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Après l'unanimité du XIIe suscitée par les croisades et la chrétienté conquérante, l'opinion du continent européen commence à s'interroger à partir de la fin du XIIIe sur la légitimité du Temple : leur inactivité, leur arrogance et leur statut "intouchable" jettent le discrédit sur eux. La méfiance du peuple est de plus attisée par tant de richesses et par le luxe ostentatoire dans lequel vivent certains templiers : où sont la foi, l'austérité et l'humilité à l'origine de l'ordre ? · La disgrâce du pouvoir capétien et des seigneurs :
La royauté est frustrée de ne pas pouvoir contrôler les templiers : l'Ordre devient de plus en plus incompatible avec l'affirmation croissante du pouvoir des Capétiens. Comment Philippe le Bel, en conflit ouvert avec la papauté, peut-il supporter dans son royaume ces puissants et riches chevaliers qui ne dépendent que de l'autorité exclusive du Pape ?
De plus : · le roi est frustré d'avoir essuyé un échec cuisant suite à sa demande pour se faire nommer Grand Maître de l'Ordre !
· Guillaume de Nogaret souhaite, suite à sa compromission dans l'attentat d'Anagni contre le précédent Pape, bénéficier d'une réhabilitation vis-à-vis de la chrétienté.
Suivant une idée déjà ancienne évoquée par Saint-Louis et la papauté, Philippe le Bel souhaite la fusion de l'Ordre du Temple avec celui des Hospitaliers afin de constituer une force suffisante pour préparer une nouvelle croisade. L'affaire est mise à l'ordre du jour de plusieurs conciles, mais sa non-réalisation résulte de l'entêtement et de l'étroitesse d'esprit du Grand Maître Jacques de Molay. Durant l'été 1306, Jacques de Molay donne son opinion au Pape Clément V sur le projet de fusion en l'état: l'argumentaire du Grand Maître n'a qu'un seul but non avoué, garder coûte que coûte une place qui risque de lui échapper !
L'arrestation et le procès des templiers · L'arrestation : A la demande de Philippe le Bel, tous les templiers de France sont arrêtés le 13 octobre 1307 à l'aube par les sénéchaux et les baillis du royaume sous des chefs d'inculpation douteux (profanation de la croix, idolâtrie d'une tête de chat, homosexualité). Il s'agit là d'une opération de rafle de police conduite dans le plus grand secret par Guillaume de Nogaret
Les 140 templiers de Paris sont arrêtés personnellement par Guillaume de Nogaret accompagné de gens d'armes.
· Les premiers aveux
Rien qu'à Paris, 134 prisonniers sur 138 confirment l'exactitude des accusations ... mais 38 succombent à la torture : on peut donc douter sérieusement de la sincérité des aveux !
Au reniement du Christ, aux rites obscènes, les confessions ajoutent encore l'adoration des idoles, la cupidité, la négation des sacrements et les réunions nocturnes secrètes. L'opinion publique et le roi lui-même y voient la confirmation de leurs terribles soupçons sur l'impiété présumée des Templiers et leur connivence avec les forces du Mal !
Pour extorquer la "vérité" aux prisonniers dans tout le pays, les commissaires royaux utilisent largement la torture : très vite, les résultats des interrogatoires, poursuivis par les inquisiteurs dominicains de l'église mandatés par le Pape, confirment les affirmations de Philippe le Bel sur la corruption effective de l'Ordre monastique et militaire.
Le procès :
La nouvelle de cette arrestation est reçue par le Pape comme une grave offense à son pouvoir. Il apprend de plus que des prisonniers ont rétracté leurs aveux devant ses cardinaux : il décide d'interrompre les activités des inquisiteurs.
Cela ne convient pas à Philippe le Bel, qui tente aussitôt de le convaincre de la culpabilité de l'Ordre, en lui présentant 72 Templiers soigneusement choisis, qui dressent un tableau terrible des crimes du Temple.
Ainsi pressé et persuadé, Clément V ordonne la formation dans chaque diocèse de commissions ecclésiastiques chargées d'examiner les cas individuels, tandis qu'une commission nommée par lui siégera à Paris, avec charge d'enquêter sur l'Ordre en général.
Depuis le début du procès, les aveux du Grand Maître Jacques de Molay et des autres dignitaires avaient brisé toute velléité de résistance.
