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. Les origines du statut de la femme au Moyen Âge
La société du Moyen Âge est une société juridiquement inégalitaire, peu importe le sexe, et cette situation est prévue par la loi ; il y a donc les serfs qui vivent dans une certaine servitude et les gens libres. Il est intéressant de noter que même au niveau des gens libres, selon les richesses, il existe d’autres inégalités ou variation de statuts. Il serait donc normal de voir des variations de statuts de la femme selon ce même ordre, mais qu’en est-il véritablement?
La période précédant l’influence de l’Église (Avant Xle siècle)
Auparavant, dans le monde païen, la sexualité représentait une manifestation naturelle de l’humanité et la femme était un réel symbole de vie. « Le statut de la femme n'est pas le même sous la dynastie carolingienne et sous le règne capétien. Et pour cause, le mariage se conçoit avant le XIIe siècle en dehors de tout cadre religieux. » De plus, avec la réforme enclenchée par Charlemagne, même les femmes avaient accès à la culture.
La femme n’était peut-être pas vue comme l’égal de l’homme mais tout au moins existait-il un sentiment réel de réciprocité. L’interdépendance des deux sexes était présente -
Sous les Mérovingiens puis les Carolingiens, l'épouse du roi est élevée au rang et au titre de reine par le mariage. Elle doit conseiller son mari et prendre part à l'exercice du pouvoir. Une souveraineté qui va lui échapper au cours des siècles suivants.
D’ailleurs, durant cette période, certains monastères féminins se démarquèrent par le bon niveau d’enseignement dont ils étaient en mesure de nourrir les âmes réceptrices. Des rares œuvres littéraires féminines de cet ère, on voit clairement s’exprimer des femmes, telle que Hildegarde De Bingen , par rapport à l’image d’infériorité qui semble bien ancré chez les hommes pieux.
Ce fut la première époque de l’histoire où les femmes s’émancipèrent et en prirent conscience. Probablement aussi, la première fois qu’elles posaient «[…] les bases de ces revendications de parité et d’égalité qui sont aujourd’hui encore objet de batailles[…] » .
L’Église s’impose et impose sa vision : le statut courant des femmes
Durant la seconde moitié du Moyen Âge, l’Église se fait sentir plus oppressante et plus sévère. Elle ramène en force l’image d’opposition de deux personnages bibliques féminins soit Ève, sortie tout droit de la genèse de la bible, et Marie, mère du fils de Dieu qui apparaît comme une figure importante dans le nouveau testament. C’est le contraste entre ces deux figures majeures qui guidera la société médiévale chrétienne dans la façon qu’elle aura de concevoir la femme et sa place dans le monde.
Il apparaît évident qu’il n’existe, dès lors, que deux voies possibles pour ses femmes : ou bien elles suivent l’exemple pieux de Marie en conservant une virginité de l’âme et du corps exemplaire, signe de la perfection féminine; ou bien elles s’enlisent, comme Ève dans le péché et la perversion. Il est intéressant de remarquer que même avec la généralisation du mariage, la femme apparaît, aussitôt qu’elle se donne aux plaisirs de la chaire, comme un être impur et source du péché puisqu’elle se rapproche ainsi de la figure désolante de l’ennemi :
Ce sexe [représenté par Ève] a empoisonné notre premier parent [Adam], qui était aussi son mari et son père, il a étranglé Jean-Baptiste [Hérodiade], livré le très courageux Samson à la mort. D’une certaine manière aussi, il a tué le Sauveur, car si sa faute ne l’avait pas exigé, notre Sauveur n’aurait pas eu besoin de mourir. Malheur à ce sexe en qui n’est ni crainte, ni bonté, ni amitié et qui est plus à redouter lorsqu’il est aimé que lorsqu’il est haï. »
Cette vision de la femme apparaît dans le récit de la Création et de la Chute dans la Genèse de Geoffroy de Vendôme en 1095. Ce texte servant de référence chrétienne et de canevas pour forger l’opinion des hommes fut évidemment lourds de sens pour le statut de la femme qui devient alors perçu de plus en plus négativement.
