L’histoire de
s mines d'argent est ancienne. L'argent a donné lieu à une immense activité d'extraction dans l'Antiquité puis au Moyen Âge
, le précieux métal étant recherché pour nourrir la montée du commerce et offrir des réserves de valeur alors très rare. Les techniques minières ont rapidement progressé, sous l'influence des migrations de techniciens allemands et des financements des grands marchands italiens puis anversois.
Au tout début de l'époque carolingienne, les mines de Melle, en Poitou, situées sous la ville et aux alentours, fournissent la part la plus importante de l'argent produit dans l'Empire. Celles-ci ont été exploitées de 602 jusqu'à au moins 995. Le minerai extrait était de la galène : du plomb contenant de l'argent. Le plomb servit tout d'abord à payer un tribut aux rois Francs : sous Dagobert Ier), huit mille livres en étaient envoyées tous les ans à Paris pour servir à la couverture de la basilique Saint-Denis. Plus tard, le monnayage fut actif de 768 à 1189. L'atelier monétaire faisait notamment partie des dix ateliers autorisés à maintenir leur activité par Charles le Chauve. (823-877), les carolingiens ayant décidé d’utiliser l’argent pour les monnaies. Deux monnaies étaient frappées : l'obole et le denier. Ces anciennes mines d'argent sont les plus anciennes mines visitables d'Europe.
Les Carolingiens lancent l’industrie minière allemande
Les carolingiens, dominant l’Allemagne après la mort de Charlemagne en 814, décidèrent de ne frapper que des monnaies d’argent. Le monométalisme va durer quatre siècles, jusqu’à la frappe après 1250 du Louis d’or de France, du ducat de Venise et du florin de Florence-
Les mineurs allemands furent très tôt des spécialistes des techniques minières, qui leur ont permis de creuser de nombreuses mines d’argent dans toute l’Europe centrale, s’assurant des flux de métal régulier alors que l’or était beaucoup plus difficile à trouver. Ces mineurs spécialisés étaient de perpétuels migrants. Lors de la récession d'un district vieillissant, ils sont toujours à l'affût du voyage en direction de la contrée parfois lointaine qui saura véhiculer la rumeur d'un nouvel essor.
Des centres d'extraction apparaissent alors dans le Harz, également appelé Basse-Saxe. L'exploitation des mines d'argent y est notifiée dès 968 après Jésus-Christ (près de la ville de Goslar) et dans les siècles suivants, dans presque tout le massif montagneux, surtout de 990 à 1040, lorsque les ottomans s’y intéressent, d’autant plus que ce minerai argentifère a une forte teneur en or. Le minerai est exporté vers des endroits très éloignés, jusqu'en Mésopotamie). Le Rammelsberg, montagne haute de 636 mètres au sud de Goslar, fondée au Xe siècle, est notamment connue pour ses mines classés sur la liste du patrimoine mondial.
1168, le filon de Meissen, en Saxe, incite les mineurs à multiplier les explorations dans toute l'Europe
En 1142, un monastère cistercien avait été fondé à Sedlec, près de l’énorme mine de Kutna Hora, en Bohème[8], qui a représenté jusqu'au tiers de la production européenne, par Miroslav de Cimburg, un noble de l'entourage de Vladislav II, sur une terre déjà défrichée et cultivée, et dont la maison-mère était Valdsassen (Rhénanie-Palatinat) de la branche dite de l’abbaye de Morimond qui s'occupe de métallurgie. Un siècle et demi, plus tard, le gisement va devenir la première mine du monde.
