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Les Grandes découvertes furent une période historique s'étendant du début du xive siècle au début du xviie siècle et qui désigne l'exploration intensive de la Terre par les Européens qui établirent des contacts directs avec l'Afrique, les Amériques, l'Asie et l'Océanie et cartographièrent la planète. L'expression d’Âge des découvertes est également utilisée par les historiens.
Les Portugais commencèrent à explorer la côte atlantique de l'Afrique en 1418 sous l'impulsion du prince Henry et atteignirent l'océan Indien en 1488 en dépassant le cap de Bonne-Espérance. En cherchant une nouvelle voie vers l'Asie, le navigateur italien financé par la monarchie espagnole, Christophe Colomb traverse l'océan Atlantique et atteint en 1492 un « Nouveau Monde », l'Amérique. Pour éviter un conflit entre l'Espagne et le Portugal à propos de ces nouvelles terres, le traité de Tordesillas partage le monde en deux zones d'explorations où chacun des protagonistes aura l'exclusivité des droits sur ces découvertes. En 1498, une expédition portugaise menée par Vasco de Gama réalise finalement le rêve d'établir une liaison maritime avec l'Inde en navigant autour de l'Afrique. Peu après, ils atteignent les « îles aux épices » en 1512 et la Chine, un an plus tard. Les explorations vers l'ouest et vers l'est se superposent lorsque Fernand de Magellan réalise la première circumnavigation de la Terre en 1522. Dans le même temps, les conquistadors espagnols explorent l'intérieur des terres américaines et détruisent les empires amérindiens. À partir du xve siècle les Français, les Anglais et les Hollandais se lancent dans la course et contestent le monopole ibérique sur le commerce maritime. Ils participent à l'exploration des Amériques mais surtout à celle de l'Océanie. Parallèlement aux explorations maritimes, les Russes explorent et conquièrent la quasi-totalité de la Sibérie.
L'Age des découvertes peut être vue comme un pont entre le Moyen Âge et l'Époque moderne de la même manière que la Renaissance. Les récits d'exploration et les cartes de terres lointaines se répandirent grâce à l'Imprimerie qui venait d'apparaître et nourrirent la montée de l'humanisme et du questionnement scientifique et intellectuel. L'expansion européenne mena à la mise en place des empires coloniaux et les contacts entre l'Ancien et les Nouveaux Mondes produisirent l'échange colombien qui désigne le transfert massif de plantes, d'animaux, de populations (dont les esclaves), de maladies infectieuses et de culture entre les hémisphères occidentaux et orientaux. Cette première mondialisation engendra des modifications écologiques, agricoles et culturels parmi les plus importantes de l'histoire. L'exploration européenne continua jusqu'au xxe siècle lorsque la totalité des terres émergées fut cartographiée.
Les routes de la soie et des épices furent bloquées par l'Empire ottoman en 1453, ce qui obligea les Européens à trouver de nouvelles routes maritimes.
Les voyages de Marco Polo (1271–1295)
Les connaissances européennes sur l'Asie au-delà des limites de l'Empire byzantin étaient basées sur des documents vagues, souvent obscurcis par des légendes et remontant parfois à l'époque des conquêtes d'Alexandre le Grand. Une autre source était les marchands juifs qui établirent des routes commerciales entre l'Europe et le monde musulman à l'époque des Croisades. En 1154, le géographe arabe Al Idrissi réalise une carte rassemblant toutes les connaissances de son époque pour le compte du roi Roger II de Sicile-
Voyages médiévaux
Les préludes aux Grandes découvertes furent une série d'expéditions terrestres européennes à travers l'Eurasie à la fin du Moyen Âge. Les Mongols, après avoir envahi une grande partie de l'Asie et menacé l'Europe, avaient unifié une bonne partie de l'Eurasie et la Pax Mongolica permettait l'existence de routes de commerces sûres entre le Moyen-Orient et la Chine. Plusieurs européens en profitèrent pour explorer l'Orient. La plupart d'entre eux étaient Italiens car le commerce entre l'Europe et le Moyen-Orient était contrôlé par les républiques maritimes comme Venise.
