La fin de la romanité
Les conflits du début du siècle : Arles, une ville convoitée
Campagnes franques dans le Midi (507-509).
Passée sous la domination du roi burgonde Gondebaud au plus tard en 499, la ville d'Arles serait repassée en 500 à l'occasion d'un conflit entre Francs et Burgondes sous le contrôle des Wisigoths ; en effet, pour se défendre de son frère Godégisile et de Clovis qui l'assiègent à Avignon, Gondebaud doit s'allier avec le roi Wisigoth Alaric II qui aurait profité de la situation pour récupérer la cité. Cette thèse évoquée par l'historien Édouard Baratier, n'est toutefois pas soutenue par Justin Favrod, qui sans se prononcer sur une occupation Burgonde éventuelle précédente, signale qu'en 500 lorsque que Gondebaud demande assistance à Alaric, la ville est déjà sous contrôle Wisigoth.
Après les Burgondes, les Francs réconciliés avec Gondebaud et encouragés par l'Église à intervenir contre les Wisigoths ariens, essayent à leur tour d'accéder à la mer. Ils font alors plusieurs tentatives pour s'emparer de l'ancienne préfecture des Gaules. La première tentative se déroule au printemps 501 ou 502, plus probablement en 501. Elle est conduite par « Thierry, fils de Clovis, [qui] après avoir remporté une victoire à Nîmes est battu près d'Arles, puis dans la plaine de Bellegarde » peu de temps avant la mort de l'évêque d'Arles d'origine bourguignonne Eon. Cette tentative transparait dans le testament de cet évêque, qui ayant reçu la promesse que ses volontés seraient accomplies, destine tout son bien au rachat des « captifs ». La seconde tentative intervient après la bataille de Vouillé et la mort du roi wisigoth Alaric, c’est-à-dire en 507-508. Lors de ce nouvel assaut, la cité assiégée est secourue par les Ostrogoths de Théodoric le Grand qui quittent l’Italie le 24 juin 508 pour défendre la Provence menacée - L’évêque Césaire d'origine burgonde comme Éon, se comporte de la même façon que son parent et prédécesseur. Il fait fondre l’argenterie du diocèse pour racheter les captifs francs et burgondes, prises de guerre des Ostrogoths.
Le protectorat ostrogoth
Royaume ostrogoth de Théodoric le Grand
Après la libération de la ville par le duc ostrogoth Ibba à la fin de l'été ou à l'automne 508, Théodoric ravitaille les habitants, finance la restauration des remparts et prend la cité sous sa protection5. Le roi ostrogoth profite de la nouvelle conjoncture politique qui se dessine en Gaule après la bataille de Vouillé (507) pour s’emparer de la Provence afin de protéger l’Italie de la poussée franque. Dès la libération de la cité en 508, il nomme un vicaire des Gaules (vicarius Galliarum) appelé Gemellus6. Il crée alors un grand royaume wisigo-ostrogothique comprenant l’Espagne, la Gaule du Sud et l’Italie dont la Provence constitue un enjeu territorial décisif pour le contrôle de ce vaste espace.
Portail du xviiie siècle de l'ancienne abbaye Saint-Césaire (classée MH7) - Arles
Cette Pax ostrogothica qui correspond aux années 508-536 s'appuie sur deux grands acteurs locaux : Libérius, le préfet du prétoire des Gaules (præfectus prætorio galliarum) dont la fonction est rétablie en 510 par Théodoric, et l'évêque Césaire d'Arles, qui bien que suspecté à plusieurs reprises de trahison en raison de ses sympathies burgondes et franques, réussit à se justifier aussi bien devant Alaric à Bordeaux en 505 que devant Théodoric à Ravenne en 513. Lors de ce voyage en Italie, Césaire reçoit du pape Symmaque le droit de porter le pallium et devient par la suite son représentant en Gaule. Dans les années qui suivent Césaire dirige de nombreux conciles dont celui de Vaison en 529, d'Orange qui condamne le semi-pélagianisme, toujours en 529, et de Clermont en 535.
Dans son évêché, le prélat arlésien évangélise les campagnes encore fortement imprégnées de cultes païens ou romains9 en transformant si nécessaire d'anciens lieux cultuels en édifices chrétiens. En 532, il crée ainsi un monastère ou une église en Camargue, aux Saintes-Maries-de-la-Mer, ce qui confirme la présence probable d'un temple païen plus ancien en ces lieux. À Arles même, après avoir fait une première tentative hors des murs dans les années 506-507, il installe finalement le 26 août 512 le monastère Saint-Jean dans l'angle sud-est du rempart où sous le nom de Saint-Césaire, il est demeuré jusqu'à la Révolution. Les sermons de saint Césaire nous apportent de nombreuses informations sur la vie quotidienne de la cité et sur ses artisans. On y apprend notamment que la majorité de la population, y compris le peuple, savait lire à cette époque.
Le rattachement aux Francs
L'expansion de l’empire franc ; l'intégration de la Provence en 536.
Protégée par le soutien militaire bienveillant de Théodoric qui repousse les Burgondes au-delà de la Drôme en 523, la ville échappe jusqu'aux début des années 530 aux ambitions de ces turbulents voisins et des Francs. Elle est menacée une première fois en 532 par les Burgondes, puis après le départ de Libère rappelé à la cour d'Athalaric en 533, ou plus probablement en 534, par Théodebert qui peu de temps avant la mort de son père Thierry, en organise un siège en 534. D'après P.A Février, Théodebert aurait même occupé Arles de façon éphémère.
