Antioche

 

 

 

 

 

Antioche (en turc : Antakya) est une ville de Turquie, près de la rive gauche du fleuve Oronte (auj. Nahir-el-Asi, le "fleuve rebelle"), à 25 kilomètres de la mer par la vallée du fleuve, à 92 kilomètres à l'Ouest d'Alep (Syrie). Antioche fut fondée par Séleucus Nicator qui venait de s'emparer de la Syrie au démembrement de l'empire d'Alexandre. C'était l'époque où l'on se plaisait à construire de nouvelles villes sur le plan d'Alexandrie; Séleucus agit de même, et, au lieu de s'établir à Antigonie, capitale de son rival Antigone qu'il venait de vaincre à Ipsus, il choisit un nouvel emplacement, soit pour faire oublier Antigonie, soit que la place lui parût préférable, soit enfin pour se conformer aux présages, car légende raconte que, durant un sacrifice offert à Zeus Céraunien par Séleucus Nicator, un aigle enleva les entrailles de la victime et s'envola sur le mont où Séleucus décida de construire une forteresse (cet aigle de la légende se retrouve sur quelques médailles d'Antioche).
 
Au pied du mont Silpius, Séleucus construisit la ville nouvelle qui ne s'étendit pas tout à fait jusqu'au fleuve, par crainte des inondations; Xenaeus fut l'architecte d'Antioche (nom choisit par Séleucus pour honorer la mémoire d'Antiochos son père (Les Séleucides)), et les habitants y affluèrent vite, venus d'Antigone qu'on avait rasée, ou de quelques villages environnants, lopolis ou Jope, Meroe et Bottia sur l'Oronte, où Alexandre avait élevé un temple à Zeus Bottiaeus. Les Juifs eux-mêmes y furent bien accueillis, obtinrent les mêmes droits que les autres habitants, tous Macédoniens ou Grecs, y formèrent une colonie nombreuse ayant un ethnarque particulier, comme nous l'apprend Josèphe (Ant., XII, 3, 1; XIV, 42, 6). La ville primitive s'accrut peu à peu de trois autres quartiers d'abord sous Séleucus Nicator lui-même, puis sous Séleucus Callinicus qui régna de 246 à 226, et enfin sous Antiochus Epiphane qui fut roi de 175 à 164 avant notre ère : ainsi s'explique le surnom de tetrapolis qu'elle reçut dans l'Antiquité. On la nommait encore "Antioche sur l'Oronte" pour la distinguer de quinze autres villes fondées par Séleucus Nicator et portant toutes le même nom, ou bien Antioche epi Daphné, près de Daphné, bois voisin célèbre chez les anciens et consacré à Apollon.
Après Athènes, Rome et Constantinople, nulle cité antique ne fut plus digne d'admiration par la beauté de son site, par son histoire et par ses monuments. Rien n'égalait, dit Renan, l'abondance et la beauté des eaux. L'enceinte, gravissant des rochers à pic par un vrai tour de force d'architecture militaire, embrassait le sommet des monts, et formait avec les rochers, à une hauteur énorme, une couronne dentelée d'un merveilleux effet. Antioche avait, au dedans de ses murs, des rochers de sept cents pieds de haut, des rochers à pic, des torrents, des précipices, des cascades; au milieu de tout cela, des jardins délicieux. La variété des fleurs, la fraîcheur du gazon, la beauté des platanes qui bordent l'Oronte, inspirent quelque chose du parfum suave dont s'enivrèrent ces beaux esprits de Jean Chrysostome, de Libanius, de Julien. Sur la rive droite du fleuve s'étend une vaste plaine, bornée d'un côté par l'Amanus et les monts bizarrement découpés de la Piérie, de l'autre par les plateaux de la Cyrrhestique, derrière lesquels on sent le dangereux voisinage du désert. La vallée de l'Oronte qui s'ouvre à l'Ouest met ce bassin en communication avec ce vaste monde au sein duquel la Méditerranée a constitué de tout temps une sorte de route neutre et de lien fédéral. On peut lire dans l'Antiochicus de Libanius l'éloge enthousiaste qu'il fait de sa ville, Antioche la grande et la belle, Antioche la superbe aigrette de l'Orient, comme l'appelle Ammien Marcellin.