Des ambassadeurs chrétiens furent envoyés jusqu'à Karakorum dans l'actuelle Mongolie. Parmi eux, on peut citer Jean de Plan Carpin, envoyé par le pape Innocent IV à la cour du Grand Khan de 1241 à 12474. Au même moment, Iaroslav II Vladimirski et ses fils André II Vladimirski et Alexandre Nevski se rendent à Karakorum mais ne laissent aucun récit détaillé. D'autres voyageurs suivirent comme le Français André de Longjumeau et le Flamand Guillaume de Rubrouck qui traversèrent l'Asie centrale jusqu'en Chine. Le plus célèbre d'entre eux fut cependant Marco Polo. Ce marchand vénitien relata dans le Devisement du monde, le récit détaillé de ses voyages en Asie entre 1271 et 1295 en tant qu'hôte de la dynastie Yuan de Kubilai Khan.
En 1291, les deux frères marchands Vadino et Ugolino Vivaldi partirent de Gènes avec deux galères pour explorer l'Atlantique mais disparurent le long de la côte marocaine, ce qui alimenta les craintes sur la navigation dans l'Atlantique. De 1325 à 1354, un érudit marocain Ibn Battûta réalisa un impressionnant voyage qui l’amena de Tombouctou au sud à Bulghar (en actuelle Russie, sur la Volga) au nord et de Tanger à l’ouest à Quanzhou en Extrême-Orient. Ses récits sont compilés par Ibn Juzayy en un livre appelé Rihla (voyage). À partir de 1357, un livre retraçant les voyages supposés de Jean de Mandeville, le Livre des merveilles du monde, connaît un important succès malgré ses descriptions souvent fantastiques et douteuses.
En 1400, une traduction latine de la Géographie de Ptolémée atteint l'Italie depuis Constantinople. La redécouverte des connaissances antiques permit aux cartographes de l'époque d'améliorer leur compréhension du monde. En 1439, Nicolò de' Conti publia un récit de ses voyages en Asie du Sud-Est et Athanase Nikitine fit de même pour l'Inde en 1472.
Ces périples terrestres eurent peu d'effets immédiats. L'Empire mongol s'effondra presque aussi vite qu'il était apparu et la route vers l'est devint beaucoup plus dangereuse. La peste noire du xive siècle ralentit le commerce terrestre tout comme la montée en puissance de l'Empire ottoman qui força les Européens à chercher de nouvelles routes commerciales.
Expéditions chinoises
Carte possiblement basée sur les voyages de Zheng He représentant les voies de navigations entre Ormuz et Kozhikode (Calicut)
En 1368, après le renversement de la dynastie Yuan, les Mongols perdirent la plupart de la Chine au profit de la dynastie Ming. Les Chinois avaient établi des relations commerciales maritimes jusqu'en Arabie depuis la dynastie Tang (618-907). Entre 1405 et 1421, le troisième empereur Ming Yongle encouragea une série de voyages lointains dans l'océan Indien sous le commandement de l'amiral Zheng He. À la différence des futurs voyages européens, ces expéditions avaient essentiellement une visée diplomatique.
Une large flotte de jonques fut préparée pour ces voyages dont certaines mesuraient plus de 60 mètres de longueur et des milliers de marins furent impliqués. Au moins sept expéditions furent lancées à partir de 1405, chacune étant plus ambitieuse que la précédente. Les flottes visitèrent l'Arabie, l'Afrique orientale, l'Inde, l'Insulinde et le Siam. Zheng He offrait des présents en or, en argent, en porcelaine et en soie et recevait en échange des animaux exotiques comme des girafes, des autruches ou de l'ivoire1213. Cependant, la mort de l'empereur en 1433 entraîna l'arrêt brutal de ces expéditions très coûteuses pour le pouvoir. La Chine entra dans une période d'isolationnisme connue sous le nom d'haijin.