La cité est ensuite cédée ou plus exactement vendue en 536 avec la Provence par les Ostrogoths qui en conflit en Italie sont dans l'incapacité de défendre cette province. Au cours de l'hiver 536 / 537, Théodebert fils de Thierry et son oncle Childebert, accueillis par l'évêque Césaire, viennent prendre possession de leur nouvelle acquisition, président dans la cité des jeux à l'antique et font frapper des monnaies à leur effigie. Arles devient ainsi ville franque sous l'autorité de princes chrétiens et non plus ariens, et pour la première fois, obéit à des maîtres nordiques étrangers aux traditions romaines. Toutefois, sauf la conformité de religion des nouveaux maîtres avec les habitants, ce qui est pour eux et leur évêque Césaire un gage de tranquillité, rien ne parait changé dans la province. Arles conserve, au moins pendant quelque temps, le rang de Préfecture. L'aristocratie sénatoriale continue de fournir les titulaires aux magistratures locales, ou retrouve à la cour des rois francs dignités qu'elle a occupées à la cour de Ravenne. D'après Édouard Baratier, les souverains francs gouvernent cette province indivis, nommant un préfet des Gaules, Parthénius arlésien d'origine gallo-romaine averne puis Agrecola, qui les représente les premières années.
Évêques ayant participé au concile de Paris (en mauve) présidé par l'archevêque d'Arles, Sapaudus
Malgré les conflits entre les descendants de Clovis, des liens particuliers sont alors établis entre la royauté et l'évêché et les relations entre l'archevêque et la royauté chrétienne deviennent très chaleureuses, hormis celles entre Auxianus (543-546) et Childebert qui n'approuve pas l'élection de ce prélat comme successeur de Césaire. En 540, par exemple, un acte de donation de Childebert, fils de Clovis donne les pècheries situées au Sud de l'Etang de Caronte probablement l'actuel quartier de Jonquières à Césaire. Il faut également se rappeler que la désignation des évêques par les rois mérovingiens est devenu la règle au milieu du vie siècle. Ainsi, en 547, le pape Vigile (537 à 555) à la demande du roi Childebert Ier nomme Aurélien, le successeur d'Auxianus, vicaire du Saint Siège dans les Gaules et lui accorde le pallium. La même année, Aurélien fonde à Arles un monastère pour hommes sur ordre du roi Childebert. Ce monastère intra-muros, dénommé des Saints-Apôtres, est à l’origine de l’église Sainte-Croix dans le Bourg-Vieux. L'évêque arlésien fonde également un monastère de femmes dédié à la Vierge, le monastère Sainte-Marie aujourd'hui disparu dont la localisation, encore inconnue, était située à l'intérieur des remparts, peut-être à l'emplacement de Notre-Dame-de-la-Major.
Toujours à la même époque, vers 551 / 553, l'archevêque d'Arles Sapaudus dirige le concile de Paris convoqué par Childebert, puis le 28 juin 554 celui d'Arles au cours duquel l'église Notre-Dame est consacrée. C'est à Arles aussi que, vers 567, une épouse de Gontran roi de Bourgogne (561-591) est enfermée chez des moniales arlésiennes au monastère Saint-Jean.
Les catastrophes de la seconde moitié du vie siècle
La peste de Justinien
La peste de Justinien est une pandémie de peste qui a sévi entre 541 et 767 dans tout le bassin méditerranéen, avec un épisode paroxysmique jusqu'en 592. Selon Procope de Césarée, l'épidémie débute en Égypte en 541 pour atteindre Byzance au printemps 542, ravage à plusieurs reprise l’Italie, les côtes méditerranéennes, remonte le Rhône et la Saône, atteignit même l’Irlande et la Grande-Bretagne. Grégoire de Tours en parle plusieurs fois dans son Histoire des Francs. Il la cite à Arles en 549 : « Cette province est cruellement dépeuplée », à Clermont ("Clairmont") en 567 : « un certain dimanche, on compta 300 cadavres dans la cathédrale ». Pendant l’hiver de 589, la peste de Justinien frappa lourdement Rome et lorsque le pape Pélage II, atteint à son tour, mourut le 8 février 590, la terreur des Romains fut à son comble. Grégoire de Tours qui rapporte le fait parle de la maladie des aînes Certaines sources parlent de 100 millions de victimes.
Quelques quarante ans plus tard, l'épidémie toujours présente emporte probablement l'archevêque Sapaudus22, puis lors d'une nouvelle vague en provenance d'Espagne via Marseille, son successeur récemment élu, Licerius (586-588) ; celui de Cavaillon, Saint-Véran, y meurt également de la peste à peu près à la même époque.
Les guerres
Le couloir Austrasien en Provence (567), isolant Arles.
La ville subit également le contrecoup de conflits entre Francs neustriens de Gontran (à l'ouest), austrasiens de Sigebert (à l'est) après le partage de 561 et la création du couloir austrasien reliant l'Auvergne à Marseille et isolant Arles. Le territoire Provençal est aussi ravagé par les Lombards qui descendent à partir de 569 des vallées alpines et la cité est également affectée par les Wisigoths. Arles est ainsi assiégée à de nombreuses reprises :
Sièges d'Arles (566-570) : en 570 deux fois, initialement par les généraux Austrasiens Firmin et Audovère qui s'emparent de la cité, puis par les troupes du comte burgonde Celsus envoyées par Gontran qui bénéficiant d'un stratagème de l'évêque Sapaudus, écrasent l'armée austrasienne et reprennent la ville ,en 574 par les Lombards qui pillent la ville et razzient le bétail de la Crau,en 586 par les Wisigoths qui en représailles de l'invasion de la Septimanie par Gontran en 585 inondent la ville en détournant les eaux du Rhône.
