.
* À partir du milieu du XVe siècle, de nouvelles fresques apparaissent. Elles sont exécutées dans les églises d'Amiens, d'Angers, de Dijon ou de Rouen, aussi bien sur le sol que sur les façades.
* Dans l'Espagne médiévale, les Danzas de la Muerte sont représentatives de la crise des Espagnes au sortir du bas Moyen Âge. L'attrait culturel pour cette forme de danse macabre dans la péninsule ibérique sera reprise avec la devise Viva la Muerte du camp nationaliste lors de la guerre civile au XXe siècle.

XVIe siècle
* À partir du milieu du XVIe siècle, les images de danses macabres se renouvellent et deviennent de plus en plus variées. Les vers sont parfois abandonnés.
* À Bâle, dans un premier temps, les Danses macabres sont transférées de la basse ville à la haute ville, sur les murs du cloître. Le nombre et l'arrangement des couples dansants restent identiques mais un prêtre est ajouté au début et un pêcheur à la fin. Lors de la destruction des murs en 1805, il ne subsiste de l'original que quelques fragments, bien que des illustrations aient été conservées parallèlement aux vers. Ce qui est devenu la célèbre « mort de Bâle » donna une nouvelle impulsion à cette catégorie de représentations, bien que la poésie ait complètement abandonné le genre.
* Herzog Georg de Sachse fit réaliser en 1534, le long du mur du troisième étage de son château, un bas-relief de pierre. Cette Danse macabre était d'une composition tout à fait novatrice avec 24 personnages et trois figures mortuaires grandeur nature, sans couple dansant. Cette œuvre fut très endommagée par le grand incendie de 1701, puis restaurée et transférée dans la paroisse de Dresde.
* Cette représentation est à l'origine de celle de l'église de Strasbourg, qui montre différents couples dans lesquels chacun est invité à danser par sa mort-
* La Danse macabre de la Marienkirche à Berlin date elle aussi des années 1470-1490. Nicolas Manuel peint une vraie Danse macabre entre 1514 et 1522 sur les murs du cloître de Berne, constituée de 46 images, qui ne sont plus aujourd'hui accessibles que sous la forme de reproductions.
L'apport de Hans Holbein
Hans Holbein fait basculer la représentation de la Danse macabre d'une farandole tragi-comique, à la portée symbolique, vers l'idée d'une lutte individuelle et quotidenne avec la Mort.
* Avec l'apparition de Hans Holbein le Jeune, la Danse macabre adopte une toute nouvelle forme artistique. Celui-ci met en scène l'irruption brutale de la Mort dans le travail et la joie de vivre. Cette représentation prend le pas sur l'idée que la mort n'épargne aucune classe sociale.
Ses œuvres (le plus souvent des gravures) parurent dès 1530 et furent largement diffusées sous forme de livres à partir de 1538.
Siècles tardifs
* Baudelaire et Strindberg ont écrit sur la danse macabre, Liszt et Saint-Saëns l'ont mise en musique.
D'autres auteurs ont exploité ce thème, dont :
* Georges Eekhoud, La Danse macabre du pont de Lucerne (Bruxelles 1920),
* Michel de Ghelderode et sa Balade du grand macabre (1934),
* Stephen King, écrivain de romans d'épouvante, publie sa Danse macabre en 1976.
Représentations murales

En France :Parmi les représentations murales de la Danse macabre, la France possède plusieurs fresques intérieures :
-* Brianny (Côte-d'Or), église Sainte-Apolline.
-* La Chaise-Dieu (Haute-Loire), église de l'abbaye bénédictine de Saint-Robert. Une danse macabre sans texte, mais illustrant un poème. Elle date de 1470.
-* Cherbourg, basilique Sainte-Trinité, nef, vers 1500, restaurée XIXe siècle
-* La Ferté-Loupière (Yonne), église paroissiale (ainsi qu'un Dit des trois morts et des trois vifs).
-* Kernascléden (Morbihan), église paroissiale.
-* Meslay-le-Grenet (Eure-et-Loir).
-* Plouha (Côtes-d'Armor), chapelle de Kermaria an Iskuit (ainsi qu'un Dit des trois morts et des trois vifs).
-* Preuilly-sur-Claise (Indre-et-Loire), chapelle de tous les Saints (privée): peintures murales.
