Les mines d'or

 

Le Moyen Âge, du règne de l'argent-métal au retour des monnaies en or

Sous le règnes de Charlemagne (768-814), les Francs annexent la Bavière en 788-794 et la Basse-Saxe en 804 après une longue guerre contre les Saxons. Le royaume des Francs couvrait alors la majeure partie de la France et de l'Allemagne. À la mort de Charlemagne en 814, ils décidèrent de privilégier l’argent pour battre monnaie, condamnant la production d’or. Ce monométalisme dura quatre siècles, jusqu’à la frappe après 1250 du Louis d'or de France, du ducat de Venise et du florin de Florence

 

 


Ducat vénitien, début du XIVe siècle

 

Les mineurs allemands furent très tôt des spécialistes des techniques minières, qui leur ont permis de creuser de nombreuses mines d’argent dans toute l’Europe centrale, s’assurant des flux de métal régulier alors que l’or était beaucoup plus difficile à trouver. Ces mineurs spécialisés étaient de perpétuels migrants, prêts à quitter des districts en voie d'épuisement pour la contrée parfois lointaine où les appelle la rumeur d'un nouvel essor.

L'abondance de l'or dans les trésors royaux à l'époque de Grégoire de Tours explique que l’on poursuive le monnayage d'un métal qui ne circulait plus dans la société. Les rois ne pouvaient déjà plus lever de taxes en or. Kremnitz, en Slovaquie, fut quasiment la seule source d'or entre 1320 et 1350, à côté de l'or du Soudan qui atteignait la Méditerranée.

Trois grandes cités marchandes d'Italie décident au XIIIe siècle de jouer la carte de l'or, en créant chacune une pièce fabriquée dans ce métal, plus difficile à rogner. Le florin, principale monnaie du Moyen Âge et la première en or, est créé en 1252 par la corporation des changeurs et banquiers (Arte del Cambio) de Florence, devenue l'une des cinq corporations majeures en 1250, tandis que Gênes créé la même année le genovini d'or. Saint Louis créé en 1264 le gros tournois d'argent et l'écu, appelé aussi Louis d'or, interdisant par la même occasion au féodaux de battre monnaie. Venise créé en 1284 le ducat d'or. Le florin d'or s'apprécie par rapport au florin d'argent. Le premier sert à l'investissement, le second au commerce.

 

Le florin a en particulier permis aux drapiers de Florence de capter à leur profit la laine anglaise dans les années 1270. Sa pureté l'impose, car sa fabrication est dirigée par deux signori della zecca élus tous les six mois par les capitudini des arts, appartenant l'un à la corporation des changeurs l'autre à celle des lainiers, auxquels on adjoignait deux essayeurs de l'or et l'argent. Le succès du florin d'or relance la prospection des mines d'or, en particulier en Slovaquie.

 

La ville serbe de Novo Brdo produit en 1450 un argent à forte proportion d'or

La ville serbe de Novo Brdo est citée par Raguse pour ses minerais mixtes, associant l'or et l'argent, très recherchées à partir des années 1300, lorsque la demande d'or a commencé à augmenter. Les mines de la région de Kopaonik, de Novo Brdo, apparaissent au XIVe siècle, suivies, au nord de la Serbie, par celles de Zeleznik. En Bosnie, les archives mentionnent en 1349 le nom de la mine d'Ostruvznica[8]. La grande peste qui a touché la population européenne entre 1347 et 1351 tuant entre 30 et 50 % de la population, pénalise ces nouvelles mines, son impact ne s'atténuant progressivement. En 1450, la ville de Novo Brdo, construite sur le cône d'un ancien volcan, n’a plus vraiment de rivaux. Elle produisit cette année-là 6 tonnes par an d'un argent, contenant une forte proportion d'or.