Toujours d'après Ferdinand Lot, Gontran aurait attaqué une seconde fois les Wisigoths en 588-58928. De son côté, la cité a probablement été deux fois l'objet de représailles, en 585-586 et 587. Au cours de cet épisode, la région et la ville d'Arles sont défendues par Leudegisèle , un prince nommé par Gontran, appelé duc de la Provence d'Arles.
Ces troubles se retrouvent dans les analyses de terrain telles celles de l’historienne Gabrielle Demians d’Archimbaud, qui dans son ouvrage L'oppidum de Saint-Blaise du Ve au VIIe s. (Bouches-du-Rhône) signale que la région de la Provence occidentale a eu ses activités interrompues vers 570 par de brutales destructions.
Les famines et autres calamités
Enfin, la ville et son territoire souffrent de famines (grande famine de 585) et de catastrophes naturelles. En 580, une crue historique noie les faubourgs de la ville ; le cirque romain dévasté ne sera jamais réhabilité.
Une ville brillante en déclin
Maintien d'une vie intellectuelle
En dépit de ces évènements, la vie intellectuelle se maintient toutefois en Provence occidentale. Pierre Riché évoque un cercle littéraire austraso-provençal autour du patrice Dynamius.
Sur le plan religieux, l'évêque Aurélien écrit les règles monastiques pour les couvents arlésiens33 des Saints-Apôtres et de Sainte-Marie. Le rayonnement du monastère de moniales Saint-Jean permet également à Règle de Césaire de se diffuser largement dans le royaume des Francs, à commencer par le monastère créé à Poitiers par Radegonde, l'ancienne épouse du roi Clotaire. Radegonde effectue en effet un séjour à Arles vers 570 dans ce monastère, accompagnée d'Agnès, sa sœur spirituelle qu'elle choisit comme future abbesse et Venance Fortunat, poète italien qui deviendra son biographe puis évêque de Poitiers.
Mais ce rayonnement de la ville se retrouve ni sur le plan économique ni au niveau de son archevêché.
Déclin de l'archevêché d'Arles
Folio 129 enluminé de L'Evangile de Saint Augustin, considéré comme un des deux volumes emportés par Augustin de Cantorbéry en 597
La primatie de l'église arlésienne se maintient jusqu'au milieu du vie siècle, avec notamment l'évêque Sapaudus qui préside plusieurs conciles, mais les années suivantes ne sont pas aussi favorables. La fin du siècle est connue grâce aux échanges épistolaires du pape Grégoire le Grand avec l'évêque Virgilius d'origine bourguignonne qui succède à Licerius (ou à Paschasius) en 588, en pleine épidémie de peste. Ces échanges éclairent les évènements de cette période et expliquent la détérioration des relations entre le pape et l'évêque d'Arles. Dès 591, le pape Grégoire le Grand réprimande Virgile à la suite de nombreuses plaintes à propos de conversions forcées de juifs chassés d'Orléans qui se réfugient en Provence. Le 12 août 595, il lui adresse sa lettre O quam bona sur la simonie, pour le mettre en garde contre les méfaits de cette hérésie. L'année suivante, en 596, probablement à la suite de l'affaire Dynamius, Virgile qui gérait jusqu'alors, comme ses prédécesseurs, la perception des revenus ecclésiastiques en Gaule, se voit chapeauté par instruction papale, par l'évêque d'Aix chargé de le contrôler. Enfin en juillet 599, l’amitié initiale du pape se refroidit un peu plus à la suite de la non opposition de Virgile au mariage que Syagrie avait contracté, alors qu’elle avait fait profession de la vie religieuse.
Peut-être est-ce à cause de cette dernière négligence que Grégoire accorde ensuite, aux instances de la reine Brunehault, le pallium à Syagrius, l’évêque d'Autun, avec le pouvoir d'assembler des conciles. Quoi qu'il en soit, ce refroidissement du ряре envers Virgile diminue beaucoup l'autorité du métropolitain d'Arles-.
Mais entre temps, c'est sous son archiépiscopat que la cité d'Arles abrite en 596 les préparatifs de la mission d'Angleterre ; à cette occasion des esclaves anglo-saxons sont achetés. Le 17 novembre 597, Augustin de Cantorbéry est de retour à Arles après avoir converti le roi, la reine et les principaux officiers. À la demande du pape Grégoire Ier, il est consacré archevêque de l'Église d'Angleterre dans la cathédrale Saint-Étienne par l'archevêque d'Arles, Virgile, alors vicaire du Saint-Siège en Gaules, dans une cérémonie où participent de nombreux évêques.
Des campagnes désertées et une ville réduite qui se fortifie
De nombreux auteurs datent de la seconde moitié du vie siècle la construction d'une enceinte réduite faite de blocs arrachés aux monuments romains pour limiter le territoire à défendre en cas d'attaque. Appuyée sur la Tour des Mourgues, cette muraille rejoint directement le Rhône en s'appuyant sur l'extrémité sud du Théâtre antique. C'est également à cette époque que les arènes s'adaptent au retour de l'insécurité. Elles sont transformées en bastide, sorte de forteresse urbaine qui au fil du temps va se doter de quatre tours et dans laquelle s'intègrent plus de 200 habitations et deux chapelles.
De même, le port de la cité semble connaître un déclin soit en raison des troubles soit en liaison avec la configuration des bras ou du régime du Rhône. Ce constat pourrait être la motivation qui anime le roi Gontran lorsqu'il demande en 575 le partage de la ville de Marseille qui est en cette fin du vie siècle le grand port franc en relation avec Rome et Constantinople.
Finalement au cours de ce siècle, la ville d'Arles se replie sur elle-même. Dès les années 550, on constate la disparition de l’habitat extra-muros en raison de la recherche de la sécurité à l’intérieur d’une enceinte réduite plus sûre et de la chute démographique induite par la peste. Ces troubles et cette diminution de population ruinent l’agriculture arlésienne et la famine règne. La vocation défensive de la cité devient aussi primordiale. Ainsi, à la fin du vie siècle, Arles et son territoire entrent dans une période difficile.