Le rapport d’inégalité entre l’homme et la femme se creuse encore lorsque la chrétienté s’appuie sur le récit biblique de la création de l’humanité. Il y est dit que Dieu créa l’homme puis utilisa une côte d’Adam pour créer la femme, ce qui implique alors l’importance première de l’homme. Puis, c’est encore Ève qui au banc des accusés au moment du péché originel. Sans la femme, l’homme n’aurait jamais tomber dans le vice… du moins c’est ce que l’Église a réussit à faire croire à toute une société, peu instruite et soumise à la religion.
Il apparaît donc évident que la soumission de la femme envers l’homme et le fossé qui s’est creusé entre les deux sexes est dû, sans concurrence, à la mentalité religieuse de l’époque et à la propagande religieuse qui a utilisé sans vergogne une image négative de la femme… Après tout, il fallait bien un coupable pour tous les maux de l’humanité et la femme eue le dos assez large pour porter le poids de ces fautes.
. Les deux voies possibles où la femme médiévale pouvait, ou devait, s’engager…
Dans toutes civilisations et à toutes les époques, il y a des exceptions qui confirment les règles. Au Moyen Âge, il existe deux grandes règles ou voies que peut (devrait-on plutôt dire doit?) emprunter la femme médiévale. Bien entendu, certaines exceptions furent reconnues, mais dans ce chapitre, il sera surtout question de la grande majorité des femmes du Moyen Âge en Occident.
La matrice et son rôle familiale
La révolution du droit romain et la christianisation du mariage (vers 1215 au concile de Latran IV le mariage intègre officiellement la liste des sacrements ecclésiastiques) conduisent à la dégradation de la condition féminine. Il est intéressant de constater qu’avant de servir littéralement de cocon pour l’héritier à venir, la femme sert d’abord et avant tout de marchandise dans l’institution nouvellement officialisée du mariage. En effet, le mariage n’est pas une affaire personnelle, basée sur des sentiments, mais plutôt une alliance, un contrat entre deux groupes familiaux qui se promettent ainsi de se porter secours et assistance mutuel, d’où l’importance du don et du contre-don. On dit bien donner une femme en mariage. Elle est traitée comme une marchandise ou encore comme un passeport pour l’ascension sociale.
Une fois mariée, la femme ne devient pas la tendre moitié de l’homme :
[…]Obstinément proclamé, que la femme est un être faible qui doit être nécessairement soumis parce que naturellement pervers, qu’elle est vouée à servir l’homme dans le mariage, et que l’homme est en pouvoir légitime de s’en servir.
Une fois mariée et exclue de « l’exercice du pouvoir dans la vie religieuse, politique et sociale, elles sont tenues pour inférieures à la fois physiquement et intellectuellement. » En plus d’être vue comme la servante repentante de l’homme, la femme mariée devient le symbole même des mystères de la vie. Elle est perçue comme la matrice, l’enveloppe charnelle permettant à l’homme d’assurer sa descendance. Ce rôle jugé très sérieux à l’époque (les liens de sangs sont des preuves irréfutables pour les héritiers) le rôle des femmes, du moins les traces laissées dans la littérature, est marqué par un manque d’intérêt évident dans la société médiévale à l’exception de quelques grandes dames ou reines ayant joué un rôle politique ou social différent, mais nous en reparlerons.
C’est dans la cellule familiale que la femme peut remplir sa fonction première : « donner des enfants au groupe d’hommes qui l’accueille, qui la domine et qui la surveille » et cette interprétation laisse paraître de nouveau la fonction même de la femme au Moyen Âge : assurer une descendance honnête aux hommes qui se rabaissent à tenir compte de ces êtres pervers que sont les femmes.
La voie d’évitement
Il existe une voie d’évitement pour les femmes à cette époque, surtout aux femmes de bonnes familles possédant quelques richesses. Donc, le moyen pour une femme de se libérer de l’étroit horizon domestique est sans contredit la voie de Marie (ou la virginité!). En effet, une femme peut choisir d’abandonner sa fonction primaire en s’éloignant du péché et de l’image d’Ève et ce en se rapprochant du canevas de Marie, mère de Jésus, symbole de piété, perfection et sainteté.
Comment la société permet-elle la virginité dans un monde où la femme est vue comme la matrice de l’homme? En empruntant l’habit et en choisissant la vie monacale. Avec la montée des ordres religieux masculins, des établissements similaires en genre ouvrirent leurs portent aux jeunes vierges et parfois même aux veuves, libérées de leurs péchés charnels.
