Jean Verdon est professeur émérite d'histoire du Moyen-âge à l'université de Limoges, Spécialiste de la vie quotidienne, il a publié plusieurs ouvrages, dont deux couronnés par l'Académie Française, parmi lesquels La Nuit au Moyen Age, Le Plaisir au Moyen Age, Voyager au Moyen Age, Boire au Moyen Age, Le Moyen Age. Ombres et lumières, La femme au Moyen Age.
Première partie : la libido sous surveillance
Jean Verdon définit l’amour comme « l’attrait éprouvé par un individu envers une personne du sexe opposé, attrait aboutissant ordinairement à des relations sexuelles. » Si l’essentiel des sources émane de clercs ou d’aristocrates traitants de l’amour courtois, l’auteur aimerait connaître la véritable situation de la majorité de la population.
Dès la Bible, les dés sont jetés. Le péché originel transforme la relation sexuelle qui devient ambiguë : elle reste bonne et utile mais d’un autre côté corrompue par le péché, puisqu’au lieu d’unir les deux amants « dans la joie », elle est l’assouvissement égoïste des pulsions sexuelles de l’individu. Pour Saint-Paul, le mariage n’est donc qu’un mal nécessaire à la procréation. S’il vaut mieux rester célibataire, pour ceux qui ne peuvent se retenir de forniquer mieux vaut se marier pour ne pas brûler en Enfer. Le péché est engendré par le corps lorsqu’il surpasse l’esprit. « Ses besoins engendrent des désirs qui sont en contradiction avec ceux de l’âme » (J. Verdon). Césaire évêque d’Arles (470-543) dit que le mariage n’est voué qu’à la procréation et surtout pas à l’amour de la femme. C’est pourquoi, la chasteté doit être observée le plus souvent possible. L’Église a édité une série d’interdictions concernant l’acte charnel (faire l’amour lorsque l’on veut recevoir les sacrements, avant le dimanche et les fêtes, pendant les carêmes de Noël, Pâques et la Pentecôte, pendant les périodes de menstruation,…). Verdon rapporte à cette occasion quelques exemples cités par Grégoire de Tours et Thietmar de Mersebourg. Il est aussi interdit de faire l’amour pendant la gestation d’une femme, un certain temps après l’accouchement et pendant l’allaitement, de s’accoupler « par derrière, à la manière des chiens » (Buchard de Worms). Au total, Verdon calcule qu’il n’était théoriquement possible de procréer que quatre-vingt-treize jours par an au maximum sans compter les périodes de menstruation. Il est cependant possible de se racheter par une série codifiée d’aumônes et de pénitences selon la faute, par exemple lorsque la femme a eu recours à des pratiques magiques pour doper sa libido ou celle de l’homme.
Saint Thomas d’Aquin nuance toutefois le propos officiel de l’Église, en se fondant sur la philosophie d’Aristote (« sans activité il n’y a pas de plaisir, et chaque activité s’accomplit en un plaisir correspondant »). Il conclut que puisque les rapports conjugaux sont bons pour la procréation, le plaisir ressenti à ce moment-là est bon également. Il est suivi par le franciscain anglais Richard Middleton, qui défend le plaisir comme étant une fin en soi, et Bernardin de Sienne, qui approuve le sentiment amoureux entre une femme et son mari, comparable à l’amour porté par Jésus à l’Église. Verdon montre l’exemple de Saint-Louis qui aurait respecté scrupuleusement les jours interdits mais se rattrapait dès que possible.
Le mariage constitue avant tout une alliance entre deux familles qui a pour but d’accroître la richesse ou la puissance des deux parties, ainsi que de permettre la procréation afin que le capital ne soit pas perdu. Le quatrième synode d’Orléans (541) déclare en outre qu’une jeune fille nécessite l’autorisation de son père ou de ses frères pour se marier, alors que les jeunes hommes semblent se marier sans le consentement paternel. On se soucie évidemment peu des sentiments des principaux intéressés ou de l’écart d’âge (le cinquantenaire duc Jean de Berry épousa Jeanne de Boulogne âgée de douze ans). Si en principe, les époux peuvent refuser un mariage, les moyens de s’opposer à la volonté parentale sont minces. Il ne reste à la jeune fille que le rapt ou le mariage clandestin pour éviter le mariage forcé. L’Église s’attache à lutter contre les mariages clandestins en ordonnant la promulgation des bancs. Si les ménages heureux n’ont pas laissé beaucoup de traces, la mésentente semble dominer dans le mariage. La tentation est grande pour les époux de répudier leur femme en qui ils recherchent d’abord « la naissance, la sagesse, les richesses, et la beauté » ainsi que la fertilité (l’empereur Lothaire II répudia sa première femme Teutberge pour épouser Waldrade qui lui donna un fils). Adalbéron de Reims nous montre que le phénomène ne touchait pas que la noblesse. Par ailleurs, le phénomène des femmes battues ne semble pas poser problème à l’Église à condition qu’un homme battant sa femme ne la tue pas. D’après le franciscain Gilbert de Tournai, l’amour partagé permet au ménage de profiter de la sérénité et de la paix, sachant qu’aimer pour la femme, c’est obéir.
