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de la musique médiévale
Le Moyen Age n’a pas toujours été la période obscure que l’on croit. Les XIe et XIIe siècles comptent au contraire parmi les siècles les plus lumineux de notre histoire.
Nous avons aussi pour habitude de considérer le moyen âge comme l’époque de la lenteur. Rien de plus faux pour les années 1150-1250. En deux siècles seulement, les XIIe et XIIIe siècles, les sujets du roi de France se mettent à ériger pas moins de 80 cathédrales. Très rapidement la mode gothique gagnera toute l’Europe.
L’ inventivité technique qu’a nécessité l’érection de monuments aussi grand est comparable à celle qui a prévalu après la découverte de l’électricité à la fin du XVIIIe, après l’invention du béton au XIXe ou du transistor au XXe siécle.
La construction des cathédrales gothiques a été une extraordinaire aventure architecturale, financière et humaine. Notre esprit de compétition vient en partie de là.
A partir des années 1250 une frénésie de la construction embrase la région la plus riche d’occident : l’Ile de France. Chaque ville voulait avoir sa cathédrale et une cathédrale plus haute, plus belle que celle de la ville voisine.
Entre les inventeurs du gothique une course aux records s’engage, une course effrénée, émaillée d’accidents et de catastrophes . Evêques, chanoines et bourgeois sont animés par un esprit record du monde, tout comme les New-yorkais avec leurs gratte-ciel.
Pourquoi cette folie des grandeurs ? Son origine n’est-elle que spirituelle, due à un renouveau de la foi ? N’est-elle pas due aussi à la libération de l’esprit d’entreprise dans des villes en plein essor, à l’audace d’une poignée de maîtres d’œuvre et d’architectes ?
Comment ces monuments ont-ils été édifiées ? Comment travaillaient les ouvriers ? Quelle était la vie du chantier ? Techniquement, dans l’art de la pierre, on a jamais fait mieux depuis..
LE TRIOMPHE DE LA CHRÉTIENTÉ, DES CLERCS ET DE LA BOURGEOISIE.
Près de deux siècles d’années noires avant l’an mil (guerres féodales, invasions, disette famines, épidémies) avaient mis les hommes à genoux. Après l’an mil la nouvelle dynastie des capétiens ramène la paix et une stabilité qui ouvre une période de renouveau mise à profit par l’Église.
Renouveau de la foi et triomphe de la chrétienté.
A la fin du XIe siècle, deux évènements majeurs vont changer la face du monde et permettre l’éclosion de l’ère des cathédrales : la réforme du pape Grégoire VII et les croisades.
Les croisades visent à la reconquête des lieux saints. Au départ c’est un grand élan de foi. On prend conscience que les lieux où Jésus a vécu sont aux mains des Musulmans. Rois, seigneurs et chevaliers partent en croisade. Au lieu de se battre entre eux, les princes chrétiens vont se battre contre ceux qu’on appelait les infidèles. Les croisades éloignent les seigneurs. Ils reviennent souvent ruinés. Les croisades ont permis aux bourgeois des villes de s’emparer du devant de la scène. Or les cathédrales sont un phénomène purement urbain.
Les reliques ramenées de Terre Sainte serviront à lever des fonds pour édifier les cathédrales.
Essor des villes et triomphe de l’évêque.
La cathédrale est par définition l’église de l’évêque. Or à cette époque de croissance des villes les évêques retrouvent une autorité qu’ils avaient perdue au profit des abbayes des campagnes.
Les clercs s’étaient repliés dans les monastères pour échapper à l’emprise du pouvoir royal. Au 11° siècle l’église était soumise au roi ; c’était le roi qui nommait les évêques. Voici qu’un pape, Grégoire VII, impose une réforme qui va être un tournant dans l'histoire de l'église et de l'occident médiéval. Il affirme la supériorité du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel et il considère qu'il est le seul habilité à nommer les évêques.
Dans les villes les évêques redeviennent la véritable autorité. Plusieurs conciles vont se préoccuper de rassembler les fidèles autour d’eux. Ils définissent la pratique des sacrements et les obligations des fidèles ; ils instaurent la supériorité du droit canon sur la coutume, ils imposent l'idée que seule l'église peut guider vers le salut éternel.
