Il faut relever ici l'influence des femmes, qui fut si vivante au Moyen Age et qui allait voir son plein épanouissement aux XIIe et XIIIe siècles.
* Elles ont le droit de vote.
* Elles suivent leur mari à la croisade,
* Elles étudient,
* Elles animent des cours, etc.
L'abbaye de Fontevrault réunissait deux communautés d'hommes et une communauté de femmes sous l'autorité... d'une abbesse.
Au Moyen Age, les femmes votaient
"On doit considérer les droits essentiels dont bénéficie la femme au Moyen Age. Dans les assemblées urbaines ou les communes rurales, les femmes, lorsqu'elles sont chefs de famille, possèdent le droit de vote."
Elles administraient
Les femmes administrent et gèrent de grands domaines comme le feraient des hommes.
"John Gilissen a fait remarquer: "Presque toutes les principautés laïques belges ont été gouvernées par des femmes à l'un ou l'autre moment de leur histoire: citons les comtesses Jeanne (1205-1244) et Marguerite de Constantinople (1244-1280), en Flandre et Hainaut, la duchesse Jeanne en Brabant (1355-1406), Marguerite de Bavière en Hainaut (1345-1356), Marie de Bourgogne pour l'ensemble des principautés (1477-1482)". De combien de fiefs en France pourrait-on en dire autant!
"L'exercice du pouvoir suprême ne les empêche pas pour autant d'être pleinement femmes. Elles n'ont aucunement le souci d'imiter ou de copier un modèle masculin. Dans leur comportement, même lorsqu'elles agissent sur le terrain politique ou militaire, elles restent femmes, essentiellement. Rappelons deux exemples bien frappants: celui de Blanche de Castille
arrivant au siège du château de Bellême en 1229 et constatant que l'armée est littéralement paralysée par le froid; elle fait aussitôt tailler du bois dans les forêts alentour, et réchauffe ses gens qui retrouvent du même coup leur ardeur pour terminer un siège traînant depuis plusieurs semaines"
"De même chez Jeanne d'Arc trouve-t-on, en même temps que l'élan au combat, la tendresse de la femme quand elle se penche sur un Anglais blessé, et un bon sens quasi maternel devant une armée qui se bat depuis l'aube: "Reposez-vous, mangez et buvez"; après quoi, ce 7 mai 1429, ses compagnons enlèvent la bastille des Tourelles, objet de leurs assauts.
"Plus subtilement, c'est toute une atmosphère correspondant à la vie courtoise qui entoure ces comtesses, ces reines dont l'action politique a été si prudente, si tenace parfois. Elles ne sacrifient rien de ce qui fait l'originalité de la femme. La personne d'Aliénor d'Aquitaine suffirait à le prouver, mais, les exemples abondent en ce domaine"
"Chez les paysans, les artisans ou les commerçants, il n'est pas rare que la femme dirige l'exploitation, l'atelier ou la boutique. A la fin du XIIIe siècle, à Paris, on trouve des femmes médecins, maîtresses d'école, apothicaires, teinturières ou religieuses -
D'Héloïse à Hildegarde de Bingen, on ne compte pas les hautes figures féminines de la chrétienté médiévale. Au XIIe siècle, la première abbesse de Fontevraud, Pétronille de Chemillé, nommée à vingt-deux ans, commande un monastère regroupant une communauté d'hommes et une communauté de femmes. Les moines ne se sont jamais plaints d'être dirigés par une femme...
Et les reines ? Couronnées comme le roi, elles exercent le pouvoir en son absence. Aliénor d'Aquitaine ou Blanche de Castille, quelques-unes de ces femmes dominent leur époque -
On se rappellera la réplique du roi Saint Louis prisonnier des Musulmans en Egypte lui demandant combien il voudrait donner d'argent au sultan pour sa libération:
Le roi répondit que si le sultan voulait prendre de lui une somme raisonnable de deniers, il demanderait à la reine qu'elle les payât pour leur délivrance.