Entre temps, en 1168, une veine d'argent extraordinairement riche fut mise à jour près de Meissen, au Sud-Est de la Saxe, à vint kilomètres de Dresde et de la ville médiévale de Freiberg, qui brûla quelques décennies plus tard. La mine donne 4 tonnes d’argent au cours de ses premières années, sous la direction du margrave, rebaptisé « Otto le riche », dont le petit-fils Henri l'Illustre, gouverna de 1195 jusqu'en 1255, au temps de la reconstruction de l'église de Meissen, qui possédait des tours pleines d'argent. Dans un tournoi qu'il donna à Freyberg, il fit apparaître au milieu d'une forêt, à la grande admiration des conviés, un arbre d'argent ciselé avec un art infini, et chargé de feuilles d'argent et d'or. Les chevaliers qui rompaient une lance sur le corps de leur adversaire obtenaient la feuille d'argent ; ceux qui faisaient vider les étriers, la feuille d'or. Il commença à bâtir la citadelle de Dresde et à y tenir cour, après l’incendie qui avait dévoré Meissen. Il releva une cathédrale à Meissen et fonda nombre de monastères, lançant une ère de renouvellement dans la vie des peuples saxons et de leur art-
Au même moment, dans les Alpes orientales, en Carinthie, sur le territoire de l’évêque de Salzbourg, la mine de Friesach produit elle aussi des quantités considérables. Egalement à cette époque, dans les "monts métallifères" de Toscane, les mine de Montieri fut mise à jour-
Ces trois mines étaient les plus importantes d’Europe, stimulant l’appétit des mineurs. En 1220, nouvelle découverte à Inglau, à la frontière de l’Autriche et de la Moravie, qui permet de compenser l’épuisement des mines de Friesach et le déclin de celles de Meissen. De 1253 à 1274, elles produisirent 4 tonnes d’argent par an, sous le règne d’Ottokar II, roi de Bohème. Ensuite, dès 1280, les mines de Sardaigne prirent le relais des mines de Montieri, alors épuisées, tandis qu’en 1290, la plus grande de toutes les mines était découverte à Kutna Hora, produisant 6 à 7 tonnes par an en moyenne, avec des pics à 20 ou 25 tonnes.
La colonisation allemande en Slovaquie après 1241
Les Allemands contribuent à l'histoire des mines hongroises et slovaques. Les colons de la région de Spiš étaient connus comme les Zipser Sachsen, ou Saxons de le Zips et du château de Spiš.
Les Allemands des Carpates colonisèrent ainsi la Slovaquie depuis le XIe siècle jusqu'au XVe siècle, la plupart après la fin de l'invasion des Mongols de 1241, bien qu'il ait eu probablement des colonies isolées dans la zone de Bratislava plus tôt. Ils s’installent ainsi à Spana Dolina en 1242.
Les Allemands étaient attirés par des rois qui cherchaient des spécialistes dans différents métiers, tels que les artisans et les mineurs. Les allemands étaient des spécialistes des techniques minières. En Slovaquie, ils ont extrait surtout du cuivre, ainsi que de l’argent et de l’or, répartis dans de nombreuses mines de taille moyenne, qui se sont modernisées à la fin du XVe siècle.
Les zones principales de colonisation se situaient à proximité de Bratislava (allemand : Pressburg) et dans quelques îlots linguistiques dans le Zips et du Château de Spiš, ainsi que dans le Hauerland. On les trouve à Spana Dolina et Banská Štiavnica, où ils contribuent à l'histoire des mines hongroises et slovaques. Les colons de la région de Spiš étaient connus comme les Zipser Sachsen, ou Saxons de Spiš.
La région minière d’influence germanique compte sept villes minières de Hongrie, dans l’actuelle Slovaquie centrale : Königsberg (Nova Bana), Schemnitz (Banska Stiavnica), Kremnitz (Kremnica), Neusohl (Banska Bystrica), Bugganz (Pukanec), Diln (Banská Belá), Libeten (Ľubietová).