VIIe siècle : les Âges sombres
Histoire des francs.
Des sources lacunaires
L'œuvre de Grégoire de Tours s'arrêtant en 594, le siècle suivant malgré la Chronique de Frédégaire et ses continuations ainsi que quelques diplômes, laisse l'historien assez démuni. En réalité, les informations disponibles sont très fragmentaires ; par exemple on ne connaît que très peu d'évêques après l'archiépiscopat de Wolbertus, probablement le premier prélat d'origine franque sur le siège d'Arles, en 683. Et pour les autres, leurs biographies se limitent souvent à quelques dates pas toujours assurées. Le viie siècle, est ainsi très mal connu.
Une ville soumise au pouvoir mérovingien
Au tout début de ce siècle la Provence comme le reste de la Gaule est soumise à des hivers très rigoureux. La cité en dépit des campagnes dépeuplées par la crise démographique qui suit la Peste de Justinien, semble toutefois conserver une certaine prospérité grâce à ses activités portuaires. De même, l'archevêché d'Arles joue toujours un rôle important -du moins en ce début de siècle- ainsi que le confirment, le pallium et vicariat conférés par le pape Boniface IV, en 613, à l'évêque Florianus.
Sous le règne de Clotaire II (613-629), Arles dispose d'un atelier monétaire qui frappe avec les ateliers de Marseille, Viviers, Valence et Uzès les premières pièces de monnaie avec le nom royal.
Arles est alors administrée par les représentants des branches mérovingiennes, soit dans le cadre d'une Provence unifiée, soit de manière individualisée par un duc. Il existe ainsi une Provence arlésienne (en opposition à la Provence marseillaise). La présence de cette Provence arlésienne semble aller de pair avec l'existence, comme au siècle précédent sous Gontran, du couloir austrasien attesté encore aujourd'hui par la toponymie des lieux tels Saint-Chamas ou Velaux40. Cette situation se présente entre 634 et 656 sous Dagobert Ier puis Clovis II, de 663 à 673 sous Clotaire III, puis de 675 à 681 sous Thierry III. Cette dernière période est celle qui suit l'assassinat d'Hector en 675 et précède l'arrivée de Bonitus vers 680 à la tête de la Provence marseillaise. Elle correspond à l'époque où, profitant de la mort d'Hector, Etichon-Adalric d'Alsace envahit la Provence et essaie de prendre Lyon, mais en vain. D'après Louis Stouff, à partir de 673-675, un patrice dirige la Provence au nom des souverains francs, mais il ne siège pas à Arles. Il réside à Marseille devenue la capitale de la Provence.
À Arles même, on ne signale que de rares événements, comme la destitution en 650 au concile de Chalon-sur-Saône l'archevêque d'Arles, Théodose, ou en 682, le concile régional présidé par l'évêque d'Arles Felix au sujet du célibat des prêtres, événements qui traduisent un déclin relatif du diocèse.
Des élites qui se germanisent
Au viie siècle, le Midi, est dans une grande dépendance du pouvoir franc qui peut compter sur le dévouement d'une aristocratie locale encore d'origine gallo-romaine et puissante. Toutefois à la fin du viie siècle apparaissent des noms d'origine germanique, comme l'archevêque d'Arles Wolbertus en 683 ou le rector de Marseille Bodegisèle, même s'il est difficile de dire qu'il s'agit de fonctionnaires étrangers ou de Gallo-romains ayant adopté ces noms pour satisfaire le pouvoir mérovingien. À propos de cette fin de siècle, Pierre Riché constate qu'on ne trouve ni en Aquitaine, ni en Provence, ni en Burgondie, d'hommes cultivés à la manière antique.
VIIIe siècle
La résistance aux Francs
Présence sarrasine et opposition aux maires du Palais
Vers le milieu des années 710 d'après Georges de Manteyer cité par Jean Lafaurie, voire dès la fin du viie siècle pour Michel Rouche , des velléités d'autonomie apparaissent toutefois en Provence occidentale qui finit par devenir indépendante, faute de pouvoir central. Un texte de 780 fait en effet écho à une révolte conduite par le patrice Antenor contre le pouvoir franc de Pépin de Herstal, puis de Charles Martel, révolte qui s'accompagne de spoliations de biens ecclésiastiques.
Dix ans plus tard, le danger vient des Sarrasins. Les Sarrasins qui ont traversé les Pyrénées en 720, entreprennent en 725 une grande razzia : ils prennent Carcassonne, le Languedoc jusqu'à Nîmes et s'aventurent dans la vallée du Rhône jusqu'à Autun; Arles étant semble-t-il épargnée.
Reprise en main par les Francs
Une des tours de l’amphithéâtre qui datent plus probablement du xie siècle.
Après la victoire remportée à Poitiers en 732 ou 733, Charles Martel entreprend dans les années 735-739 des expéditions en Provence et Septimanie. Devant le danger des troupes franques, qui descendent le long du sillon rhodanien jusqu'au Languedoc, Arles et Avignon, pour leur défense dirigée par un certain duc Mauronte (Maurontius), font appel aux Sarrasins. Jussef Ibn Abd-er-Rhaman, le gouverneur sarrasin de Narbonne occupe ainsi Arles en 735. Si les historiens s'accordent que les Francs ont bien fait trois raids en Provence, dont deux contre la cité d'Arles (736, 739), ils divergent sur les causes du premier : pour certains, il serait lié à la présence des Sarrasins, pour d'autres non. Lors du dernier raid en 739, Charles Martel s'allie aux Lombards qui franchissent les Alpes. En bonne entente avec les Francs, le lombard Luitprand participe en 739 à la bataille de l'étang de Berre qui voit la défaite des Maures les alliés du duc Mauronte. Pour réduire la ville d'Arles, la légende dit que Charles Martel aurait détruit l'aqueduc romain qui, jusqu'à cette date, continuait à alimenter la cité en eau pure. Les tours surmontant l'amphithéâtre pourraient dater de cette époque. Toutefois, d'après Henri Pirenne, les Sarrasins auraient à nouveau soumis la côte Provençale et s'y seraient maintenus quelques années jusqu'à ce que Pépin les en expulse en 752.