-* Strasbourg (Alsace), Eglise des Dominicains (détruite durant le siège de 1870).
En Suisse
-* À Lucerne, le Spreuerbrücke « Pont de la Danse des Morts », pont couvert datant de 1408 et ses 67 panneaux de Kaspar Meglinger (1626-1635)
« De la faim, de la peste, de la guerre, délivre-nous Seigneur ».
Cette citation pourrait presque à elle seule résumer la détresse des gens face à ces fléaux(peste,guerres,famines,...) à la fin du Moyen Âge, qui font considérablement augmenter la mortalité.
La Danse macabre du cimetière des Innocents est une œuvre exposée dans un lieu public de Paris. Elle se destine à tous ceux qui passent devant, car les cimetières sont des lieux très vivants à la fin du Moyen Âge, mais elle se destine également à ceux qui suivent les enseignements des prédicateurs, qui prêchent devant elle au XVe siècle. Elle se destine donc à tout le monde, étant un enseignement par l’image.
Depuis le XIVe siècle, le royaume de France subit une chute démographique sans précédent. Les famines causées par les mauvaises récoltes, la guerre de Cent Ans, mais aussi les épidémies successives de peste depuis 1348 font désormais de la mort un élément quotidien de la vie des Français. Ces changements de la vie quotidienne s’accompagnent alors de changements des mentalités au sein de la société, notamment vis-à-vis de la mort de l’individu, qui commence à être pensée différemment.
Les gravures de la Danse macabre nous montrent de petites scènes où l’on peut voir à chaque fois un squelette entraînant un vivant vers la mort, accompagné de huitains d’octosyllabes avec des rimes croisées mettant en scène un dialogue entre le vivant et le mort.
Pourquoi la Danse macabre du cimetière des Innocents illustre- t-elle le changement des mentalités vis-à-vis de la mort à la fin du Moyen Âge.?
Chaque squelette, qui est en fait une représentation d’un cadavre desséché, dialogue avec son double vivant. En effet, chacun de ces cadavres représente le mort que va devenir prochainement le personnage à sa gauche, et non pas la Mort au sens général du terme. On a donc ici l’idée d’un trépas individuel, où le mort s’adresse à chaque personnage de manière précise (« noble roi », « Sergent », « Usurier » …), et où chaque individu voit ce qu’il va devenir d’ici peu de temps.
Cela fait aussi et surtout ressortir l’idée d’un salut individuel, problème qui suscite de plus en plus de réflexion à la fin du Moyen Âge. Accompagnées du sermon d’un prédicateur, ces images font encore plus réfléchir l’individu quant au moment de son jugement dernier, et font du problème du salut un cas spécifique à chaque personne. Cette vision de la « mort au singulier » devait être encore plus flagrante en observant la fresque du cimetière des Innocents et montraient ainsi tous les personnages vivants accompagnés de leur double cadavérique

Derrière cette vision de corps décharnés, il peut aussi ressortir l’idée d’un temps à passer au Purgatoire, notion inventée au XIIIe siècle, lieu où il faut passer un certain temps pour se laver de tous ses péchés afin de pouvoir accéder au paradis. Là encore, il s’agit d’une peine qui est attribuée de manière individuelle, et qui renforce ici l’idée du salut individuel et de la « mort de soi ». Le souci de leur salut qu’ont les gens à la fin du Moyen Âge, surtout en cette période où la mortalité est très élevée à cause des guerres, famines et épidémies
Cependant, si la fresque originale a permis notamment aux prédicateurs d’enseigner aux hommes l’idée d’un salut et d’un jugement dernier individuel, elles montrent également l’égalité de tous face à la mort. Les vers que prononce le mort à la fin de son huitain tels que « Les fils d’Adam doivent tous mourir » lorsqu’il s’adresse à l’empereur ou « Sur tout homme, Mort a victoire » lorsqu’il s’adresse au chartreux (moine faisant partie d’un ordre monastique semi-érémitique) tendent à exprimer une morale au travers de cette danse, c’est le fait que tous les hommes sont égaux face à la mort.
