La traite

 

La traite arabe a concerné un territoire qui déborde de l'aire arabe ; les négriers n'étaient pas exclusivement musulmans ou arabes : Persans, Berbères, Indiens, Javanais, Malais, Chinois, Juifs et Africains ont participé à ces entreprises, à des degrés plus ou moins grands.. Il y avait aussi une traite visant des Européens, centrée sur la Méditerranée. L'un des plus grands centres de concentration et de vente d'esclaves, Tombouctou, n'était accessible qu'aux seuls musulmans.

D'un point de vue centré sur l'Occident, le sujet s'assimile à la traite arabe. Celle-ci a suivi trois types d'itinéraires au Moyen Âge :

* les routes terrestres à travers les déserts du Maghreb et du Machrek d'une part (itinéraire transsaharien) ;

* les routes maritimes à l'est de l'Afrique (mer Rouge et océan Indien) d'autre part (itinéraire oriental).

* la Méditerranée, où les pirates, en particulier ceux de la Côte des Barbaresques, capturaient des esclaves européens-

 

La religion musulmane apparaît au VIIe siècle de l'ère chrétienne. En une centaine d'années, elle se diffuse rapidement dans l'ensemble du bassin méditerranéen portée par les Arabes qui conquièrent l'Afrique du Nord occupée de longue date par les Berbères. Rapidement convertis, ces derniers étendent la domination musulmane à la péninsule ibérique où ils prennent la place du royaume wisigoth. Les Arabes intègrent l'Asie occidentale et défont les Byzantins et les Perses sassanides. Ces régions sont donc diverses par leur peuplement et connaissaient déjà l'esclavage et la traite des Africains depuis l'Antiquité. Elles sont en partie unifiées par la culture arabo-musulmane, dont les fondements sont religieux et urbains ; elles utilisent l'arabe et le dinar dans les transactions commerciales. La Mecque en Arabie est la ville sainte vers laquelle tous les musulmans, quelle que soit leur origine, partent en pèlerinage. Le Coran, livre saint de l'islam, tolère la mise en esclavage des non-musulmans. En principe, la notion de liberté est d'ailleurs prêchée par Mahomet. En effet, l'un des premiers affranchis (zinj) fut libéré par le prophète, qui l'acheta à son maître. Il fut ensuite nommé à la tâche de l'appel à la prière. Les docteurs et les sages musulmans ont souvent encouragé les affranchissements. Une part du budget de l'État est réservée pour l'émancipation systématique des esclaves : (Cor. IX, Le repentir : 60) : « Les Sadaqats (impôt-aumône obligatoire=Zakat) ne sont destinés que pour les pauvres, les indigents, ceux qui y travaillent, ceux dont les cœurs sont à gagner à l'islam, l'affranchissement des jougs, ceux qui sont lourdement endettés, dans le sentier de Dieu, et pour le voyageur en détresse. C'est un décret de Dieu ! Et Dieu est Omniscient et Sage. » Les citoyens musulmans sont invités par le coran à affranchir eux mêmes les esclaves, un acte considéré comme très méritoire (Cor. II, 177) : « L'homme bon est celui qui... pour l'Amour de Dieu, donne son bien à ses proches, aux orphelins, aux pauvres, au voyageur, aux mendiants, et pour le rachat des captifs. »

Après la chute de la dynastie des Omeyyades (750), le monde musulman se morcelle en plusieurs entités politiques (califats, émirats, sultanats) souvent rivales. Au XIe siècle, l'irruption des Turcs venus d'Asie centrale bouleverse la géographie du Proche-Orient et de l'Afrique du Nord, avec l'instauration de l'empire ottoman (1599-1922).

La civilisation arabo-musulmane repose sur un réseau de villes et d'oasis aux fonctions de négoce développées dont le cœur est le marché (souk, bazar). Ces cités sont reliées entre elles par un système de routes qui traversent des régions semi-arides ou désertiques. Ces pistes sont parcourues par des convois et les esclaves noirs constituent une partie du trafic caravanier-

À partir du VIIIe siècle, l'Afrique est dominée par les Arabes dans sa partie nord : l'islam progresse vers le Sud du continent par le Nil et par les pistes du désert.