Nous ignorons de quels monuments orna la ville Séleucus Nicator; nous savons seulement qu'il éleva dans le bois sacré de Daphné un temple à Apollon, le dieu favori des Séleucides. Son fils, Antiochos Soter, éleva au centre de la ville l'Omphalum où se dressait une statue remarquable d'Apollon. Sous les rois Séleucides, sous les empereurs romains, Antioche ne cessa de s'embellir : Séleucus Callinieus construit un temple qu'il dédie à la déesse Isis et fait bâtir dans une île de l'Oronte une nouvelle ville dont Enagrius Scholasticus nous a laissé une description et que cinq ponts reliaient à l'ancienne ville; Antiochus Epiphane élève un palais du Sénat (bouleuterion), un temple à Jupiter Capitolin dont Tite-Live cite la magnificence (liv. XII, ch. xx), et surtout une rue longue de trente-six stades, qui traversait la ville d'un bout à l'autre et formait deux galeries couvertes soutenues par des colonnes avec une large avenue au milieu. Antiochus Philopator, sur le modèle du Museum d'Alexandrie, bâtit un superbe édifice près du mont Silpius. A Jules César, Antioche fut redevable d'un théâtre adossé au mont Silpius, d'un amphithéâtre, de bains, d'un aqueduc, et d'une basilique qu'on nomma le Caesarium; sous Auguste, Hérode le Grand construit une superbe route et élève une colonnade. On peut citer encore des bains bâtis par Caligula, par Trajan et par Hadrien, le pavement en granit d'Égypte de la grande rue par Antonin le Pieux; un Xyste ou promenade publique due à Commode, un palais dû à Dioclétien. Quant aux statues, chefs-d'oeuvre de l'art grec, elles étaient innombrables : les descriptions de Pausianas (VI, 2,7), du Byzantin Malala (Chronographia, p. 201), surtout les médailles d'Antioche nous fournissent des détails sur les richesses artistiques accumulées dans cette ville toute grecque où les Macédoniens d'Antigone et de Séleucos avaient porté les cultes et les noms de leur pays.

Sous Constantin, Antioche qui, après la ruine des églises de Judée, avait été la première métropole de l'église chrétienne, vit s'élever une magnifique église qui ne fut achevée que sous Constance; d'après la description qui nous en est parvenue, elle aurait eu de nombreux points de ressemblance avec Saint-Vitale de Ravenne. Constantin construisit encore une basilique, un prétoire pour le gouverneur et un hôpital près de la cathédrale. Le dernier empereur qui se soit plu à embellir Antioche fut Valens, lequel éleva un somptueux forum décoré de colonnes d'Illyrie et pavé de marbre blanc.

Cette magnifique cité fut trop souvent désolée par des tremblements de terre : le premier dont fassent mention les anciens auteurs se produisit, selon le chronographe Malala, en l'an 148 av. J.-C.; le second, sous César, en l'an 37; le troisième sous l'empereur Claude; mais jusqu'alors, les édifices souffrirent peu. Sous Trajan, 115 ap. J.-C., les secousses furent terribles, les rivières changèrent de lits, un grand nombre d'habitants furent tués et un temple élevé dans les bois de Daphné porta cette inscription: Les survivants à Jupiter sauveur. Nouvelles secousses sous Constance, en 341; sous Léon le Grand en 457 ou 478 : c'est alors que fut détruite toute la partie de la ville qui s'élevait dans l'île de l'Oronte. Mais, c'est sous Justin, en 526, qu'Antioche fut le plus éprouvée : une éruption jointe à un tremblement de terre ruina la plus grande partie de la ville; il y eut 250 000 personnes de tuées. Quand la nouvelle en parvint à Constantinople, l'empereur revêtit des habits de deuil et fit appel en pleurant à la miséricorde de Dieu. Deux ans à peine s'étaient écoulés qu'Antioche était de nouveau frappée : les maisons relevées s'écroulèrent, 5 000 habitants périrent. Nouveau tremblement de terre en 587, puis en 588, où furent tuées environ 60 000 personnes. En 1115, la ville fut absolument détruite, à ce que rapporte le chroniqueur Gautier, chancelier de Roger, prince d'Antioche. Le tremblement de 1822 ne fut pas moins désastreux pour cette malheureuse ville. Enfin, en 1872, la moitié des maisons fut renversée.

Antioche fut toujours nommée dans l'Antiquité la capitale de la Syrie. Parmi les événements qui l'agitèrent, avant que la Syrie fût devenue province romaine, le plus grave fut une révolte contre Démétrius Il Nicator, en l'an 155 av. J.-C. et que nous trouvons relatée dans le livre des Macchabées (I, XI, 48) : le roi et son ministre Lasthènes font appel contre la population soulevée à un corps de 3 000 Hébreux qui massacrent 100 000 Syriens et ne quittent Antioche qu'après l'avoir pillée et brûlée. En 83, la ville fut prise par Tigrane, roi d'Arménie, qui lui imposa Mégadate comme gouverneur. Mais en 64, Pompée conquiert la Syrie et accorde à Antioche le titre de cité autonome, honorant ainsi, dit-il, dans ses habitants des descendants des Athéniens. En 47, Jules César visita Antioche au retour de son expédition contre Pharnace, laissa à la ville toutes ses libertés et fit même, comme nous l'avons vu, construire quelques monuments publics. Antioche réussit encore à se faire apprécier d'Auguste en épousant sa cause avec enthousiasme; elle poussa même la flatterie jusqu'à faire commencer son ère à la bataille d'Actium. C'est à Antioche que mourut, en l'an 12 ap. J.-C. Germanicus dont le corps fut brûlé dans le forum de cette ville. En 67, les Juifs furent attaqués dans Antioche et un certain nombre mis à mort, mais Titus, après avoir pris et détruit Jérusalem, refusa d'enlever aux Juifs d'Antioche le droit de cité et de briser les tables d'airain qui contenaient, par écrit, les garanties de leur sûreté personnelle. En 194, Antioche ayant pris parti contre Septime Sévère fut privée de ses droits et placée sous la dépendance de Laodicée jusqu'à l'an 201, où le jeune Caracalla implora et obtint sa grâce. En 250, Sapor apparut brusquement aux portes de la ville et surprit les habitants qui assistaient à une représentation théâtrale. On raconte que l'acteur en scène s'écria tout à coup :