1258 à 1326 : l'histoire minière de Sardaigne prend son essor grâce à Pise
En 1258, Ugolin della Gherardesca(1220-1289), comte de Donoratico et tyran de Pise, passé à la postérité pour avoir servi de modèle au héros damné de la Divine Comédie de Dante, fonda à la pointe Sud-Ouest de la Sardaigne, Villa di Chiesa (aujourd'hui Iglesias), et l'une des plus importantes mines d'argent de la chrétienté, à six kilomètres au sud du site minier de Fluminimaggiore et son magnifique temple romain d'Antas- Le site devint le premier domaine du Comte puis en 1302 fut soumis à la souveraineté directe de Pise.
Ugolino opérait sur un territoire de 500 kilomètres carrés nommé Argentaria del Sigerro en honneur de son sous-sol. Il favorisa le transfert des connaissances minières toscanes en Sardaigne. Le principal résultat de la politique démographique des Donoratico fut l'essor et le développement de Villa di Chiesa, l'actuel Iglesias. Les mineurs sardes fournirent 15 tonnes d’argent par an à Pise pendant la période qui va du XIIe au XIVe siècle. La splendeur de la ville toscane fut donc en partie créée par environ 6 500 metallari à Villa di Chiesa. Les pisans reprirent le travail des Romains en ouvrant de nombreux puits et en redécouvrant les anciens. Une série de lois réunies dans un codex subdivisé en quatre tomes appelé le Breve di Villa di Chiesa organisait l’activité dans les mines.
Ce codex insistait sur la réglementation de l'extraction de l'argent. La peine de mort était prévue non seulement pour ceux qui volaient de l'argent ou des minéraux en contenant, mais aussi pour les fondeurs traitant des minéraux volés. Les mineurs utilisaient de petites pioches et d'autres outils manuels, préparant au feu la roche plus dure, travaillant douze heures par jour, du lundi midi au samedi midi. Le travail était suspendu l’été, les régions côtières étant exposées au paludisme.
Pise a perdu ses domaines sardes en 1326 en faveur de la couronne du Royaume d'Aragon, qui prit contrôle elle-même des mines dans le but d'éviter des disputes entre les nobles aragonais. La perte de l'argent sarde fut le début du déclin de Pise, alors rivale avec Lucques et Florence. Lors de la conquête totale de l'île, les aragonais cherchèrent à donner un nouvel élan à l'extraction de l'argent : douanes, impôts et droits de la couronne sur les minerais furent allégées. Mais sans succès : l'activité minière subit un déclin continu sous la domination aragonaise. La Sardaigne, autrefois l’une des premières origines d'argent, devra importer le métal précieux depuis les possessions espagnoles du Nouveau Monde.
En 1284, une écluse et un canal de 22 kilomètres en Forêt-Noire
Relancée en 1170, la recherche de gisements nouveaux s’étendit vite à la Forêt-Noire, avant de gagner plus tard les Vosges. L’exploitation de l’argent débute vers 1200 dans les mines de Segen Gottes, sur la commune de Haslach avec trois étages de galeries creusées dans le massif granitique, en Forêt-Noire, dans le Bade Würtemberg, en Allemagne.
Les mines de plomb et d'argent de Glottertal, les plus riches du Brisgau, appartenaient aux comtes de Freiburg et virent la construction d'une écluse (la première en Europe centrale) et d’un canal de 22 kilomètres en 1284, le canal "Urgraben". A travers de trois carrefours d´eau, il menait du "Zweribach" à Suggental et à Glottertal. Le canal faisait fonction d´un bassin de réception de l'eau qui venait de la côté Ouest du mont Kandel, d'une hauteur de 1243 mètres, est entouré des communes de Waldkirch, Simonswald, St. Peter et Glotterta-
De véritables villes minières éclosent en Forêt-Noire au XIIIe siècle, et surtout au XIVe siècle, comme Prinzbach, Neubulach, Todnau, Munster et Sulzburg. Prinzbach s’est métamorphosée plus tard en modestes villages et Munster a été effacée de la carte.