La densité de la population du Sahara est faible. Cependant, il existe depuis l'Antiquité des cités qui vivent du commerce (sel, or, esclaves[réf. nécessaire], tissus) et de l'agriculture irriguée : Tahert, Oualata, Sijilmassa, Zaouila, etc. Elles sont dirigées par des chefs berbères (Touaregs) ou arabes. Leur indépendance est relative et dépend de la puissance des États du Maghreb et de l'Égypte.

Au Moyen Âge, l'Afrique subsaharienne est appelée Soudan par les Arabes, ce qui découle de l'arabe soudanen désignant « les noirs ». C'est en effet le pluriel de l'expression « il est noir ». Elle constitue un réservoir de main d'œuvre servile pour l'Afrique du Nord et l'Afrique saharienne. Cette région est marquée par la domination de plusieurs États : empire du Ghana, empire du Mali, royaume du Kanem-Bornou. Ces États comptent des villes prestigieuses qui prospèrent grâce à leur situation de carrefour : Tombouctou, Koumbi, Djenné, Gao, etc.

 

En Afrique orientale, le littoral de la mer Rouge et de l'océan Indien est sous le contrôle des musulmans, et les marchands arabes sont nombreux sur le littoral. La Nubie est déjà dans l'Antiquité une zone d'approvisionnement en esclaves. La côte éthiopienne, surtout la porte de Massaoua et l'archipel des Dahlak, a longtemps été un centre pour l'exportation des esclaves de l'intérieur, même sous l'ère d'Aksoum

 

Esclaves dans l'est de l'Afrique, XIXe siècle

La dynastie salomonique d'Éthiopie exporte souvent des esclaves nilotiques de ses provinces frontières occidentales et aussi des provinces musulmanes récemment conquises. Des sultanats musulmans, comme celui d'Adal envoient aussi des esclaves. Sur la côte de l'océan Indien apparaissent également des postes de traite fondés par les Arabes et les Persans. L'archipel de Zanzibar, au large de la Tanzanie actuelle, est sans doute l'exemple le plus notoire de ces comptoirs. L'Afrique de l'Est et l'océan Indien restent jusqu'au XIXe siècle une aire importante de la traite arabe. David Livingstone et Stanley sont alors les premiers Européens à pénétrer à l'intérieur du bassin du Congo et à découvrir l'ampleur de l'esclavage. Tippo Tip étend sa domination et fait de nombreux esclaves. Après l'implantation des Européens dans le golfe de Guinée, la traite transsaharienne devient moins importante. À Zanzibar, l'esclavage est aboli tardivement en 1897 sous le sultan Hamoud bin Mohammed.

Le reste de l'Afrique n'a pas de contact direct avec les négriers musulmans.

Dans les premiers temps de l'islam, les tribus guerrières du Caucase ainsi que les marchands vénitiens vendent aux Arabes des prisonniers en provenance des pays slaves, encore païens. Les païens slaves, plutôt que d'être convertis de force ou exécutés en cas de refus, étaient vendus comme esclaves pour couvrir les frais des expéditions.

À partir du XIIIe siècle, après l'installation de comptoirs génois et vénitiens en mer Noire, les peuples du Caucase deviennent eux-mêmes une source d'esclaves appréciés surtout en Europe, en même temps que les Russes et les Circassiens. Les esclaves originaires des alentours de la mer Noire sont ceux auxquels les musulmans d'Égypte attribuent les plus grands qualités : loyauté, courage, qualités guerrières et cætera. Ils sont donc très prisés en Égypte, importés en grand nombre, parfois avec l'aide de marchands européens, et arrivent même parfois à des positions de pouvoir tellement importantes qu'il leur devient possible d'y établir toute une dynastie d'anciens esclaves, connue sous le nom d'ère mamelouke. Ainsi, si la proportion d'hommes et de femmes esclaves déportés de cette région est difficile à estimer, les sources prouvent une majorités d'esclaves mâles arrivant en pays arabes, mais une forte majorité de femmes esclaves vendues en Occident méditerranéen-

Au début du XVIe siècle, comme le vivier slave s'épuise du fait de la christianisation de l'Europe orientale, les musulmans multiplient les razzias de chrétiens en Méditerranée. Ceux-ci effectuent des razzias sur les villages côtiers des rivages européens. Le souvenir des combats livrés par les habitants à ces pirates perdure dans la tête de prisonnier maure qui sert d'emblème à la Corse-

Tunis, Alger et Tripoli sont les principaux foyers de piraterie, c'est à Tripoli que se trouve le plus grand marché d'esclaves car elle sert également grand débouché aux caravanes d'esclaves du commerce transsaharien-

 

Les esclaves noirs étaient capturés, transportés et achetés par des personnages très différents. La traite passait par une série d'intermédiaires et enrichissait une certaine partie de l'aristocratie musulmane.