« Je rêve ou je vois les Perses. »
Antioche fut pillée, puis brûlée en partie; l'empereur Valérien, accouru à son secours, surveilla les travaux de reconstruction. Sous Dioclétien, un officier nommé Eugène se fit proclamer empereur dans cette ville ouverte et sans défense; bien que le peuple eût massacré lui-même ce César improvisé et sa faible troupe, Dioclétien livra au bourreau les décurions d'Antioche et de Séleucie (au nombre des victimes fut l'aïeul de Libanius). Sous Théodose une sédition terrible éclata, à l'annonce de nouveaux impôts : les statues de Théodose, d'Arcadius et d'Honorius furent renversées et brisées; Théodose enleva à la ville tous ses droits et privilèges et de nombreux habitants furent mis à mort. Théodose enfin pardonna (387). Nouvelle sédition en 407; des Juifs sont massacrés à l'instigation de Calliopus, cocher toujours vainqueur au cirque dans les courses de chars. Comme à Constantinople, les deux factions du cirque en venaient sans cesse aux mains; en 520, Justin, oncle de Justinien, interdit les courses pendant plusieurs mois, défendit de célébrer les jeux olympiques que Commode avait institués à Daphné et supprima la charge des deux magistrats qui présidaient à ces jeux, les Alytarques.
En 526 et 528, terribles tremblements de terre; pour détourner la colère divine on changea le nom d'Antioche en celui de Theopolis, ville de Dieu. Dix ans plus tard la ville est prise, mise à sac et incendiée par les troupes du roi de PerseChosroès; il n'y eut d'épargnés que le quartier nommé Cerataeum et la principale église, dépouillée cependant de ses marbres précieux et de ses richesses. Grâce à la générosité de Justinien la ville se rebâtit et redevint presque aussi belle qu'avant ses derniers désastres, mais le tremblement de terre de 588 fait un monceau de ruines de tous ces édifices. Tels sont les principaux événements qui se rapportent à cette illustre cité jusqu'à l'occupation arabe.

C'est à Antioche, dans la nombreuse colonie juive, que le christianisme naissant fit ses premières conquêtes (Actes, XI, 49, 22, 26) ; les Grecs, eux aussi, vinrent à cette jeune Église, ardente, et à, l'époque, novatrice. Antioche fut la ville de saint Paul. Ses évêques furent élevés à la dignité de patriarche et eurent le droit de s'asseoir à côté des évêques d'Alexandrie, de Rome et de Constantinople. C'est à Antioche que fut fondée la première église des Gentils; c'est là que les fidèles de Jésus furent pour la première fois appelés chrétiens (Actes. XI, 26). Plusieurs conciles où synodes furent tenus dans cette ville un premier contre les novatiens en 252; deux autres, en 264 et en 270, contre Paul de Samosate, évêque de cette ville, qui fut enfin déposé; en 330 contre Eustathius, en 341 en faveur de l'arianisme (ce concile se prolonge jusqu'en 344 au 345), en 358 en faveur des Anoméens, en 361 et en 363 au sujet de l'arianisme; en 378 contre les Eustathiens et les Méléciens; en 383 contre les Messaliens; en 431 et 432 contre les partisans de saint Cyrille d'Alexandrie; en 436 contre Diodore de Tarse, en 448 contre Ibas d'Edesse, en 475 contre Pierre de Foulon, usurpateur du siège patriarcal d'Antioche. En 482, eut lien le dernier synode assemblé dans cette ville, avant qu'elle passât au pouvoir des Sarrasins. En 1142, dans Antioche redevenue ville chrétienne (Les Croisades) se tint un dernier concile présidé par Albéric de Beauvoisis, légat du pape, pour déposer le patriarche Rodolphe, surnommé Mamistan, un Français du diocèse du Mans lequel fut mis dans un monastère.