Après la victoire des Francs que ce soit en 739 ou en 752, le sud des Alpes et la Provence sont dévastés et, ainsi qu'Arles, mises au pas avec rigueur par le pouvoir carolingien. La fonction de patrice est supprimée et la Provence est organisée en comtés calqués sur le découpage diocésal. Il est probable que dès cette époque le comte d'Arles est au-dessus des autres comtes provençaux56.
Transformation du commerce
Au viie siècle, les marchands orientaux notamment syriens concentrent entre leurs mains le commerce d'importation en Gaule. Celui-ci se poursuit au siècle suivant. Un diplôme de Chilpéric II de 716, nous indique par exemple les denrées importées et transitant par Arles ou son port avancé Fos. Henri Pirenne souligne toutefois que les échanges entre l'Occident et l'Orient déclinent fortement dès la présence Sarrasine en Méditerranée occidentale au début du viiie siècle. Il constate que des produits orientaux tels que l'or, la soie, le poivre et le papyrus disparaissent pratiquement sous les carolingiens et que le commerce entre l'Occident et l'Orient ne se fait plus que par les négociants juifs, probablement des Radhanites, seuls liens entre l'Islam et la Chrétienté.
Arles au début de la Renaissance carolingienne
Les missi dominici (littéralement, « envoyés du seigneur », au singulier missus dominicus, plus rarement employé, Sendgraf en allemand) sont un organe et une charge institués en 789 et renouvelés en 802 par le pouvoir carolingien. Les missi sont des envoyés spéciaux des souverains carolingiens qui contrôlent les représentants du pouvoir royal au plan local. Ils permettent au souverain de hiérarchiser son administration, de centraliser le pouvoir et sont l'expression d'une idéologie proprement impériale.
Envoyés en collège de deux ou trois - et souvent plus -, comptant en général au moins un comte et un évêque, ils sont dans un premier temps étrangers au district - missatica - qu'ils administrent. Des missi extraordinaires représentent l'empereur dans des circonstances spéciales et, éventuellement, en dehors de leur région d'exercice habituel.
Genèse et histoire
Présents dans l'administration mérovingienne leur institution date de Charles Martel et de Pépin Le Bref, qui les envoient pour vérifier l'exécution de leurs ordres. Quand Pépin devient roi en 751, il envoie des missi de manière désordonnée.
Charlemagne en fait un élément-clef de l'administration de son royaume dès 775. Après le couronnement de 800, les missi sont la manifestation d'un pouvoir central au sein de l'empire d'Occident et l'instrument de sa mise en ordre. Ces envoyés ne sont que rarement des fonctionnaires permanents mais plus souvent choisis au sein de l'aristocratie d'Empire, ce qui souligne le caractère prestigieux de la fonction. Jusqu'en mars 802, les envoyés étaient recrutés parmi les vassaux de petite noblesse. Puis, suite à des affaires de malversations, des personnalités de haut rang, archevêques, abbés, évêques et comtes, jugés davantage dignes de confiance, exécutent les missions . On connaît quelques inspections de missi dominici, telles celles d'Arimodus et Wernerius en 778 ou de Leydrade et Théodulfe en 798, mais même sous le règne de Charlemagne, il semble difficile de trouver des hommes pour exécuter ces fonctions sans partialité, comme le prouve la multiplication du rappel des obligations lors des plaids.
Au cours du ixe siècle, les forces qui conduisirent la féodalité à rendre les fiefs héréditaires comme seul moyen pour assurer la stabilité, en particulier face aux agressions externes comme celles des Vikings, conduisent à l'effondrement du pouvoir royal au profit de celui de ses vassaux. Dans ces conditions, il n'est plus question d'un contrôle par le souverain sur les seigneurs qui dépendent théoriquement de lui. En 830, Nominoé, noble breton nommé missus imperatoris par Louis le Pieux, établi un pouvoir central, devient potentat de Bretagne (ducatus ipsius gentis) et nomme à son tour des missi dominici. La fonction, qui affirme son efficacité, perdure cependant au sein des trois royaumes nés du partage de Verdun et est attestée jusqu'au xe siècle.
Missions et fonctions
La mission des envoyés du souverain s'exerce tant sur le plan religieux que sur le plan séculaire, deux préoccupations qui se répondent et se complètent dans l'organisation du regnum franc. Un capitulaire de 802 définit précisément leurs tâches. Ils doivent rendre la justice, faire respecter des droits royaux, contrôler les officiers royaux et en particulier les comtes, recevoir les serments d'allégeance, superviser la conduite et le travail du clergé et vérifier l'orthopraxie au sein de l'Empire. Ils doivent réunir les fonctionnaires du district visité, leur expliquer leurs fonctions et leur rappeler leurs obligations civiles et religieuses. Des instructions spécifiques - lettres, formulaires, diplômes - sont donc données aux missi en fonction de la mission qui leur était confiée (notons que ces instructions sont nombreuses à nous être parvenues). En bref, ils sont les représentants du roi ou de l'empereur et les habitants du district visité doivent pourvoir à leur subsistance. Éventuellement, ils mènent l'armée au combat.