Venise prend l’avantage sur Gênes et Florence pour le grand commerce, grâce à l’argent allemand
L’argent des diverses mines découvertes par les mineurs allemands en Saxe, en Forêt-Noire, en Slovaquie ou en Bohème est expédié à Venise sous forme de lingots par des négociants allemands, dont « Bernard l’Allemand ». Plus tard, Venise profitera de l’énorme mine de Kutna Hora, en Bohème, où des techniciens allemands lui assurenbt un flux régulier d'approvisionnement à bon compte, sécurisant l'importation des marchandises du monde arabe et des Indes, où l'argent est demandé en échange des précieuses épices.
Ce lien vénitien avec l'Asie est consacré triomphalement en 1295 par le retour de Marco Polo. Plus près encore de Venise, les mines du Tyrol connaissent alors à leur tour une première phase d’expansion, à la fin du XIIIe siècle. Les arrivages d’argent allemand à Venise culminent vers 1340, puis déclinent, après avoir fait la richesse de la ville, qui s'est équipée un immense flotte, l'arsenal de Venise quadruplant sa surface entre 1304 et 1325, grâce aussi à la création en 1297 d'un système d'enchères, l'Incanto des galées du marché.
La rivale Gênes, pourtant bien placée aussi pour capter les épices de l’Asie, n’en profite pas, faute d'accès à des mines d'argent. Les rivales toscanes, Pise puis Florence, tentent de la seconde moitié du XIIIe siècle de s'assurer des flux d'argent, Pise n'y parvenant que jusqu'en 1326 et Florence profitant progressivement de sa nouvelle monnaie, le florin, pour se spécialiser dans le tissage et devenir un pilier de l'histoire de la laine et du drap.
Florence, Gênes, Venise créent des monnaies en or
La demande d'argent sera réduite lorsque trois grandes cités marchandes d'Italie décident de jouer la carte de l'or en créant chacune une pièce fabriquée dans ce métal, plus difficile à rogner. C'est un coup de frein à l'intense exploration minière, mais très progressif, ces nouvelles monnaies mettant du temps à s'imposer, sans complètement évincer l'argent.
Le florin, principale monnaie du Moyen Âge et la première en or, est créé en 1252 par la corporation des changeurs et banquiers (Arte del Cambio) de Florence, l'une des cinq corporations majeures. Florence est suivie 12 ans après par le Roi de France Louis (Saint-Louis) qui créé en 1264 le gros tournois d'argent et l'écu, appelé aussi Louis d'or, interdisant par la même occasion au féodaux de battre monnaie. Puis c'est Venise qui créé en 1284 le ducat d'or, selon Les Révolutions industrielles du Moyen Âge, de l'historien Jean Gimpel. Le Gros de Prague, en argent, suit en 1300 grâce à la découverte de Kutna Hora en 129.
Le florin d'or vaut deux florins d'argent et sa pureté va peu à peu l'imposer. Sa fabrication est dirigée par deux signori della zecca élus tous les six mois par les capitudini des arts, appartenant l'un à la corporation des changeurs l'autre à celle des lainiers, auxquels on adjoignait deux essayeurs de l'or et l'argent. Il s'apprécie progressivement par rapport au florin d'argent. Le premier sert à l'investissement, le second au commerce quotidien-
1290, fièvre de l'argent en Bohème après la découverte du plus gros gisement de l'histoire européenne
En 1290, éclate la « fièvre de l'argent » à Kutna Hora,: par milliers les gens affluent, en majorité allemands (voir Drang nach Osten). Une cité minière est fondée pour abriter la dizaine de milliers de mineurs, ave un statut de ville royale et des exemptions fiscales.
En 1300, Venceslas II promulgue un code royal, le Jus regale montanorum, qui détermine les bases de l'extraction minière et constitue, entre autres, une sorte de code du travail très en avance pour l'époque. Une réforme monétaire remplace les différents deniers frappés par les ducs ou les villes pour créer le Gros de Prague.
