Le temps des crises

 

 

Les deux derniers siècles du Moyen Âge correspondent à une période de "crises": l'arrêt des défrichements, la stagnation des prix agricoles, les faillites de compagnies commerciales et financières, la reprise des famines et des pestes (Peste noire de 1347 - 1350),les guerres (guerre de Cent Ans). L'ensemble de ces phénomènes a des conséquences sur le mariage mais également sur les groupes domestiques. La dimension moyenne des ménages se réduit sous l'effet de la forte mortalité. Des regroupements de plusieurs familles , apparentées ou non, se forment pour posséder, exploiter une terre ou vivre en commun. Ce mouvement a été appelé "remembrement lignager".

 

Des ménages qui se rétractent ou se regroupent

Des feux s'éteignent

Si l'on garde à l'esprit que la Peste noire de 1347 - 1350 a fait disparaître en Occident une personne sur trois en moyenne, on prend conscience de l'ampleur de la mortalité qui a frappé chaque groupe domestique au milieu du XIVème siècle. 

Lorsqu'elles ne disparaissent pas, les familles peinent à assurer le renouvellement des générations. Dans la seconde moitié du XIVème siècle, il y a peu d'adultes, peu d'enfants et des vieillards relativement nombreux. 

Non seulement la Peste a profondément affecté les familles, mais également celle de 1360 - 1363, dite "peste des enfants" qui, en fauchant davantage les très jeunes, bloque la reprise démographique pour quelques décennies.

Les pestes, les famines et les guerres ont affecté le nombre moyen de personnes vivant "à pot et à feu commun".  La réduction de la taille des ménages affecte  la ville plus que la campagne, les humbles plus que les nantis. Malgré les crises, les milieux nobles ou les patriciens demeurent plus volontiers des groupes domestiques larges. Ils continuent à embaucher des domestiques qui viennent gonfler la taille du ménage et possèdent des maisons de campagne qui leur permettent, au plus fort de l'épidémie, de trouver un refuge.  La campagne toscane, peu peuplée et en altitude, offre moins de risques de contagion que la grande cité au peuplement très dense.

A la fin du Moyen Âge, la réduction de la taille des ménages s'explique surtout par la baisse du nombre d'enfants par couple, due à la forte mortalité affectant particulièrement les moins âgés (telle la "peste des enfants" de 1363) et à la diminution de la fécondité des femmes au moment le plus fort de la crise.

 

Les feux se ravivent

Dès que la peste ou la famine est passée, la fécondité reprend et le foyer se repeuple, comme pour rattraper le temps perdu. Dans la Chronique dite de Jean de Venette, l'auteur, avec exagération sans doute, relate les comportements des hommes et des femmes immédiatement après la Peste noire de 1348 : "Après la fin de l'épidémie [...] les hommes et les femmes qui avaient survécu se mariaient. Il n'y avait pas de stérilité des femmes mais au contraire une fertilité bien plus grande qu'à l'ordinaire. Les femmes enceintes se rencontraient partout. Beaucoup de jumeaux étaient nés et même trois enfants à la fois".

 

Après 1420 - 1450, la taille des groupes domestiques s'accroît. 

La taille des ménages a donc évolué au gré des grandes tendances démographiques. Elle a connu ses chiffres les plus bas au moment où la crise démographique était la plus intense. Mais la reprise, manifeste au cours de la seconde moitié du XVème siècle, permet le retour à la situation de la fin du XIIIème siècle, preuve que le temps des crises, à long terme, n'a pas bouleversé les structures familiales.

Avant les années 1300 - 1500, des ménages se regroupaient pour une commune exploitation de la terre, résidant sous le même toit ou séparément. Dans les deux derniers siècles du Moyen Âge,  les communautés se multiplient, particulièrement dans les régions méditerranéennes, sous des formes diverses et originales. Le "remembrement lignager" se traduit par la création de communauté de biens, de vie ou de travail, parfois les trois en même temps. Les formules employées par les terriers, documents qui nous informent le mieux sur ces structures, permettent rarement de savoir si la mise en commun des biens entraîne une résidence commune ou non.