L'océan Atlantique (1419–1507)
Routes maritimes des républiques de Gênes (rouge) et de Venise (vert) dans les mers Méditerranée et Noire
Du viiie au xve siècle, les républiques maritimes italiennes possédaient le monopole du commerce entre l'Europe et le Moyen-Orient. Le commerce de la soie, des épices et de l'encens rendit ces citées extraordinairement prospères et riches. Les épices étaient parmi les produits les plus rares et les plus chers du Moyen Âge et étaient utilisés pour la médecine médiévale, les rituels religieux, la cosmétique, la parfumerie et comme additif ou conservateur alimentaire. Ils étaient tous importés d'Asie et d'Afrique. Les marins musulmans basés au Yémen et à Oman dominaient les routes maritimes dans tout l'océan Indien. Ils achetaient les épices en Asie du Sud-Est et les transféraient dans les riches villes marchandes de l'Inde comme Kozhikode (Calicut) puis jusque dans le golfe Persique et la mer Rouge. À partir de là, les épices étaient transportés par terre jusqu'aux côtes méditerranéennes. Les marchands, principalement vénitiens, distribuaient ensuite les produits dans toute l'Europe. Cependant, la montée en puissance de l'Empire ottoman et la chute de Constantinople en 1453 privèrent les Européens d'importantes routes commerciales du fait de la forte hausse des taxes.
Les Européens étaient donc forcés de trouver de nouvelles voies d'approvisionnement. D'autant plus qu'ils souffraient d'un déficit grandissant en or et en argent car les pièces étaient utilisées pour acheter les épices et la soie et quittaient donc le continent pour l'Orient. La plupart des mines européennes étaient épuisées ou inexploitables avec la technologie disponible. Le manque de métaux précieux mena à la création d'un complexe système bancaire destiné à gérer les risques du commerce, la première véritable banque, l'Office de Saint Georges fut fondée en 1407 à Gènes.
Pour leurs premières expéditions, les Européens utilisaient la boussole. Cependant, les progrès de la cartographie et de l'astronomie permirent l'apparition de l'astrolabe et du quadrant plus précis et qui servaient à la navigation astronomique. Les navigateurs restaient à proximité des côtes et pratiquaient le cabotage, guidés par des portulans. Ces cartes indiquaient les routes les plus sûres et les dangers de la navigation. Les marins partaient d'un point connu et naviguaient avec leur boussole, s'aidant des indications des portulans pour trouver leur route.
Débuts de l'exploration portugaise (1400-1460)
Les routes du commerce transsaharien vers 1400, avec le Niger moderne

Voyage de Bartolomeu Dias (1487–1488)
En 1297, après la fin de la Reconquista portugaise, le roi Denis Ier de Portugal s'intéressa personnellement au commerce et en 1317, il signa un accord avec le marchand génois Manuel Pessanha faisant de lui le premier amiral de la marine portugaise avec pour mission de défendre le pays contre les pirates musulmans. L'épidémie de peste noire entraîna une sévère perte de population dans la seconde moitié du xive siècle et la plus grande partie de la population se tourna vers la mer pour pécher et commercer le long des côtes. Entre 1325 et 1357, le roi Alphonse IV de Portugal encouragea le commerce maritime et lança les premières expéditions. Les îles Canaries, connues depuis l'Antiquité, furent revendiquée à la fois par le Portugal et la Castille. En 1415, le Portugal s'empara de la ville de Ceuta dans le but de contrôler la navigation sur les côtes africaines. Le jeune prince Henri participa à l'attaque et réalisa la richesse apportée par le commerce transsaharien. Depuis des siècles, les routes commerciales arabes liaient la côte méditerranéenne à l'Afrique de l'Ouest à travers le Sahara. Les africains fournissaient des esclaves et de l'or en échange de sel et de produits manufacturés.
Henri voulait savoir jusqu'où s'étendait la domination musulmane en Afrique pour pouvoir commercer par mer directement avec l'Afrique de l'Ouest, il cherchait également à trouver le légendaire royaume chrétien du prêtre Jean pour pouvoir prendre les musulmans à revers et une route maritime vers les Indes orientales pour participer au très profitable commerce des épices. Il créa un groupe de marchands, d'armateurs, de cartographes et d'investisseurs dans la forteresse de Sagres dont le but était d'organiser des expéditions le long des côtes africaines jusqu'en Mauritanie. Il reçoit ainsi son surnom d'Henri le Navigateur. Madère est ainsi atteinte en 1419 et les Açores en 1427.
