L'Empire byzantin

 

L'Empire de Nicée

Vestige de l'empire byzantin ayant résisté à la prise de Constantinople par les croisés en 1204 et à la création de l’Empire latin de Constantinople, l’Empire de Nicée occupait, en Anatolie occidentale, une large bande de terre qui s’étendait de la Mer Égée jusqu’à la Mer Noire. Si sa capitale officielle demeura toujours Nicée (siège du patriarcat et des couronnements impériaux), les Empereurs fixèrent leur résidence à Nymphée, ville de Lydie, qui devint alors le siège du gouvernement impérial.

Empereur byzantin en exil, Théodore Ier Lascaris dut faire face à de nombreux problèmes : chassés d’Europe par les Francs, qui imposaient les rites chrétiens latins au détriment du rite orthodoxe grec, de nombreux Grecs s’installèrent sur les terres de l’Empire de Nicée et de l’Empire de Trébizonde et parvinrent à y former de petites principautés grecques, menaçant le pouvoir impérial et l’intégrité physique de l’Empire.

En outre, les armées latines de Baudouin Ier attaquèrent : l’armée grecque, mal préparée, subit une sévère défaite à Poimanenon, donnant aux Francs le contrôle de toute la côte de la Bithynie, jusqu’à Brousse. Déçus cependant par l’arrogance de Baudouin, les Thraces offrirent la couronne impériale au roi Kalojan de Bulgarie : la défaite des armées franques à Andrinople, le 14 avril 1205 et la capture de Baudouin Ier permirent alors à Théodore de reconstituer paisiblement son empire. Il fut cependant défait à Pergame par Henri de Hainaut en 1211 et dut, en 1214 par le traité de Nymphaeon, céder aux Francs la côte nord-ouest de l’Asie Mineure.

En 1241, les Nicéens, épargnés par l’invasion mongole qui déferle sur la Bulgarie et sur Trébizonde, peuvent soumettre les Bulgares à leur autorité, encerclant Thessalonique qu’ils reprennent en 1246.

En 1252, les Nicéens prennent l’Albanie et Kruja. Jean III Vatatzès demeure cependant discret sur la côte adriatique et ce n’est qu’à sa mort, en 1254, que son fils Théodore II pousse jusqu’à Durazzo et oblige Michel II, despote d’Épire, à réaliser une alliance entre les deux États grecs.

À la mort de Théodore II, en 1258, cependant, Michel Paléologue usurpe le trône et écrase les armées d’Épire à Pélagonia au printemps de 1259. Cette victoire grecque marque l’affaiblissement définitif de l’Épire, l’humiliation de l’Achaïe et la fin des entreprises latines au cœur des Balkans.

Le 15 août 1261, Michel Paléologue reprend par surprise Constantinople, devenant l’empereur byzantin Michel VIII Paléologue. L’empire de Nicée disparaît alors, pour se confondre désormais avec l’empire byzantin.

 

L'Empire de Trébizonde

L’Empire grec de Trébizonde est un état successeur de l’Empire byzantin, centré autour de l'actuelle Trabzon, dans l'est de l'Anatolie, sur le littoral de la mer Noire. Établi en 1204, suite à la chute de Constantinople et la formation de l’Empire latin de Constantinople, il disparaît lorsque le sultan ottoman Mehmed II s'empare de Trébizonde, en 1461.

En 1185, l'empereur byzantin Andronic Ier Comnène est renversé par son favori Isaac II. Deux de ses petits-fils, Alexis et David, s'enfuient à Trébizonde. La ville accueille ces deux descendants impériaux. Alexis et David instaurent leur pouvoir sur toute cette région séparée du reste de l'empire byzantin par le sultanat turc seldjoukide de Konya (Ικονιον, Iconium, qui plus tard sera partiellement puis totalement occupé par les Ottomans en 1475).

