Aucun élément à afficher

L'apparition en Asie occidentale, au début du Moyen Âge, de la selle à arçon et étriers , ainsi que du fer a cheval , est un fait historique capital. Il marque un progrès considérable des techniques, un véritable saut technologique. Ces techniques vont libérer l'extraordinaire potentiel des peuples nomades cavaliers, jusqu'alors maintenus ou refoulés dans les steppes par les sédentaires (Proto-Mongols au nord de la Chine ; Scythes et Huns d'Europe orientale et centrale ; Zénètes du Maghreb). L'histoire du peuple arabe auquel est associée celle du plus beau cheval du monde, et le souvenir de conquêtes étonnantes, est exemplaire a cet égard.
LES ARABES DEVIENNENT UN PEUPLE DE CAVALIERS
Ce peuple a été considéré longtemps, et se considère toujours lui-même, comme celui des meilleurs cavaliers. Cette certitude repose sur une croyance religieuse. La tradition musulmane lui enseigne, en effet, que le premier fils d'Abraham, Ismaël, l'ancêtre de tous les Arabes, fut le premier homme qui monta à cheval. Avant lui, dit cette tradition, le cheval vivait à l'état sauvage dans la péninsule ! Il l'apprivoisa sur l'ordre du Seigneur lorsqu'il vint à La Mecque, avec son père, poser les fondements du sanctuaire
Or, pour nous, héritiers de la civilisation romano-chrétienne, les Arabes, ces Sémites, ne sont pas apparus dans l'histoire comme cavaliers, mais comme chameliers. C'est ainsi que les montre la Bible au livre de la genèse, chapitre 37, verset 25 : " Leurs chameaux étaient chargés de gomme, de baume et de lactarium... ", c'était quelque seize siècles avant notre ère. Onze siècles plus tard, Hérodote, décrivant la cavalerie de Xerxès Ier, cite des contingents d'Arabes montés sur des chameaux. De même Tite-Live nous apprend qu'à Magnésie, en 189 av. J.-C., l'armée d'Antiochus, battue par Scipion, comptait dans ses rangs des archers arabes montés sur des dromadaires. D'ailleurs, Strabon raconte qu'Aelius Gallus, qui fit une expédition en Arabie en l'an 25 av. J.-C., ne rencontra aucun cavalier et ne trouva ni chevaux ni mulets. L'historien américain, P.-K. Hitti, écrit : " De Syrie, le cheval fut introduit après le commencement de notre ère en Arabie où il trouva les meilleures conditions pour conserver la pureté de son sang et être préservé de tout mélange. " C'est alors que les Arabes, de chameliers, devinrent cavaliers. Et ce ne sera qu'au Ve siècle de notre ère qu'ils apparaîtront comme tels dans l'Histoire en tant qu'auxiliaires au service de l'Empire romain. Ce furent les " Thamoudeni Equites ", c'est-à-dire les Thamoudites des généalogistes arabes, divisés en deux corps, l'un à la frontière de l'Égypte, l'autre en Judée ! C'est ainsi, par ces débuts modestes, qu'entrèrent dans l'Histoire ces fameux cavaliers qui, en moins d'un siècle, devaient faire boire leurs chevaux dans la Loire (732) et le Doubs (736) à l'occident, dans le Syr-Daria à Talas (751) à l'orient. Comment expliquer Lui tel phénomène ? ... Par l'évolution de la société bédouine, aux temps du paganisme, et par l'endoctrinement de cette société par le prophète Mahomet qui lui donna une foi et des moyens militaires pour la répandre à travers le monde. Telle est notre thése !
On a dit que la société bédouine ante-islamique a représenté la meilleure adaptation de la vie humaine aux conditions du désert. Pasteur de moutons, éleveur de chameaux, depuis peu et à un degré moindre, éleveur de chevaux, les occupations principales du nomade bédouin étaient en outre, et par nécessité, la chasse et la razzia. Dans cette société, le cheval de race, réservé pour les courses, les chasses, les raids et sélectionné dans ce but, prit une place sublimée par le fond poétique de ce peuple. De cela, portent témoignages les poèmes suspendus, Moallakat, qui racontent les prouesses d'Antara et de son cheval Abdjar, ainsi que celles de ses pairs !
Mais deux questions se posent :
- Quel était ce cheval auquel les Arabes bédouins donnèrent la généalogie la plus prestigieuse ? Quel était ce descendant de l'étalon Awaj et de l'étalon Dahis pour la possession duquel une guerre fratricide survint entre les Abs et les Dhubyan dans la grande tribu des Ghatafan Ben Said, quelques années avant la prédication du Prophète ? Importé de Syrie, au début de notre ère, ce cheval a été classé dans le type le plus achevé du cheval Aryen, apparu dès le début de l'histoire humaine. Type qui s'est affiné et épuré dans l'isolement de la péninsule arabique.