À cette époque, les cartes européennes s'arrêtaient au cap Chaunar sur la côte africaine et personne ne savait s'il était possible de revenir de la mer des Ténèbres qui se trouvait au dela. Les mythes avertissaient de la présence de monstres marins mais en 1421, le cap est franchit et en 1434, Gil Eanes dépasse le dangereux cap Bojador mettant fin aux vielles légendes.
Une avancée majeure fut l'introduction de la caravelle au milieu du xve siècle capable de remonter le vent mieux que n'importe quel autre navire de l'époque. Issues des bateaux de pêches, elles étaient les premiers navires à pouvoir naviguer en haute-mer à distance des récifs côtiers. La diffusion des éphémérides permit la navigation astronomique et l'orientation en pleine mer sans repère terrestre. Ces tables révolutionnèrent la navigation en permettant de calculer la latitude. Le calcul de la longitude restait cependant aléatoire. Ainsi, l'exploration put continuer progressant d'environ un degré par an. Le Sénégal et le Cap-Vert sont atteints en 1445 et un an plus tard António Fernandes avance jusqu'à l'actuelle Sierra Leone.
La prise de Constantinople par les Ottomans en 1453 fut un choc pour la chrétienté et ralentit fortement le commerce avec l'Orient. En 1455, le pape Nicolas V rédigea la bulle Romanus Pontifex, renforçant la précédente Dum Diversas de 1452, qui accordait toutes les terres découvertes au delà du cap Bojador au roi Alphonse V de Portugal et à ses successeurs et autorisait l'asservissement des païens de ces régions. Le roi commande alors une carte à des experts génois pour trouver une route vers l'Asie. Ceux-ci livrent la carte de Fra Mauro, probablement inspirée de la carte Kangnido d'origine chinoise, à Lisbonne en 1459.
En 1456, Diogo Gomes atteint l'archipel du Cap-Vert. Dans la décennie qui suit, les capitaines vénitien Alvise Cadamosto et génois António Noli au service du roi Henri fondent la ville de Cidade Velha, première ville européenne sous les tropiques
Réplique d'une caravelle introduite au xve siècle pour l'exploration océanique
L'exploration portugaise après le prince Henri
Le prince Henri meurt en novembre 1460. Les faibles revenus issus des explorations firent que le marchand Fernão Gomes reçut en 1469 le monopole du commerce dans le golfe de Guinée en échange il devait explorer 100 miles par an durant cinq ans. Avec son soutien, les navigateurs João de Santarém, Pedro Escobar, Lopo Gonçalves, Fernando Póo et Pêro de Sintra vont plus loin que ce qui avait été convenu. Ils atteignent l'hémisphère Sud et les îles du golfe de Guinée dont Sao Tomé-et-Principe et explorent la côte de l'actuel Ghana en 1471. Dans l'hémisphère sud, les marins découvrent la Croix du sud comme point de référence pour la navigation astronomique.
En 1481, le nouveau roi Jean II de Portugal décide d'implanter le comptoir d'Elmina au Ghana pour exploiter les alluvions chargés d'or. En 1482, le fleuve Congo est exploré par Diogo Cão qui en 1486 atteint le Cape Cross dans l'actuelle Namibie.
L'avancée suivante fut capitale. En 1488, Bartolomeu Dias franchit la pointe sud de l'Afrique qu'il nomme le « cap des Tempêtes » (Cabo das Tormentas) et continue jusqu'à l'actuel Port Elizabeth prouvant que l'océan Indien est accessible par l'Atlantique. Simultanément Pêro da Covilhã est envoyé secrètement par terre jusqu'en Éthiopie où il acquiert des informations sur la mer Rouge et la côte orientale de l'Afrique laissant supposer que la route des Indes est ouverte34. Le Cap des tempêtes est rapidement renommé « cap de Bonne-Espérance » (Cabo da Boa Esperança) par le roi Jean II à cause de l'espoir suscité par la possibilité d'une route vers l'Inde.