 

 

 

Malgré la diminution du nombre moyen de personnes composant le groupe domestique, on assiste à l'essor de la corésidence de plusieurs familles apparentées ou non.   A Chambéry à la fin du XIVème siècle, ou dans certaines villes bretonnes un siècle plus tard, il n'est pas rare de dénombrer 2 ou 3 feux par maison. Certaines régions échappent à ce mouvement général. En Angleterre, même si, ici comme ailleurs, les ravages opérés dans chaque famille conjugale ont permis à des membres extérieurs à la famille de se retrouver plus souvent en situation d'héritier, la nouvelle conjoncture n'entraîne pas un mode de résidence plus large.

 


 

Les familles se regroupent.

 

Des groupes domestiques plus nombreux qu'auparavant font cohabiter plus de 2 générations.  Cela signifie qu'aux parents et aux enfants s'ajoutent des ascendants ou des collatéraux. Dans le Valais du XVème siècle, profondément affecté par les crises démographiques, les époux s'installent majoritairement dans la maison des parents de l'un d'entre eux. Le couple "se trouve donc enchâssé dans une structure familiale dirigée par la génération des pères" (Pierre Dubuis). Mais les membres qui composent les familles élargies n'ont pas toujours un lien de parenté. On rencontre parfois des regroupements de veufs ou de célibataires, des frérèches d'enfants orphelins, ou d'autres types d'associations d'individus non apparentés qui ont dû, pour survivre, se réunir sous le même toit.

 

Qui sont les parents décidant de vivre "à feu et à pot commun" ? En Toscane, même dans les moments de crises les plus graves, la cellule familiale résiste toujours à s'ouvrir aux parents par alliance. Les familles s'élargissent surtout par l'augmentation du nombre de fils mariés demeurant avec les parents ou par le retour d'une femme dans sa famille d'origine à la suite du décès de son époux.Le nombre des ménages accueillant un fils marié double en l'espace d'un demi-siècle (entre 1371 et 1427), à la ville comme à la campagne, chez ceux qui possèdent des biens comme chez les plus pauvres. La cohabitation entre le fils marié et ses parents est d'autant plus fréquente que l'âge au mariage des enfants s'abaisse dans les périodes de reconstruction qui font suite aux crises, pour répondre à des exigences de survie. Cette situation n'est pas sans conséquence sur les rapports de pouvoir au sein de la structure familiale. Dans un grand nombre de cas, en effet, le père profite de la corésidence pour renforcer son droit de regard sur la vie conjugal de son fils. L'autorité du père (ou, s'il est décédé, du frère aîné) représente une source fréquente de conflits. La diminution de l'autonomie est le prix à payer par le fils pour avancer le mariage. Dans ces régions d'Italie, l'élargissement de la famille a donc accentué la tendance patriarcale du groupe domestique.

 

Un élargissement plus prononcé à la campagne ?

 

En ces temps difficiles, la ville offre des formes de solidarité extra-familiales plus nombreuses que la campagne (confréries, corporations, etc). L'étroitesse des logements populaires dans de nombreuses cités favorise le mariage néolocal en milieu urbain et, par conséquent, réduit le nombre de structures complexes. En ville, le ménage accueille volontiers des veufs ou des veuves avec leurs enfants qui réintègrent leur famille de naissance après le décès de leur conjoint. A la campagne, la famille s'élargit davantage après le mariage des fils, qui demeurent dans la maison paternelle soit parce qu'ils ne possèdent pas les moyens financiers de s'installer de manière autonome, soit parce qu'ils tirent plus d'avantages à faire vivre leur famille-entreprise d'origine. Il semble que les regroupements d'individus se réalisent volontiers à la campagne faisant cohabiter 2 ou 3 générations sous le même toit. L'élargissement du groupe domestique urbain, en revanche, s'effectue davantage  entre individus appartenant à la même génération et pour lesquels le lien de parenté s'avère moins déterminant que dans les milieux ruraux. Dans les métiers du bâtiment d'Aix-en-Provence à la fin du Moyen Âge, même s'il existe des relations très étroites entre famille et entreprise, les liens de sang n'influent que modestement sur les regroupements professionnels.

 

Un élargissement plus prononcé dans les milieux aisés ?