Pour mieux animer – et contrôler - la communauté des citadins et non des seuls paroissiens, la petite église romane ne suffit plus. Dieu ne peut pas habiter dans un temple étriqué. Il ne peut être que grandiose, parfait, riche et merveilleux, une Jérusalem céleste, un reflet de la demeure du Très Haut, ouvert au plus grand nombre. Telle est l’idée fondatrice qui lancera le mouvement des cathédrales.
Introduction
C’est surtout à leurs façades que l’on reconnaît les cathédrales.
Plus massives que le reste de l’édifice, elles viennent sceller la construction. Elles sont dites "harmoniques" lorsqu’elles sont flanquées de deux tours et percées de trois portails. Symboles de la puissance croissante des villes entre le XIIème et le XIIIème siècle, les cathédrales sont de plus en plus hautes, à la mesure de la foi et de la fortune des commanditaires, de plus en plus larges aussi, démultipliant le jeu des portails.
Sur le parvis on donnait des farces et des chansons de geste. On représentait les fameux Mystères du moyen âge. Ce fût une école du théâtre.
L’église organisait de grandes fêtes religieuses que personne n'aurait manquées, avec de quoi régaler tous les sens : la richesse des objets, les couleurs, les bougeoirs, l'encens, les premières musiques polyphoniques… On s'y rendait comme au Zénith aujourd'hui.
L’école sur les porches
Avec la statuaire la façade offre aux illettrés leurs premières leçons.
Les portails (de un à cinq à Bourges) sont rehaussés de tympans . Les sculptures y forment un livre éducatif racontant Adam et Eve, Moïse, les prophètes, la vie de Jésus, des saints, des martyrs, mais aussi le cycle des saisons, les travaux des champs, les figures des savants et des penseurs de l’antiquité comme Euclide ou Aristote. Ils racontent des histoires comme celle de l’arche de Noé ou du St Patron de la ville. Ils décrivent les signes du zodiaque, les métiers ...
Au Moyen Age presque personne en dehors des religieux ne savait lire. Ce livre en pierre s'adresse à tous, aux seigneurs et aux bourgeois comme aux gens du peuple ainsi réunis, aux illettrés des grandes familles comme au clergé peu instruit. Cette bande dessinée servait d'école à tous et constituait une mémoire collective.
La statuaire servait aussi de catéchisme.
La statuaire gothique incite le peuple à la piété et invite à la méditation.
Les sculptures des églises romanes entretenaient les gens dans la peur. Elles faisaient la part belle au bestiaire du mal, du péché, de la mort et de l'enfer. La statuaire des villes, elle, repousse les démons qui grouillaient sur les chapiteaux et rampaient sous les consoles des églises romanes. Une vision nouvelle de l'humanité se fait jour. Dieu ne menace plus les hommes, son Fils apparaît comme leur frère et leur sauveur. Le Christ de Chartres ou le beau Dieu d'Amiens offrent le visage de la réconciliation. Ils sont accueillants. Les anges penchent leurs têtes sur les passants et leur sourient, comme à Reims. Les statues ont pris taille humaine et quittent les embrasures pour s'avancer au devant des fidèles. Elles les invitent à se délivrer de leurs terreurs d'antan et leur indiquent la voie du salut. Les scènes de jugements derniers sont toujours là, avec les élus et les damnés, mais une place apparaît au profit du purgatoire, que l'église vient d'inventer.
Les écrivains de la pierre
Les sculpteurs ne sont que des tailleurs de pierre très qualifiés mais anonymes. La notion d'artiste n'existe pas à cette époque (elle n'arrivera qu'à la Renaissance).
Ils sont soumis à une double contrainte : un programme exclusivement religieux et les règles de la loge qui n'accepte pas les écarts. L'église a le choix du sujet et de la composition ; le sculpteur n'a de liberté que dans la façon. Il doit respecter les clichés : les saints sont toujours parfaits, les dignitaires grands et élégants, les gens du peuple petits, laids et grossiers. Au fur et à mesure que ses sculptures montent dans l'édifice et qu'elles sont moins surveillées par les théologiens, le sculpteur gagne de l'indépendance et se permet des liberté : il n'hésite pas à représenter une sirène aux seins nus qui se mire dans un miroir, à faire vivre des scènes de la vie quotidienne, à caricaturer un chanoine. Et il se défoule carrément dans ses gargouilles.