Les « Indes occidentales » de Colomb
Les quatre voyages de Christophe Colomb 1492–1503
Le voisin et rival du Portugal, la Castille avait commencé à s'implanter dans les îles Canaries au large de la côte africaine en 1402 mais avait été détournée par des problèmes internes et la poursuite de la guerre avec les musulmans durant la plus grande partie du xve siècle. L'achèvement de la Reconquista et l'union des royaumes de Castille et d'Aragon à la fin du xve siècle permirent à l'Espagne de se se consacrer à la recherche de nouvelles voies maritimes. La Couronne d'Aragon était un important potentat maritime en Méditerranée contrôlant des territoires dans l'Est de l'Espagne, le Sud de la France, la Sardaigne, la Sicile, Malte et le Royaume de Naples et des possessions jusqu'en Grèce. En 1492, les monarques catholiques envahissent le Royaume Maure de Grenade et décident de financer l'expédition de Christophe Colomb dans l'espoir de contourner le monopole portugais sur les routes maritime le long de l'Afrique en atteignant les « Indes » (Est et Sud de l'Asie) par l'Ouest. Par deux fois, en 1485 et 1488, le projet de Colomb avait été refusé par le Portugal.
Le 3 août 1492, Christophe Colomb quitte Palos de la Frontera avec trois navires, une caraque, la Santa Maria et deux caravelles, la La Pinta et la La Niña. Colomb fit d'abord escale aux Canaries où il se réapprovisionna et avança dans l'Atlantique dans ce qui sera nommé la mer des Sargasses.
Répliques des trois navires de Christophe Colomb
L'expédition atteint les Bahamas le 12 octobre 1492 et Colomb pense avoir atteint les Indes occidentales. Il explore ensuite la côte Nord de Cuba et celle d'Hispaniola. Il est reçu par le cacique Guacanagari qui lui donne la permission de laisser quelques hommes derrière lui. Il fonde La Navidad dans l'actuel Haïti et y laisse 39 hommes. Avant de repartir, il enlève une vingtaine d'autochtones dont seuls sept ou huit arrivèrent vivants en Espagne où ils firent forte impression à la cour du roi. Il arrive à son port d'attache le 15 mars 1493 et la nouvelle de la découverte de nouvelles terres à l'ouest se répand rapidement en Europe.
Colomb et les autres explorateurs espagnols furent initialement déçus par leurs découvertes. À la différence de l'Asie et de l'Afrique, les habitants des Caraïbes avaient peu de choses à échanger avec les navires espagnols. Il faudra attendre l'exploration du continent pour que les richesses attendues ne soient découvertes.
Traité de Tordesillas (1494)
Le méridien du traité de Tordesillas (violet) fut par la suite prolongé selon le traité de Saragosse de 1529 (en vert)
Après la découverte des « Indes occidentales », une répartition des zones d'influences devint nécessaire pour éviter un conflit entre l'Espagne et le Portugal. Deux mois après le retour de Colomb, le pape Alexandre VI publia la bulle Inter caetera statuant que toutes les terres situées à l'ouest d'une ligne passant à 100 lieues des Acores appartenaient à l'Espagne. Il n'était cependant pas dit si les terres à l'est revenaient au Portugal. Le roi Jean II de Portugal n'était pas satisfait car une autre bulle donnait à l'Espagne la souveraineté sur l'Inde même si celle-ci se trouvait à l'est de ce méridien. Il négocia donc directement avec les monarques espagnols. Un accord fut trouvé en 1494 avec le traité de Tordesillas qui « divisait » le monde entre les deux puissances. Dans ce traité, les Portugais recevait toutes les terres se trouvant à l'Est d'une ligne passant à 270 lieues des îles du Cap-Vert et les Espagnols toutes les terres à l'Ouest. Les autres puissances maritimes européennes (France, Angleterre, Pays-Bas…) se voyaient refuser tout droit sur ces nouvelles terres. Elles ne purent dans un premier temps que recourir à la piraterie et à la contrebande pour profiter des richesses du Nouveau Monde.
Un Nouveau Monde : l'Amérique
Détail de la carte de Martin Waldseemüller réalisée en 1507 où apparait pour la première fois le mot « America ».