- Autre question importante : avec ce cheval déjà sélectionné, quelle équitation pratiquaient les contemporains bédouins d'Antara ? Elle était la plus simple et la plus sportive du monde. Possédant une assiette remarquable, acquise dès l'enfance sur le chameau au cours des longues transhumances, le nomade d'Arabie, sans étriers et souvent sans embouchure, s'adonnait à la chasse à courre, à la chasse aux faucons, aux jeux du Djérid et aux courses de chevaux, dans une équitation de vitesse libre et allante. Quand ce cavalier fut équipé des étriers et du mors , il devint le meilleur de son temps. Le prophète de l'Islam, ayant rassemblé les cavaliers d'Arabie en corps encadrés et commandés par des chefs de qualité, puis ayant doté cette nouvelle cavalerie d'une doctrine de guerre, elle conquit tout le Mashrek et tout le Maghreb.
MOHAMED IBN ABDALLAH IBN ABD EL MOTTALIB, PROPHÈTE LÉGISLATEUR ET CHEF DE GUERRE
Né en 570, c'est dans cette société que le prophète de l'Islam devait entreprendre sa prédication. On sait les difficultés qu'il rencontra et sa fuite de La Mecque à Yathrib (Médine) en 622. De cette date, l'hégire (la fuite), commence l'histoire de l'Islam et des conquêtes des Arabes devenus musulmans. Pour se rallier, ce peuple bédouin moqueur et sans esprit religieux, pour se créer une armée obéissante, dotée d'une tactique et de moyens adaptés à ses rêves de conquêtes, Mahomet fut plus qu'un prophète, mais aussi un génie militaire et politique ! Ayant entrepris son combat avec quelques compagnons et défenseurs (les Ansar) et seulement trois chevaux à l'affaire de Bedr (an II de l'hégire), il disparaît en 632 (an XI) léguant à ses successeurs la péninsule arabique entièrement soumise, une armée aguerrie et déjà importante (30 000 hommes pour l'expédition de Tabouk, an IX). Mais bien plus, il leur léguait une cavalerie dotée d'une tactique d'emploi et du meilleur cheval de guerre. C'est à Mohamed que revient la gloire d'avoir fait, du petit peuple arabe, un des peuples conquérants cavaliers les plus étonnants de l'histoire de l'humanité. Génie militaire, il eut l'intuition que pour exploiter les qualités de ses compatriotes : résistance, frugalité, n'aimant que les actions rapides dans l'exaltation de l'aventure et de l'appât du butin, il lui fallait élever le raid au rang de tactique militaire et le concevoir aux dimensions de son but : la conquête du monde des infidèles. Pour ce faire, il institua le partage du butin, privilégiant le cavalier en lui accordant outre sa part comme au fantassin, deux parts pour son cheval. Il insuffla à ses capitaines, transportés par la foi, l'esprit le plus offensif. Génie politique, il établit, en législateur avisé, un véritable code qui faisait converger toutes les potentialités de son peuple vers la guerre qu'il sacralisa : la djihãd.
Poursuivant son oeuvre clairement définie, les successeurs du prophète de l'Islam entreprirent des expéditions lointaines pour convertir les infidèles et les païens du reste de l'univers. En 651, les Arabes sont maîtres de la Perse. En 681, Sidi Oqba fait un raid fantastique jusqu'à la côte atlantique du Maroc. En 711, l'émir Tarik débarque dans la péninsule ibérique. En 751, les cavaliers arabes atteignent le Syr Daria, le pays des Parthes. appelé aussi Khwarezm et Khorassan. Partout ils rencontrèrent des peuples possédant de longue date des traditions cavalières, et une équitation plus évoluée que la leur. Ils adoptèrent les techniques hippiques plus élaborées de ces peuples ainsi que leur équitation plus précise et mieux adaptée aux combats de cavalerie. Durant prés de quatre siècles, la nation musulmane dominera le vieux monde. L'équitation pratiquée par ses cavaliers, tant sur les champs de bataille que dans les cours des nombreux califes et émirs, se répandra de l'Orient vers l'Occident, unifiée et codifiée par des maîtres qui, fait nouveau, écriront des traités.
Aucun commentaire pour l'instant, soyez le premier à laisser un commentaire.
Créer un site gratuit avec e-monsite.com - Signaler un contenu illicite