Soudain, à partir du XIIIème siècle, il est pris par une fièvre décorative ahurissante (probablement aussi par la fièvre du gain). Il fait trop de statues. Il y en a tant à Reims ( 3000 contre 1200 à Paris) qu'on doit en mettre partout. Il faut numéroter les statues pour ne pas les intervertir tant il y a de confusion dans les compositions !
La femme sur les murs
A partir du XIIIème siècle l'église s'adresse aux foules non plus avec des pierres mais avec des paroles. Prêcher devient la première fonction du clergé. Dans ces édifices conçus pour que le public voie, les prédicateurs parlent haut et fort. Ce sont les médias de l'époque. Ils s'adressent aux fidèles dans un langage que les humbles peuvent comprendre. Ils leur racontent les testaments, des histoires de saints pathétiques et édifiantes. Ils leur font la morale. Parfois ils font de la politique. Souvent ils parlent de sexe. Et ça marche fort.
L'arrivée de Marie, et avec elle de la femme dans la statuaire gothique correspond à une poussée toute nouvelle de dévotion mariale. Nombre de cathédrales ne sont-elles pas dédiées à Notre-Dame ? L’histoire de la Sainte Vierge occupe des portails entiers. Son omniprésence traduit le souhait d'une intercession auprès d'un Dieu qui inspire la crainte et d'un Fils trop exemplaire. On compte sur elle, sur sa tolérance et sa bonté pour être racheté de ses fautes.
Pour mieux contrôler les hommes l'église tenait les femmes. Les moines considéraient la femme comme responsable du péché originel (la pomme de la tentation tendue par Eve à Adam, si souvent représentée, le serpent à tête de femme), comme un être pervers et diabolique. Les femmes se sentaient délaissées, réclamaient qu'on les aidât à cheminer vers le salut. Au XIIème siècle les cathédrales tiennent enfin compte de leur attente. Jésus leur est proposé comme l'objet d'un amour passionnel, Dieu comme l'époux de leur âme et la Vierge Marie comme un modèle de pureté. Marie est aussi proposée aux hommes. Concrètement, grâce aux reliques ramenées des croisades (la Vierge Marie était vénérée à Byzance) : Chartres a été construite autour d'un morceau de sa tunique, Soissons autour de son soulier, et Laon autour de quelques gouttes de son lait (sic — la fiole existe toujours) !
Le culte de Marie exalte les sentiments amoureux. L'histoire de sa vie met en scène d'autres femmes, dont la troublante Marie Madeleine. La main du sculpteur aidant, les femmes, la femme, Esméralda, font ainsi leur apparition dans la statuaire des cathédrales.
Elles en sont les images les plus populaires. D'autant qu'elles ont des seins qui pointent et des hanches qui ondulent timidement sous la draperie.
C'est grâce aux thèmes liés à Marie que la statuaire gothique gagne en réalisme et en humanité. Le sculpteur à plaisir à représenter la mère de Jésus en prenant pour modèle sa femme, sa fille ou sa voisine, en lui donnant des traits qui expriment beauté, douceur et tendresse. Le succès de Marie aux murs des cathédrales est parallèle à l'irruption de l'amour courtois dans la vie de cour. L'amour n'est plus vu comme une capture mais un don (l’exploit était pourtant un vol : ravir l'épouse de l'autre). Les amoureux cultivent cet intervalle entre le désir et son assouvissement en le meublant de sentiments.
Les tours sûres d’elles mêmes
Les éléments qui pâtissent le plus du manque de financement sont ceux érigés en dernier : les tours et les flèches.
Des tours sont arrêtées dans leur mouvement ascensionnel ou sont coiffées de toits plats et couronnées d'une simple balustrade comme à Notre-Dame de Paris. D'autres cathédrales n’ont qu'une tour au lieu de deux ou même pas du tout. Les indispensables cloches (celles de l'église et celles de la ville qui avait exigé d'avoir les siennes pour rythmer la vie des citadins) ont été logées où on a pu.