En 1204, les Croisés de la quatrième croisade prennent et pillent Constantinople. À Trébizonde, Alexis est alors proclamé par ses soldats Alexis Ier Grand Comnène « Empereur des Romains ». Il entreprend aussitôt avec son frère David Ier des campagnes pour étendre son territoire. Au cours d'une courte phase, David fait des conquêtes vers l'ouest et le sud aux dépens du sultanat seldjoukide. Mais David perd la vie au cours de ces campagnes, et après sa défaite, son frère Alexis réussit à contenir les Seldjoukides et à conserver ses anciennes possessions. Il se tourne vers la mer. Il se met à construire une flotte, reconquiert les côtes de Crimée perdues par l'Empire de Nicée et conquiert la région de l'embouchure du Dniepr.

Après que l'Empire de Nicée a repris Constantinople aux Croisés en 1261, Jean II de Trébizonde (1280-1298) abandonne le titre d'« Empereur des Romains », reconnaissant que ce titre ne revient qu'au seul empereur de Byzance, et prend celui d'« Empereur d'Anatolie et des pays d'outre-mer ».

L’État résiste aux convoitises de ses voisins, grâce à sa situation privilégiée à l'extrémité occidentale de la route de la soie. En 1315 les Génois y établissent un comptoir, assurant une certaine prospérité à Trébizonde, dont l'influence s'étend alors à toute la mer Noire, autour de laquelle les Génois multiplient les comptoirs.

Au milieu du XIVe siècle, Trébizonde a à souffrir d'une agitation politique et sociale comparable à celle qui sévit à Byzance même, mais l'empire et la dynastie y survivent : les Grands Comnènes ne sont jamais chassés ni remplacés, et l'empire conserve un caractère byzantin indiscutable.

Le lien principal qui unit les Grecs de Trébizonde à Constantinople est d'ordre surtout religieux car l'Église de Trébizonde a toujours accepté de bon gré son rattachement au patriarcat de Constantinople. On peut encore voir aujourd'hui dans la montagne, au-dessus de la ville, les ruines du monastère de Sumela, le « mont Athos pontique ».
L'Empire de Trébizonde vers 1400

Le sultan Bayezid Ier envisageait de s'emparer de l'empire de Trébizonde, mais l'attaque de Tamerlan contre les Ottomans, vaincus à la bataille d'Ankara en 1402 et les conflits de succession qui opposent les successeurs de Bayezid donnent à l'empire pontique un sursis de plusieurs décennies.

En 1429, Jean IV Kaloyannis s'empare du trône en faisant assassiner son père Alexis IV et résiste victorieusement aux assauts de ses voisins, dont en particulier l'assaut que mène, en 1442, le sultan turc Mourad II.

La prise de Constantinople par le sultan ottoman Mehmed II le 29 Mai 1453 met fin à l’empire byzantin, dont une partie des habitants se réfugie à Trébizonde.

En 1456, le gouverneur ottoman d'Amaseia attaque Trébizonde: il ne parvient pas à entrer dans la ville, mais fait un grand nombre de prisonniers et exige de l'empereur une lourde rançon et un lourd tribut.

Jean IV tente alors de s'allier au khan des Turcomans du "Mouton Blanc", Uzun Hasan, auquel il donne sa fille illégitime Théodora en mariage, en 1458. Leur fille, Halime, sera la mère de Ismail Ier, fondateur de la dynastie des Séfévides, qui règnera sur la Perse. En échange, le khan s'engage à défendre personnellement Trébizonde avec tous ses hommes et toutes ses ressources.

À sa mort, en 1458, son frère David II lui succède et prend immédiatement contact avec le duc de Bourgogne Philippe le Bon et le pape Pie II. En vain : en juin 1461, une armée ottomane attaque Sinope et ravage tout le pays pontique ; devant les forces déployées par son adversaire Mehmed II, David II capitule le 15 août 1461.