L'esclavage se nourrissait des guerres entre peuples et États africains, ce qui donnait lieu à une traite interne. Les vaincus devaient un tribut constitué d'hommes et de femmes réduits en captivité. Sonni Ali Ber (1464–1492), empereur du Songhaï, a mené de nombreuses guerres pour étendre son territoire. Bien qu'il fût musulman, il a réduit en esclavage d'autres musulmans vaincus. La dynastie des Askia (Mali) a eu la même politique.

Aux VIIIe et IXe siècles, les califes avaient tenté d'organiser la colonisation des rivages africains de l'océan Indien à des fins commerciales. Mais ces établissements ont été éphémères, souvent fondés par des exilés ou des aventuriers. Le sultan du Caire envoyait des trafiquants d'esclaves pour opérer des raids sur les villages du Darfour. Des bandes armées aux ordres de marchands allaient incendier les villages et rapportaient des captifs, souvent des femmes et des enfants. Face à ces attaques, les populations formaient des milices, érigeaient des tours et des enceintes afin de protéger leurs villages.

Les marchands arabes et berbères d'Afrique du Nord échangeaient des esclaves contre de l'or, du sel, des épices ou des métaux dans les Empires d'Afrique occidentale. Ainsi, dans la capitale de l'empire du Ghana (IXe-XIe siècles) Koumbi-Saleh, la population était répartie par quartiers en fonction des ethnies, des clans et des activités : le quartier des blancs étaient réservés aux marchands arabes qui disposaient de mosquées alors que l'Empire était majoritairement animiste. L'Empire du Mali (XIIIe-XVe siècles) a poursuivi les échanges avec les États d'Afrique du Nord et l'on a rencontré des marchands arabes et juifs dans les villes.

Les motifs économiques étaient les plus évidents. Dès les débuts de la conquête arabo-musulmane, le manque de main-d'œuvre entraîna le besoin d'utiliser des esclaves sur les chantiers ou dans les mines de sel. La traite occasionnait de grands profits pour ceux qui la maîtrisaient. Plusieurs cités se sont enrichies et ont prospéré grâce au trafic des esclaves, aussi bien au Soudan qu'en Afrique orientale. Dans le désert du Sahara, les chefs lançaient des expéditions contre les pillards de convois. Les souverains du Maroc médiéval avaient fait construire des forteresses dans les régions désertiques qu'ils dominaient afin d'offrir des haltes protégées aux caravanes. Le sultan d'Oman a transféré sa capitale à Zanzibar (Zanzibar signifie « marché aux esclaves »), car il avait bien saisi l'intérêt économique de la traite arabe.

C'était aussi souvent à des fins sexuelles. En effet, dans l'aire arabo-musulmane, les harems nécessitaient un « approvisionnement » en femmes.

Il existait en outre des raisons sociales et culturelles à la traite : en Afrique subsaharienne, la possession d'esclaves était le signe d'appartenance à un haut rang social.