Dans la hiérarchie des églises chrétiennes, au concile de Nicée (321), Antioche occupa le troisième rang après Rome et Alexandrie; en 381, elle dut céder le pas à Constantinople et en 481 le concile de Chalcédoine confirma cet ordre, malgré l'opposition des évêques de Rome et d'Alexandrie. Quant à la juridiction ecclésiastique de la capitale de la Syrie elle s'étendit, au temps des apôtres, sur la Phénicie et la Cilicie, pour embrasser plus tard 13 provinces, les deux Syries, la Théodoriade, les deux Cilicies, l'Isaurie, la Commagène, l'Osrhoène, la Mésopotamie, la Phénicie première et la Phénicie du Liban, l'Arabie pétrée (Pétra) que Justinien réunit bientôt à l'église de Jérusalem et l'île de Chyprequi devint indépendante, au concile d'Éphèse (431).
Sous le règne d'Héraclius (635), Antioche tomba aux mains des musulmans; ce n'était plus qu'une grande cité à l'agonie, naguère métropole d'un royaume détruit, passionnée pour le luxe et les plaisirs, indifférente aux conquêtes belliqueuses. Dès qu'elle vit les soldats chargés de la défendre vaincus en rase campagne, elle ne songea même pas à résister, et ne tint qu'à se racheter du pillage, moyennant 300 000 pièces d'or. Sous cette dynastie musulmane des Omeyyades, Antioche ne cessa de se dépeupler; c'est en 969 seulement, sous l'empereur Nicéphore Phocas, qu'elle fut assiégée pas Zimiscès et emportée d'assaut. En 1084, les Comnène perdent leur conquête dans leur guerre contre les Seldjoukides et la ville n'est arrachée aux Musulmans que par les Croisés en 1098. Dans Antioche, à l'approche des chrétiens, s'étaient enfermés la plupart des musulmans des villes et des provinces voisines avec leurs familles et leurs trésors, puis Baghisiam en Accien, émir turcoman, avec 7000 cavaliers et 20000 fantassins. Le siège dura neuf mois, d'octobre 1097 à juin 1098 : pendant l'hiver les croisés furent en proie à la misère la plus horrible, pas de pain, pas d'abri, pas de vêtements, et partout la débauche la plus effrénée.

Le légat du pape, Adhémar de Monteil, évêque du Puy, parvint à réprimer tant de vices hideux, fit marquer au fer rouge les joueurs et les blasphémateurs, condamna à de terribles supplices les adultères et fit enfermer toutes les femmes dans un camp séparé; pour les espions, Bohémond, prince de Tarente, décida qu'ils seraient coupés en morceaux et rôtis pour servir à la nourriture de ses soldats affamés. Bientôt le froid cessa, les épidémies disparurent, les vivres arrivèrent de Chypre, de Chio, de Rhodes (Les Îles grecques au Moyen âge) et enfin apparut, guéri de ses blessures, Godefroy de Bouillon. Néanmoins, le siège menaçait de durer longtemps encore, quand la trahison vint en aide aux croisés : le fils d'un fabricant de cuirasses, nommé Phirous, promit d'introduire les assiégeants dans la ville en leur livrant les trois tours qu'il commandait. Ainsi, la ville fut prise sans combat; dans une seule nuit, plus de 10 000 habitants. furent massacrés.

A peine prise, Antioche dut être défendue par ses nouveaux possesseurs contre les armées de Kerboga; le 29 juin, fête de saint Pierre et de saint Paul, l'armée des croisés se rangea en dehors des murailles, divisée en douze corps qui rappelaient les douze apôtres; les musulmans cherchèrent aussitôt à envelopper l'armée chrétienne, à la broyer entre deux meules, selon l'expression d'une vieille chronique du temps; Bohémond allait être écrasé, quand Godefroy, Tancrède, volèrent à son secours et mirent en déroute les musulmans qui, selon quelques historiens perdirent 100 000 hommes sur le champ de bataille. Antioche devint alors la capitale d'une principauté qui fut donnée à Bohémond et s'étendait, au Nord, depuis Tarse jusqu'à l'embouchure du Cydnus, et au Sud avait pour limite la rivière qui coule entre Tripoli et Tortose.

A Bohémond succédèrent : Bohémond II, son fils qui, n'ayant que quatre ans à la mort de son père, fut placé sous la tutelle de sa mère Constance et, en 1126, réclama la succession de son père à Baudouin II, roi de Jérusalem, qui s'était emparé d'Antioche; Raymond II, qui dut prêter serment de fidélité à l'empereur de Constantinople et mourut en 1452; Renaud de Châtillon qui fut pris en 1160 par le gouverneur d'Alep, resta seize ans captif et fut tué par Saladin en 1183. Bohémond III, fils de Raymond, mort en 1201; son fils Bohémond IV le Borgne, mort en 1232; Bohémond V, fils du précédent, mort en 1251, laissant le trône à son fils Bohémond VI, qui se vit enlever Antioche en 1268 par le sultan d'Égypte-Bibars : une foule de prisonniers furent mis à mort, d'autres furent emmenés au loin par les vainqueurs : ce fut la ruine définitive d'Antioche; les édifices épargnés par le tremblement de terre de juin 1170 furent renversés par la soldatesque. La ville tomba définitivement dans le déclin. En 1920, après le démantèlement de l'empire ottoman, l'administration d'Antioche, rattachée au Sanjak d'Alexandrette, fut confiée par la SDN à la France. En 1932, la petite province fut rattachée à la Turquie.

