Hygiène

 

 

 

 

 

 

 

Le Moyen Age a mauvaise réputation du point de vue de l'hygiène. Pourtant, héritier de l'époque romaine, il connaissait également le bain, les latrines (wc) et parfois même le tout-à-l'égout. Se laver, se baigner était une habitude dans les villes du Moyen Age.

Le bain

Seuls les gens riches pouvaient s'offrir le luxe de prendre un bain chaud car tout coûtait cher : le bois nécessaire à faire chauffer l'eau, la toile avec laquelle on doublait les parois du baquet et les huiles de bains. Un seigneur dépensait chaque fois l'équivalent du salaire hebdomadaire d'un manoeuvre.

 

Le seigneur disposait parfois de toilettes privées, au garde-robe, à côté de sa chambre.Ainsi, il n'était procédé à la toilette qu'une fois les vêtements mis et on se bornait à nettoyer les parties du corps qui restaient visibles.On prenait des bains dans les mêmes grandes cuves de bois qui servaient à couler la lessive.Plusieurs personnes partageaient la même pièce et il n'y avait aucun moyen de s'isoler pour la toilette.

Les plus pauvres citadins (habitants des villes) se contentaient des bains publics. On sait par exemple que Paris en comptait 26 en 1292. Ces bains étaient ouverts tous les jours sauf les dimanches et jours de fêtes.Des étuveurs se chargeaient de chauffer l'eau, puis quand elle était prête, des crieurs annonçaient l'ouverture du bain. Il fut d'ailleurs interdit de faire crier avant le lever du soleil, afin d'éviter que les clients, se pressant pour le bain, tombent sur des voleurs.

L'arrivée de l'eau courante dans les maisons a, en effet, permis non seulement la mise en oeuvre de systèmes d'évacuation des eaux sales, mais aussi l'installation d'équipements et de salles de bains qui ont favorisé l'hygiène quotidienne. Une évolution qui a pris près d'un siècle.Le Moyen Age ne néglige pas l'hygiène. On sait que les princes carolingiens changeaient de vêtements et se baignaient tous les samedis. Le bain était un moment de plaisir, souventaccompagné d'une collation.

Préparer un bain prenait beaucoup de temps. Plusieurs personnes prenaient le même bain. Les bains étaient le plus souvent fait pour s'amuser. Ils les prenaient aussi avant les fêtes. Les serviteurs remplissaient la baignoire avec des seaux d'eau chaude. Comme le savon ne sentait pas très bon, ils répandaient des herbes et des fleurs dans l'eau. Le savon était fait de graisse de mouton, il était mou et très visqueux.

A cette époque, le pot de chambre, qui est apparu sous les romains, est encore de rigueur et on fait ses besoins parfois devant tout le monde ! On se baigne beaucoup en ville où l'hygiène corporelle est très présente. Les bains publics ou étuves permettent aux hommes de se retrouver et de se détendre dans un réel lieu de plaisir. On en dénombrait 25 pour 250 000 habitants, à Paris en 1292. De même, partout en Europe, on voit fleurir la mode du bain, et les latrines, vestiges de la présence romaine. Mais petit à petit, les bains publics deviennent des lieux mal fréquentés... En ville, on se parfume, on se coiffe, et il existe des blanchisseurs. Dans la rue, l'hygiène est moins flagrante : c'est l'époque du "tout-à-la rue" ! Excréments et eaux usées s'y mêlent et nagent dans les rigoles se trouvant au centre des rues..

Dentifrice, shampooing et déodorant

Se laver la tête ne pose pas plus de problème. Un herbier du 13e siècle conseille le jus de bette pour éliminer les pellicules et les feuilles de noyer ou de chêne pour obtenir une belle chevelure. Dans ce même herbier, on préconise, pour éviter la "puanteur" de s'arracher les poils et de laver les aisselles avec du vin, associé à de l'eau de rose et à du jus d'une plante appelée casseligne. Pour se blanchir les dents, il faut se les frotter avec du corail en poudre ou de l'os de seiche écrasé.
Bref, tant que les établissements de bain étaient modestes, on y allait pour se laver, bien sûr, mais aussi pour discuter, retrouver ses amis. Encore au début du 12e Siècle, la simplicité un peu rude des moeurs faisait que l'on ne voyait pas malice à se mettre nu et qu'on s'accommodait très bien d'une liberté des sens que notre propre morale réprouverait aujourd'hui. On prenait les bains en commun, et nus. Ne dit-on pas que saint François d'Assise (1180-1226) prêcha nu devant ses fidèles, en signe de dépouillement ! Aurait-on pu imaginer cela un siècle plus tard ?Dès le XII°s, les sources nous révélant que le bain fait partie des plaisirs sont innombrables. Il s'agit notamment de certains documents tels que les traités de médecine, les herbiers, les romans profanes, les fabliaux, les inventaires après décès, les comptes royaux et princiers.

En ville ou dans les châteaux, on prenait des bains dans les mêmes grandes cuves de bois qui servaient à couler la lessive. On en recouvrait le fond d'un linge épais, afin d'éviter les échardes.
Dans les monastères, en revanche, les bains étaient réservés aux malades et aux convalescents. Il fallait d'ailleurs s'en abstenir dans les trois jours qui suivaient une saignée.   