 

Le Soudan, plaque tournante du marché mondial

Au Moyen Âge européen, les Arabes chantaient la richesse en or du Soudan. Celle-ci arrivait par Le Caire, alors un très grand centre fournissant par les ports italiens toutes sortes de marchandises à l'Occident. Au XIIIe siècle les États européens en pleine croissance économique avaient un besoin pressant en métaux précieux, surtout l'or. C'est probablement la cité italienne de Gênes qui capta la plus grande partie de l'or africain venant du Soudan- Cet or servit de palliatif aux déficits temporaires ou prolongé des mines d'or d'Europe de l'Est, en particulier au cours du XVe siècle, ainsi que de régulateur lorsque les différentiels de production entre l'or et l'argent menaçaient de créer une instabilité monétaire en Europe.

L'or du Soudan provient de territoires très larges, qui vont jusqu'au Mali et au Ghana actuels. La production aurait représenté, sur longue période, un total de 3,5 tonnes par an, selon le professeur d'histoire africaine Raymond Mauny.

Dès 728, les Arabes fondèrent la ville de Sijilmassa, qui devint un centre important de commerce de l'or soudanais avec le nord. En 734, Abou Oubaid al-Fakhri ramène du Soudan un butin en or. Des écrivains arabes des Xe, XIe et XIIe siècles, Ibn Haouqal, Al-Bekri et Al-Idrisi, fournissent des précisions sur les acheteurs de l'or soudanais.

L'or du Soudan a incité les Portugais à conquérir et à conserver le port de Ceuta, point d'arrivée du commerce de l'or transsaharien. Sur les régions de l'Afrique noire d'où provenait le précieux métal, ils recueillirent de précieuses informations. La tentation fut forte d'établir un contact maritime pour dévier le commerce qui se faisait par les caravanes du Soudan occidental et par l'intermédiaire des musulmans de Berbérie. Après des décennies de reconnaissance de la côte occidentale de l'Afrique, le voyage de Vasco de Gama, en 1498-1499, finit par consacrer son contournement par le cap de Bonne-Espérance-

 

Les mines du Roi Salomon, en remontant le Zambèze par Sofala

En Afrique orientale, un intérêt supplémentaire a valorisé la "Contra costa" auprès des arabes puis des portugais : la présence d'orpaillages à l'intérieur du vaste état du Monomotapa. L'or de l'empire inspira aux Européens la croyance que le Monomotapa était le site des légendaires mines du Roi Salomon, mentionnées dans la Bible. Selon la Bible, le Mont Ophir, dans le pays d'Ophir, était le plus abondant en or de tous, proche à la fois des Indes et de la Mer Rouge. Il a inspiré le roman Les Mines du roi Salomon de l'écrivain britannique Sir Henry Rider Haggard paru en 1885 et celui de Roger Frison-Roche, La Piste oubliée.

 

 


Le complexe de la colline du Grand Zimbabwe.

 

Les ruines du Grand Zimbabwe, ancienne cité d'Afrique méridionale située à une quinzaine de kilomètres au sud de l'actuelle Masvingo, étaient le centre de l'Empire Monomotapa (ou Munhumutapa), qui couvrait les territoires des actuels Zimbabwe (qui prit son nom de la ville), et du Mozambique.

L'exportation du métal jaune se faisait par le port de Sofala, situé à 35 km au sud de Beira, dans l'actuelle province de Sofala, au sud des deltas du Zambèze. Longtemps dominée par la ville de Kilwa, située bien au nord, sur Kilwa Kisiwani (du Swahili : Kisiwa, l’île) l'une des trois îles de l’archipel de Kilwa, dans le district de Kilwa en Tanzanie, la petite agglomération devint le point de mire des colonisations arabes puis portugaises, qui s'y livrèrent une âpre concurrence.

L'historien portugais Vitorino Magalhaes Godinho fait remonter au XIIIe siècle les origines de l'expansion hispano-portugaise et consacre les chapitres XI et XII de son livre L'Économie de l'empire portugais aux XVe et XVIe siècles aux routes caravanières des différents royaumes noirs (Ghana, Galam, Tirakka puis Tombouctou) et au système de la « troca muda » (« troque muette »), à distance, entre musulmans porteurs de sel et Noirs producteurs d'or.