"Et ils dirent: "Pourquoi ne voulez-vous pas vous y engager ?"
"Le roi leur répondit qu'il ne savait si la reine (Marguerite de Provence) le voudrait faire, parce qu'elle était la maîtresse..."
La femme au moyen Age travaillait autant que l'homme
"...Au Moyen Age, la femme travaille à peu près autant que l'homme, mais non dans les mêmes opérations. D'après les comptes de drapiers, on s'aperçoit que, par exemple, sur quarante et un ouvriers nommés, il y a vingt femmes pour vingt et un hommes"
Mais les métiers trop fatigants lui étaient interdits
"Ce que l'on interdit, ce sont les métiers jugés trop fatigants pour elles. Ainsi du tissage: tant qu'il a été pratiqué de façon artisanale, il a été œuvre de femme, notamment dans l'Antiquité; au moyen Age, il est ouvrage d'homme. De même, dans la tapisserie, défendait-on aux femmes la tapisserie de haute lisse, jugée trop fatigante pour elles puisqu'elle oblige à tenir les bras étendus. Les règlements précisent qu'elles doivent être munies d'un tablier de cuir, cela afin de protéger leurs vêtements et de garantir aussi la netteté de leur travail"
Elle était "efficacement protégée"
"L'historien de Lille a pu écrire: 'La moindre ménagère faisant son marché était efficacement protégée'.
"Protégée aussi bien contre la fraude, qui atteint toujours davantage les petites gens, que contre la vie chère, provenant des abus de l'intermédiaire...
"Car, à l'époque, le consommateur direct a priorité absolue sur le revendeur. Ainsi, à Paris – qu'il s'agisse de n'importe quel achat: blé, œufs, fromages, vins –, le consommateur qui intervient avant que le denier à Dieu (les arrhes) ait été remis à l'acheteur ou même pendant qu'il le remet, au moment où on ferme le sac, a le droit de se faire céder la marchandise. Partout, on règle sévèrement le lieu où les revendeurs doivent se tenir pour être facilement distingués de ceux qui vendent le produit de leur propre travail. Ainsi, à Marseille, les revendeurs de poisson ne pouvaient se tenir qu'au grand marché; à la poissonnerie, l'acheteur était sûr de ne rencontrer que des pêcheurs vendant le produit de leur pêche. De plus – et cela se retrouve dans les villes aussi éloignées que Provins et Marseille –, le revendeur ne peut acheter qu'à partir de midi. Toute la matinée est réservée à celui qui achète pour sa consommation familiale.
"C'est, on le voit, le contraire de ce qui se passe de nos jours, où l'acheteur privé ne peut se servir directement chez le marchand de gros, encore moins chez le producteur.