Aussi, lorsque la commission pontificale demande à ce que l'Ordre du Temple présente des défenseurs; plus de 500 membres du Temple manifestent leur désir de s'exprimer et certains expliquent que la torture est responsable des aveux en confirmant la pureté de leur Ordre : la résistance des templiers s'organise.
Mais sous la pression de Philippe le Bel, le pape Clément V, moins enclin à la théocratie prônée de ses prédécesseurs, signe définitivement la fin de l'Ordre du Temple en émettant sa dissolution le 3 avril 1312 ("Ad providam").
Le procès aura duré 7 ans et c'est donc sous l'usage de la torture, comme fer de lance, que les Chevaliers du Temple avoueront les supposés crimes qu'on leur impute.
Jacques de Molay, le dernier grand maître de l'Ordre, proclame sur son bûcher :
- "Clément et toi, Philippe, traîtres à la foi donnée, je vous assigne tous deux au tribunal de Dieu ! Toi, Clément, à quarante jours, et toi, Philippe, dans l'année."
Quoi qu'il en soit, le pape Clément V mourut de maladie un mois plus tard, le 20 avril 1314 à l'âge de 49 ans, et le roi Philippe le Bel périt victime d'un accident de chasse la même année, le 29 novembre, à Fontainebleau, à l'âge de 46 ans.
Au bout de 7 ans d'emprisonnement (dont une partie dans le Château Chinon), Jacques de Molay accompagné d'autres dignitaires de l'ordre sont conduits le 18 mars 1314 devant la cathédrale de Notre-Dame de Paris pour entendre le verdict du procès : la sentence des juges est la prison à vie.
Mais Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay, précepteur de Normandie, haranguent la foule en disant que leurs aveux ont été volés, que les templiers n'ont commis aucun crime et sont victimes d'une machination : les deux hommes sont alors condamnés au bûcher.
Jacques de Molay et son compagnon sont brûlés vif à la pointe de l'île de la Cité le 19 mars 1314 : ils demandent qu'on leur desserre les liens des mains pour pouvoir les joindre en prière.
La plaque ci-contre rappelle le triste sort de cet homme qui n'aura pas su réformer son ordre quand il en était encore temps.
La légende veut qu'à l'instant de succomber dans les flammes, Jacques de Molay lance une malédiction à l'attention du roi et du Pape : "Pape Clément ! Roi Philippe ! Avant un an, je vous cite à paraître au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste châtiment ! Maudits ! Maudits ! Tous maudits jusqu'à la treizième génération de vos races !"
La malédiction du templier allait s'avérer exacte : Clément V meurt le 20 avril 1314 d'étouffement et Philippe le Bel décède en novembre 1314 d'un ictus cérébral ; ses trois fils mourront dans les 12 années à venir, sans laisser de descendance mâle, mettant ainsi fin à la lignée des Capétiens directs.
Avec l'affaire du Temple, la monarchie capétienne montre clairement qu'elle entend suivre son intérêt politique et ne plus se comporter en vassale de l'Eglise.
· Le partage du trésor templier :
Le 3 mai 1312, le Pape affecte le trésor des Templiers à l'ordre concurrent des Hospitaliers, à l'exception de la part ibérique qui revient aux ordres militaires locaux : ainsi, les biens gardent une affectation destinée à la défense de la Foi.
Le roi de France et ses conseillers plaident en faveur de cette solution respectueuse de la volonté des nombreux bienfaiteurs du Temple mais en 1313, sur la base de documents comptables, l'ordre de l'Hôpital restitue 200.000 livres au Trésor royal pour solde de tout compte. Le successeur de Philippe le Bel, Louis X, réclamera un supplément, estimant que son père a été floué : l'affaire est close en 1317, quand le nouveau roi Philippe V reçoit 50.000 livres supplémentaires...
La perte de Jérusalem avait inauguré le lent déclin de l'entreprise chrétienne en Orient, malgré les rares victoires sur le terrain comme la prise de Saint Jean d'Acre en 1191. En 1229 les croisés réussirent à convaincre le sultan de leur rendre la Ville Sainte pour 10 ans. Mais en 1244 les Turcs chassèrent les occupants de Jérusalem après l'avoir dévasté.
Dans les années qui suivirent, les chrétiens perdirent petit à petit leurs possessions et en 1291, soit un siècle après sa prise, le sultan égyptien les chasse de la ville de Saint-Jean d'Acre. L'épopée militaire des Templiers s'achève sans coup férir...
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