Une partie de la noblesse de Trébizonde parvient à se faire une place dans la nouvelle Istanbul, s'intégrant aux Phanariotes; une autre partie se réfugie dans les principautés roumaines de Moldavie et de Valachie. Le peuple pontique, lui, survit sur place, soit comme minorité grecque orthodoxe (Rum) au sein de l'empire ottoman, soit en se convertissant à l'islam et en devenant turc pour ne plus payer l'impôt sur les non-musulmans, le haraç.

La ville de Trébizonde recèle encore des œuvres d'architecture et d'art remontant à l'Empire des Comnènes. Le musée local, mais aussi de nombreux antiquaires, en présentent et en font commerce. La publication en 1996 à Istanbul de l'ouvrage La culture du Pont (titre en turc Pontos Kültürü) de l'historien turc Ömer Asan révéla l'existence de nombreux locuteurs grecs du pontique, peut-être 300 000, notamment dans une soixantaine de villages aux alentours de Trébizonde. L'affaire fit grand bruit, Ömer Asan fut accusé de trahison, d'insulte à la mémoire d'Atatürk, de vouloir le démembrement de la Turquie ou d'y réintroduire le christianisme et l'hellénisme. Il fut déféré devant les tribunaux et finalement acquitté, mais cet épisode montre à quel point certains Turcs ressentent leur identité comme contestable, malgré un millénaire de présence turque en Anatolie et plus de huit décennies de République unitaire et laïque. Depuis cette affaire, les locuteurs du pontique utilisent de préférence le turc et évitent d'employer leur langue.Le despotat d’Épire est un des États successeurs de l’empire byzantin né après la quatrième croisade en Épire, une région qui s'étend sur la côte adriatique entre le sud de l’Albanie actuelle et le golfe de Corinthe.

 

Le despotat d'Epire

Le terme de despotat est formé sur celui de despote , qui désigne alors à la cour de Constantinople un membre de la famille impériale. Son équivalent le plus proche est prince ; un despotat serait donc une principauté.

Le despotat d’Épire fut fondé par Michel Doukas, cousin du dernier empereur byzantin avant la conquête franque, Isaac II Ange. Michel s’allia d’abord à Boniface de Montferrat, l’un des chefs de l’armée croisée, mais se révolta contre lui une fois qu’il eut conquis l’Épire, qui devint donc le centre d’une principauté grecque se prétendant le successeur de l’empire byzantin. Michel dut se soumettre, au moins nominalement, à l’empereur latin de Constantinople, Henri de Hainaut en 1209, mais il ne tarda pas à rejeter cette allégeance pour attaquer le royaume de Thessalonique, possession de son ancien allié, Boniface de Montferrat. Repoussé devant Thessalonique par les armées de Henri, Michel concentra ses ambitions sur la côte adriatique ; il conquit plusieurs ports sur la côte et sur le golfe de Corinthe, notamment l’île de Corfou. Il fut assassiné en 1214 et le despotat passa à son demi-frère Théodore Doukas.

Théodore relança l’attaque de Thessalonique. L’empire latin, préoccupé par le conflit avec l’empire de Nicée, ne put l’empêcher de prendre la ville en 1224. Avec l’aide des Bulgares, Théodore expulsa les Francs de la Thrace. En 1227, il se proclama empereur. Il rompit ensuite l’alliance et tenta de chasser les Bulgares. En 1230, son armée fut battue et lui-même fait prisonnier et aveuglé.

C’est son fils Michel II qui prit la destinée du despotat en main. En 1246, l’empereur de Nicée Jean III Vatatzès conquit Thessalonique ; en 1248, Michel II fut obligé de le reconnaître comme empereur. En 1257, il se révolta contre le nouvel empereur, Théodore II Lascaris, et tenta de reconquérir Thessalonique, mais il fut attaqué dans ses possessions adriatiques par le roi de Sicile Manfred. En 1258, Michel II, allié avec le prince d’Achaïe Guillaume de Villehardouin, attaqua les forces nicéennes. Ils furent défaits par l’empereur Michel VIII Paléologue à la bataille de Pélagonie. L’essentiel du despotat fut annexé par l’empire byzantin, puis reconquis par Michel II.