"Pour les matériaux les plus chers, comme les matériaux de construction, bois, tuiles etc., les obligations allaient plus loin encore: pendant quinze jours, lorsque avaient été débarqués sur le port de Marseille des bois de charpente, seuls avaient le droit d'acheter les acheteurs privés; et pendant huit jours encore, ceux qui avaient laissé passer les délais pouvaient se faire rétrocéder au prix coûtant la marchandise acquise par le revendeur"
Les démêlés matrimoniaux du Roi prouvaient le pouvoir de la Reine
Sous Philippe Auguste (1180-1223), fils de Louis VII et d’Adèle de Champagne, longtemps surnommé Dieudonné car né tard du second mariage de Louis VII (1137-1180) après son divorce d’avec Aliénor d’Aquitaine, les démêlés matrimoniaux du roi prouvent le pouvoir de la reine:
"En 1193, il épouse une jeune princesse du Nord, Isambour, ou Ingeborge ou encore Ingeburge de Danemark. Que se passe-t-ils entre eux pendant la nuit de noces ? En tout cas, le mariage n'est pas consommé... Philippe Auguste prend progressivement Ingeborge en horreur, puis la répudie. Il la brutalise et se comporte très mal avec elle. C'est tragique pour la malheureuse reine: jeune, innocente, ne connaissant ni le pays ni sa langue, elle ne comprend pas ce qui lui arrive et continue d'aimer le roi. Cependant Philippe ne se prive pas d'avoir de nombreuses maîtresses et de nombreux bâtards, mais aucun ne peut lui succéder. Les évêques français tranchent et annulent le mariage, sans difficulté puisque celui-ci n'a pas été consommé. Philippe Auguste épouse alors une princesse flamande, Agnès de Méranie, qui lui donne deux enfants. C'est alors qu'a lieu, symboliquement, peut-être le plus grand bras de fer de l'histoire du mariage. Philippe Auguste a en face de lui Innocent III, le plus grand pape du Moyen Âge, qui refuse l'annulation du mariage et casse la décision des évêques français. Innocent III considère que, selon le droit canon, seule la reine peut demander l'annulation car c'est elle qui est frustrée. Or, Ingeborge ne demande rien. Le pape refuse de céder. Il excommunie Philippe Auguste et place le royaume en interdit: aucune cérémonie religieuse ne peut être célébrée en France. C'est une mesure terrible qui incite le peuple à la révolte. La mort rapide de la seconde reine, nullement coupable puisque le premier mariage a été annulé par les évêques français, aide au règlement de l'affaire. Le roi accepte de reprendre Ingeborge en échange de la reconnaissance des enfants qu'il a eus d'Agnès de Méranie. Celle-ci est comptée comme reine car elle est innocente; elle n'a fait qu'obéir aux évêques; ses enfants sont considérés comme légitimes et peuvent entrer dans la succession. Ingeborge, dont le mariage n'a jamais été annulé, revient: elle finit sa vie en reine et épouse, en brodant pour son cher Philippe, repentant et apaisé, qu'elle a toujours adoré même s'il a été injuste avec elle. Dans cette affaire, les évêques français ont fini par reconnaître qu'Innocent III avait raison. Ils ont un sens du sacrement et de la valeur spirituelle suffisamment grand pour comprendre que la justice et l'égalité entre les hommes et les femmes justifient la position du pape.
"C'est la plus grande victoire jamais remportée par la cause féminine, n'en déplaise aux professionnels du féminisme 'politiquement et intellectuellement correct'..."
Une osmose entre les usages francs germaniques et les coutumes celtiques gauloises
"Les usages des peuples dits barbares qui se sont installés en Gaule par les armes ou pacifiquement aux Ve- VIe siècles étaient de toute évidence beaucoup plus proches des coutumes celtiques que ne pouvaient l'être la loi et l'administration romaine.
"Si bien que l'Empire s'étant effondré, l'osmose s'est faite sans trop de heurts, semble-t-il, entre ces Celtes, qui composent toujours l'ensemble de la population de la Gaule, et les Francs, les Burgondes, les Wisigoths qui s'y implantent"
Les peuples celtique, germanique, nordique, étaient ouverts à la nouveauté des principes évangéliques
"Pour l'ensemble de ces peuples, le noyau, la structure essentielle de la société, c'est la famille, la parenté des êtres issus d'un même sang. C'est sur la solidarité créée par les liens naturels qu'elle repose, non comme à Rome sur l'autorité du père: différence qui entraîne des conséquences importantes, entre autres la stabilité du groupe familial, indestructible en droit puisque due au sang même de l'individu. La famille est donc un état de fait découlant de l'association naturelle entre parents issus d'un même ménage. Ce type de famille n'a rien à voir avec la tribu, non plus qu'avec la structure autoritaire et "monarchique" que connaissait l'Antiquité.
"Les peuples d'origine celtique, germanique, nordique, étaient donc de par leurs coutumes, et en dépit de moeurs rudes, relativement ouverts à la nouveauté des principes évangéliques.