Deuxième partie : imaginer
Dans la chanson de Roland, si le héros mourant à d’autres préoccupations que sa fiancée, Aude, celle-ci succombe en apprenant la mort de son amant. Le seul but du personnage de la fiancée est de grandir le personnage de Roland en montrant la qualité du sentiment qu’il a suscité chez elle. La jeune fille ne vit que pour celui qui deviendra son mari, alors que si la vie du jeune homme est embellie par la rencontre de celle qu’il épousera, elle ne s’y limite pas. Quand le chevalier sollicite, il est impensable qu’il soit éconduit. Les épopées mentionnent rarement des mésalliances et dépeignent généralement des amours heureux. L’amour aurait été inventé par les troubadours sous le nom de fin’amor (amour courtois) au XIIe siècle. Le plus ancien des troubadours serait Guillaume comte de Poitiers et duc d’Aquitaine qui laissa une série de poèmes dans lesquelles il conçoit l’amour comme un divertissement, un jeu dans lequel la dame affiche la nécessité de faire attendre son soupirant, même si le désir se révèle sans ambiguïté. L’amour courtois consiste à manifester une soumission absolue à la volonté de la dame sans exiger l’acte sexuel. La patience du chevalier est éprouvée durant le rituel de l’asag : les deux amants restent allongés nus dans un lit sans faire l’amour. Au final, l’amour des troubadours est contradictoire puisqu’en principe il ne peut pas être assouvi sinon il meurt. André le Chapelain, clerc parisien au service de la comtesse Marie de Champagne, rédige un ouvrage de trois livres. Le premier livre est un manuel de séduction à l’usage du chevalier, ainsi que des conseils concernant la pratique du coït interrompu. Le souci de la perpétuation de l’amour est l’objet du second livre, et le troisième livre constitue bizarrement une condamnation de l’amour et des femmes qui sont « curieuses, (…) voraces, (…) volages, (…) désobéissantes, (…) bavardes », etc.
La littérature de Chrétien de Troyes qui participa à la légende arthurienne regorge du thème courtois. Ainsi les aventures que les héros doivent subir, sinon ils ne seront plus de vaillants chevaliers, doivent leur permettre de sans cesse reconquérir leur demoiselle.
Le Roman de la Rose, écrit par un certain Guillaume et par Jean de Meun, incite les femmes à ne pas trop faire attendre leur soupirant, invite les nobles à travers des métaphores grivoises à profiter du sexe.
Les textes du haut Moyen Âge occidental étant dus essentiellement à des clercs, il n’est pas étonnant que les techniques amoureuses n’y figurent pas. Il n’en va pas de même pour le bas Moyen Âge où se fait sentir l’influence arabe dotée bien avant l’Occident chrétien d’un érotique raffiné, ou encore à travers des auteurs comme Ovide très en vogue du XIIIe au XIVe siècle. L’art érotique ne semble pourtant connu en Occident que d’un nombre restreint de personnes. Les techniques répandues dans la majorité de la population ne paraissent pas très poussées. En revanche en Orient, la physiologie féminine semble mieux connue. La sexualité est présentée par les auteurs musulmans (comme At-Tîfâshî ou ibn Hazm) avant tout comme source de plaisirs. Ceux-ci s’attachent souvent à classifier les femmes en différents types selon leur comportement ou leur physiologie. Les textes arabes influencèrent les médecins occidentaux dans le domaine de l’érotisme, par exemple Jean de Gaddesden ou Le Miroir du foutre (auteur anonyme) au XIVe siècle. Certains médecins n’hésitent pas à inciter leurs contemporains à procréer pendant une période marquée par des épidémies redoutables et par la guerre.