Très peu de choses étaient connues sur les territoires à l'ouest du méridien de Tordesillas. Peu après le premier voyage de Christophe Colomb, un grand nombre d'explorateurs se lancent à la découverte de ces nouvelles terres. Jean Cabot, un marin italien soutenu par le roi Henri VII d'Angleterre quitte Bristol en 1497. Probablement financé par la Society of Merchant Venturers, Cabot traverse l'Atlantique par le Nord dans l'espoir de trouver une route plus rapide vers les « Indes occidentales »41 et arriva quelque part en Amérique du Nord, probablement à Terre-Neuve.
En 1499, João Fernandes Lavrador et Pêro de Barcelos furent financés par le roi du Portugal et découvrirent le Labrador. Au même moment, les frères Gaspar et Miguel Corte-Real explorèrent les côtes du Groenland et de Terre-Neuve42. Les deux explorations sont mentionnées sur le planisphère de Cantino de 1502.
Les « Vraies Indes » et le Brésil
En 1497, le nouveau roi Manuel Ier de Portugal envoie une flotte d'exploration vers l'Est menée par Vasco de Gama pour achever le projet de ses prédécesseurs de trouver une route vers l'Inde. En juillet 1499, ce dernier revient à Lisbonne avec un important chargement d'épices et la nouvelle selon laquelle les Portugais ont atteint l'Inde se répand rapidement en Europe. Alors que Colomb organise deux nouveaux voyages vers l'Amérique centrale, une seconde expédition portugaise est assemblée pour partir en Inde. La flotte de treize navires et 1 500 hommes quitte Lisbonne le 9 mars 1500. Le commandant est Pedro Álvares Cabral et il est accompagné par les marins Bartolomeu Dias, Nicolau Coelho et le notaire Pero Vaz de Caminha. Pour éviter les eaux sans vent du golfe de Guinée, la flotte s'oriente vers le sud-ouest. Le 21 avril, une montagne apparaît à l'horizon et est nommé Monte Pascoal ; Le 22 avril, la flotte accoste sur la côte du Brésil et trois jours plus tard, elle jette l'ancre dans une baie nommée Porto Seguro. Cabral soupçonne que cette nouvelle terre se trouve à l'est du méridien de Tordesillas et renvoie un navire vers le Portugal avec l'importante nouvelle. Pensant avoir découvert une île, Cabral nomme cette terre Ilha de Vera Cruz (île de la Vraie Croix). Certains historiens soutiennent que les Portugais connaissaient l'existence du saillant sud-américain auparavant d'où l'insistance du roi Jean II pour déplacer le méridien de Tordesillas vers l'Ouest.
À l'invitation du roi Manuel Ier de Portugal, Amerigo Vespucci, un Florentin travaillant dans une branche basée à Séville de la banque des Medicis organisa deux expéditions vers la Guyane avec Juan de la Cosa. Ces voyages furent rendus célèbres par la publication de trois lettres qui lui sont attribuées entre 1502 et 1504. Il devenait de plus en plus clair que Colomb n'avait pas atteint l'Asie mais plutôt ce qui était un Nouveau Monde pour les Européens. l'Amérique fut nommée en 1507 par les cartographes lorrains Martin Waldseemüller et Mathias Ringmann probablement d'après Amerigo Vespucci qui était le premier Européen à avoir suggéré que ces terres n'étaient pas l'Asie mais bien un « Nouveau Monde », le Mundus novus, titre latin d'un document basé sur les lettres de Vespucci à Lorenzo di Pierfrancesco de Médicis qui connut un grand succès en Europe.