"Le régime familial le disposait à reconnaître le caractère indissoluble de l'union de l'homme et de la femme, et chez les Francs par exemple, on constate que le wehrgeld, le prix du sang, est le même pour la femme et pour l'homme, ce qui implique un certain sens de l' égalité"
Le mariage catholique
Egalité des droits dans le mariage catholique: une nouveauté historique améliorant la condition de la femme
"Or, à trois reprises, l'Evangile proclame: "Que l'homme ne sépare pas ce que Dieu a uni" (saint Matthieu V, 31-32 et XIX, 3-9; saint Luc XVI, 18; saint Marc X, 2-12). La foi chrétienne plus exigeante sur ce point que l'Ancien testament, établissait donc la permanence de l'union de l'homme et de la femme dans une égalité totale et réciproque.
L'Eglise au cours du temps aura donné, aux innombrables difficultés d'ordre pratique qu'entraîne cette prescription, des réponses qui ont souvent varié selon les circonstances, mais non quant au fond. "Depuis les origines du chritianisme jusqu'à nos jours, la croyance fondamentale (l'égalité dans le mariage) n'a point changé. Le mariage est un sacrement institué par Dieu pour procurer à la famille les grâces nécessaires". A condition que le terme famille soit entendu dans son sens véritable (catholique), c'est-à-dire que l'on y considère autant le bien de chacune des personnes qui la composent (mari, femme et enfants) que celui de l'ensemble, cette définition est valable pour toute la Chrétienté.
C'est en cela que la conception chrétienne du mariage intéresse au premier chef l'histoire de la femme.
Cette égalité établie joue en sa faveur.
En un temps où l'on considère la femme comme la chose de l'homme, guère plus que l'esclave dans le monde romain, mieux protégée dans le monde "barbare", mais encore loin de l'égalité des droits, on imagine l'anomalie que peuvent constituer les affirmations évangéliques que reprend Saint Paul .. Car celui-ci que l'on présente souvent (aujourd'hui) comme misogyne et antiféministe convaincu, a certes multiplié à l'adresse des femmes des recommandations quant à la pudeur, au silence, à la modestie; ..."toutefois la femme n'est pas séparable de l'homme ni l'homme de la femme dans le Seigneur; car, de même que la femme a été tirée de l'homme, l’homme pareillement naît de la femme, et tout vient de Dieu" (Ière épître aux Corinthiens).
Il reste que nous mesurons mal aujourd'hui ce que pouvait avoir de totalement nouveau la symétrie absolue, l' égalité complète que suppose, tiré de la même épître, le résumé lapidaire qu'il (saint Paul) fait des obligations réciproques des deux conjoints dans le mariage:
"La femme n'est pas la maîtresse de son corps, il est à son mari. Le mari n'est pas davantage le maître de son corps, il est à la femme"
"On mesure la distance qui séparait cette conception (l' égalité)de celles (des conceptions) qui régnaient dans le monde (romain) d'alors, lorsqu'on se souvient que selon le droit romain, la fille, perpétuelle mineure, passe de la tutelle de son père à celle de son époux, et que la femme adultère doit être punie de mort, alors que l'adultère du mari n'est pas sanctionné (sinon très tard dans le Bas-Empire: III-Ve s. ap. J.-C.)"
"Dans la vie quotidienne pourtant, le précepte se heurtait à de dures réalités (persistance du droit romain ou des coutumes barbares). Il reste que la doctrine chrétienne du mariage s'est édifiée peu à peu sur cette base fondamentale de l'union entre deux êtres sur un pied d' égalité [nouveauté alors révolutionnaire dans le monde encore imprégné de droit romain...], union indissoluble et comportant pour chacun des devoirs réciproques..." (
Honorabilité de la virginité comme du mariage
"...aux yeux des chrétiens, dès les débuts de l'Eglise, virginité et mariage sont également honorés.