Au milieu du XIXe siècle, l'enceinte d'Antioche était encore presque intacte; Poujoulat, dans sa Correspondance d'Orient, nous décrit en détail les fortifications du Sud

"qui n'ont pas plus souffert que les montagnes qui leur servent de base."
Cette longue suite presque ininterrompue de murailles qui rejoignent le fleuve après avoir décrit un grand cercle enferment quatre mamelons de montagnes bien plus hautes que l'enceinte, et se ponctuent de tours distantes de 30 à 40 pas, rondes ou carrées, de quatre à cinq étages. Selon l'auteur arabe Yaféi, il y eut jusqu'à 24 000 créneaux, aujourd'hui disparus. Sur 130 tours, Poujoulat en retrouva 52 en assez bon état; mais depuis lors, le pays fut occupé par Ibrahim Pacha et les troupes égyptiennes qui, des restes de la ville, construisirent d'immenses casernes, en dehors de l'antique enceinte. Les murailles qui bordaient l'Oronte ont aujourd'hui en grande partie disparu; les quelques tours encore debout ont été transformées en maisons particulières. La porte du pont est encore intacte, ainsi que le pont qui date de l'époque romaine. A l'Ouest est la porte Saint-Georges, l'une des cinq principales entrées de la ville, selon Guillaume de Tyr ; les bases des deux tours qui la flanquaient sont bien conservées. A l'Est, s'élève la porte Saint-Paul, près de laquelle on place le quartier chrétien primitif; mais en 1872, le tremblement de terre l'a bien ébranlée et l'a détruite en partie. Quant au château, élevé sur l'ancien mont Silpius, il est flanqué de tourelles massives dans toute leur hauteur. En dehors de l'enceinte et du château, si l'on cherche quelques traces de la topographie antique, on questionne en vain le sol, presque vide de ruines. La ville moderne borde l'Oronte, et occupe à peine le sixième de l'emplacement de l'antique cité; c'est un amas de maisons basses et pauvres, de rues tortueuses; on y trouve quelques mosquées en pierre et un petit bazar. Elle n'attire plus la curiosité que par son musée, riche de nombreuses mosaïques anciennes. (Max. Petit).

- Outre la grande Antioche (Antioche-sur-Oronte), dont nous venons de parler, un certain nombre de villes ont porté ce nom dans l'Antiquité; voici les plus importantes :
Antioche de Pisidie. - Sur le côté Sud des montagnes qui séparent la Phrygie de la Pisidie. C'est aujourd'hui Yalobatch. On y voit un certain nombre de ruines antiques des murailles, un aqueduc, un temple de Dionysos, un petit théâtre. Cette ville, selon Strabon, fut fondée par des citoyens de Magnésie, sur le Méandre. Pline nous dit que, sous la domination romaine, elle fut nommée Antiochea Caesarea; c'était la capitale de la province romaine de Pisidie. Les Actes des Apôtres nous apprennent que Paul et Barnabé se rendirent deux fois à Antioche, mais qu'à leur première visite ils en furent chassés par les Juifs fort nombreux dans cette ville.
Antioche sur le Méandre. - Ancienne ville d'Asie, dans la Carie, sur les frontières de la Phrygie. Elle fut le siège d'un évêché. Diotrephes, le célèbre sophiste, y naquit.

Antioche de Cilicie. - Ville maritime d'Asie, auprès du mont Cragus, selon Ptolémée; au bord du Pyrame, selon Etienne de Byzance.

Antioche de Margiane. - Sur le Margus, On croit que c'est aujourd'hui la ville de Mery. Elle fut fondée par Alexandre le Grand, puis détruite, et rebâtie par Antiochus Ier Soter, qui lui donna son nom. (Mx. P.).

Comme sa rivale Alexandrie, Antioche nous offre l'exemple d'une grande cité hellénistique, centre commercial et foyer de culture, devenue un des pôles du christianisme ancien. Parallèles et souvent opposées à celles d'Alexandrie, les tendances de sa tradition exégétique et théologique se retrouvent encore vivantes dans la théologie de l'Église d'aujourd'hui.