 

Les familles élargies, en dehors des périodes de crises, se rencontrent davantage dans les milieux aristocratiques ou patriciens. Cette distinction se renforce au cours du Moyen Âge tardif. Les familles appartenant aux couches supérieures de la société résistent mieux à la crise, car elles peuvent accueillir plus aisément des membres de la parenté que la mort a isolés et parce que la possession d'un riche patrimoine oblige souvent plusieurs générations à vivre sous le même toit pour sauvegarder l'indivision.

 

A la fin de l'époque médiévale, les groupes domestiques patriciens du royaume de France semblent également plus fournis que les familles modestes.  La taille de la famille augmente donc avec le niveau de fortune. Elle atteste une certaine puissance sociale. A Nuits en Bourgogne, au milieu du XVème siècle, avant que ne s'amorce la reprise, seules les grandes familles, celles qui ont une assise économique et politique forte dans la ville, connaissent une relative stabilité et résistent aux malheurs des temps.

 


 

Les raisons du remembrement.

 

Le mouvement de regroupement des individus sous un même toit s'explique avant tout par le désir de sécurité, le besoin de protection. Face aux ravages ou aux menaces des épidémies et des famines, les hommes ont cherchés plus qu'auparavant la chaleur du pot et du feu partagés. Les deux derniers siècles de l'époque médiévale sont marqués par le développement général de diverses formes de solidarité, comme en témoigne l'essor sans précédent des confréries. Celles-ci offrent elles aussi une sécurité sociale et affective, une entraide spirituelle et matérielle qui, à bien des égards, les assimilent pour leurs membres, nommés frères et sœurs, à de véritables familles. La confrérie produit des liens calqués sur ceux qui se nouent entre les parents par le sang et peut être considérée comme "une nouvelle famille large". Les familles survivantes ont donc développé des formes de solidarité par-dessus les cellules conjugales, en se regroupant.

 

Ces regroupements répondent également à une nécessité économique car, dans cette période de basses eaux démographiques et de salaires élevés, il faut assurer une main d'œuvre minimale pour travailler la terre ou faire vivre l'échoppe. La formation de frérèches ou le choix du fils marié de rester avec son père paraissent des moyens efficaces pour remédier à la rareté et à la cherté de la main d'œuvre dans les périodes consécutives aux crises. Dans les Quercy des années 1440 - 1460, les régions les plus dépeuplées par les crises sont celles où l'on repère les structures élargies les plus nombreuses. Dans ces régions, les besoins de la terre orientent la structure familiale, imposant la primauté de la famille patriarcale.

 

A la fin du Moyen Âge, il s'avère donc plus rentable de regrouper ses forces lorsqu'on possède une terre ou une échoppe, afin de travailler ensemble.

 

Adaptation à la crise ou moyen de reconstruire ?

 

En Espagne entre le VIIIème et le XIIème siècle, l'affrèrement  a constitué un moyen d'endiguer le morcellement foncier. Le mouvement de "remembrement lignager" que l'on observe, à des degrés divers, dans l'ensemble de l'Occident s'est parfois amorcé avant la fin du XIIIème siècle sous l'effet d'autres facteurs, le "temps des malheurs" ne faisant qu'accentuer le phénomène. En Languedoc, les regroupements larges s'accroissent sensiblement dès le XIIIème siècle à cause des exactions seigneuriales, même si, pendant ce siècle, ils restent très minoritaires (5 % des individus concernés). En Biterrois, les frérèches se multiplient dans la première moitié du XIVème siècle, sous la pression démographique et non à cause des crises. Avant la Peste noire, la terre rare et chère et le nombre élevé d'enfants par couple ne favorisent pas l'indivision et l'installation autonome des jeunes générations. L'essor des affrèrements est motivé par les nouvelles conditions économiques, en particulier par la plus grande difficulté à se procurer de la main d'œuvre : deux frères préfèrent rester tous les deux sur la terre patrimoniale dont ils viennent d'hériter plutôt que de la partager. Dans le Biterrois, la principale fonction de ces regroupements est de lutter contre les partages successoraux, de protéger le patrimoine de l'émiettement. C'est pourquoi le phénomène s'observe davantage dans les milieux nobles que dans les milieux roturiers urbains ou ruraux. Pour les paysans, il s'agit aussi d'un moyen d'échapper au droit de mainmorte, d'éviter que leur seigneur ne récupère la tenure d'un serf sans héritier. Il est donc probable que si on ne rencontre pas ce type de communauté en Île-de-France à la fin du Moyen Âge, c'est parce que les serfs y ont été largement affranchis au XIIIème siècle.