"Dès le IIe siècle, saint Irénée de Lyon, face aux gnostiques, montrait que culpabiliser le mariage, voir dans la chair la cause du péché, était faire insulte au Créateur; plus encore, saint Paul donne au mariage un sens mystique: dans l'union de l'homme et de la femme, il voit le symbole de l'union du Christ et de l'Eglise. Telle est la conclusion qu'il développe dans l'épître aux Éphésiens (V, 22-33): "Que les femmes se soumettent à leur mari comme au Christ… Vous, les hommes, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l'Eglise…"
Adoucissements apportées aux coutumes barbares
"Les adoucissements apportés aux coutumes "barbares" sont eux-mêmes significatifs... C'est ainsi qu'à la fin de l'époque franque, on ne reconnaît plus au mari le droit de tuer sa femme "que pour juste cause"... Pourtant, répétons-le, ces coutumes franques étaient, dès l'origine, comme les coutumes burgondes, les plus favorables à la femme que la plupart des autres coutumes, saxonnes par exemple, et plus tard normandes"
Apparition du principe catholique de la liberté du consentement dans le mariage
"Aussi bien, le souci des hommes d'Eglise durant ce que l'on peut appeler la période franque, aux VIe-VIIe siècles, c’est non seulement d'adoucir les mœurs, mais aussi et surtout, tout en maintenant la stabilité du mariage, d'assurer aux futurs époux le libre consentement à l'union conjugale"
"Dès le VIIIe siècle, l'Eglise a écarté le consentement des parents jusqu'alors considéré comme nécessaire pour la validité du mariage (entendons: des pères, père et mère). L'autorisation du père et de la mère ne paraît plus indispensable aux yeux de l'Eglise, et cela de moins à mesure que se dégage la valeur sacramentelle du mariage: ce sont l'époux et l'épouse qui sont les ministres du sacrement, le prêtre lui-même n'étant là que comme témoin. L'évolution est nette au cours du temps: à mesure qu'est mieux dégagé le sens du sacrement qui fait des époux eux-mêmes les ministres du mariage, on insiste sur l'importance de leur consentement réciproque aux dépens de l'approbation des pères et mères, de la famille, même aux dépens du prêtre dont la présence signifie seulement celle de l'Eglise entière et atteste le caractère sacré de l'union conjugale… D'abord un peu floue, hésitante et influencée durant les premiers siècles de l'Eglise par les habitudes normales et courantes dans le monde romain, la pratique du mariage s'affermit dès le VIIIe siècle lorsque l'on écarte le consentement des parents comme condition de validité. Elle est énoncée avec une grande clarté au XIIe siècle. L'historien du droit René Metz en a bien fait ressortir les principales étapes (René Metz, Le statut de la femme en droit canonique médiéval, dans le Recueil de la société Jean-Bodin sur La femme, IIe partie, t. XII, Bruxelles 1962,): avec un Hugues de Saint-Victor, un Pierre Lombard, l'Eglise dégage nettement que ce qui fait le mariage, c'est la volonté de chacun des époux de réaliser l'association conjugale (Dictionnaire de théologie catholique, t; IX, article 'Mariage')…"
"Or, pendant la période féodale ce n'est pas sans quelques étonnements que nous constatons que les filles sont majeures dans la plupart des coutumes à l'âge de douze ans, les garçons à quatorze ans. Cette question de la majorité, fort importante en ce qui concerne justement la validité du mariage, et pour la vie en général au sein de la société, mérite qu'on y insiste; elle a un peu varié suivant les coutumes. Ainsi, dans certaines régions comme la Champagne, dans les familles nobles, la majorité est reculée à quinze ans pour les filles, dix-huit ans pour les garçons. Mais pour l'ensemble des familles roturières, les âges respectifs de douze et quatorze ans constituent l'usage normal"
On se trouve loin, très loin de la mentalité des temps féodaux, celle où un Vincent de Beauvais, résumant des idées émises dès le VIIe siècle par Isidore de Séville, et reprises largement au XIIe siècle par Hugues de Saint-Victor, disait de la position de la femme par rapport à l'homme: "nec domina, nec ancilla, sed socia (ni maîtresse, ni servante, mais compagne)" [socia ayant le sens qui s'est conservé dans le terme associé].
