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archange saint Michel
La querelle autour de la vénération des icônes divise l’Eglise byzantine. Rome, attachée au culte des images, rompt sa dépendance juridique à l’égard de Constantinople et fait alliance avec la monarchie franque, seule capable de la défendre contre les invasions des Lombards.
«Alors on put voir, dans toutes les campagnes et dans toutes les villes, les gens pieux pousser des cris de détresse et de lamentation, tandis que les impies foulaient aux pieds des objets consacrés, profanaient la vaisselle liturgique, grattaient ou recouvraient de chaux les murs des églises parce qu’ils portaient de saintes images. Et là où il y avait de pieuses représentations du Christ, de la Mère de Dieu ou des saints, ils les livraient au feu, à la démolition ou au badigeonnage, tandis que les scènes où figuraient des arbres, des oiseaux, des bêtes sans raison et tout particulièrement des scènes diaboliques d’équitation, de chasse, de spectacles et de courses de chars étaient conservées avec respect et même restaurées.»
le psautier Chudlov
Ces événements, décrits dans la Vie d’Etienne le Jeune, ont lieu au moment où se réunit un concile dans le palais de Hiéréia à Constantinople, c’est-à-dire entre le 10 février et le 8 août 754.
L’empereur Constantin V a convoqué les évêques orientaux pour discuter de la vénération des icônes et des images. Il est farouchement opposé à toute forme d’art religieux qui représente les saints, le Christ ou la Vierge. Les images, déclare-t-il, ne donnent à ces derniers qu’une apparence humaine sans réussir à montrer leur gloire divine. Elles trahissent en quelque sorte leurs modèles, et leur culte doit être interdit. Pratiquement tous les évêques réunis suivent l’empereur et condamnent la vénération des icônes comme un acte idolâtre. Un régime de terreur s’installe. La persécution commence.
Origines de la crise
La controverse iconoclaste s’est développée durant plus d’un siècle (726-843). Au VIIIe siècle, elle a atteint son apogée sous l’empereur Constantin V (741-775), et représenté un important facteur de division au sein de l’Eglise byzantine, de même qu’entre Constantinople et Rome. Son issue a fondé l’orthodoxie, selon l’historien Gilbert Dagron*, spécialiste de la question. A ses yeux, «il faut imaginer que l’iconoclasme et l’établissement de l’orthodoxie furent des chocs culturels comparables, toutes proportions gardées, à la Réforme et à la Contre-Réforme.»
La querelle a des racines lointaines. Encore imprégnés des mises en garde contre l’idolâtrie païenne de l’Ancien Testament, les premiers chrétiens entretiennent un rapport ambigu avec les images. Le Décalogue ne dit-il pas: «Tu ne feras aucune image sculptée, rien qui ressemble à ce qui est dans les cieux, là-haut, ou sur la terre, ici-bas, ou dans les eaux, au-dessous de la terre»?
Mais l’image représente un soutien pédagogique pour les fidèles illettrés. Aussi, les premières manifestations artistiques de la foi chrétienne reposent-elles sur des symboles ou des allégories. Aux VIe et VIIe siècles, la vénération des icônes prend une telle ampleur qu’elle verse souvent dans l’idolâtrie. Les iconoclastes ont donc beau jeu de dénoncer ces excès en s’appuyant sur les interdictions vétérotestamentaires.
Peut-être ont-ils été partiellement influencés par les Arabes qui rejettent la représentation humaine. Au début du VIIIe siècle, l’iconoclasme est solidement implanté en Asie mineure et à Constantinople. Ses partisans ont convaincu l’empereur Léon III. Le 7 janvier 726, ce dernier prend position, en public, contre le culte des images. Le patriarche Anastase rédige un document iconoclaste qu’il envoie au pape Grégoire II. Celui-ci ne veut rien savoir de cette nouvelle lubie byzantine et manifeste son ferme attachement au culte des images.
En signe de représailles, l’empereur place l’Illyrie, la Calabre et la Sicile sous juridiction byzantine. Les relations entre Rome et Constantinople, une fois de plus, se dégradent. Toutefois, contrairement à ce que les historiens pensaient il y a quelques années encore, l’iconoclasme semble avoir été plutôt modéré sous le règne de Léon III, n’entraînant ni persécutions, ni destructions d’images.