Troisième partie : Vécu
En ce qui concerne la vie conjugale, si le mariage d’amour est possible, E. Le Roy Ladurie souligne qu’il était plus facile pour un homme de se marier par inclination que pour une femme. Il existe au Moyen Âge pour les jeunes paysans des occasions de se rencontrer (par exemple la fête de la Saint-Valentin). Il n’est pas impossible de penser qu’une certaine attirance a pu intervenir dans les basses classes où ne jouent pas les considérations politiques et économiques. Le rapt permettant d’enfreindre les exigences des coutumes, le consentement des parents, et de mettre la famille devant le fait accompli, est combattu par l’Église mais celle-ci ne peut en aucun cas défaire le sacrement du mariage lorsqu’il a été prononcé.
Pour la nature des sentiments, les meilleures sources dont nous disposons concernent des empereurs et des rois (Charlemagne, Louis le Pieux, Arnoul de Germanie,…) apparemment sincères. Malgré les mariages forcés dans la noblesse, la stratégie familiale n’empêche pas l’affection de naître pendant toute la durée de la vie conjugale. L’Orient byzantin considère que l’affection constitue un élément indispensable au mariage. Par une étude des épitaphes, des testaments, des courriers de la bourgeoisie anglaise ou des lettres de rémission (dans ce dernier cas par Claude Gauvard), on peut montrer que l’amour conjugal existe, même si les textes sont peu loquaces sur l’entente sexuelle.
Le concubinage est une preuve de l’existence d’une sexualité extraconjugale résultante d’un penchant entre deux individus, sans que la notion de fidélité ne soit absente de la relation (comme pour Saint-Augustin et sa concubine). Il existe cependant une sexualité hors mariage dans l’aristocratie (Clotaire Ier eut plusieurs enfants illégitimes). L’Église s’élève contre le concubinage par le concile romain de 826, bien que les évêques carolingiens tolèrent l’union libre. Le concubinage dans la masse de la population n’empêche pas une vie sociale normale, et débouche parfois (mais pas toujours) sur un mariage officiel. Le mariage des prêtres ne recula réellement qu’à partir de la réforme grégorienne sans toutefois empêcher le concubinage. Concernant l’adultère, les lettres de rémission indiquent que l’initiative est rarement du fait des femmes, ou sinon de femmes mariées insatisfaites. Il y a eu probablement quelques sentiments chez les jeunes filles, souvent de basse classe, qui ont cédé aux avances de garçons et dont l’aventure se finissait tragiquement dans l’infanticide. Un problème plus difficile est de connaître la teneur des sentiments des maîtresses des rois ou des grands seigneurs : était-elle réellement animée de passion ou était-ce uniquement par intérêt financier
Critique
Jean Verdon aborde de façon assez facile le thème de l’amour au Moyen Âge. L’ouvrage se parcourt assez bien, puisque c’est un ouvrage de vulgarisation, mais on peut émettre plusieurs critiques à son encontre.
Son livre aborde peu le thème de l’homosexualité, qui devrait pourtant figurer dans un livre sur le sentiment amoureux. Sur le plan géographique, il est dommage que seule l’Europe occidentale soit traitée. Jean Verdon ne prend pas l’amour en considération qu’en France, en Angleterre, en Italie, en Espagne et dans l’Empire germanique, il élargit aussi le thème à l’espace byzantin et à l’Orient, qui semble très intéressant mais dont on n’explore ici qu’une partie. On peut toutefois regretter que l’œuvre ne s’élargisse pas à l’Europe de l’Est et à la Scandinavie. Par ailleurs, une très grande part de l’œuvre, près de la moitié, est dédiée à l’étude de la littérature courtoise. On ne voit donc que l’aspect théorique du sentiment d’après des sources aristocratiques, cléricales ou plus rarement bourgeoises. Il aurait été intéressant de savoir si la noblesse, le clergé, la bourgeoisie et le reste de la population suivait ou non globalement les injonctions de l’Église. Verdon n’apporte pas d’éléments permettant de savoir si le concubinage était plus utilisé que le mariage au sein du peuple. La réalité des choses du point de vue de la majorité de la population est donc assez peu étudiée, mais Verdon l’avoue lui-même : les sources manquent pour mener à bien cet exercice.