Pour finir, il est impossible d'ignorer la dimension religieuse et raciste de la traite. Punir les mauvais musulmans ou les païens tenait lieu de justification idéologique à l'esclavagisme : les dirigeants musulmans d'Afrique du Nord, du Sahara et du Sahel lançaient des razzias pour persécuter les infidèles : au Moyen Âge, l'islamisation était en effet superficielle dans les régions rurales de l'Afrique. Les lettrés musulmans invoquaient la suprématie raciale des Blancs, qui se fondait sur le récit de la malédiction proférée par Noé dans l'Ancien Testament (Genèse 9:20-27). Selon eux, elle s'appliquait aux Noirs, descendants de Cham, le père de Canaan, qui avait vu Noé nu (une autre interprétation les rattache à Koush, voir l'article). Les Noirs étaient donc considérés comme « inférieurs » et « prédestinés » à être esclaves. Plusieurs auteurs arabes les comparaient à des animaux- Le poète Al-Mutanabbi méprisait le gouverneur égyptien Abu al-Misk Kafur au Xe siècle à cause de la couleur de sa peau. Le mot arabe abid qui signifiait esclave est devenu à partir du VIIIe siècle plus ou moins synonyme de « Noir ». Quant au mot arabe zanj, il désignait de façon péjorative les Noirs. Ces jugements racistes étaient récurrents dans les œuvres des historiens et des géographes arabes : ainsi, Ibn Khaldoun a pu écrire au XIVe siècle : « Les seuls peuples à accepter vraiment l'esclavage sans espoir de retour sont les nègres, en raison d'un degré inférieur d'humanité, leur place étant plus proche du stade de l'animal ». À la même période, le lettré égyptien Al-Abshibi écrivait « Quand il [le Noir] a faim, il vole et lorsqu'il est rassasié, il fornique. ». Les Arabes présents sur la côte orientale de l'Afrique utilisaient le mot « cafre » pour désigner les Noirs de l'intérieur et du Sud. Ce mot vient de « kāfir » qui signifie « infidèle » ou « mécréant ».

 

Les marchands d'esclaves orientaux se fournissaient en Europe (traite des blancs). Les Danois (Varègues) s'implantaient dans la région de la Volga (notamment Volgograd) et négociaient des slaves capturés avec des marchands arabes et/ou musulmans, voire juifs (voir l'article Radhanites). Les esclaves circassiennes étaient remarquées dans les harems et nombreuses sont les odalisques provenant de cette région sur les peintures orientalistes. Pour la composition des harems, des esclaves de confessions différentes que celle de l'islam étaient appréciés, et ce pour tous les rôles (gardien, serviteur, odalisque, houri, musicien, danseur, nain de cour). Le califat abbasside de Bagdad (750-1258) importa des dizaines de milliers d’esclaves originaires d’Asie centrale et d’Afrique orientale. Au IXe siècle, le calife Al-Amin possédaient environ 7 000 eunuques noirs (qui étaient complètement émasculés) et 4 000 eunuques blancs (qui étaient castrés). Les gardes blancs du calife de Bagdad (Grecs, Slaves, Berbères, Turcs) sont à l'origine des Mamelouks. Dans l'empire ottoman, le dernier eunuque noir, l'Éthiopien Hayrettin Effendi, a été affranchi en 1918.

Les esclavons d'origine slave en al-Andalus provenaient des Varègues qui les avaient capturés. Ils étaient placés dans la garde du Calife et prenaient graduellement des positions importantes dans l'armée (ils devenaient les saqālibas), et allaient même remporter des taifas après la guerre civile ayant mené à l'implosion du califat occidental. Des colonnes d'esclaves alimentant les grands harems cordouan, sévillan et grenadin étaient constituées par des mercadères radhanites à partir des terres germaniques et du reste de l'Europe du Nord encore non contrôlé par l'empire carolingien. Ces colonnes traversaient le sillon rhodanien pour gagner les terres au sud des Pyrénées. Les eunuques castrés à Verdun étaient envoyés vers les mondes byzantin et musulman via les ports méditerranéens-

Sur les mers, les barbaresques opéraient ce trafic dès qu'ils pouvaient capturer des personnes en abordant les navires ou faisant des incursions sur les côtes.

La Nubie, l'Éthiopie et l'Abyssinie étaient aussi des régions « exportatrices » : au XVe siècle, des esclaves abyssins étaient présents en Inde où ils travaillent sur les navires ou comme soldats. Ils ont fini même par se révolter et par prendre le pouvoir (dynastie des rois Habshi dans le Bengale 1487-1493).

Le Soudan et l'Afrique saharienne constituaient une autre aire de « prélèvement », mais il est impossible d'en dire l'ampleur précise, faute de sources chiffrées. Les premiers esclaves noirs originaires d'Afrique de l’Ouest sont emmenés dans le nord du continent par les marchands arabes dès le VIIe siècle. On les retrouve aussi dans les plantations de canne à sucre en Espagne et en Sicile au Moyen Âge ; au XIVe siècle, certains sont revendus en Europe pour travailler comme domestiques en ville.

