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Le Moyen Âge est sans conteste l’âge d’or de la saleté. Dans les villes, on rejette directement les excréments dans les rues. La population jette les déjections par les fenêtres et les matières fécales viennent s’amonceler sur les chaussées avec les autres immondices dont ceux des nombreux animaux qui se promènent en liberté.Toutes les grandes villes d’Europe dégagent une odeur pestilentielle.Dans un tel contexte, certains animaux comme les rats et surtout les mouches se croient au paradis.C’est ainsi que le Moyen Âge connaît les plus grandes épidémies de peste, de choléra ou de fièvre typhoïde.
Evolution du traitement des excréments en zone urbaine
Tant que l’homme a vécu une vie nomade, le problème de la gestion des excréments ne s’est pas posé.Les problèmes ont commencé avec l’émergence des premières cités au Néolithique.
Plus l’homme s’est sédentarisé, plus la population a connu une croissance continue. Plus les cités sont devenues importantes et plus la quantité d’excréments est devenue difficile à gérer.
Bien que posant un gros problème, les excréments ont rapidement servi de combustible, notamment pour cuire le pain.Cette pratique a perduré jusqu’au 19e siècle dans les régions pauvres en bois. Les déjections fécales ont également servi d’engrais.
Dès la chute de l’Empire romain, les égouts et les latrines tombent en désuétude. L’Europe est alors morcelée en petits Etats qui ne possèdent pas de réel pouvoir central.Chaque ville doit gérer ses problèmes d’hygiène. Des rues ou des quartiers sont affectés à la population afin qu’elle puisse y déféquer.Les classes les plus riches se soulagent dans leur jardin.
Les latrines restent d’actualité dans la plupart des monastères et des couvents. Il s’agit d’une pièce où des sièges, sedilia, sont accolés le long d’un mur.
Dans les châteaux féodaux, des latrines ou des fosses d’aisance sont creusées dans les murs. Les excréments tombent dans le fossé intérieur ou extérieur selon l’aménagement. Le siège consiste en une dalle trouée.
Excréments et villes
La gestion des excréments et autres immondices semble avoir été un problème crucial et complexe durant tout le Moyen Âge.La forte densité de population urbaine n’a fait qu’accroître ce problème.
Plusieurs systèmes ont été utilisés :
* Le puisard : un trou de faible profondeur pour permettre que les déjections s’infiltrent dans la terre
* La fosse d’aisance
* Utilisation des cours d’eau naturels qui traversent les villes
Tous ces systèmes se sont montrés inopérants et très polluants.Paris est un excellent exemple de ce qui se pratique au Moyen Âge. Le Paris moyenâgeux est une cité aux rues étroites et non pavées.Les rues sont en fait de véritables patinoires boueuses où l’eau usée s’accumule. Les égouts sont inexistants et chacun jette dans la rue ses immondices.L’été, l’odeur est insoutenable et l’hiver, les rues se transforment en bourbier nauséabond.
Là-dessus, s’ajoutent les cochons, les oies ou les chiens qui pataugent avec allégresse et défèquent partout.
C’est Philippe Auguste, en 1184 environ, qui a ordonné que les rues soient pavées.
Malgré plusieurs règlementations et la menace de sanctions, la population parisienne continue du XIIe au XVIe siècle à utiliser la rue comme dépotoir.Il y a quelques améliorations à partir du XVIIe siècle mais les cités européennes ou d’Amérique du Nord resteront très insalubres jusqu’au 19e siècle.
Si les rues des villes sont restées si longtemps insalubres, c’est avant tout à cause d’un problème financier.Le roi ne finance pas l’enlèvement des déchets et il appartient à chaque quartier de payer le curage et le transport des immondices.
De plus, les latrines sont insuffisantes et très mal placées.
On estime qu’au XIVe siècle, à Paris, ce sont 40 tonnes de déchets (déjections fécales comprises), 200 000 litres d’urine et les excréments de milliers d’animaux qui, chaque jour, sont déversés dans les rues.
Excréments et lieux publics
Les hôpitaux du Moyen Âge ressemblent beaucoup à l’enfer de Dante. Il s’agit d’ailleurs avant tout de lieux où l’on meurt et non où l’on guérit.On entasse les malades sur des paillasses imprégnées de leurs excréments.
Les animaux, notamment les chiens, se baladent au milieu des « patients », urinant en chœur.
Les malades se transmettent toutes les maladies possibles et peu d’entre eux sortent de ces mouroirs, du moins sur leurs deux jambes.
Il faudra attendre le XIXe siècle pour que les premières règles d’hygiène soient instaurées dans les hôpitaux.
Dans les écoles, le problème est identique. Du XVIe au début du XXe siècle, l’hygiène sanitaire est déplorable dans les établissements scolaires.
Insalubrité et épidémies
Toutes les grandes épidémies qui se sont déclarées en Europe entre le XIIe et le XIXe siècle sont liées à l’insalubrité et le manque d’hygiène.Soit, la malpropreté a directement causé l’épidémie, soit elle a permis à la maladie de s’étendre.
Entre 1347 et 1400 environ, toute l’Europe est touchée par la peste. Les épidémies de peste Noire qui frappent de manière cyclique poussent les autorités à se préoccuper de l’hygiène. On fait nettoyer les rues, on brûle les maisons des pestiférés, on éloigne les dépôts d’ordures des villes et on interdit la divagation des animaux.
En 1348, la peste a fait 80 000 morts à Paris.
Malheureusement, ce sursaut d’hygiène n’a pas perduré au-delà de la tragédie. Dès que les épidémies ont pris fin, chacun a repris ses mauvaises habitudes.
Les mouches, les rats et les puces ont été les principaux vecteurs des maladies.
Entre le XVe et le XVIIe siècle, les épidémies de typhus ont fait des ravages en Europe. Le typhus exanthématique est la maladie de la saleté, de la promiscuité et de la misère.Cette maladie est transmise par les poux.Plusieurs surnoms ont été donnés au typhus qui illustrent bien dans quel contexte, la maladie se propage : « fièvre de la famine », « fièvre des prisons » ou « fièvre des tranchées » en référence à la Première Guerre mondiale.
Les principales pollutions sont:
L’envahissement des déchets, de toutes origines: humaine, médicale (puisque les déchets hospitaliers, même humains sont entreposés le long de l’hôpital), artisanale, commerciale.
Mais la pollution est aussi olfactive : les villes de l’époque apparaissent puantes par les marres et marigots d’eau croupie, la putréfaction des animaux et des déchets, l’utilisation massive d’urine dans les processus de teinturerie et d’excréments dans les champs.
Auditive également: aucun moyen d’insonorisation n’est connu et les artisans travaillent de jour comme de nuit (y compris les forgerons), rendant les villes très bruyantes. La quantité d’animaux errants dans les rues étroites, qui font caisse de résonance, amplifient un niveau sonore manifestement très élevé.
Chimique: du sulfate d’aluminium et de potassium, des vapeurs de souffre et le plomb sont autant d’éléments de pollution chimique qui souillent l’air des villes. Le saturnisme est, selon l’auteur, très répandu au Moyen-Âge.
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