Toutefois à la fin du siècle (après 780) apparaît une période de prospérité, la Renaissance carolingienne, qui se met en place en parallèle avec un changement de politique des rois carolingiens en Provence et Septimanie. Le comte assure l'administration et la justice, tandis que l'évêque surveille l'état d'esprit et la réforme des mœurs. Le pays est également contrôlé. On connaît quelques inspections de missi dominici, telles celles d'Arimodus et Wernerius en 7785 ou de Leydrade et Théodulfe en 798.
Les comtés de la Marche hispanique à la fin du VIIIe siècle.
La vigueur du développement de la chrétienté génère des mouvements centrifuges conduisant à l'éclatement du diocèse d'Arles. En 794, au concile de Francfort auquel participe le prélat arlésien Elifantus, l'archevêché d'Arles est scindé en trois, les diocèses d'Embrun et d'Aix devenant indépendants.
L'année suivante, Charlemagne sécurise son territoire contre les Sarrasins en établissant la Marche d’Espagne ; le conflit entre les Sarrasins et les Carolingiens se déplaçant alors en Méditerranée occidentale et affectant d'après H. Pirenne, le commerce Occident-Orient. Pourtant en 800, Théodulfe (c.750-821) évêque d'Orléans, de passage dans la cité signale tous les produits qu'on peut y trouver grâce à son port : draps de soie, peaux de Cordoue, encens, ivoire et bien d'autres produits de la Syrie, de la Perse et de l'Inde : Arles est bien à cette époque un port franc prospère ouvert sur le monde méditerranéen.
IXe siècle
Arles au début du IXe siècle
L'Espagne musulmane (ici Cordoue) était très souvent la destination finale des esclaves slaves, achetés notamment à Verdun et transitant par Arles, dont les Radhanites faisaient le commerce
Extension de l'empire carolingien sous Charlemagne
Royaumes versant un tribut
Le Renouveau carolingien se poursuit au début du ixe siècle : on signale par exemple des travaux de drainage de terres marécageuses dans la campagne arlésienne, comme si de nouvelle terres étaient mises en culture. La ville connaît toujours un commerce florissant. Au printemps 802, elle voit passer probablement l'éléphant blanc, surnommé Aboul-Abass, destiné à Charlemagne. En 820, Louis le Pieux accorde à la ville d'Arles une série de privilèges et la place sous sa protection royale, ce qui développe l'activité économique et le commerce portuaire réalisés par les Sarrasins et les Juifs. La cité a aussi la particularité de se trouver à cette époque sur un des itinéraires des marchands chrétiens et juifs qui vont vendre des esclaves - marché très lucratif à cette époque - à Cordoue.
Sous prétexte de ce commerce, la communauté juive s'attire l'hostilité de certains milieux ecclésiastiques. L'évêque de Lyon, Agobard, reproche par exemple aux juifs d'y amener des chrétiens enlevés à Arles et Lyon. Le comportement de cet évêque, hostile à la communauté juive de Lyon protégée par le roi Louis , va générer une migration vers Arles et les cités du midi ce qui accrédite la présence d'une communauté juive nombreuse dans la cité au début du ixe siècle.
L'Église d'Arles a également un rayonnement important. Elle constitue l'une des vingt et une provinces métropolitaines figurant en 811 dans le testament de Charlemagne et son prélat joue alors un rôle primordial. En mai 813, quand pour remédier à l'état de l'Église, quatre conciles se tiennent sur l’ordre de Charlemagne dans les villes de Mayence, Tours, Chalon-sur-Saône et Arles, celui de la cité rhodanienne qui se déroule dans la cathédrale Saint-Trophime est présidé par Jean II, l'archevêque de la cité. Jean II, comme tous les prélats est nommé par Charlemagne; c'est un proche de l'empereur, probablement ancien clerc du palais. Charlemagne lui confie, ainsi que son fils, plusieurs missions de confiance. Durant tout ce siècle, l'église d'Arles va jouir d'une place exceptionnelle. Elle participe ainsi à presque toutes les grandes assemblées politiques et religieuses carolingiennes. L’édit impérial de décembre 828 de Louis le Pieux montre que l'archevêque Nothon, le successeur de Jean II, est convoqué pour diriger le concile de Toulouse, un des quatre conciles avec Mayence, Paris et Lyon organisés par le roi. Le prélat arlésien intervient également quelques années plus tard au concile de Thionville rétablissant le roi Louis. En 824, ce même Noton, avait échangé des terres de la campagne arlésienne avec le comte Leibulf (?-ap.829) qui aurait succédé au comte Loup.
Ce Leibulf, d’origine probablement arlésienne, est nommé comte de Provence par Charlemagne et conduit dès 800 / 801, avec Berà et le comte de Gascogne Sanche Loup Ier, un contingent de Provençaux lors de l'expédition de Louis le Pieux contre Barcelone. Cependant, le plus grand danger en ce début de siècle, provient des Sarrasins ; les côtes de Septimanie et Provence commencent à se doter de défense contre les pirates par la construction de tours ou d’églises forteresses comme aux Saintes-Maries-de-la-Mer, à l'embouchure du Rhône de Saint-Ferréol.
Arles à l'époque des successions carolingiennes
Mais c'est surtout après la mort de Charlemagne et plus précisément à la fin des années 820, que l’histoire d’Arles va s’inscrire dans le processus de désagrégation de l'Empire carolingien avec la désorganisation du pouvoir civil, les troubles et les invasions. Sur le plan ecclésiastique, l'effondrement de l'empire carolingien loin de libérer l'Église dont les prélats étaient jusqu'alors sous l'autorité directe de l'empereur, la met dans les mains des laïcs. Ce délitement est d'autant plus accentué que le « pays provençal est une annexe lointaine où les rois carolingiens ne pénètrent [plus] depuis que Charles Martel a conquis le pays ».