"Le juriste Pierre Petot, qui a spécialement étudié le statut de la femme dans les pays coutumiers français fait remarquer que les intérêts pécuniaires de la femme même mariée sont au XIIIe siècle solidement protégés; elle demeure propriétaire de ses biens propres; le mari en a l'administration, la jouissance, ce qu'on appelle alors la saisine, c'est-à-dire l'usage, mais il ne peut en disposer; les biens de sa femme sont totalement inaliénables; en revanche, la femme mariée participe de droit à tout ce que le ménage peut acquérir et, en cas de décès de son époux, elle a la jouissance d'une partie des biens propres de celui-ci: la moitié dans les familles roturières, le tiers chez les nobles dans la plupart des coutumes; il relève aussi qu'une femme qui exerce un commerce peut témoigner en justice pour tout ce qui se rattache à l'exercice de ce commerce. Elle remplace sans autorisation préalable son mari s'il est absent ou empêché. Jusqu'à la fin du XVe siècle, en effet, elle jouit de ce qu'on appelle la "capacité juridique";
"C'est néanmoins l'obsession qui a régné, dans les écoles de droit comme à l'université en général, et a eu pour effet de réduire à néant la maîtrise que la femme avait auparavant exercée sur ses biens. Tous les historiens du droit sont ici d'accord: "La femme séparée, par exemple, est moins favorisée [au XVIIe s.] qu'à la fin du Moyen Age, où non seulement elle recouvrait l'administration de ses biens (en cas de séparation), mais encore pouvait en disposer librement. Désormais, la puissance du marie est telle que, malgré sa disqualification, son autorisation est indispensable à sa femme quand celle-ci désire aliéner ses immeubles" -
"La question du droit de succession des femmes demanderait, elle aussi, de long développements: n'a-t-on pas, au début du XIVe siècle, invoqué certaine "loi salique" qui eût interdit à la femme de succéder aux fiefs, les hommes y étant seuls autorisés; effectivement, dans le droit franc primitif, telle était la coutume. Mais si l'on sait que dès le milieu du VIe siècle cette restriction est limitée au bien de famille héréditaire (ce que plus tard on nommera le "chef-manoir", la demeure principale); si l'on ajoute que, dès le règne de Childéric Ier (561-584), un édit fameux sous le nom d'édit de Neustrie transforme cette incapacité elle-même en un second rang de succession (c'est-à-dire que les filles peuvent succéder à défaut de fils, les sœurs à défaut de frères) et que, de toute façon, en dehors du manoir principal, les acquisitions de la famille sont également partagées entre filles et garçons; qu'enfin, dans la pratique, et toujours chez les roturiers, toutes discriminations cessent d'être impératives dès le VIIe siècle aussi bien chez les Francs, les Ripuaires que les Wisigoths, Burgondes, Alamans, Bavarois, etc., on jugera combien était spécieuse l'argumentation des légistes du XIVe siècle lorsqu'ils invoquaient solennellement la "loi salique" pour renforcer la première décision, prise par Philippe le Bel à la veille de sa mort, interdisant aux femmes de recueillir la succession de fiefs nobles! Nous aurons l'occasion d'en reparler à propos du pouvoir politique que la femme exerce pendant toute la période féodale.
"Pendant cette période aussi l'usage veut que, si la femme apporte une dot, le mari de son côté lui constitue ce que l'on appelle un douaire; et l'on constate, dans le cas, par exemple, des reines, qui jouissent d'un douaire important, qu'elles l'administrent elles-mêmes pendant la vie et après la mort de leur époux.
Source
La femme au temps des cathédrales - Régine Pernoud France Loisirs 2008
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