Il appert que la vie monacale pouvait apporter, parfois, de plus grandes libertés réelles, sinon intellectuelles. Les femmes y reçoivent une éducation de base qui inclut la culture. De plus, comme elles vivent en congrégation d’où les hommes sont en grande majorité exclus, il faut bien que les têtes dirigeantes soient des femmes. Certains rôles masculins devront d’ailleurs être défendus par des femmes. Par exemple, « Les pieuses femmes qui vivaient dans les couvents se trouvaient obligées parfois de participer à leur défense »
Finalement, on peut affirmer que les femmes ont surtout servi de monnaie d’échange politique, d’enveloppe matricielle et de fondatrices (ou membres) d’abbayes. Il est probablement temps de mentionner ici quelques exceptions pensons aux cas les plus célèbres : Aliéonor d’Aquitaine, qui eu une influence certaine sur l’histoire de l’Europe; Jeanne d’Arc, symbole de la femme guerrière. On peut aussi nommer la comtesse Agnès de Bourgogne en Aquitaine et Marie de France en Champagne qui eurent un impact ou une influence politique considérable. D’autres noms féminins célèbres ont marqué, dans une très faible proportion l’histoire du Moyen Âge; Égérie, pèlerine célèbre; Baudonivie, biographe qui a su laisser sa trace; Hrosvitha, poétesse; Trotula, qui fut médecin ou à tout le moins guérisseuse et Héloïse, reconnu pour son intelligence et sa verve.
Rôles principaux de la femme
Les femmes et la politique
Le gros problème concernant la rareté des rôles politiques féminins concerne le fait qu’étant considérée inférieur à l’homme, la femme lui doit obéissance et soumission. L’homme gère sa femme et par le fait même ses biens puisqu’elle est considérée incapable de le faire par elle-même (les émotions perverses des femmes pourraient déranger leur jugement). Or, comment pourrait-elle prendre des décisions politiques si son jugement n’est pas valable? C’est probablement là toute la logique de la pensée masculine à cette époque.
En réalité, on sait que certaines femmes ont eu la possibilité d’influencer (officiellement ou officieusement) leurs époux. On sait aussi avec certitude qu’elles pouvaient transmettre leurs titres de noblesse mais que juridiquement, elles n’en possédaient pas directement. Elles n’ont pas occupé de postes municipaux réels, sinon dans leurs abbayes, mais on sait aussi qu’à certains moments et dans certains endroits, elles ont eu le droit de vote.
Dans certaines villes du moins elles figuraient à l’assemblée générale des habitants qui les désignaient. À Pont-à-Mousson, les échevins devaient être élus par commun accord des bourgeois et bourgeoise. Dans certaines petites villes de Champagne, de Bigorre ou de Béarn il semble bien également que les femmes avaient le droit de vote.
On sait aussi que légalement, la femme est sous la gérance de l’homme qui en a la charge, elles est considérée comme une mineure. Dès son plus jeune âge, elle est sous l’autorité de son père et des autres hommes du clan familial. Par la suite, elle vivra sous l’autorité de son époux et dans les cas courants de veuvages, elle tombe sous la régence de son fils, de son second époux ou des autres mâles de la cellule familiale. En soit, la femme est légalement peu de choses et ainsi, elle ne peut accomplir, officiellement du moins, que peu de tâches concrètes. On peut affirmer que les femmes qui ont eu une influence politique réelle l’ont été par un concours de circonstances, une personnalité particulière et une situation privilégiée dans la société médiévale.
La femme à la campagne
C’est surtout dans les classes paysannes et artisanes que les femmes ont pu réaliser d’éclatantes actions par leur « travail quotidien, persévérant et obscur, elles ont donné leur contribution au déroulement de la vie. » À la campagne, les outils pour les travaux des champs sont limités et toutes les forces humaines disponibles sont mises à la disposition du travail de la terre. Ainsi donc, la femme s’illustre auprès de l’homme dans les travaux manuels aux champs.
On peut établir une espèce de calendrier sommaire des tâches annuelles de la femme campagnarde au Moyen Âge. En juin c’est la fenaison, en août le battage du blé, en novembre l’abattage du porc et en décembre l’enfournage du pain.