Cette morale s’exprime par les vers, mais aussi par l’image que l’on a des morts, qui se ressemblent tous dans la mesure où ils ont tous l’apparence de corps desséchés. Cette idée d’égalité face au trépas est renforcée par l’alternance,de la fin de vie d’un clerc puis d’un laïc, ce qui montre que, quel que soit le statut des hommes par rapport à Dieu (c’est-à-dire ecclésiastiques ou non), ils finissent tous par le rejoindre.
Le fait que toutes les couches de la société moyenâgeuse soit représentées (du pape au prêtre, de l’empereur au sergent) marque également cette égalité devant la mort, mais également devant Dieu au moment du jugement dernier. On peut ajouter que cette égalité des hommes face à la mort se retrouve également à l’endroit où fut réalisée la fresque de la Danse macabre, c’est-à-dire au cimetière des Innocents de Paris, car les os de tous les morts y sont entassés dans des charniers (ossuaires) qui surmontent le cloître, c’est-à-dire la cour, où figure cette œuvre.
La Danse macabre du cimetière des Innocents, au départ leçon en image orchestrée par un prédicateur, est donc une nouvelle façon d’enseigner aux hommes la mort qui les attend tous et de les préparer individuellement à leur salut le jour du jugement dernier. C’est aussi, par la façon dont elle représente la mort, à la fois dans les images, mais également dans le texte, une dédramatisation de celle-ci. D’abord, on peut noter que, dans chaque gravure, le cadavre desséché se trouve sur la droite du vivant auquel il s’adresse, ce qui au Moyen Âge démontre une connotation positive. Nous n’irons bien sûr pas jusqu’à dire que la mort est désormais vue positivement, mais on pourrait penser que la position du mort à droite du vivant atténue l’aspect dramatique du trépas. Ensuite, sur chaque gravure, le mort sourit au vivant qui, lui, semble beaucoup moins réjoui à l’idée de mourir.
On pourrait dire qu’à cette époque, compte tenu de la mortalité élevée, la mort sourit à tous et que tout ce que les hommes pourraient faire en retour serait de sourire à la mort. Ensuite, on observe que les corps décharnés des morts semblent plus dynamiques que ceux des vivants, ce qui paraît à première vue paradoxal. En effet, dans la plupart des gravures, on voit le mort prendre le vivant par le bras pour l’accompagner vers son trépas. De plus, le mort ne marche pas, mais sautille et semble régler son pas sur un air musical, il commence probablement à danser la danse macabre. Le mort donne donc une impression de mouvement tandis que, dans chaque « duo », le vivant semble figé, exprimant ainsi sa réticence à trépasser. On peut ajouter qu’au XVe siècle, la danse est une activité qui est plutôt bien vue.
L’enseignement de la mort et de la préparation au jugement dernier par le biais de la Danse macabre serait donc là encore une manière de diminuer l’aspect tragique du trépas. Quant à la « gaieté » des défunts, elle pourrait avoir pour but d’atténuer la peur qu’ont les vivants de mourir, mais aussi montrer que la mort est en fait le début d’une nouvelle vie. Par ailleurs, la Danse macabre était, avant d’être peinte au cimetière des Innocents, parfois jouée dans des églises, mais aussi une représentation théâtrale et un prêche mimé, ce qui appuie une nouvelle fois l’idée de dédramatisation de la mort. Elle est également présente dans les vers qui l’accompagnent. Le mort, par des vers tels que « Faites-vous valoir à la danse » lorsqu’il s’adresse au chartreux ou bien « Prenez en gré l’ébattement » lorsqu’il parle au cardinal, pourrait nous faire penser qu’il tente de rassurer le futur défunt qui rechigne à trépasser. De plus, les vers accompagnant les images sont regroupés en huitains d’octosyllabes, à raison de deux par « duo », un pour le mort et un pour le vivant. Or, au Moyen Âge, le chiffre 8 a une signification particulière. En effet, il symbolise l’équilibre cosmique et central. La religion chrétienne a fait de ce chiffre un achèvement, une complétude. Il marque aussi le début d’un nouveau monde.