La mode actuelle du Moyen Âge dans plusieurs domaines artistiques provoquant la mise en place de préjugés dans l’imaginaire collectif, l’auteur se propose de rectifier la vision qu’ont nos contemporains de cette époque. Il utilise pour écrire cet ouvrage plusieurs types de sources différentes. Il se sert évidemment de textes littéraires ; mais aussi de traités de médecines grecques, arabes ou latins ; des ouvrages théologiques (saint Augustin, Thomas d’Aquin) ; des Pénitentiels où sont évoquées toutes les questions de péchés sexuels ; des collections canoniques ; et enfin le Décret de Gratien.
Il s’impose donc de définir le terme d’amour. Bernard Ribémont retient d’abord le sens « de désir, de vive exaltation des sens, d’une ‘’passion’’ étroitement liée à la chair ». Pour l’Église, qui assume mal le sentiment lié à la sexualité, l’amor c’est d’abord l’amour de Dieu et du prochain. Ribémont précise tout de même que le terme d’amor peut désigner une amitié virile entre deux hommes, comme celle qui lie Roland et Olivier dans la Chanson de Roland, sans que cela ne soit perçu comme une marque d’homosexualité. Malgré son aversion pour l’amour physique, l’Église est condamnée à une certaine tolérance. Les érudits ecclésiastiques, dont certains sont imbibés de culture antique (Ovide), ne se privent pas pour parler d’amour comme saint Bernard dans son Cantique des cantiques ou Gratien.
La fin’amor est une poésie lyrique établissant des codes du comportement amoureux, sur lesquels le troubadour brode à l’infini. Si elle peut être platonique, la fin’amor est souvent l’expression d’un désir physique. Mais l’amour courtois contient un paradoxe essentiel : s’il est assouvi, il s’éteint, et ne peut donc s’accomplir dans le mariage (à quelques exceptions près). La fin’amor se serait développé grâce à quatre facteurs : le mécénat des femmes de l’aristocratie occidentale, les groupes de jeunes chevaliers à la recherche d’exploits guerriers et amoureux, la concurrence permanente dans l’aristocratie et le jeu. Le troubadour (de l’occitan trobar, « trouver, inventer, composer », traduit en langue d’oïl « trouvères » ou « trouveur ») n’est pas nécessairement celle du chanteur errant de château en château. Ce peut être aussi un clerc, un marchand, un bourgeois (notamment avec l’essor de la bourgeoisie au XIIe siècle) et aussi un noble comme le premier de tous les troubadours : Guillaume de Poitiers, un des plus riches princes d’Occident. Si les femmes troubadours, trobairitz, ne semblent pas avoir dominé la profession, il est attesté que l’activité lyrique de femmes a bien existé et a laissé des traces dans les codes de l’amour courtois comme le fait de tenir l’homme en respect et de le mettre à l’épreuve (rituel de l’asag) même s’il est inconcevable qu’elle finisse par refuser. L’origine de la fin’amor serait la littérature latine ainsi que l’influence arabe présente dans le sud-ouest de la France. Elle se serait développée dans le Nord de la France, en se transformant, grâce à Aliénor d'Aquitaine, petite fille de Guillaume de Poitiers, mariée en secondes noces à Henri II Plantagenêt souverain d’Angleterre donc la cour francophone possédait une sphère d’influence considérable depuis Guillaume le Conquérant. Une autre hypothèse à l’expansion serait simplement les rencontres de poètes de différentes langues. Deux éléments de ce genre littéraire sont condamnables par l’Église : l’amour fou et le caractère adultérin du sentiment éprouvé. Elle n’est d’ailleurs pas dénuée d’un côté grivois (Pèlerinage de Charlemagne à Jérusalem) et de violence lorsque l’époux trompé découvre la faute de sa femme. Le fabliau, conte à rire, présente au contraire cette vengeance comme ridicule ou grivoise. La littérature médiévale se porte parfois dans l’imaginaire fantastique en rapportant l’union de chevaliers avec des fées, qui ont souvent l’initiative de la rencontre, ou de femmes avec des démons (de l’union d’un démon et d’une pucelle naquit le célèbre Merlin) ou des loups-garous.