En 1261, Michel VIII reconquit Constantinople et continua de considérer le despotat comme un état vassal de l’empire. Pour sauvegarder son indépendance, Michel II entra dans la vassalité de Charles Ier d’Anjou, roi de Sicile, et de ses descendants les rois de Naples. Le despotat, dirigé à la mort de Michel II en 1271 par son fils Nicéphore Ier, oscilla entre royaume de Naples et empire byzantin au gré de jeux d’alliance très fluctuants. En 1291, une grande part du despotat passa à un prince angevin, Philippe Ier, prince de Tarente, mais la cousine de Nicéphore, Anna, se révolta contre Philippe en 1306. En 1312, Philippe de Tarente abandonna le despotat à Thomas, le fils d’Anna.

En 1318, Thomas fut assassiné par un aventurier romain, Niccolò Orsini, qui épousa sa veuve et prit le contrôle du despotat. Il fut assassiné à son tour par son frère Giovanni en 1323, lui-même tué par sa femme Anna, qui devint la régente pour leur fils Nicéphore II. En 1337, le despotat fut conquis par l’empereur Andronic III Paléologue puis le roi de Serbie Stefan Uroš IV Dušan. Grâce à l’aide de la cour de Naples, Nicéphore le reconquit en 1356. Il mourut en 1359 et le despotat fut repris par l’empire serbe. L'Épire fut ensuite disputée. Elle repassa brièvement sous le contrôle des despotes de la famille Tocco de Céphalonie avant d'être finalement conquise par les Ottomans au 15ème siècle.
Despotes d’Épire [modifier]Le royaume de Thessalonique est l'un des états croisés apparus après la quatrième croisade.

Lors de la conquête de Constantinople par l'armée croisée en 1204, le favori pour l'élection impériale était le marquis Boniface de Montferrat. Grand magnat italien, proche parent de la dynastie impériale de Hohenstaufen, frère de Conrad de Montferrat, il était l'un des chefs de la croisade. Toutefois les Vénitiens, dont le rôle a été déterminant dans la conquête franque, ne veulent pas de Boniface, sans doute trop peu malléable et enclin à favoriser la grande rivale de Venise en Méditerranée, Gênes. C'est donc Baudoin IX de Flandre qui est élu empereur.

Boniface accepte avec difficulté cette élection. Dès 1204 il se taille une principauté autour de Thessalonique, alors la deuxième ville de l'empire byzantin. Cet état, que l'on appelle le royaume de Thessalonique bien qu'il n'ait pas porté officiellement ce nom, est centré sur les côtes de la Thrace et de la Thessalie. Il est en butte aux entreprises de plusieurs souverains locaux : au nord les Bulgares, à l’ouest le despotat d'Épire, état byzantin, et à l'est l'empire latin de Constantinople, dont le souverain accepte mal l'existence de cet état quasi-souverain.

Boniface arrive à asseoir son royaume en se conciliant les Vénitiens, qui reçoivent son appui pour la conquête de la Crète, et en vainquant l'ancien empereur byzantin Alexis III. Plusieurs autres états latins se développent dans la vassalité de Thessalonique, comme la principauté d'Achaïe, le duché d'Athènes, le marquisat de Bodonitza et le comté de Salona.

En 1207 Boniface meurt en combattant les Bulgares. Son fils, Dimitri, est encore un enfant. La direction du royaume est assurée par un parti de nobles qui se lancent dans un conflit avec l'empereur de Constantinople, Henri de Hainaut. Celui-ci, après avoir vaincu les régents, prend le jeune roi de Thessalonique sous sa tutelle. À partir de 1215, le despote d’Épire, Théodore Ange, conquiert le royaume de Thessalonique sur un pouvoir franc chancelant. En 1224 il s'empare de la ville de Thessalonique. Toutefois la domination des Ange sur Thessalonique est éphémère puisque la région est conquise par les Bulgares du roi Ivan Asen II dès 1230.