Arles à la fin du règne de Louis le Pieux
Vers 830, dès les premières luttes des fils de Louis le Pieux (814-840) contre leur père, la Provence subit l'assaut d'envahisseurs venus de la mer qui attaquent les ports et remontent le Rhône. Pour lutter contre ces pirates, l'empereur regroupe vers 835 l'ensemble des comtés provençaux sous l'autorité d'un duc résidant à Arles, probablement le comte Leibulf déjà comte en 824 et 829. En 841, on signale également un certain Garin (ou Warin)71, portant le titre de duc de Provence, mais son pouvoir semble avoir eu pour assise le Lyonnais ; le 25 juin 841, ce duc avec ses contingents arlésiens et provençaux, aux côtés de Charles et Louis, participe de façon décisive à la bataille de Fontanet qui consacre la défaite de Lothaire devant ses frères.
Cela n'empêche pas Arles d'être pillée en 842 par les Sarrasins.
Arles en Lotharingie, après le partage de l’empire au traité de Verdun en 843
Arles sous Lothaire Ier
Après le traité de Verdun (843), la Provence passe sous l'autorité de Lothaire Ier et de ses représentants. On connaît ainsi les ducs ou comtes qui suivent Garin : Audibert en 845, puis Fulcrad qui tente la même année une sécession de la Provence avec la participation probable des Arlésiens, et à nouveau Audibert en 850. Cette année-là, Arles est à nouveau attaquée ; mais contrairement à 842, elle se défend avec succès et massacre les barbaresques dans leur fuite.
Carte de l'Eurasie montrant le réseau commercial des Radhanites (vers 870), tel qu'il est décrit par ibn Khordadbeh dans le Livre des Routes et des Royaumes
En ce milieu de siècle, nous avons des témoignages que la ville d'Arles malgré ces évènements est encore prospère et possède un port actif. Le diacre Florus qui écrit peu après 843, parle en effet d’Arelas optima portus (Arles, riche port), et l'atelier de monnayage d'Arles, à la différence de celui de Marseille, l'autre atelier carolingien, continue de fonctionner. De même quelques années plus tard vers 860-870, le géographe arabe Ibn Khordadbeh dans son livre des Routes et des Royaumes évoque les marchands juifs qu'il appelle Radhanites et qui à partir des ports du pays franc se dirigent vers le Moyen-Orient, emportant des marchandises d'origine septentrionale (esclaves, épées et peaux) pour ramener des épices.
Division de l'empire de Lothaire Ier après le traité de Prüm en 855.
Arles sous Charles de Provence
En 855, à la suite du décès de Lothaire Ier, le partage de son royaume donne naissance à la Provence (royaume incluant le Lyonnais, la Viennoise et la Provence proprement dite) dévolue à Charles, appelé par la suite Charles de Provence, le plus jeune de ses fils. Cette succession reçoit l'appui des seigneurs provençaux qui par leur résistance (856) obligent Lothaire II et Louis II à renoncer à leur projet d'usurpation74. De santé fragile, Charles laisse l'administration de son royaume à Girart de Roussillon qui joue le rôle de régent. La cour réside à Vienne qui devient ainsi la capitale de ce Royaume au détriment d'Arles jusqu'au début du xe siècle.
Les voyages des Normands : celui de 859-860 en Méditerranée
C'est à cette époque (859) que les Normands menés par Hasting, étant passés en Méditerranée, dévastent le territoire d'Arles à défaut de la cité. Ayant hiverné en Camargue lors de hiver très rigoureux de 859/860, ils remontent au printemps le Rhône avant d'être défaits par Girart de Roussillon probablement au niveau de Valence, et continuent ensuite leur raid vers l'Italie. Les Annales de Saint-Bertin précisent : en 859, les pirates de mer danois cinglèrent longuement entre Espagne et Afrique et pénétrèrent de force dans le Rhône. Après avoir ravagé plusieurs villes et monastères, ils s’installèrent dans l’île Camargue… En 860, les mêmes Danois parvinrent en pillant jusqu'à la ville de Valence et ayant tout ravagé alentour revinrent dans l'île —de Camargue— qu'ils occupaient.
Peu de temps après, en 861, prenant prétexte d’un appel d’une partie de l’aristocratie provençale, dont le « puissant comte d’Arles Fourrat », Charles le Chauve, qui avait vécu jusque-là en bonne intelligence avec son neveu, tente d’annexer la Provence. Mais battu par Girard de Roussillon78 qui menace également de confisquer les propriétés provençales autour de Saint-Rémy de l’archevêque de Reims Hincmar, un proche du roi, Charles ne dépasse pas Mâcon.
Arles sous l'empereur et roi d'Italie, Louis II le Jeune
La mort de Charles de Provence (863) ouvre de nouveaux conflits entre ses frères qui essayent tous de se faire des partisans parmi l'aristocratie provençale ; la partie sud de son royaume, c'est-à-dire la Provence limitée aux territoires d'Arles, Aix et Embrun, revenant finalement, contrairement au traité de 859 conclu entre Charles et son frère cadet Lothaire II de Lotharingie, à Louis II le Jeune empereur et roi d'Italie.