Au XIV°s, les textes mentionnent l'apparition de lavabo empli au broc, avec écoulement par une bonde mobile. L'eau est apportée du dehors, du puits ou de la fontaine. L'usage est de se laver les pieds au coucher, le visage au lever, les mains avant de passer à table, les dents, à l'occasion. A la campagne, le bain complet sera toujours une fête familiale.
 


Les latrines

A la campagne, la nature offrait son espace, ses bosquets, ses ruisseaux et des seaux pouvaient faire l'affaire.
En ville, on trouve des latrines publiques aménagées, autant que faire se peut, sur les rivières ou les fossés, avec des planches percées posées sur des rondins. Dans les demeures privées, on trouvait parfois des édicules dans la cour. Selon Robert Fossier, on a même, pour l'anecdote, trouvé un pictogramme sur l'un d'eux: un pot de chambre ! On pourra également trouver un conduit donnant sur l'extérieur, peu hygiénique donc.
Au XV°, on a mention d'une « chambre de retrait » avec siège, écoulement assuré par un tuyau en terre cuite jusqu'à une fosse ou un égout, et un éventoir permettant l'aération.
On l'a vu, l'hygiène est présente au moyen âge, même si elle laissait à désirer dans la rue.
  

Certaines maisons très luxueuses comme celle de Jacques Cœur à Bourges ont, en effet, des salles de bains chauffées par des conduits sous le sol.Dans l’abbaye de Cluny, au XIème siècle, on a dénombré douze cellules voûtées qui servaient de salles de bain, non chauffées cependant.

Mais d’une manière générale, il n’y a pas dans la maison de pièce particulière réservée à la toilette. On se baigne dans la salle commune ou dans la chambre, dans un baquet de bois dans lequel on a pris soin de déplier un « fond de bain » en molleton qui évite de prendre des échardes dans les pieds. Les maisons n’ont pas l’eau courante, préparer un bain prend donc un certain temps. Il faut aller remplir des seaux d’eau au puits, chauffer le liquide dans la cheminée, et le verser ensuite dans la baignoire. Souvent un rideau autour du baquet permet de garder plus longtemps la chaleur.

Lorsqu’un invité arrive de loin, après un long voyage, il est de bon ton de lui proposer un bain. La maîtresse de maison se doit de partager sa baignoire avec une personne qu’elle veut honorer. C’est aussi une habitude courante que de se laver les pieds et les mains sous l’eau avant d’aller à table. On pousse la délicatesse jusqu’à parfumer cette eau, comme l’indique cette recette du XIVème siècle, donnée par un mari soigneux à sa jeune épouse : « Ou vous mettez dessus (sur l’eau tiède) camomille ou marjolaine, ou vous mettez du romarin à cuire avec de l’écorce d’oranges . Et aussi feuilles de lauriers y sont bonnes ».

A la campagne la toilette, l’été, se fait à la rivière où les hommes et femmes se baignent ensemble. A la ville, on se rend souvent aux bains publics. Il y en a vingt-six à Paris, sous Philippe Auguste. On trouve dans chaque bain trois salles différentes : d’abord, une sorte de piscine où l’on barbote en bavardant. Puis, une pièce pourvue de bains de vapeur dignes de nos saunas finlandais actuels, et enfin une salle d’épilation. Chaque matin, dès le lever du soleil, on entend crier dans les rues : « Seigneur qu’or vous allez baigner Et étuver sans délayer ; Les bains sont chauds, c’est sans mentir… » Certains exagèrent : ils crient avant même qu’il ne fasse jour, et les clients risquent de se faire surprendre dans les rues noires par quelque brigand !… En tout cas, on se précipite aux étuves tôt le matin si l’on peut : l’eau y est plus propre ! On peut avoir, dans l’établissement, son cuviau particulier dans lequel on mange et boit grâce à une planche posée en travers du baquet. On peut aussi se baigner en famille ; certains baquets sont de taille respectable et on y entre à trois ou quatre, ou même plus parfois. Il y a des étuves où hommes et femmes se baignent ainsi de compagnie, mais sans être nécessairement de la même famille. L’atmosphère y est souvent gaie ; on y boit du vin épicé, on s’y repose sur des lits, on s’y caresse, et on y fait toutes sortes de choses bien agréables, quoique proscrites par la morale… Il arrive ainsi qu’une étuve dégénère en lieu mal famé et on recommande aux étuveurs, pour éviter cela, d’ouvrir leurs établissements alternativement aux femmes et aux hommes à des jours différents. Dans la maison privée, les cabinets d’aisances, qu’on appelle alors des « privés » ou des « restraits », sont situés au dernier étage, et ils sont reliés par un conduit à une fosse extérieure, dans laquelle on verse de la cendre de bois pour dissoudre les déchets organiques. C’est en fait déjà le principe de nos fosses septiques.

Pour les eaux ménagères, ou elles s’écoulent d’un trou d’évier au rez-de-chaussée, ou elles sont jetées simplement par une fenêtre dans un caniveau qui creuse en son centre la rue pavée. Au XIVème siècle, on demande aux habitants de Paris de prévenir les piétons de l’arrivée des saletés, en criant trois fois « gare à l’eau ! » avant de jeter le contenu du seau ! S’il est prudent, le passant se garde bien de marcher au milieu du chemin : il longe plutôt les murs des maisons, à l’endroit où la rue est la plus haute et la plus propre. Mais si un gentilhomme vient à le croiser, il lui cédera sa place, car c’est au seigneur que revient de « tenir le haut du pavé ».

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