Les nombreux autres centres portugais en Afrique Noire (Arguim, Côte de Guinée, Côte de la Mine) prirent le relais des arabes comme débouché pour la plupart des productions africaines : or, ivoire, poivre malaguete, esclaves. Leur régime commercial oscillait constamment entre le commerce privé, sous réserve de l'autorisation du Roi ou d'un concessionnaire, et le monopole. Le plus énorme monopole connu, celui du commerce de toute la Guinée (excepté Arguim et la zone frontière du Cap Vert) fut concédé en 1469, pour cinq ans, à un bourgeois de Lisbonne, contre 200 000 réaux par an et l'exploration annuelle de 100 lieues de côtes.

La manière forte fut utilisée en 1505 et en 1513 tout était en ordre. L'or n'arrivait cependant à la côte que contre des marchandises, les grains de Mélinde et les cotonnades de l'Inde. Ensuite, les marchands arabes reprennent le contrôle à Kilwa et Zanzibar, mais en 1561, un missionnaire portugais convainquit le roi de se faire baptiser, ce qui inquiéta les arabes présents à sa cour, soucieux de conserver leur influence. Ils parvinrent à leur tour à convaincre le roi, qui fit exécuter le missionnaire. Une expédition punitive d'un millier de soldats portugais quitta alors Lisbonne en 1569, mais elle fut décimée par la malaria en remontant le Zambèze pour annexer les mines d'or.

En 1607, les portugais obtiennent la concession de l'ensemble des mines d'or du royaume du Monomotapa, en échange de leur soutien militaire contre les vassaux du roi. Malgré l'organisation coloniale constituée autour de la Casa da Guiné, les portugais ne retrouveront pas, cependant, les quantités d'or que les arabes avaient réussi à faire remonter par le biais du commerce et qui furent évaluées à 5,5 à 8,5 tonnes d'or.

 

Les Almoravides contrôlent les flux à travers le Sahara

Les Almoravides sont issus des tribus berbères Sanhadjas qui nomadisaient dans le désert entre l'actuel Sénégal et le Sud de l'actuel Maroc en passant par l'actuelle Mauritanie. C'étaient des tribus guerrières doublées d'un puissant mouvement religieux qui avait pour but d'instaurer l'islam sunnite de rite malékite dans tout l'Occident musulman (Al-Andalus et Afrique du Nord).


Tombouctou sur le fleuve Niger

Les Almoravides se sont emparés du riche royaume du Ghana avec tout l'or qu'il produisait, sont parvenus à remonter les pistes caravanières vers le nord, jusqu'au Tafilalt dans les années 1050. Ils avaient pour chef Abu Bakr Ibn Omar al Lamtouni puis Youssef Ibn Tachfin. Dans le domaine économique, l'État almoravide se distingue par sa maîtrise des flux de l'or, dont il contrôle les zones de production et les voies d'acheminement, du Ghana au bassin méditerranéen. Ensuite au XVIe siècle, les voies maritimes ont surclassé les routes anciennes du Sahara.

La carte tirée des travaux de l'historien portugais Vitorino Magalhaes Godinho, reprise par Fernand Braudel, trace les parcours des caravanes de chameaux, au départ de Tombouctou, Gao et Ouadane, ainsi qu'une ville du nom de Ghana, à 60 kilomètres à l'ouest de Tombouctou. Une très forte concentration de mines d'or est localisée à l'ouest des villes de Mali et Niani, ainsi que dans la Haute-Volta et le nord de l'actuelle Côte d'Ivoire, selon les travaux de Vitorino Magalhaes Godinho.

La Côte de l'Or (le Ghana actuel) développa une "civilisation de l'or" qui déborda sur la Côte d'Ivoire actuelle à la faveur des migrations de diverses factions du royaume ashanti. L'or y servait à certaines transactions commerciales, mais il fut aussi au service de l'idéologie des pouvoirs en place. Seules les familles nobles pouvaient le posséder et le faire travailler par des fondeurs. Leur puissance était exprimée visuellement sur leur vêtements par les poids Akan à peser la poudre d'or.

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