 

Après 1450, en Poitou, en Saintonge, dans l'Angoumois et dans le Limousin, la reconstruction consécutive à la guerre de Cent Ans et les difficultés économiques et démographiques qui l'accompagnent continuent à motiver une certaine préférence pour la cellule large, afin de permettre une rapide remise en culture des terres après les troubles. Ces frérèches ont contribué, par exemple, à éviter que la montagne cévenole se dépeuple. A la fin du XVème siècle et au début du siècle suivant, dans une situation de surpopulation relative, le choix de constituer des communautés familiales élargies représente encore un moyen d'éviter l'émiettement des partages successoraux. Les comparsonneries et les frérèches du Limousin se multiplient surtout après 1430 et apparaissent donc comme les filles de la reconstruction. Il faut attendre la fin du XVème siècle et parfois même, dans certaines régions, la seconde moitié du XVIème siècle pour voir ces structures décliner. Sur les terres du chapitre cathédral de Limoges, en 1500, de nombreuses frérèches présentes en 1476 ont déjà disparus. En Languedoc, en revanche, le mouvement d'affrèrement dure jusqu'au milieu du XVIème siècle. Face à cette diversité régionale et à la difficulté d'élaborer une chronologie précise, certains historiens se sont demandés si ces regroupements n'étaient pas davantage un phénomène local ou régional que conjoncturel. Certains types de communautés perdurent en effet pendant toute l'époque moderne.

 

Les communautés familiales.

 

Les communautés familiales sont "des groupements d'individus liés ou non par la parenté, corésidents ou non, qui disposent d'un patrimoine commun et qui le gèrent ensemble". Au Moyen Âge, le mot "communauté" est peu utilisé. On lui préfère les termes "d'association" ou "d'affrèrement". On distingue les communautés contractuelles, nées par la rédaction d'un acte notarial, des communautés taisibles qui n'ont pas donné lieu à un contrat, toujours difficiles à appréhender. Dans ces divers regroupements, le lien familial joue un rôle essentiel. Certains d'entre eux se limitent à l'association de personnes apparentées par le sang ou pas l'alliance. D'autres enfin s'ouvrent à des membres extérieurs à la parenté  D'autres enfin sont composés en totalité d'individus non apparentés mais qui utilisent le vocabulaire de la parenté (familles artificielles). Les uns comme les autres se caractérisent par une même solidarité fiscale, l'égalité entre les tenanciers (mis à part le cas des comparsonneries) et la prise en charge en commun des redevances.

 

Des communautés de parents.

 

Les familles-souches.

 

La forme de regroupement la plus élémentaire, souvent difficile à distinguer de la simple indivision des biens hérités, réunit plusieurs générations autour de l'ancêtre. Les régions concernées sont à forte tradition communautaire et le temps des crises ou de la reconstruction ne fait qu'amplifier le phénomène.

 

La relation entre les familles associées dans ce type de structure est presque toujours ascendante : un couple, au moment de son mariage ou face aux difficultés rencontrées, ou à cause du décès d'un de leurs pères ou mères, passent contrat devant notaire et s'installe avec les parents de l'un ou l'autre des conjoints, ou avec un veuf ou une veuve. Le toit est, comme au temps précédant les difficultés économiques et démographiques, plus souvent celui des parents du marié (modèle patrilocal). Le choix de la jeune génération de résider chez le père et la mère de l'épouse (modèle matrilocal) est souvent la manifestation "d'accident" : les parents cherchent à retenir la fille, devenue seule héritière suite aux décès des autres membres de la fratrie, ou les parents mariés ont disparu. Le temps des crises a donc davantage perturbé la règle patrilocale qu'au Moyen Âge classique. . Face à l'omniprésence de la mort, les familles manquent d'hommes. Le gendre est donc plus souvent appelé à devenir le futur chef de famille, lorsque la jeune épouse n'a plus de frères. A Manosque, au XIVème siècle, les quelques cas où l'on rencontre un jeune couple s'installant chez des plus âgés correspondent à un établissement "en gendre".