Toutefois, si l’un des buts de cette Danse macabre du cimetière des Innocents est d’atténuer la vision dramatique qu’ont les hommes de la mort, elle est aussi une façon de se moquer de la société de la fin du Moyen Âge, dans la mesure où cette œuvre montre que la mort frappe tout le monde un jour, riches comme pauvres, et nul ne peut y échapper. La fresque originale de la Danse macabre du cimetière des Innocents de Paris présente une trentaine de personnages représentant toutes les couches de la société d’époque, de manière hiérarchisée, des plus riches aux plus pauvres clercs et laïcs. Cependant, on observe que les morts sourient aux vivants de la même manière et s’adressent à eux sur le même ton moqueur et sarcastique, comme le montrent les vers « Quoi qu’il tarde, vous danserez » lorsque le mort s’adresse au pape, « Je ne vous laisserai pas derrière » en s’adressant à l’empereur (l’empereur du Saint-Empire Romain Germanique) ou encore « Et jamais abbé ne serez : Mourir vous faut sans plus attendre » en parlant au moine. On voit ainsi que l’auteur de ces vers et l’artiste ayant réalisé cette fresque ont voulu souligner le fait que le destin se moque de l’état social des vivants et que ceux-ci se retrouvent tous égaux au moment du trépas, ce qu’appuie le vers « Le plus riche n’a qu’un linceul » lorsque le mort s’adresse au roi, lui signifiant que malgré toute la fortune accumulée de son vivant, il finira comme tous les autres enveloppé dans un simple drap. On peut toutefois se demander, en observant les images, si cette représentation reflète bien toute la société médiévale.
En effet, il n’y a aucune femme dans la Danse macabre du cimetière des Innocents, de même que les paysans et artisans sont aussi sous-représentés. De plus, on observe que certains morts portent, en plus de leur linceul, une arme comme une faux pour le mort s’adressant à l’empereur ou bien une lance pour celui parlant au cardinal. On peut alors se demander si, au lieu de mettre en évidence une égalité de tous dans la mort, cette œuvre ne reconduit pas au contraire les différentes classes sociales après le trépas.
La Danse macabre du cimetière des Innocents de Paris, œuvre réalisée en 1424-1425, a connu un immense succès en Europe au XVe siècle. En effet, le cimetière est à cette époque un lieu de vie commune et donc très passager, et assez rapidement se propagent des copies de cette danse macabre en Angleterre d’abord puis en Allemagne et dans d’autres pays d’Europe, notamment par colportages. C’est peut-être ce succès qui pousse l’imprimeur Guyot Marchant à imprimer une première édition de la Danse macabre en 1485 à Paris. Celle-ci se vendant très bien, il en sort une seconde en 1486, cette fois complétée par la présence de dix nouveaux personnages, mais également de quatre morts musiciens en guise d’introduction. Ceux-ci, par leurs propos cinglants tels que « Morts, pourris, puants, découverts : Comme nous sommes, tels serez-vous » reflètent un certain pessimisme dans une société où le pouvoir royal s’est grandement accru depuis les années 1420, où les abus de pouvoir sont désormais fréquents et lourds, et où les épidémies demeurent le même fléau qu’au siècle précédent.
C’est dans ce contexte nouveau que l’on peut également penser que les tenues des morts ont été quelque peu modifiées pour dénoncer certaines inégalités. . La Danse macabre du cimetière des Innocents est le résultat d’une prise de conscience et d’une réflexion sur la vie et la mort dans une période où celle-ci est devenue plus présente et plus traumatisante. Elle correspond à un changement des mentalités dans la mesure où chacun désormais doit penser à préparer son salut de manière individuelle et où tous les hommes sont égaux devant la mort, qu’ils doivent voir de façon désormais moins pessimiste et dramatique qu’aux siècles précédents, préfigurant la vision de la mort à l’époque moderne. On constate également qu’elle sert de satire de la société de la fin du Moyen Âge, surtout à la fin du XVe siècle. Cette œuvre, détruite en 1669, connaît un immense succès dans toute l’Europe dès le XVe siècle, et l’édition de Guyot Marchant, qui est par ailleurs la seconde de cet imprimeur, en est une preuve concrète. Ce succès va perdurer sur le long terme, durant toute l’époque moderne (XVIe-XVIIIe siècles), la Danse macabre étant reproduite de nombreuses fois et s’enrichissant, à partir de cette édition de Guyot Marchant, fréquemment de nouveaux personnages.
Source
• ALEXANDRE-BIDON A., La Mort au Moyen Âge, XIIIe-XVIe siècle, Hachette, Paris, 1998 •
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