Antioche fut fondée en 300 avant J.-C., sur la rive gauche de l'Oronte, au pied du mont Silpius, par Seleucus Nicator, après sa victoire sur Antigonos à Ipsos. Seleucus donna à la nouvelle ville le nom de son père, Antiochus. Grâce à sa situation géographique, la ville fut rapidement riche et florissante, commerçante et cultivée à la fois. Quand Pompée conquit la Syrie (64 av. J.-C.), Antioche devint la capitale de la province romaine de Syrie. Elle était alors la troisième ville de l'Empire, après Rome et Alexandrie. Au IVe siècle de notre ère, elle comptait environ 300 000 habitants, auxquels il faut ajouter les esclaves, qui pouvaient être 200 000. Mélangée d'éléments grecs et syriens, cette population pouvait à l'occasion se montrer fort turbulente (en 387, à propos de l'imposition d'une taxe extraordinaire, elle se souleva contre Théodose le Grand et renversa les statues de l'empereur et des membres de la famille impériale ; cette « émeute des statues » provoqua une répression cruelle et fut l'occasion d'une série de vingt et un sermons de Jean Chrysostome, alors prêtre de l'Église d'Antioche). Au IVe siècle encore, le rhéteur Libanius y attira de nombreux disciples, mais Julien, l'empereur philosophe, fut mal reçu par cette population amie des plaisirs et des fêtes.

Les fouilles, menées surtout à partir de 1932 par l'université de Princeton, ont révélé l'étendue de la ville et l'importance de ses monuments : rues à colonnes et à portiques, temples, palais impérial, thermes, théâtres, amphithéâtre, stade. Daphné, un faubourg d'Antioche, était célèbre par un sanctuaire d'Apollon et par les cérémonies de son culte, qui dégénéraient en fêtes licencieuses.

La ville, ruinée par des tremblements de terre, détruite par Chosroès en 538, perdit de son importance. La conquête arabe (637) acheva cette décadence. Conquise par les croisés en 1098, elle devint le siège d'une principauté franque (Bohémond, Tancrède) et d'un patriarcat latin. Reprise en 1268 par le sultan d'Égypte Baïbars, elle passa aux mains des Turcs en 1517 et resta turque depuis cette époque. Antākyā n'est plus aujourd'hui qu'une petite ville, assez misérable, au milieu des ruines.


Antioche fut évangélisée d'abord par des chrétiens de Jérusalem dispersés par la persécution qui suivit la mort d'Étienne (Actes des Apôtres, XI, 19-20). Paul et Barnabé y séjournèrent toute une année (env. 43). C'est à Antioche que les disciples reçurent pour la première fois le nom de chrétiens (Actes, XI, 26), vraisemblablement un sobriquet dont les affublèrent les païens. Antioche est le point d'attache de Paul et le centre de ses missions ; il y revient à chacun de ses voyages (Actes, XII, 25 ; XIII, 1-3 ; XIV, 26-27 ; XV, 25). Antioche devint ainsi le centre du christianisme helléniste (par opposition à Jérusalem, qui reste le centre des chrétiens d'origine juive) et le foyer de l'expansion du christianisme en Orient, aussi bien vers la Cilicie ou l'Asie que vers la Syrie et la Mésopotamie. Si rien ne permet d'assurer que l'« autre lieu » où se rend Pierre après sa délivrance miraculeuse (Actes, XII, 17) soit Antioche, Pierre y est certainement vers 48-49 (Gal., II, 2-11 : l'incident d'Antioche). Une ancienne tradition, dont la liturgie avait conservé le souvenir, fait de lui le premier évêque d'Antioche (Eusèbe, Histoire ecclésiastique, III, XXXVI, 2).

Parmi les évêques d'Antioche dans les premiers siècles, on retiendra les noms de saint Ignace, martyr à Rome vers 107 (Lettres), de saint Théophile, auteur vers 180 d'une apologie A Autolycus, de Paul de Samosate et d'Eustathe, qui prit part au concile de Nicée (325) et fut un nicéen convaincu. Le sixième canon du concile de Nicée confirme la préséance et les privilèges de l'évêque d'Antioche, après ceux de Rome et d'Alexandrie. Les remous de la crise arienne troublèrent longtemps l'Église d'Antioche. Plusieurs synodes se tinrent à Antioche : en 341, le synode dit « des Encænies » (dédicace de la basilique) rédigea un symbole qui passait sous silence le terme de consubstantiel (̀ομοόυσιος), défini à Nicée. Après 361, Antioche eut en même temps trois évêques, un arien et deux catholiques : Mélèce, que soutenait l'Orient (saint Basile), et Paulin, reconnu par Rome (le pape Damase) et Alexandrie. Le « schisme d'Antioche » dura jusqu'en 415. Lors de la crise nestorienne, l'évêque Jean d'Antioche prit à Éphèse le parti de Nestorius (431), mais en 433 il se désolidarisa de lui en même temps qu'il se ralliait à Cyrille d'Alexandrie. Au VIe siècle, Antioche connut des patriarches monophysites (Pierre le Foulon, Sévère), et la majeure partie de la population adhéra au monophysisme (jacobites), sans doute par opposition à la politique du basileus de Constantinople. Actuellement Antioche est le siège d'un patriarche grec-uni (en résidence à Alep), d'un patriarche syrien jacobite, d'un patriarche syrien-uni et d'un patriarche maronite.