 

La famille-souche regroupe parfois deux générations non consécutives. Des grands-parents cohabitent avec leurs petits-enfants soit parce que la mort a fauché la génération intermédiaire, soit parce que les parents encore vivants ont fait le choix de ne pas cohabiter avec leurs enfants.

 

Les frérèches.

 

Dans le Languedoc et les Cévennes, en Gévaudan, en Velay, en Provence et en Rouergue, les frérèches se multiplient, surtout au cours du XVème siècle. Au sens premier, ce sont des communautés de biens et parfois de résidence entre des frères (souvent mariés) et, plus rarement, des sœurs qui, après la mort de leur père, prolongent l'indivision du domaine et exploitent ensemble la terre. Ce qui prime dans ce type d'association, c'est, outre son caractère familial, l'égalité des membres qui la composent.

 


 

Les frérèches sont conclues soit sans limite de temps, soit provisoirement. L4acte de fondation précise, dans ce dernier cas, pour combien d'années la communauté est créée. A cause des conflits qui peuvent naître de la cogestion et de la cohabitation, l'affrèrement s'arrête parfois avant le terme échu. Les 3 frères Delcros se séparent en 1461. Dans le Biterrois, cette forme de regroupement est temporaire et il est exceptionnel que plus d'un membre de l'affrèrement soit marié, limitant la frérèche à l'adjonction d'un frère ou d'une sœur célibataire à une cellule familiale ;

 

Les frérèches de membres apparentés.

 

Dans les textes, le terme de frérèche peut également désigner une association regroupant des membres de la même parenté, mais qui ne sont pas frères : mari et femme, oncle et neveu, cousins germains etc... Parfois, elle s'inscrit dans le prolongement des frérèches de frères : à la mort de son père, le fils continue à s'associer à son oncle pour cultiver la terre.

 

A partir de 1440, dans les Cévennes, le vocabulaire de l'affrèrement progresse dans les contrats de mariage. On voit des jeunes mariés se promettre de se mettre au service l'un de l'autre "jour et nuit, comme des frères".

 

Des communautés ouvertes à des membres extérieurs à la parenté.

 

Enfin, la frérèche recouvre des associations dont les membres n'ont aucun lien de parenté, ou s'ouvre à des individus qui s'ajoutent à un groupe de parents. Tout se passe comme si, à la fin du Moyen Âge, la fraternité avait fini par contaminer les autres liens entre associés. Ces formation communautaires, nombreuses dans le sud de l'Europe au XVème siècle, ont été appelées "familles artificielles" ou "frérèches élargies".

 

 

 

Les comparsonneries.

 

Les frérèches, composées ou non de parents, impliquent toujours une égalité des associés. Il existe d'autres formes de "familles artificielles" reposant, au contraire, sur un lien de subordination. Dans les pays de droit écrit, surtout au XVème siècle, un homme"se donne, lui et tous ses biens" à une autre personne qu'il promet de servir pour toujours. En retour, celui qui le reçoit s'engage à le nourrir, vêtir, loger et soigner. Les deux associés n'ont en général aucun lien de parenté.

 

Une forme de regroupement "inégalitaire" en particulier connaît un relatif essor au XVème siècle : les comparsonneries. Elles peuvent être fondées sur un noyau familial mais s'ouvrent à des étrangers. On les rencontre en Forez, en Limousin, en Auvergne et dans le Bordelais. Au XVème siècle, la paroisse de la Roche, dans les monts du Forez, compte 20 exploitations paysannes sur 60 gérées par des parsonniers. Un seul des membres de la comparsonnerie est responsable de la tenure et des redevances. Elu, ou ayant réussi à imposer son autorité, ce maître, un homme souvent plus âgé que les autre associés, dirige la maison, ordonne le travail, représente la communauté à l'extérieur et décide des alliances des jeunes membres. Dans les terriers qui permettent de connaître ce type d'association, son nom est toujours donné en premier suivi de la formule "avec ses comparsonniers" -

 


 

Les parsonniers d'Auvergne possèdent chacun leur maison, groupée avec celles des autres en hameau. En Forez, en revanche, ils vivent sous le même toit. C'est peut-être pour cette raison que les comparsonneries sont moins nombreuses dans cette seconde région que dans la première, et qu'elles durent moins longtemps.

Source : Famille et parenté dans l'Occident médiéval Vème - XVème siècle (Carré Histoire - Hachette supérieur)

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