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L'ancien palais épiscopal d'Avignon où Jean XXII choisit de s'établir en 1316 fut aussitôt agrandi et réorganisé. Les travaux réalisés sous son pontificat furent limités en comparaison à ceux engagés sous Benoît XII et Clément VI. Forts de l'acquisition du palais épiscopal et de l'achat de la ville d'Avignon, ces derniers purent mener à bien de vastes programmes de construction achevés et complétés sous Innocent VI et Urbain V. Comme le bâti, les jardins du palais d'Avignon résultent d'une suite d'ajouts et de transformations opérés au cours des pontificats successifs. Leur aménagement se fit en plusieurs temps correspondant globalement aux grandes phases de la construction du bâti. Sous Jean XXII, le “ verger de Trouillas ” fut établi au nord-est du palais vers 1323-1324. Benoît XII lui préféra un nouveau jardin, qu'il fit créer à proximité de la tour du Pape où il avait ses appartements. En 1344-1345, Clément VI ajouta un enclos au nord de celui de Benoît XII, réintégrant ainsi une portion de l'ancien “ verger de Trouillas ”. Sous Urbain V, dans les années 1365-1366, en relation avec le chantier de la Roma, ces jardins connurent une considérable et coûteuse extension. Leur développement graduel s'explique en partie par la nature du site qui alliait les contraintes d'une implantation en contexte urbain et d'une localisation sur un éperon rocheux.
Alors qu'à Avignon, Jean XXII avait dû se contenter de remodeler et de réaménager le palais épiscopal qui ne pouvait se prêter en l'état aux besoins de la curie, il entreprit à Pont-de-Sorgues, dans le Comtat Venaissin, la construction d'un véritable palais pontifical. Les travaux qui s'étendirent pour l'essentiel de 1318 à 1324 inclurent l'aménagement d'un “ grand verger ” d'une superficie de trois hectares et demi environ, réalisé de 1322 à 1324, à l'est du palais. Les successeurs de Jean XXII n'y apportèrent pas de modification majeure. Dès cette date, le jardin avait donc acquis son extension maximale, ce qu'avaient facilité l'implantation du palais en contexte semi-urbain et les prédispositions favorables du terrain.
Avant d'entreprendre la construction du “ palais neuf ” à Avignon, Clément VI fit l'acquisition de la livrée du cardinal Napoléon Orsini, située en territoire français. La vente fut officiellement conclue en 1344, mais dès 1342, le pape y ordonna des travaux, faisant restaurer l'ancienne demeure cardinalice, l'“ hôtel Napoléon ”, et édifier un nouveau bâtiment, l'“ hôtel du pape ”. Chaque bâtisse fut assortie d'un jardin. Le “ verger de l'hôtel Napoléon ”, reprenant l'emplacement du jardin du cardinal Orsini, s'étendait à l'est de l'édifice ; il fut réorganisé au cours de l'été 1342. Le “ verger de l'hôtel du pape ”, dont la localisation est incertaine, était, semble-t-il, plus vaste que le précédent ; il fut aménagé de 1342 à 1343. Comme les jardins du palais de Pont-de-Sorgues, ces jardins, implantés en contexte rural, acquirent d'emblée leur extension définitive.
Les jardins des palais d'Avignon, de Pont-de-Sorgues et de Villeneuve se présentaient tous sous la forme d'espaces fermés d'épaisses et de hautes murailles dont la construction était longue et coûteuse. Ils pouvaient être subdivisés par des clôtures plus légères de bois, servant d'enclos où étaient parquées les bêtes de la ménagerie. Ils comportaient de nombreuses installations hydrauliques puits, fontaines, viviers servant à l'arrosage mais aussi à l'agrément du lieu et dont les frais d'investissement et d'entretien étaient conséquents. D'autres constructions maçonnées et charpentées y étaient établies pour abriter “ les animaux du pape ” ou pour l'usage du personnel qui travaillait dans les jardins. Ces derniers comptaient en outre de nombreux aménagements “ végétaux ” mettant en œuvre des matériaux tels que le gazon, utilisé pour la réalisation de prairies ornementales et de bancs de gazon, et la vigne, employée à la confection de fabriques de treillage, treilles, tonnelles et pavillons.