Les pistes caravanières, aménagées à partir du IXe siècle, passaient par les oasis du Sahara : les déplacements étaient dangereux et pénibles à cause des contraintes climatiques et des distances. Les grands convois transportaient des esclaves depuis l'époque romaine mais aussi toutes sortes de produits qui servaient au troc. Contre les attaques des nomades du désert, des esclaves étaient employés à former une bonne escorte. Les esclaves qui ralentissaient la progression de la caravane étaient tués. D'après l'historien Ralph Austen, le taux de mortalité entre le moment de la capture et la vente était compris entre 6 et 20 % selon les parcours (le trajet vers le Maroc étant relativement peu meurtrier, alors que la traversée du Sahara en direction de la Libye pouvait se solder par une hécatombe). En Asie, les convois d'esclaves sont attestés pour le XIIIe siècle sur la route de la soie.

Les routes maritimes sont moins bien connues des historiens. Grâce aux documents iconographiques et aux récits de voyage, on imagine que le trajet se faisait sur des boutres et des jalbas, navires arabes qui servaient de moyens de transport en mer Rouge. La traversée de l'océan Indien se faisait dans des conditions tout aussi épouvantables que celle de l'océan Atlantique. Elle devait nécessiter plus de moyens et une organisation plus poussée que le transport terrestre. Les navires venant de Zanzibar faisaient escale sur les îles de l'archipel de Socotra ou d'Aden avant de se diriger vers le golfe Persique ou l'Inde. Les esclaves étaient vendus jusqu'en Inde et même en Chine : une colonie de marchands arabes était installée à Canton. Des négriers chinois achetaient des esclaves noirs (Hei-hsiao-ssu) à des intermédiaires arabes ou bien s'approvisionnaient directement chez les Somalis qui pratiquaient aussi les échanges d'esclaves négroides capturés dans les régions du Nord-Est du Kenya actuel. Serge Bilé cite un texte du XIIe siècle qui nous apprend que « la plupart des familles aisées de Canton possédaient des esclaves noirs [...] qu'elles tenaient néanmoins pour des sauvages et des démons à cause de leur aspect physique ». Les souverains chinois ont lancé au XVe siècle des expéditions maritimes vers l'Afrique orientale, menées par l'amiral Zheng He. Leur but était d'accroître leur influence commerciale. Les Barbaresques razziaient les côtes méditerranéennes et faisaient des chrétiens des esclaves, dont l'effectif fut toujours de 25 000 à 30 000 au sud de la Méditerranée.

Les esclaves étaient souvent troqués contre des objets de natures diverses : au Soudan, on les échangait contre des cotonnades, des objets de pacotille, des toiles, etc. Au Maghreb, ils étaient obtenus contre des chevaux. Dans les cités du désert, pièces de toile, vaisselle, perles de verre vénitiennes, produits tinctoriaux et bijoux servaient de moyen de paiement. La traite des Noirs s'insérait donc dans un réseau d'échanges diversifiés. À côté des pièces d'or, le cauri, un coquillage venant de l'océan indien ou de l'océan atlantique (îles Canaries, Luanda) servait également de monnaie dans toute l'Afrique noire (on achetait la marchandise en sacs de cauris).

Les esclaves noirs étaient vendus dans les villes du monde musulman. En 1416, al-Maqrizi raconte que des pèlerins venus du Tekrour (près du fleuve Sénégal) avaient emporté avec eux 1 700 esclaves à La Mecque. En Afrique du Nord, le Maroc, Alger, Tripoli et Le Caire étaient les principaux marchés d'esclaves. Ces derniers pouvaient être castrés, y compris les enfants, dont beaucoup mouraient des suites de cette opération. Les ventes avaient lieu sur les places publiques et dans les souks. Les acheteurs potentiels procédaient à un examen attentif de la « marchandise » : ils vérifiaient l'état de santé de la personne, présentée souvent nue et les mains liées. Au Caire, la transaction des eunuques et des concubines se faisait dans des maisons privées et il existait un syndicat de négriers au Moyen Âge. Le prix variait selon la qualité de l'esclave. Une femme blanche ou un jeune garçon avaient plus de valeur que d'autres-L'empereur du Mali Kouta Moussa partit en pèlerinage à La Mecque en 1324 ; selon l'auteur égyptien Al-Omary, le souverain acheta des esclaves pendant son séjour au Caire, notamment des mamelouks et des femmes blanches, musulmanes et chrétiennes-

 

 

Source

* Malek Chebel, L'Esclavage en terre d'islam : un tabou bien gardé, Fayard, 2007

 

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