Ceux qui participaient aux débuts des travaux savaient qu'ils ne verraient pas l'ouvrage terminé. Aucune cathédrale n'a jamais été complètement achevée. Ainsi aucune n'est semblable à l'autre. C’est aussi ce qui fait leur singularité et leur charme.
Naissance du vitrail médiévaL'explosion du vitrail que permet le gothique au XIIème siècle correspond à une véritable théologie de la lumière. L'heure est à la transparence. La lumière qui vient du haut, par les vitraux, fait lever les regards vers la " Jérusalem céleste " dont la cathédrale se veut une réplique. La lumière est synonyme de vérité, de Verbe. Dieu est lumière. En remplissant les parois les vitraux ont progressivement remplacé la fresque ou la peinture en vigueur sur les murs des églises romanes.
L'époque gothique a hérité l'art du verre des Romains, mais c'est elle qui a inventé les murs de verre des cathédrales. Les vitraux pouvaient résister des vents de plus de cent cinquante kilomètres heure.
Les vitraux forment un livre d'images colorées qui raconte l'Evangile, la vie des pères de l'église, des saints, des apôtres et des rois (parfois aussi leur quotidien).
La rosace est à l'image du soleil qui se lève. Elle évoque aussi la forme de l'univers que l'on imaginait à l'époque circulaire. Les rosaces rivalisent de beauté et de splendeur pour célébrer la gloire du créateur de cet univers. Les premières rosaces apparaissent à la cathédrale de Laon (début des travaux : 1153). Les roses suivantes présenteront des présenteront des diamètres gigantesque : 13 m à la cathédrale de Paris, la cathédrale construite après celle de Laon.
Les donateurs
Le prix des vitraux est très élevé. Les vitraux sont souvent dus à des donations des prélats, des nobles, des bourgeois. En échange les donateurs signent les vitraux, signe de leur générosité, ou y sont représentés (tandis que les maîtres verriers restent anonymes). A partir du XIVème siècle les gens les plus fortunés se préoccupent de leur salut et se font construire des chapelles au flanc des cathédrales. Le vitrail y trouve des surfaces supplémentaires et l'occasion de nouvelles prouesses.
Des scènes montrent les artisans au travail. D'abord ceux qui ont construit la cathédrale, comme à Laon. Les corporations qui participent au financement de ces grands chantiers se font représenter, assurant ainsi une publicité à leur générosité. A Chartres, considérée comme un conservatoire des gestes et d'outils des métiers du Moyen-Age, le vitrail de la Rédemption (XIIème) a été financé par les maréchaux-ferrants représentés en plein travail ; on peut y voir aussi le vitrail des Apôtres, réalisé grâce aux dons des boulangers et un vitrail des cordonniers qu'on voit à la tâche. Bourges offre également un témoignage de la vie des maçons à travers le vitrail qu'ils ont offert, un autre l'ayant été par les tailleurs de pierre, représentés avec leurs outils. A Rouen, au bord de la Seine, ce sont des poissonniers qui occupent le bas des vitraux. A Paris, des prostituées auraient demandé à financer un vitrail, ce qui leur aurait été accordé par un clergé en manque de subsides à condition que ce financement soit totalement anonyme.
Les motivations des donateurs étaient diverses et la multiplicité des donateurs expliquent parfois des incohérences, des redondances iconographiques comme à Chartres où cinq ensemble de vitraux, produits de cinq donations différentes, sont consacrés au seul Saint-Jacques
Les maîtres verriers, forts en thème.
Les maîtres-verriers occupaient le sommet de la hiérarchie des corps de métier, au dessus des charpentiers, des forgerons et des sculpteurs. On leur demandait de remplacer les murs par des vitraux et ils avaient le sentiment qu'on élevait les cathédrales pour eux. Ils étaient à la fois des artisans, des artistes et des maîtres en théologie. Pour satisfaire les volontés pédagogiques des chanoines, qui choisissaient les thèmes à représenter, ils devaient connaître les Testaments et savoir interpréter les mystères de la foi.