Chasse aux images
Pendant les premières années de son règne, Constantin V, fils de Léon III, œuvre à la stabilité intérieure et extérieure de son royaume. Ce n’est qu’en 752 qu’il lance sa campagne contre le culte des images. Pour imposer ses idées, Constantin convoque, en 754, le concile de Hiéréia qui condamne la vénération des icônes. Commence alors une véritable chasse aux images. Les mosaïques sont arrachées, les icônes détruites. Les iconoclastes s’attaquent également aux reliques. Les moines, fervents partisans des icônes, sont fouettés, torturés, noyés, forcés à se marier. Les livres monastiques enluminés sont jetés au feu.
le christ Pantocrator (mosaïques)
La répression se fait moins forte après la mort de Constantin en septembre 775. Son fils Léon IV apaise les hostilités mais ne lève pas l’interdiction des images. A sa mort en 780, son épouse Irène prend la régence. Iconophile, elle convoque un concile œcuménique à Nicée en 787. Les décisions prises lors du concile de 754 sont annulées, le culte des images restauré, l’iconoclasme condamné.
Le IXe siècle connaîtra encore une crise iconoclaste, qui se terminera elle aussi par la restauration du culte des images en 843 et un encadrement théologique de l’art religieux. C’est à ce moment que la vénération des icônes donnera son identité à l’orthodoxie. La liturgie byzantine acquerra les caractéristiques majeures qui sont encore aujourd’hui les siennes.
Au VIIIe siècle, la controverse iconoclaste contribue à l’incompréhension croissante entre Rome et Constantinople et s’ajoute à des problèmes d’ordre politique. Rome est toujours juridiquement soumise à Byzance. Mais les appuis de l’Empire d’Orient en Italie s’effondrent peu à peu sous les coups des Lombards. Ceux-ci s’emparent en 751 de l’exarchat de Ravenne, dernier rempart byzantin dans la Botte.
Le duché de Rome est menacé. C’en est trop: la papauté n’a que faire d’un Empire incapable de défendre l’Italie. Le pape Etienne II contacte Pépin le Bref, successeur de Charles Martel, un carolingien qui avait réussi à recréer un centre d’autorité en Gaule. Depuis, les Francs apparaissaient comme une force montante dans l’Europe des barbares. Le salut de Rome ne pouvait venir que d’eux, bien que, de fait, la papauté eût pris en main les affaires civiles et militaires de l’Italie depuis le pape Grégoire Ier (590-604).
En effet, face aux invasions barbares et à l’incapacité de Byzance de s’y opposer, les papes avaient été amenés par les circonstances et à leur corps défendant à affermir leur pouvoir temporel. Ils durent ainsi créer une armée pour défendre ce qu’on commençait à appeler le «patrimoine de saint Pierre». Armée qui s’avéra insuffisante au VIIIe siècle.
fresques de la période iconoclaste
En 754, Etienne II conclut une alliance avec Pépin le Bref, qui la met aussitôt en pratique en déclarant la guerre aux Lombards. En 756, ces derniers sont contraints de livrer au pape les 22 villes de l’exarchat ainsi que d’autres territoires. Les Etats pontificaux sont nés. Autre événement important: Etienne II, peu après la conclusion de l’alliance avec le roi carolingien, sacre ce dernier, ainsi que toute sa famille, et lui décerne le titre de «patrice des Romains», c’est-à-dire «seigneur» des Italiens.
En se mettant sous la protection du monarque franc, le pape rompt les dernières amarres de Rome avec Byzance. A partir de ce moment, l’histoire du christianisme occidental va se confondre avec le destin de la monarchie franque jusqu’à la fin du IXe siècle. Charlemagne, successeur de Pépin le Bref, conquerra une grande partie de l’ancien Empire romain. En l’an 800, le pape Léon III fera de Charlemagne un empereur.