Le caractère géostratégique des mines d'argent pousse les rois de Bohême a édifier des fortifications « en dur » qui remplacent les palissades provisoires, ce qui permet de repousser les tentatives d'invasion d'Albert d'Autriche en 1304 et 1307. L’argent a permis à la ville de financer la construction d'églises et de monuments et maisons magnifiques inscrites sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO-
Puis au XVe siècle, l'extraction du minerai commence à faiblir. Les autres mines exploitées ensuite en Europe n'atteignirent pas, loin s'en faut, la même production et leur production était immédiatement aspirée par l'Italie et par l'Orient pour combler le déficit constant de la balance des paiements, aboutissant vers 1450 à une « famine d’argent », sur fond d’épuisement des grands gisements, de fin de la guerre de Cent Ans puis de découvertes des navigateurs portugais en Asie. La découverte du riche filon d’argent à Meissen en 1168 avait entre temps incité les mineurs allemands à se lancer aussi dans la prospection à travers les monts métallifères à la frontière entre l’Allemagne et la Bohème, puis des recherches couronnées de succès, comme le montre l’histoire des mines hongroises et slovaques de Transylvanie, dans les Alpes orientales, et au Tyrol.
L'accord entre la couronne anglaise et les Frescobaldi de Florence
En cinq ans, de 1292 à 1297, les mines du Devon produisirent la valeur de 4046 livres d’argent et 360 livres de plomb. Un an plus tard, en 1298, la production des mines d’argent du Devon doubla, grâce au creusement des "areines", des galeries de drainage légèrement inclinées qui permettent d’évacuer à flanc de colline l'eau des mines. Nécessitant près de cent mineurs, elles furent efficaces, permettant d’exploiter la mine été comme hiver.
En 1297, le roi d'Angleterre décide de sanctionner le roi de France Philippe le Bel, qui avait en 1294 puis 1296 dévalué l'écu (Louis d'or) en diminuant son poids d'or : il décide le blocus des exportations britanniques de laine brute vers la France, ce qui pénalise les quatre villes tisserandes de la Flandre/Nord de la France (Arras, Ypres, Bruges et Gand) et provoque plus tard en 1302 à Bruges un révolte ouvrière se traduisant par l'assassinat de centaines de Français.
Les florentins ont au contraire créé un des premiers « hôtels des monnaies », la corporation des changeurs opérant sur le « punto veccio » à Florence, corporation qui créa en 1252 une monnaie en or, le florin. Pour que celle-ci s’apprécie contre l’argent et devienne une monnaie recherchée, ils encouragent les anglais à produire plus d’argent-métal, ce qui aura pour effet de dévaluer l’argent face à l’or.
La famille Frescobaldi signe en 1299 un contrat avec Londres permettant d’acheter le minerai au prix de 5 sous la charge, au maximum, l’une des onze clauses prévoyant un éventuel prix plus bas si les deux parties s’accordent. Par ailleurs, le contrat de location prévoyait un tarif de 20 sous par charge, le roi devant de son côté payer les dépenses de matériel occasionnées par l’extraction. Les mines ne sont louées que pour un an, contrat reconductible, le but étant d’inciter les italiens à développer le site, comme dans un financement de projet.
Ne parvenant pas à obtenir le minerai au tarif réduit espéré, ni à produire à un coût aussi bas qu’espéré, ils subirent des pertes et ne renouvelèrent pas leur contrat. Le roi d’Angleterre reprit l’expoitation à son compte et en 1305, elle rapporta encore plus qu’en 1298. Au cours du XIVe siècle, la production d’argent du Devon s’épuise, malgré les prospections opérées par des mineurs allemands appelés par le roi.