Aux côtés des hommes […] les femmes participent souvent à la moisson, […] lorsqu’a lieu le battage, les hommes manient les fléaux tandis qu’elles secouent à la fourche les tiges de paille pour faire tomber le grain. Elles participent également à la fenaison : les hommes se réservent le soin de faucher, les femmes agitent l’herbe coupée et la mettent en tas […] Lorsque arrive, avec l’hiver et en prévision des fêtes de Noël, le temps d’abattre le porc,[…] la femme recueille le sang et le remue soigneusement.
La femme en campagne s’occupe aussi, en plus de tenir la maison et d’assurer la conception des repas (en général rudimentaire vu la disette perpétuelle du Moyen Âge), de l’élevage des quelques volailles et de la bonne culture du jardin (quelques légumes et arbres fruitiers).
Pour ce qui est de l’éducation, en général, elle s’occupe de nourrir l’enfant mâle (son éducation étant un rôle masculin) et pour ce qui est des fillettes, elles n’ont pas toujours l’occasion de réellement les éduquer puisqu’elles sont souvent promises dès leur plus jeune âge et quittent souvent le foyer très tôt. Si une fille doit recevoir une éducation autre que celle familiale, elle sera mise entre les mains d’une abbaye.
La femme à la ville
Dans les bourgs, les femmes d’artisans et de commerçants occupaient un rôle certain dans l’économie. Il n’est pas illusoire d’affirmer que dans les échoppes, la femme de l’artisan lui apportait un aide considérable et dans les domaines les plus variables que l’on pense au textile, à l’art du vêtement, à l’artisanat métallique, du cuir et du bois et de la construction. On a pu relever environ 150 noms de métiers féminins.
De même que les commerçants devaient requérir l’aide de leur épouse pour opérer leur commerce.
Avec le net accroissement de la population européenne au XIIe siècle s’établit d’Abord un nouveau modèle de relation entre le travail et la vie quotidienne. Un modèle étroitement lié au développement des villes et d’un réseau dense de colonies villageoises, ainsi qu’à la possibilité pour un grand nombre d’hommes et de femmes de contracter mariage. Le couple marié travaillant en commun formait le noyau de la nouvelle organisation de l’activité économique, à l’intérieur de l’entreprise familiale autonome, artisanale, marchande ou paysanne.
On retrouve même six activités artisanales exclusivement réservées aux femmes. Par contre, il serait faux de croire que les femmes occupaient les mêmes rôles de production que les hommes. On les reléguait souvent à des tâches de copie, de répétition ou de perfectionnisme (d’où l’utilité de petites mains habiles). La femme exerçait donc un métier complémentaire à celui de son époux.
Le problème qui revient par contre concerne la justice et les droits de gérances suite au décès de l’homme de la maison. Si le fils est en âge de prendre en charge les opérations commerciales de la famille, il n’y a pas de problème. Là où le bât blesse, c’est qu’au bout d’un an de veuvage (varie selon les régions) la femme qui n’est pas remariée ou qui n'a pas de descendance perd le droit d’exercer le métier de son défunt mari et de tenir l’entreprise familiale. Elle est donc encore la grande perdante d’un système juridique et économique auquel elle aura amplement participé. Sa capacité est considérée comme nulle sans la présence d’un gérant.
Les femmes médiévales ont laissé très peu de traces écrites de cette période où leur rôle primaire n’était pas un rôle sociétaire à proprement dit.
Malgré une place restreinte dans la société médiévale en plein développement,la femme médiévale a eu un impact certain sur la qualité de vie et l’avancement économique, religieux, industriel d’une société en plein mouvement.
Peu importe le rôle qu’elles occupaient, il y a eu des femmes qui ont bravé les limitent imposées à leur sexe dit faible. Elles ont balayé leur époque au moyen de gestes héroïques ou banales, mais elles ont su laisser leur marque dans un monde presque exclusivement masculin. Bien entendu, de nos jours, ce sont pratiquement des légendes qui viennent imager notre imagination, mais elles ont bel et bien été des êtres exceptionnels.
Source
BERTINI, F. et al., La vie quotidienne des femmes au Moyen Âge (Italie, Éditions Hachette, 1991) 290 pages
PERNOUD, Régine, La femme au temps des cathédrales (Évreux, Éditions Stock, 1980) 300 pages
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