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l'hôtel Dieu à Paris
Les filles-Dieu
A Paris et à Rouen les Filles-Dieu sont d'anciennes prostituées converties et la création de ces institutions est à l'instigation ou soutenue par le pouvoir royal afin de tendre à endiguer la prostitution dans les centres urbains- Celles de Chartres, de l'ordre de Saint-Augustin, se sont dans un premier temps appelées « converties », ce qui permet de penser que ces filles ont eu la même histoire que celles de Paris et Rouen-
Dans Les Ordres de Paris le poète Rutebeuf se moque de la dénomination de cette institution, rapport aux antécédents des Filles-Dieu, et fait une critique implicite du soutien du roi (Saint-Louis) aux Filles-Dieu :
« Diex a non de filles avoir,
Mais je ne puis oncques savoir
Que Dieux eüst fame en sa vie.
Se vos creez mensonge a voir
Et la folie pour savoir,
De ce vos quit je ma partie.
Je di que Ordre n'est ce mie,
Ains est baras et tricherie
Por la fole gent decevoir.
Hui i vint, demain se marie.
[Le lingnage sainte Marie]
Est hui plus grant qu'il n'iere arsoir. »
« Li rois a filles a plantei,
Et s'en at si grant parentei
Qu'il n'est nuns qui l'osast atendre.
France n'est pas en orfentei!
Se Diex me doint boenne santei,
Ja ne li covient terre rendre
Pour paour de l'autre deffendre,
Car li rois des filles engendre,
Et ces filles refont auteil.
Ordres le truevent Alixandre,
Si qu'aprés ce qu'il sera cendre
Serat de lui .C. ans chantei. »
« Le couvent des Filles-Dieu avait été fondé en 1226 par Guillaume III, évêque de Paris, pour retirer des pécheresses qui, pendant toute leur vie, avaient abusé de leur corps et à la fin estoient en mendicité. Il était d'abord situé dans la couture de l'Échiquier, qui occupe l'emplacement du boulevard Bonne-Nouvelle et des rues voisines, et une impasse de ce boulevard en a conservé le nom. »— Théophile Lavallée, Histoire de Paris, depuis le temps des gaulois jusqu'en 1850.
« Guillaume III, évêque de Paris, ayant converti plusieurs femmes ou filles débauchées, leur fit bâtir hors de Paris, sur un terrain voisin de Saint-Lazare, une maison à laquelle fut d'abord donné le nom d'hôpital des nouvelles Converties. Le but de cette fondation était, selon un écrivain du temps, de retirer des pécheresses qui pendant toute leur vie avaient abusé de leur corps et à la fin étaient en mendicité. Ces femmes nouvellement converties prirent plus tard le nom de Filles-Dieu »— Félix Lazare,L. C. Lazare, Dictionnaire administratif et historique des rues et monuments de Paris.
La première installation des Filles-Dieu se fera au sud de l'enclos Saint-Lazare, entre la rue du Faubourg-Saint-Denis à l'est, la rue de Paradis au nord, la rue Sainte-Anne, devenue la rue du Faubourg-Poissonnière à l'ouest, et la rue Basse-Villeneuve au sud, absorbée par le boulevard de Bonne-Nouvelle, dans l'actuel 10e arrondissement de Paris.
Une cession fut faite en 1232 aux Filles-Dieu, par les frères et prieur de Saint-Lazare de quatre arpents de terre et elles achetèrent également en 1253 huit arpents de terre contigus aux précédents. Le roi Saint-Louis les dota de 400 livres de rente à prendre sur son trésor. Dans l'acte de dotation, le nombre de ces religieuses est fixé à deux cents.
En 1256 Saint-Louis leur accordera le fait de tirer de l'eau de la fontaine de l'enclos Saint-Lazare afin de la conduire au couvent des Filles-dieu, en la faisant venir par la chaussée.
Les Filles-Dieu occupèrent ces terrains jusqu'à la construction de fossés et d'arrière-fossés pour protéger la ville, suivant le plan arrêté ceux-ci devaient traverser la couture & l'enclos des Filles-Dieu au niveau de leur Maison qui devait donc être rasée, elles furent donc obligées d'abandonner celle-ci.
Leur premier couvent fut démoli et les matériaux serviront à la construction de l'enceinte de Charles V-
Jean de Meulant ou Jean de Meulent ou bien Jean Ier de Meulent ou encore Meullent, alors évêque de Paris, transféra alors les Filles-Dieu dans un hôpital de la Madeleine situé près de la porte Saint-Denis, et fondé en 1316 par Imbert de Lyons ou de Lyon, à proximité de la Cour des miracles.
Ce n'est que vers 1495 - suite à un problème juridique lié à la constitution de cet ordre religieux - que l'ordre de Charles VIII sera exécuté par Jean-Simon de Champigny évêque de Paris et que les Religieuses de Fontevrauld, qui venaient des monastères de la Magdeleine (près d'Orléans - prieuré de la Magdeleine-lez-Orléans) et de Fontaine (près de Meaux), prirent possession du couvent des Filles-Dieu, elle prirent aussi à cette occasion le nom de Filles-Dieu-
Les nouvelles Filles-Dieu décident de construire une nouvelle église, et en 1495 Charles VIII posa la première pierre de l'église, qui ne fut achevée qu'en 1508
Cantien Hue, Recteur de l’Université de Paris (en), né en 1442 et mort en 1502 fut enterré au couvent des Filles-Dieu1
En 1503 le couvent de la Saussaie, près Villejuif, à Chevilly-Larue, Val-de-Marne, est rattaché aux Filles-Dieu de la rue Saint-Denis
Sous la fronde, le 24 mars 1648, les sieurs de Charmoy et de Saint-Ange, armés et accompagnés d'une nombreuse suite, pénétrèrent dans ce couvent pendant la nuit afin d'enlever une demoiselle de Sainte-Croix qui habitait le couvent et violèrent plusieurs religieuses; ils seront capturés et roués vifs21.