L'argent du Devon sert à financer la guerre de Cent Ans
La mine d’argent de Combe Martin, située dans un village du nord du Devon, tout près de la Cornouaille, fut l’un des plus riches gisements d’argent de l’histoire de l’Angleterre. L’historien anglais William Camden (1551–1623) écrivit en 1607 une étude détaillée de la topographie des îles britanniques, appelée « Britannia », dans laquelle il explique que le roi d’Angleterre utilisa l’argent de la mine de Combe Martin pour financer la guerre contre la France, qu’il mena de 1312 à 1377. Son frère John d’Eltham, était comte de Cornouaille et en 1337, le comté fut érigé en Duché. La région a toujours été considérée comme stratégique par les rois anglais, spécialement depuis l’invasion normande de 1066.
Lors de cette guerre de Cent Ans, la couronne d'Angleterre prit l’avantage grâce aux premiers vrais canons, qui perforent les murs des citadelles françaises. C'est la famille Peruzzi de Florence qui prête, en prenant des gages sur les mines du Devon, rachetées aux Frescobaldi par la Couronne d'Angleterre.
William Camden écrit dans le même livre que l’agent de cette mine a aussi servi à financer la « chevauchée en France » d’Henri V (1387 – 1422), qui monta sur le trône en 1413 et lança en août 1415 une grande campagne de conquête de la France, s’emparant d’Harfleur, le 22 septembre, puis de Calais et remportant en octobre la célèbre victoire d’Azincourt avant de gagnée ensuite à Crécy et Poitiers.
L’argent de Serbie profite d’un regain d’intérêt pour l’or au XIVe siècle
La ville de Novo Brdo est citée par Raguse pour ses minerais mixtes, associant l'or et l'argent, très recherchées à partir des années 1300, lorsque la demande d'or a commencé à augmenter dans le sillage du succès progressif de la décision de frapper des monnaies d'or dans les grandes cités commerciales italiennes. Le florin d'or a en particulier permis aux drapiers de Florence de capter la matière première anglaise à leur profit dans les années 1300.
La première mine serbe connue est Brskovo, mentionnée en 1254, où travaillent des mineurs saxons. Leur activité en Serbie, et plus tard en Bosnie, a été importante pour l'expansion des mines. Ils ont apporté leur technique, leur vocabulaire et ils ont formé les cadres locaux. Au siècle suivant apparaissent les mines de la région de Kopaonik, de Novo Brdo, puis au Nord de la Serbie celles de Zeleznik. En Bosnie, le mouvement suivit mais avec un retard de près d'un siècle. Les archives ne mentionnent qu'en 1349 le nom de la mine d'Ostruvznica La grande peste a touché la population européenne entre 1347 et 1351 tuant entre 30 et 50 % de la population pénalise ces nouvelles mines, son impact ne s'atténuant progressivement. En 1450, la ville de Novo Brdo, construite sur le cône d'un ancien volcan, n’a plus vraiment de rivaux. Elle produisit cette année-là 6 tonnes par an d'un argent, contenant une forte proportion d'or.
Les mines du sud des Vosges, ouvertes vers 1350, après la dépression causée par la grande peste-
Dans les Vosges, au pied du Ballon d'Alsace, Giromagny était au cœur d'une vaste concentration de mines. Vers le milieu du XIVe siècle, après la prise de possession de la région par la Maison d'Autriche, une activité minière se développa le long de la rivière Savoureuse. Les mineurs ont alors un problème à résoudre : la pénurie de main-d’œuvre, car la grande peste, qui déferle à partir de la fin des années 1330, décime les populations en Europe. Il faut importer des mineurs, en bâtissant près de la mine une cité minière du type de celles qui se sont développées en Forêt-Noire.
La demande d'argent a commencé à diminuer, la grande peste ayant ralenti les échanges commerciaux et l'activité économique. L'âge d'or de ces gisements se situera plutôt entre le milieu du XVIe et le début du XVIIe siècle : les travaux s'enfoncèrent de plus en plus profondément nécessitant l'installation de machines d'exhaure perfectionnées. De nombreuses réserves d'eau furent établies (étangs) ainsi qu'une dérivation de la rivière Savoureuse. La guerre de Trente Ans accéléra le processus d'abandon des mines du secteur.