L'art sous l'iconoclasme est bien plus développé qu'on ne l'imagine généralement. Si les figures saintes ne sont pas représentées, un art impérial important a cours, se manifestant dans l'orfèvrerie et les tissus.
Architecture
L'architecture est un peu abandonnée durant la période iconoclaste. Le tremblement de terre de 740 pousse à reconstruire des églises comme celle de Sainte-Irène, dont l'unique décor est une grande croix dans l'abside. Quant à Sainte-Sophie de Thessalonique, malgré ses dimensions imposantes, reste assez lourde, avec des murs épais.
Les décors architecturaux ne comportent en général que des symboles chrétiens, comme la croix, ou des images profanes (animaux, végétation). Les églises de Cappadaoce, comme Sainte-Barbara, présentent un décor inspiré de l'iconoclasme, bien que plus tardif (IXe siècle : figures géométriques (tresses, chevrons), animaux, croix... peints en rouge sur un enduit blanc.
L'architecture civile est tout aussi abandonnée : Constantinople tombe en ruines, malgré les quelques réparations défensives qui sont entreprises, sur les remparts notamment. Certaines villes disparaissent totalement de la carte, tandis que d'autres se déplacent (Éphèse) ou se concentrent dans de petits citadelles.
Objets de luxe
Alors que les icônes sont détruites, l'art impérial profane subsiste. Les thèmes impériaux comme la chasse (suaire de saint Austremoine) ou les jeux de l'hippodrome (suaire de Charlemagne) sont exaltés sur de magnifiques tissus. Une nette influence persane peut être notée dans le style : des médaillons tangents, décorés de rouelles comportant un décor le plus souvent symétrique est répété organisent la surface de ces tapisseries.
On connaît néanmoins quelques rares exemples d'iconographie sacrée, comme sur la soierie à l'annonciation conservée au Vatican, qui a pu être tissée dans un atelier provincial, ou à Constantinople même sous Constantin V ou Léon IV.
L'orfèvrerie, quoique quasiment complètement disparue de nos jours, est connue par les texte et semble particulièrement magnifique. Ainsi, Pépin le Bref se vit offrir des orgues hydrauliques en or massif par l'empereur oriental. On cite l'emerveillement des visiteurs de la salle du trône de Théophile à la vue des automates (arbres aux feuillages bruissant et aux oiseaux gazouillant, lions qui rugissent et battent la queue en or au pied du trône impérial, réalisé dans le même métal). Un petit médaillon au griffon en émail enfoncé sur or (Louvre, D 926) témoigne aussi de la magnificence de cet art.
La transition entre iconoclasme et dynastie macédonienne
Le 11 mars 843, l'impératrice Théodora rétablit définitivement l’orthodoxie et donc le culte des images. S’appuyant sur des théologiens, qui affirment que le Christ est lui-même la première image de Dieu, la représentation est donc définie comme manifestation de la présence divine. Immédiatement, un foisonnement d'image est perceptible, dans les livres et les icônes peintes sur bois. L'accent est porté sur les thèmes mettant en valeur l'image : ainsi, on trouve sur un volet de diptyque en bois peint la représentation du mandylion, le linge miraculeux qui aurait guéri le roi Abgar d'Edesse, qui aurait recouvré la santé à la seule vue d'un linge. Il semblerait que l'empereur Romain Ier Lécapène se soit d'ailleurs fait représenter sous les traits du mandylion, ce qui illustre bien la part importante que prit le pouvoir impérial dans le rétablissement du culte des images.
Le Psautier Chludov, conservé au musée historique de Moscou, daterait de 843. Comme son nom l'indique, il s'agit d'un psautier, un recueil de tous les psaumes, chacun étant illustré par une image. L'une notamment met en relation la crucifixion et l'iconoclasme, puisque la première est représentée au-dessus d'iconoclastes recouvrant une icône de chaux : l'iconoclasme est donc clairement désigné comme une "seconde crucifixion". Du point de vue du style, la touche est vive et rapide, le canon trapu, et le volume est rendu par des touches de couleurs juxtaposées.
Source
Jannic Durand, L'art byzantin, Terrail, Paris 2001
Wikipédia
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