Les nombreuses églises connues par les textes anciens ont disparu sans laisser de traces, ou gisent encore sous terre. On a identifié au-delà de l'Oronte les ruines de deux basiliques. Le calice d'Antioche, en argent ciselé, découvert en 1910, date vraisemblablement du Ve ou du VIe siècle. On y voit sur les rameaux d'une vigne les figures assises du Christ et des apôtres.


Antioche devint rapidement un centre intellectuel et théologique important, aux caractéristiques bien marquées. Après l'apologiste saint Théophile, le premier théologien antiochien que nous connaissions est Paul de Samosate (évêque à partir de 260 env.). Dans l'état actuel de nos sources, il est difficile de reconstituer avec certitude l'enseignement de ce personnage, au demeurant assez étrange. Il semble avoir considéré le Christ comme un homme, adopté par Dieu ; il représenterait déjà la tendance rationaliste qu'on reprochera à la tradition antiochienne. Vigoureusement contré par le prêtre Malchion, « un sophiste savant, chef de l'enseignement de la rhétorique dans les écoles helléniques » (Eusèbe, Hist. eccl., VII, XXIX), il fut condamné et déposé par deux synodes successifs (264-265, 268-269).

Au début du IVe siècle, saint Lucien, prêtre martyrisé sous Dioclétien (312), est un savant exégète, auteur d'une recension de la Bible grecque (Septante) et du Nouveau Testament : il pose par là les bases de la critique biblique, qui sera une caractéristique de l'exégèse antiochienne. D'autre part, les premiers ariens se réclameront de lui, sa théologie semble en effet avoir été subordinatienne : le Verbe (Λ́ογος) est inférieur au Père.

Mais c'est la fin du IVe siècle et la première moitié du Ve siècle qui verront la période la plus brillante de l'« école d'Antioche ». Entendons par là non pas une institution universitaire, ni même une école catéchétique analogue à celle d'Alexandrie, mais une tradition intellectuelle et spirituelle, un esprit et une méthode, qui vont marquer une génération d'exégètes et de théologiens. Tout au plus peut-on retenir que Diodore rassemble autour de lui, dans un monastère qui est en même temps un centre d'études (́αοκητ́ηριοι), des disciples, dont quelques-uns furent très grands : Théodore de Mopsueste, saint Jean Chrysostome et peut-être aussi Théodoret.

• Exégèse
L'école d'Antioche est d'abord une école d'exégèse. Diodore, qui devait être évêque de Tarse († av. 394), commente l'Ancien Testament, les Évangiles, les Actes des Apôtres, l'Épître aux Romains et la Ire Épître de saint Jean. Jean Chrysostome, diacre puis prêtre d'Antioche avant d'être évêque de Constantinople en 397 († 407), n'est pas un spécialiste de l'exégèse savante, mais sa prédication, à Antioche comme à Constantinople, est avant tout un commentaire de l'Écriture (les Psaumes, Isaïe, Matthieu, Luc, Jean, les Actes, et surtout saint Paul, dont il est peut-être le meilleur interprète). Jean est un pasteur et un moraliste, mais ses homélies familières révèlent un exégète pénétrant, sans aucune tendance à l'allégorisme. De Théodore, évêque de Mopsueste en Cilicie († 428), on a conservé, intégralement ou par fragments, des commentaires sur les Psaumes, saint Jean, saint Paul. Exégète savant, il est pour l'Orient syrien l'Interprète par excellence (Mefasquānā). Enfin Théodoret, évêque de Cyr († env. 466), théologien, apologiste, historien, commente les Psaumes, le Cantique des cantiques, les Prophètes, saint Paul.

Tous prennent vigoureusement parti contre l'allégorie, dont Origène est le représentant le plus célèbre. Entendons par ce mot, malgré les imprécisions d'un vocabulaire assez fluent, le procédé littéraire qui dans les faits racontés par l'histoire ne veut voir qu'une parabole à travers laquelle il faut découvrir un sens spirituel caché. Ainsi déjà Eustathe reproche à Origène ses subtiles interprétations des noms des personnages bibliques : par là, Origène détruit la réalité des récits ; il a tout bouleversé par ses interprétations allégoriques (Sur la pythonisse, 22). Théodore avait écrit un ouvrage en cinq livres, malheureusement perdu. Sur l'allégorie et l'histoire, contre Origène. À l'en croire, les allégoristes ruinent le sens de l'Écriture, suppriment l'histoire en déformant les faits passés, pour y découvrir un sens spirituel plus profond : cette interprétation spirituelle est une folie manifeste (Commentaires sur l'Épître aux Galates, IV, 24). Il faut donc s'en tenir à une interprétation strictement littérale. On en donnera ici trois exemples significatifs.