La famine monétaire de la fin du Moyen Âge
L'effondrement de la masse monétaire à la fin du Moyen Âge est mesuré par un autre exemple évocateur : les Valenciens, en 1451, refusent d'acheter à Jacques Cœur en invoquant comme une raison plausible que tout l'argent en circulation dans la ville ne suffirait pas à payer les marchandises chargées sur ses nefs. Par ailleurs, les tout-puissants Médicis n'auraient été, par leur chiffre d'affaires, qu'une compagnie de second ordre au début du XIVe siècle-
À la fin des croisades, les «paiements politiques» avaient déjà contribué à un premier déficit. Les 100 000 livres parisis dépensées par saint Louis en Terre Sainte, en plus de sa rançon, ou les 750 000 livres sterlings dépensées par Édouard Ier en 1294-1298 représentent 100 ou 300 tonnes d'argent et ces versements massifs ont souvent réduit le stock monétaire, d’autant plus que la mine d’argent de Combe Martin, dans le Devon s'est ensuite épuisée, faute d’investissement, dans la deuxième partie du XIXe siècle.
En Angleterre, la quantité d’argent en circulation fut d’abord mutipliée par dix entre le milieu du XIe siècle et le milieu du XIIIe siècle, pour atteindre 100 000 deniers d’argent, selon les estimations. À la fin du règne du règne d’Édouard Ier (1239 – 1307), c’est 400 tonnes, soit plus qu’à la fin du règne d’Élisabeth Ire (1553 – 1603), chiffre qui montre à quel point la circulation d’argent a chuté à la fin du Moyen Âge puis à la Renaissance, incitant à la relance par la reine de la mine d’argent de Combe Martin
L'ouverture de la route maritime portugaise vers l'Inde stimule la demande d'argent
En 1453, la chute de Constantinople fragilise la route des épices par l'Asie, imposant la recherche d'autres voies pour le commerce des épices. L'Empire colonial portugais s'étend en 1483, quand Diogo Cao atteint l'embouchure du Congo. En 1488, Bartolomeu Dias dépasse le cap de Bonne-Espérance et Vasco de Gama arrive aux Indes en 1498. Dès 1501, les navires portugais jettent l'ancre dans le port d'Anvers pour y ramener du poivre de l'Inde, selon Fernand Braudel, qui observe que le roi du Portugal a choisi Anvers, car « la grosse clientèle du poivre et des épices est l'Europe nordique et centrale ».
L'Inde, passée maître dans l'orfèvrerie, demande en échange de l'argent, stimulant la demande et nécessitant une renaissance des mines allemandes, ce qui fait la force d'Anvers, les marchands allemands, particulièrement de la Haute-Allemagne, s'étant installés massivement depuis plusieurs années dans la ville. Ce sont eux qui auraient les premiers préférés le port de l'Escaut à Bruges-
Officiellement fondée en 1508 à Anvers, la Feitoria de Flandres ne fait qu'officialiser le rôle pris par la ville depuis 1501 comme tête de pont de l'empire commercial portugais, la Casa da Guiné, devenue en 1503 Casa da India, à l'intersection des colonies du Brésil de l'Afrique et des Indes.
Les progrès techniques permettent au Tyrol de dominer à partir de 1490
Ce qui s'était passé dans le Rammelsberg au XIIIe siècle, puis à Meissen au XIVe, se reproduit dans la haute-vallée tyrolienne de l'Inn au XVe siècle, en Autriche,à 100 km au sud de Munich, à mi-chemin entre la frontière avec la Bavière et la métropole des Alpes, Innsbruck.
Les quelques 500 kilomètres de galeries des mines d'argent de Schwaz, où travaillaient jusqu'à 11 000 ouvriers et d’où est sorti à un moment 85% de l'argent mondial s’étendent au XVe siècle, l'extraction appartenant à de nombreux mineurs indépendants-
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