Fabrication du vitrail
Des verreries, installées à la lisière des forêts, fabriquent le verre en chauffant à près de 1500 degrés un mélange composé d'un tiers de sable de rivière et pour deux tiers de cendres de fougères et de hêtre. La matière première est livrée aux maîtres verriers qui exécutent leur travail dans un atelier souvent situé près de la cathédrale.
Sous la direction d'un maître qui dessine un modèle grandeur nature appelé "carton", les verriers découpent le verre avec une pointe rougie au feu. Les morceaux sont de différentes couleurs, obtenues à partir de plantes ou de minéraux réduits en poudre (les secrets ont été si bien gardés qu'on ne sait pas toujours comment les reproduire). Ils sont assemblés comme une mosaïque et sertis dans un maillage de plomb. Le vitrail est ensuite démonté, transporté dans la cathédrale, remonté et fixé à son emplacement
Le vitrail, phénomène artistique.
Après le XIIIème siècle le vitrail devient un art à part entière. Les peintres peignent sur vitrail. Le vitrail ne cessera de connaître des évolutions dans ses formes d'expression jusqu'au XIXème siècle alors qu'on restaure les verrières des cathédrales.
La technique plus tardive du " jaune argent" permet de laisser passer plus de lumière.
Ordre de construction des premières cathédrales
Elles correspondent à l'ordre exact du lancement des travaux.
Sens ( 1135)
Noyon (1150) 23 m sous voûte
Laon (1153) 24 m
Paris (1163) 35 m
Bourges (fin XIIème) 37 m
Chartres (début XIIIème) 36 m seulement mais la nef la plus large
Reims (1211) 38 m
Amiens (1218) 42,5 m
Beauvais (1225) 48,5 m !
La course aux records
Faire une cathédrale n'était pas une chose simple. Quand les bâtisseurs du Moyen âge se lancent dans le gothique tout est nouveau, tout est à inventer. Mais d'abord, qu'est ce que le gothique ?
L'église de Vézelay en Bourgogne montre de manière frappante la différence entre le roman et le gothique. A Vézelay le corps de l'édifice est roman. Sa tête, le chœur, est gothique. Ici tout est clair, lumineux, élancé. Là-bas les pierres chuchotent dans l'ombre.
L'architecture romane est massive et basse parce que la voûte en berceau pèse très lourd. Son poids et celui de la toiture ne peuvent être supportés que par des murs très épais, murs renforcés par des contreforts extérieurs. Il est difficile ici de monter très haut (ou alors on fait une forteresse). Et puisque les murs sont porteurs, tout du long, on ne peut pas y percer de grandes fenêtres, d'où l'obscurité intérieure.
Dans le gothique au contraire on peut monter les murs et les percer de grandes fenêtres.
Pourquoi ? Voyez cette forêt de piliers, cet alignement de pattes d'insecte, de colonnes qui, proportionnellement à la taille du bâtiment, ne sont pas plus grosses qu'un crayon de bois.
Ces piliers servent à supporter des voûtes en arc brisé, des voûtes dans lesquelles, grâce aux croisées d'ogives, le poids est canalisé et distribué sur les colonnes comme des pétales sur une tige. Si les piliers sont faits avec une pierre solide, on peut monter l'édifice très haut. Seule compte la solidarité de l'ossature boulonnée au sommet par les clés de voûte. Les piliers se chargent de tenir l'ensemble. Dans le gothique les murs ne sont plus que des voiles, des rideaux de remplissage (on peut ainsi les percer d'autant de vitraux que l'on veut, parfois il n'y a plus de mur du tout, comme ici à Beauvais). Et là-haut la voûte est comme une fine peau de pierres tendue sur les arcs de la croisée d'ogives.
Le squelette de la ruine de Ourscamps dans l'Oise donne une illustration parfaite de ce qu'est la structure d'un monument gothique : elle est tout à fait comparable à l'ossature des monuments en fer du XIX°, aux halles de Baltard ou à la tour Eiffel.
A partir de ce milieu du XIIe siècle tout va très vite : chaque innovation présentée par une cathédrale en cours de construction est immédiatement repérée, reprise et améliorée dans la suivante.
Georges Duby, Le Temps des cathédrales, 1975
1. 07/09/2011
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