Pour ce qui est de l’amour, le monde paysan est très souvent considéré comme un univers de brutes. Dans le genre assez rare de la pastourelle, la paysanne passe pour une fille facile qui se laisse facilement séduire par le chevalier, ou le cas échéant finit par apprécier si l’homme a dû la violer. Dans le fabliau, le rôle-titre est rarement tenu par un noble mais par un bourgeois cocu ou un moine lubrique dont l’absence de culotte des moines permet en relevant rapidement sa robe de « cogner les bourgeoises consentantes ou les pucelles naïves », le tout exprimé dans un vocabulaire graveleux mais sans jamais s’égarer à raconter des pratiques interdites par l’Église. Et enfin le fabliau présente parfois la vieille femme et la veuve comme étant toujours insatiable et encore très lubrique.
Depuis l’Antiquité jusqu’à la fin du Moyen Âge, de nombreux médecins considèrent que la rétention de semence est nuisible à la santé, mais ils dénoncent aussi les dangers résultants de l’abus de coït. À l’image du médecin arabe Al-Jatib qui dresse un calendrier pour les ébats (et le type de fille correspondant à la saison), Galien et Constantin l’Africain donnent des conseils quant aux conditions à remplir avant de copuler. Mais la majorité de la population médiévale n’ayant pas accès à ces textes, et laissant d’ailleurs peu de traces écrites, il est difficile d’apprécier la réalité des pratiques sexuelles (et les plaintes déposées par les prostituées ne permettent pas d’en savoir plus). Mais on peut imaginer que s’il y avait des interdits concernant certaines contra naturam (qui ne participent pas à la procréation, comme la masturbation), on peut supposer qu’il y avait toujours quelqu’un pour les pratiquer. L’anatomie interne des organes est très mal connue jusqu’au XIVe siècle à cause de l’interdiction de disséquer. On a longtemps pensé par exemple que la femme, vorace mais passive, produisait aussi du sperme indispensable à la procréation. Ribémont rejoint Verdon lorsqu’il rapporte l’aversion du Moyen Âge pour les menstrues censées être empoisonnées.
Dans la littérature médiévale, l’entremetteuse et la maquerelle sont souvent de vieilles femmes avares célibataires, alors qu’en réalité il semble qu’elles soient assez jeunes et mariées, agissant avec la complicité des pouvoirs publics. Cette littérature montre aussi que les prostituées sont intégrées dans la vie sociale. En effet, malgré la condamnation théorique par l’Église, la fille de joie, toujours perçue comme cupide, mensongère et voleuse, est nécessaire à l’équilibre de la société à condition de réglementer sa profession. Jusqu’au XIIIe siècle, on a tenté d’éradiquer la prostitution (rappel du repentir de Madeleine, édits d’expulsion de Louis XI à partir de 1254, concile de Paris de 1213 interdisant la ville aux filles). Mais devant l’inefficacité des mesures prises, les villes ont préféré accepter le plus vieux métier du monde au XIVe siècle en le réglementant (parfois soutient des putains lorsqu’elles sont expulsées par des commerçants perdant de l’argent). Il faut cependant garder en mémoire que la vie de la prostituée n’est pas facile : soumission aux souteneurs, salaires de misère, violences sont leur quotidien. Les péripatéticiennes, issues de milieux modestes, sont fréquemment tombées dans ce commerce après avoir été séduites par leur souteneur, forcées par la famille ou après avoir subi un viol.
Ce dernier est évidemment très présent dans une société médiévale violente, essentiellement pratiqué par des groupes des de jeunes hommes agissant à découvert grâce à la peur qu’ils inspirent au voisinage. Ceux-ci sont de différentes professions, parfois étudiants mais en majorité des clercs. Les victimes appartiennent le plus souvent à des couches inférieures de la société, mais la noblesse n’était pas épargnée malgré la littérature courtoise (Philippe le Bel accusé de viol, l’hypothétique viol de la comtesse de Salisbury par Edouard III d’Angleterre, viol d’Ygerne par Pendragon). La plupart des cas ne se réglaient pas devant un tribunal mais par un règlement à l’amiable débouchant sur un mariage. La pratique était courante en période de guerre, comme de tout temps. Pour le droit d’avant Gratien, le viol est assimilé au rapt, et la femme qui en est victime est considérée comme coupable pour ne pas avoir résisté suffisamment (mais reçoit une peine moindre). Le viol est du reste surtout considéré comme un crime vis-à-vis de l’autorité familiale, plus qu’en regard de la femme elle-même. Gratien nota que la femme violée n’était pas coupable car non consentante. Le violeur est théoriquement passible de mort pour le droit canon, d’amende, de bannissement ou de mutilation pour le droit séculier, mais beaucoup ne sont pas condamnés et le crime impuni. Dans la littérature courtoise, la pucelle échappe le plus souvent à l’agression, sauvée de justesse par le héros. Dans le cas où il y a quand même un viol, l’histoire se finit souvent par un mariage (comme Roland violant la sœur d’Olivier avant de l’épouser).