Le couvert végétal des jardins pontificaux était composé de vigne, d'arbres, le plus souvent fruitiers, et de plantes herbacées (plantes potagères et condimentaires, plantes à fleurs, légumineuses et céréales) dont l'inventaire se révèle assez classique pour le xive siècle. La comptabilité ne permet pas d'en restituer précisément la distribution mais seulement d'observer que chacun de ces types de plantations occupaient une parcelle donnée du jardin. L'entretien de ces espaces impliquait des activités nombreuses dont le calendrier était imposé par le cycle végétatif de la plante. Certaines façons culturales requéraient un savoir-faire particulier, notamment en matière de viticulture et d'arboriculture.
Si au palais de Pont-de-Sorgues, l'administration du “ grand verger ” incombait au gardien du palais, dans les résidences d'Avignon et de Villeneuve, elle était confiée à un jardinier, qualifié de “ jardinier du pape ”, qui était à la fois un praticien et un administrateur. Celui-ci supervisait une main d'œuvre journalière, largement masculine. Les effectifs de cette main d'œuvre variaient en fonction du travail à effectuer et des périodes de l'année. Les salaires perçus par les ouvriers dépendaient de la nature de la tâche exécutée et du degré de qualification qu'elle supposait.
Les jardins établis aux abords des résidences pontificales mêlaient l'utile et l'agréable. Non seulement ils contribuaient au ravitaillement des cuisines pontificales, mais ils prolongeaient en outre le bâti par un espace salubre et plaisant, propice à la “ recreatio corporis ” conçue comme une nécessité par la papauté du xiiie siècle. La place occupée par les jardins dans la topographie palatiale et les décors naturalistes des appartements personnels du pape révèlent qu'un lien privilégié existait entre ces espaces et l'habitation du souverain pontife, dont ils constituaient peut-être un retrait privé.
La comparaison des différents jardins de la papauté d'Avignon avec les modèles théoriques proposés par Pietro de' Crescenzi dans l'Opus ruralium commodorum montrent que les jardins élaborés sur ordre des papes correspondaient globalement au type de jardin princier défini par l'agronome bolonais. Mais l'ampleur et le degré d'agrément de ces jardins variaient en fonction de l'affectation de la résidence. Les résidences de Pont-de-Sorgues et de Villeneuve qui furent des lieux de villégiature privilégiés pour la cour reçurent respectivement un vaste jardin et un parc, alors que des jardins plus réduits furent associés à la résidence officielle qu'était le palais apostolique d'Avignon.
Les “ vergers ” pontificaux, par la faune exotique qu'ils abritaient, par certaines espèces végétales telles que le melon ou l'oranger que les papes ont, semble-t-il, introduites et acclimatées, ainsi que par la maîtrise de la nature qu'ils exprimaient, étaient une expression de richesse et de pouvoir ainsi que le reflet d'une bonne capacité à gouverner. Sans être particulièrement originaux, ces jardins étaient susceptibles de rivaliser avec les créations des princes contemporains. D'inspiration monastique sous Benoît XII, incarnation d'un idéal seigneurial sous Clément VI et témoins d'une nouvelle sensibilité sous Urbain V, ils reflétaient en outre la personnalité des différents papes d'Avignon.
La détermination des papes à établir des jardins et à les développer, même lorsque le site ne s'y prêtait guère, démontre qu'au xive siècle, ces espaces extérieurs constituaient un complément obligé du bâti. Ils répondaient tout autant à des besoins de représentation qu'à une recherche de confort et d'intimité dont le xive siècle vit le développement. Démonstration de luxe, témoins d'une aptitude à modeler le paysage, ils étaient une manifestation du pouvoir et l'expression d'un art de vivre aristocratique.
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