« le dernier morceau du Patient »
Au chevet extérieur de l'église se trouvait un crucifix devant lequel on conduisait autrefois les criminels qu'on allait exécuter au gibet de Montfaucon, ils le baisaient, recevaient de l'eau bénite, et les Filles-Dieu leur apportaient trois morceaux de pain & du vin, c'était « le dernier morceau du Patient »
Le couvent des Filles-Dieu deviendra propriété nationale en 1790, il sera vendu le 14 vendémiaire an VI, l'église servira alors de salle de réunion à la société « les Hommes révolutionnaires du 10 août » avant d'être détruite avec l'ensemble des bâtiments.
Sur son emplacement, la rue, la place et le passage du Caire seront bâtis- À la création des galeries, ce furent les pierres tombales des religieuses du couvent qui constituèrent une partie du dallage des galeries qui sont au nombre de trois : la galerie Saint-Denis, la galerie Sainte-Foy et la galerie du Caire.
D'après la Chronique de Tours, l'institution des Filles-Dieu remonte à l'année 1225. À cette époque, Guillaume d'Auvergne, évêque de Paris, ayant par ses prédications converti un grand nombre de femmes de mauvaise vie, les réunit dans un hôpital construit en 1226, auquel fut donné le nom d'hôpital des Filles-Dieu. Le but de cette fondation était de « retirer des pécheresses qui, pendant toute leur vie, avaient abusé de leur corps et, à la fin, étaient en mendicité ». Cet hôpital était situé entre l'ancienne porte de Paris et la léproserie de Saint-Lazare. Il constituait un domaine de huit arpents, où les Filles-Dieu non seulement recevaient les dîmes mais aussi avaient juridiction et seigneurie basse et moyenne. Louis IX leur assigna une rente de 400 livres parisis et de deux muids de blé ; il agrandit notablement les bâtiments de leur hôtel et leur concéda une prise d'eau sur la fontaine de Saint-Ladre.
Bien que cette maison ne constituât pas un hôtel-Dieu proprement dit, elle était mise au rang des lieux piétables sur lesquels s'étendait le pouvoir du visiteur général. L'édifice comprenait un dortoir et un réfectoire, qui pouvait abriter deux cent soixante Filles-Dieu. L'église, élevée à côté de la maison, était dédiée à Madeleine, patronne des converties.
Peu à peu, le recrutement se modifia et la maison finit par ne plus recevoir que des filles pieuses désireuses de s'adonner en commun aux exercices de dévotion, sans toutefois être soumises à la rigueur d'une véritable règle religieuse. La communauté devint un véritable béguinage.
En 1280, la peste et la famine emportent un grand nombre d'entre elles. Au xive siècle, l'évêque de Paris, Fouques, décide que leur nombre serait réduit à soixante et qu'à l'avenir la communauté se composerait de quarante sœurs capables de chanter l'office et de vingt autres pour lesquelles cette condition ne serait pas requise, toutes devant être de vie et de mœurs irréprochables. En 1350, le roi Jean le Bon s'oppose à la réduction prescrite, fixe à cent le nombre des sœurs et stipule que, contrairement à la pratique observée par les gens du Trésor au cours des dernières années, on fournirait à l'avenir aux Filles-Dieu les 400 livres promises par Saint Louis. Mais, lors de la guerre des Anglais, sous le règne de Charles V, le prévôt des marchands et les échevins de Paris, ayant fait élever la bastille de Saint-Denis, font raser l'hôtel ; et les religieuses sont dispersées. Elles sont réinstallées dans des bâtiments voisins de l'emplacement primitif, dans l'hôpital ou maison-Dieu Sainte-Madeleine, rue Saint-Denis, fondé par Imbert de Lions, bourgeois de Paris, et destiné à recevoir les femmes mendiantes qui passeraient à Paris : elles devaient y être logées une nuit et congédiées le lendemain matin avec un pain et un denier. Les Filles-Dieu bâtirent en cet endroit des lieux réguliers séparés de la salle de l'hôpital. Elles chantaient les offices, et quelques sœurs converses entretenaient les douze lits destinés aux femmes mendiantes de passage.
Mais dans la suite, cette maison dépérit ; on n'y célébrait plus le service divin, les bâtiments tombaient en ruine et l'hôpital fut abandonné. Aussi le roi Charles VII la donna-t-il aux religieuses réformées de l'ordre de Fontevrault, en 1483.
Celui-ci ne prit possession du couvent qu'en 1496, en raison de l'opposition manifestée par le maître des Filles-Dieu (il le conserva jusqu'à la Révolution). En 1496, on commença la construction d'une église. Les religieuses n'abandonnèrent pas la mission de charité des Filles-Dieu. Au témoignage de Du Breuil, en 1612, l'hôpital fonctionnait toujours et deux femmes veuves et âgées y servaient pour recevoir les pauvres. À cette pratique des œuvres de miséricorde se rattache la coutume des Filles-Dieu de donner trois morceaux de pain et un verre de vin aux condamnés à mort sur le chemin qui les conduisait à Montfaucon.
Sur l'emplacement de cette maison, de son église et de son enclos, on construisit, en 1796, divers bâtiments, séparés par de longs passages et appelés la Foire-au-Caire.
Antoinette CHAUVENE
Source:Encyclopédie Universalis
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