Pour l’Église le but du mariage est la procréation, elle condamne donc toutes les formes de contraception naturelles (coït interrompu et masturbation dénoncés dans la Genèse) ou magico-pharmaceutiques (transmises à travers des ouvrages de pharmacopées et par le bouche à oreille), ainsi que toutes les formes d’interruption de grossesse. Il est évidemment impossible de mesurer la réalité des pratiques contraceptives et abortives. Dans la série des pratiques interdites, l’homosexualité occupe une place de choix, puisqu’elle peut aboutir sur la castration ou la mort, et elle est absente de l’art littéraire. L’Église a dû lutter contre des pratiques que l’on devine dans des communautés unisexuelles fermées. Jusqu’au XIIe siècle, la « sodomie » est plus ou moins acceptée, ou en tout cas ignorée. Mais avec le concile de Latran III de 1179, l’homosexualité masculine est officiellement condamnée. En revanche, l’homosexualité féminine semble à peu près tolérée.
Ribémont rejoint J. Verdon lorsqu’il affirme que le mariage est, pour le Moyen Âge, un moindre mal. Le temps du devoir conjugal se trouve ainsi réglementé. Pour Guillaume d’Auxerre, un bon chrétien doit même être fâché du plaisir éprouvé pendant l’acte de procréation. En revanche pour Thomas d’Aquin et Martin le Maistre, le plaisir a été créé par Dieu pour que l’homme assure sa reproduction et n’est donc pas condamnable. En ce qui concerne le mariage, les Évangiles insistent sur son caractère indissoluble. Pour Gratien, il se définit comme un sacrement formant une union dont l’objet est la procréation. Mais certains souverains se sont dispensés de respecter les pratiques ordonnées par l’Église (Charlemagne a eu onze concubines et épouses). Le mariage était parfois précédé de fiançailles qui n’engagent pas forcément à l’union sauf en cas d’acte sexuel.
Bernard Ribémont nous livre lui aussi un ouvrage de vulgarisation. Mais celui-ci sort de l’archétype de l’ouvrage universitaire divisé en trois parties comme celui de Jean Verdon. La forme de la collection « 50 questions » permet au grand public curieux de lire rapidement le livre, et en même temps les annexes permettent aux étudiants des cycles supérieurs de trouver des pistes d’approfondissement. Il rappelle souvent les pratiques de la Rome antique pour mieux mettre en valeur les changements apportés par le Moyen Âge. On peut lui reprocher cependant de ne circonscrire son travail qu’à la France.
L’étude de la littérature courtoise a aussi beaucoup d’importance chez l’historien orléanais. Il s’intéresse un peu plus aux différents types sociaux des troubadours, au sort des femmes et au côté fantastique. Cependant, ce thème de l’amour imaginaire, voire fantastique, a moins d’importance chez Ribémont que chez Verdon, puisque l’auteur du Sexe et amour au Moyen Âge se pose plus la question de l’amour réel.
Si l’historien traite essentiellement de l’amour hétérosexuel, il n’en oublie pas moins les sentiments homosexuels (au contraire de Verdon qui occulte complètement cet objet). Il fait aussi une part remarquable à la question du viol au Moyen Âge (alors que Verdon n’aborde pas la question). Il aborde alors tant la partie théorique du droit que la réalité des pratiques judiciaires. Bien que les sources soient maigres puisque les femmes violées se déshonoraient en avouant publiquement le crime dont elles avaient été victimes. Il approfondit également la question de la contraception et de la vie des filles publiques.
L'amour au Moyen Age - la chair , le sexe et le sentiment - Verdon, Jean Perrin , Paris
1. 16/01/2012
Thanks for louis vuitton necklaces
this informative post. It help me a lot. And it gave mo ideas on how to make more money in marketing business. I hope lots of people visit this site so they can easily learn this informative post.
Créer un site gratuit avec e-monsite.com - Signaler un contenu illicite