L'océan Indien (1497–1513)
La route de l'Inde
Voyage de Vasco de Gama en Inde (1497-1499) en noir. Précédents voyages de Pêro da Covilhã (orange) et de Afonso de Paiva (bleu) et leur trajet en commun (vert)
Protégée de la compétition directe avec l'Espagne grâce au traité de Tordesillas, les expéditions portugaises vers l'Est avancèrent rapidement. Par deux fois, en 1485 et 1488, le Portugal avait officiellement refusé l'idée de Christophe Colomb de rallier les Indes en naviguant vers l'Ouest. Les experts du roi Jean II de Portugal pensaient en effet que les estimations de distance fournies par Colomb (3 800 km) étaient sous-évaluées. De plus, Bartolomeu Dias était parti en 1487 avec l'objectif de dépasser la pointe Sud de l'Afrique et les experts pensaient que voyager vers l'Est serait bien plus court. Le franchissement du cap de Bonne-Espérance en 1488 et le voyage de Pêro da Covilhã en Éthiopie par la terre indiquaient que les richesses de l'océan Indien étaient accessibles depuis l'Atlantique.
Sous l'impulsion du nouveau roi Manuel Ier de Portugal, une petite flotte d'exploration composée de quatre navires et de 170 hommes quitte le port de Lisbonne en juillet 1497 sous le commandement de Vasco de Gama. En décembre, la flottille dépasse le point où Dias avait fait demi-tour et entre dans des eaux inconnues. Le 20 mai 1498, ils arrivent à Calicut. Cependant Gama est handicapé par le manque de marchandises précieuses lui permettant d'acheter les produits rares qu'il convoite. Deux ans après leur départ, Gama et 55 hommes reviennent victorieusement au Portugal comme les premiers marins à avoir navigué directement d'Europe en Inde.
En 1500, une seconde flotte bien plus imposante de treize navires et 1 500 hommes est envoyée en Inde. Sous le commandement de Pedro Álvares Cabral, elle découvre la côte brésilienne puis dans l'océan Indien, un des navires atteint Madagascar (1501) qui sera partiellement explorée par Tristan da Cunha en 1507. L'île Maurice est découverte en 1507 et Socotra est occupée en 1506. La même année, Lourenço de Almeida débarque au Sri Lanka, l'île nommée « Taprobane » par les grecs et les romains. Les premiers comptoirs sont établis à Kochi et à Calicut en 1501 puis à Goa en 1510.
Les « îles aux épices » et la Chine
En 1511, Afonso de Albuquerque conquiert Malacca alors pivot du commerce en Asie et lance plusieurs missions diplomatiques à l'est : Duarte Fernandes est ainsi le premier européen à être reçut à la cour du Royaume du Siam. Il découvre l'emplacement des fameuses « îles aux épices », les Moluques, alors seule zone de production de la muscade et du clou de girofle et y envoie une expédition menée par Antonio de Abreu où ils sont les premiers européens en 1512. Les Portugais installent un comptoir fortifié sur l'île de Ternate, le fort de São João Baptista de Ternate marquant ainsi leur présence en Insulinde.
En mai 1513, Jorge Álvares atteint la Chine. Bien qu'il fût le premier à accoster dans le delta de la rivière des Perles, ce fut Rafael Perestrello, un cousin du célèbre Christophe Colomb qui fut le premier à explorer la côte Sud de la Chine et à commercer à Guangzhou5152. Fernão Pires de Andrade visita la ville en 1517 et y établit un comptoir commercial. En 1557, les Portugais reçurent l'autorisation d'occuper Macao.
Pour renforcer le monopole sur le commerce dans l'océan Indien, Ormuz dans le golfe Persique fut envahi par Afonso de Albuquerque en 1507 qui établit des relations diplomatiques avec la Perse. En 1513, en tentant de conquérir Aden, une expédition franchit le détroit de Bab-el-Mandeb et pénètre en mer Rouge. En 1521, une force menée par António Correia envahit Bahreïn annonçant une domination portugaise de 80 ans sur le golfe Persique. .
.En 1512, pour récompenser Juan Ponce de León d'avoir exploré Porto Rico en 1508, le roi Ferdinand II lui demanda de chercher de nouvelles terres dont il pourrait devenir le gouverneur. Avec trois navires et 200 hommes, León quitta Porto Rico en mars 1513 et arriva en Floride en avril. Il poursuivit son voyage vers le nord et rencontra un puissant courant qui le ramena en arrière. C'était la première rencontre avec le Gulf Stream qui deviendra la principale route maritime de l'Amérique centrale vers l'Europe.
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