1. L'histoire du mensonge de Rébecca (Gen., XXVII). Alors qu'un Augustin, par exemple, fidèle à la tradition de l'exégèse spirituelle, ne nie pas la réalité historique de ce mensonge, mais y voit un mystère, le signe d'une réalité sacrée et encore cachée : l'incarnation, le Christ prenant sur lui nos péchés, comme Jacob se revêtant des vêtements d'Ésaü (Contra mendacium, 24), saint Jean Chrysostome au contraire admet sans difficulté le récit de la Genèse ; il analyse avec finesse l'amour maternel de Rébecca, qui l'excuse de son mensonge, et conclut que Dieu a permis ce mensonge, qui est un mal, pour tirer le bien du mal : exégèse historique et littérale, psychologique et moralisante.

2. Les Psaumes : Théodore de Mopsueste ne retient pour messianiques (s'appliquant au Christ à venir) que quatre psaumes (Ps. II, VIII, XLIV, CIX), parce qu'ils sont explicitement appliqués au Christ par le Nouveau Testament. D'autres (même le Ps. XXI : Eli, Eli, lamma sabacthani..., que Jésus lui-même a repris sur la croix) ne sont pas prophéties ou figures du Messie, mais simple adaptation d'un texte à une situation toute nouvelle.

3. Le Cantique des cantiques : seul dans toute l'exégèse ancienne, Théodore refuse toute interprétation spirituelle du Cantique ; il l'entend au sens strictement littéral, comme un chant d'amour humain, composé par Salomon à l'occasion de son mariage avec une princesse égyptienne. (Au concile de Constantinople de 553, qui a condamné Théodore pour ses positions christologiques, on fit allusion à cette interprétation ; mais il n'est pas exact qu'elle ait été condamnée par le concile.)

Ainsi les exégètes d'Antioche refusent l'allégorie qui leur paraît compromettre la réalité de l'histoire, mais il ne faut pas méconnaître pour autant qu'ils restent fidèles à la conception chrétienne traditionnelle, qui voit dans les faits de l'Ancien Testament la figure et le type des réalités du Nouveau. Aussi, pour employer un vocabulaire autour duquel semble se faire l'accord des historiens, ils acceptent la typologie, qui conserve la réalité de l'histoire, mais voit dans les faits, non pas un enseignement spirituel caché, mais l'image et l'annonce des réalités à venir. Ainsi on retrouve chez les antiochiens l'application au Christ et à l'Église des grandes figures bibliques : le sacrifice d'Isaac, Joseph vendu par ses frères, le passage de la mer Rouge, la manne, le serpent d'airain, etc. Bref, « le type est une prophétie énoncée par des faits » (Chrysostome, De paenit. hom., VI, 4). Au lieu de chercher un sens spirituel à chacun des détails – voire des mots – du récit, l'exégèse antiochienne cherche une relation d'annonce prophétique et de première réalisation entre événement et événement, situation et situation. C'est la tendance de l'exégèse moderne. Mais entre Antioche et Alexandrie, y a-t-il ici vraiment conflit ou plutôt malentendu, dû surtout à l'imprécision du vocabulaire ?

• Christologie
D'autre part, la christologie antiochienne présente des traits très accusés. S'opposant expressément à la théologie d'Apollinaire de Laodicée, qui refusait au Christ une âme humaine, elle insiste sur la pleine réalité de l'humanité du Christ et de sa psychologie, vue dans une perspective d'histoire du salut. Mais l'insuffisance de sa métaphysique de la personne l'empêche de faire pleinement droit à l'unité personnelle du Verbe incarné : on accusera les théologiens d'Antioche, Diodore et Théodore, de « diviser le Christ », de parler de « deux fils », le fils de Marie et le fils de Dieu. Ils refusent en effet de donner à Marie le titre déjà traditionnel de Mère de Dieu (Θεοτ́οκος) : elle n'est pour eux que la mère de l'homme assumé par le Verbe. C'est sur ce point que la prédication de Nestorius, prêtre d'Antioche devenu archevêque de Constantinople (428), heurte le plus la conscience chrétienne : il est condamné par le concile d'Éphèse (431), où triomphe la christologie alexandrine (Cyrille).

Malgré ses limites, qui tiennent pour une part à l'imprécision du vocabulaire théologique (nature-personne), la christologie antiochienne représente une valeur non négligeable, et son influence sur la définition dogmatique du concile de Chalcédoine (451) ne saurait être méconnue. Un certain accord semble s'établir parmi les historiens pour reconnaître l'importance théologique de Théodore de Mopsueste.

Pierre Thomas CAMELOT


 

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