Sous cette nouvelle autorité distante, on ne connaît aucun comte de Provence et à Arles le pouvoir semble alors exercé par les évêques qui sont amenés à prendre la défense de la population. Ainsi l'archevêque Roland (852-869), primat de l'église méridionale et chef militaire, fait fortifier le théâtre et intervient dans les campagnes. Lors d'une razzia en Camargue en septembre 869, les Sarrasins le surprennent en train de superviser la mise en défense de la région81. L'évêque fait prisonnier, est échangé contre des armes, des esclaves au nombre de 150, et autres richesses. Malheureusement, les Arlésiens ne récupéreront que son cadavre, habillé et mis sur un siège par les barbaresques au moment de la remise de rançon, probablement organisée sur la plage des Saintes-Maries-de-la-Mer, à l'embouchure du Rhône de Saint-Ferréol, bras actif et encore navigable à cette époque. Cet épisode souligne la présence de nombreux esclaves dans la société arlésienne dans ces années 860.
Arles sous Charles le Chauve et Boson duc de Provence
En 875, à la mort de l’empereur, la Provence est récupérée par Charles le Chauve qui nomme Boson, duc de Provence. Jusqu'en 878, la tutelle de Boson sera plus nominale qu'effective car le nouveau duc réside d'abord en Italie, puis à son retour en France, confie la Provence (et le royaume d'Italie) à son frère Richard le Justicier et à Hugues l'Abbé.
Toutefois, au printemps 878, Boson est présent à Arles : il y accueille le pape Jean VIII qui menacé en Italie vient se chercher des alliés de l'autre côté des Alpes. À cette occasion l'évêque d'Arles Rostaing, reçoit le pallium. Puis après avoir résider quelque temps dans la cité, Boson et Jean VIII participent au mois de juillet suivant au concile de Troyes. Charles ayant refusé la couronne italienne proposée par le pape, Boson se laisse tenter. Mais sa tentative soutenue par Jean VIII se heurte aux nobles italiens et après une expédition infructueuse de quelques mois Boson doit retourner en Provence.
Les ambitions de Boson, freinées en Italie, vont toutefois s'exprimer à nouveau dès l'année suivante.
La création du Royaume de Provence
Boson, roi de Provence
Le Royaume de Boson
Le 15 octobre 879, poussé à la fois par sa femme Ermengarde sœur de Charles et par une aristocratie provençale séduite par l'idée d'avoir un roi « capable mieux qu'un souverain éloigné de défendre [ses] intérêts », et profitant également de l'insécurité qui règne dans la Provence rhodanienne, Boson entre en rébellion contre les successeurs carolingiens contestés Louis III et Carloman II. Il se fait sacrer Roi de Provence dans son château de Mantaille avec l'appui des grands, de l'archevêque de Vienne et celui minoritaire des évêques provençaux. En effet, seuls semble-t-il quatre prélats86, dont Rostaing archevêque d'Arles, sur vingt-trois (dont onze présents) soutiennent cette prise de pouvoir ce qui souligne l'engagement fort, dès cette époque, de l'épiscopat arlésien auprès des princes bourguignons. Boson établit sa capitale à Vienne.
La tentative tourne rapidement à l'échec et le parti carolingien récupère la Provence, par Carloman après la prise et le pillage de Vienne en octobre 881. Carloman laisse comme trace de son passage et de son autorité, quelques deniers frappés à Arles. Mais dans cette période troublée, les Sarrasins toujours présents et opportunistes, pillent à nouveau la cité, ou du moins ses faubourgs, peu de temps avant 883-
À la mort de Carloman (884), l'autorité de Charles le Gros s'étend à la Provence ; Boson rentre en grâce et s'éteint à Arles peu après, le 11 janvier 887. Sa femme, Ermengarde, est alors nommée régente du royaume de Provence avec l'aide de Richard II de Bourgogne dit Richard le Justicier, le frère de Boson. En mai 887, elle conduit son fils, le futur roi de Provence Louis III l'Aveugle auprès de l'empereur Charles III le Gros pour qu'il l'adopte, ce qu'il fait. Pendant la minorité de Louis, Ermengarde règne en Provence assistée par les évêques de Vienne et de Lyon ainsi que par le comte Teutbert d'Avignon.
La Provence demeure après la mort de Charles le Gros, intervenue au début 888N 26, quelques temps sans souverain ; cette lacune résulte probablement des troubles évoqués par les actes du concile de Valence et rattachés sans doute à l'expédition en Gaule de Guy de Spolète.
L'établissement de son fils Louis III
En 890, Louis III est proclamé roi de Provence à Valence par une assemblée où participe activement l'archevêque d'Arles, Rostaing, le même qui avait soutenu onze ans plus tôt Boson V de Provence à Mantaille. Le nouveau roi réside à Vienne et entreprend au début de son règne (896) quelques tentatives contre les Sarrasins qui continuent à dévaster la Provence.
Louis se décharge sur le comte Teutbert, comte de Provence dès 890, de l'administration de son royaume notamment lors de ses expéditions en Italie. Ce Teutbert, également connu sous le nom de Thibert, intervient à Arles et dans plusieurs cités provençales. Il meurt certainement en 908 car on perd sa trace à cette date. Un de ses petits-fils pourrait être à l'origine de la famille des vicomtes de Marseille. Selon différents historiens, Arlulf de Marseille serait en effet le fils de Thibert II d'Arles, seigneur de 925 à 942. Mais cette interprétation est aujourd'hui contestée à la suite de travaux récents.
En dépit de la présence de ce comte, Louis, occupé par ses aventures Italiennes, néglige ses propres affaires provençales et les grands aristocrates, ecclésiastiques et laïcs, en profitent. Ainsi l'archevêque d'Arles obtient le droit de frapper monnaie ainsi que les bénéfices des tonlieux sur le Rhône- D'après l'historien Jean-Pierre Poly, c'est entre 890 et 910, que la monnaie d’Arles est donnée par le roi à l'archevêque arlésien Rostang.
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