Le titre de roi de Thessalonique est porté jusqu'au début du XIVe siècle par les héritiers des Montferrat, mais il ne trouve plus de contenu réel, excepté lors de la brève période 1313-1315 pendant laquelle Louis de Bourgogne, roi titulaire, reconquiert la principauté d'Achaïe pour sa femme.e duché d'Athènes était l'un des États croisés mis en place en Grèce après la quatrième croisade.

 


Le duché d'Athènes


Le duché s'étendait sur l'Attique et la Béotie, mais il est difficile de restituer ses frontières avec précision. L'acropole d'Athènes était le symbole du pouvoir ducal, mais le réel centre du duché était la ville de Thèbes, siège d'un archevêché latin.

La ville d’Athènes et celle de Thèbes sont conquises dans les années 1204-1205 par un seigneur du Comté de Bourgogne et commandeur de l'Ordre du Temple nommé Othon de la Roche. Ce dernier appelé grand-seigneur d'Athènes, prend le titre de duc d'Athènes en 1208, soumettant ses possessions au royaume de Thessalonique.

Le Duché d'Athènes était constutué par les fiefs directs suivants : Seigneurie puis après 1311 comté de Salona, seigneurie d'Égine créée en 1294 à la république de Venise de 1451 à 1537, seigneurie de Thèbes jusqu'en 1311, marquisat de Bodonitza jusqu'en 1414.

En 1224, le despote d’Épire Théodore Ier Ange Doukas conquiert le royaume de Thessalonique. Les ducs d'Athènes se soumettent alors au prince d’Achaïe.

En 1308 le duché passe à Gautier V de Brienne. Ce dernier, en lutte contre le despotat d’Épire, engage les services de la compagnie des Almogavres, un groupe de mercenaires catalans présents dans l'Empire byzantin depuis une dizaine d'années. Les relations entre les Almogavres et le duc prennent un tour inquiétant après que ce dernier refuse de payer la solde des mercenaires. Gautier V convoque l'ost de ses vassaux et alliés pour affronter les Almogavres, mais il est vaincu et tué par ces derniers en 1311 à la bataille du lac Copaïs.

Son héritier Gautier VI de Brienne continue à revendiquer le titre ducal mais il se limite à la seigneurie d'Argos et de Nauplie. Il a comme successeur son neveu Guy III d'Enghien. L'héritière de ce dernier Marie d'Enghien et son époux Pietro Cornaro cèdent le « Duché d'Argos et de Nauplie » à la république de Venise en 1388.

Les Almogavres prennent le contrôle du duché et y imposant les Usatges de Barcelone. Ils demandent au roi Frédéric II de Sicile d'accepter la souveraineté du duché. Ce dernier nomme ducs plusieurs de ses fils, qui ne mettent jamais les pieds en Grèce et se contentent de régner à travers des vicaires généraux. Quelques familles catalanes et siciliennes s'implantent dans le duché, la plus connue étant les Frederic d'Aragon, comtes de Salona. Le comté de Salona fut le plus important fief dépendant du duché durant la période catalane.

En 1314-1315, les Catalans du duché d'Athènes prêtent main-forte à l'infant Ferdinand de Majorque, qui s'efforce de conquérir la principauté d'Achaïe. Les forces catalanes affrontent celles de Louis de Bourgogne, autre prétendant au trône d'Achaïe, qui est soutenu par le seigneur d’Argos Gautier VI de Brienne, le fils de l’ancien duc. Après la mort de Ferdinand, l’Achaïe passe sous le contrôle de Louis de Bourgogne.

Les efforts catalans se portent alors vers le nord. Entre 1318 et 1319, en s'appuyant sur Salona, ils conquièrent Siderocastron, la Phthie, la Phocide et une partie de la Thessalie, formant le duché de Néopatrie, qui est uni à celui d'Athènes. En 1330, en partie grâce à l'aide reçue du duché d'Athènes, le roi Jacques III de Majorque, fils de Ferdinand, reconquiert la principauté d'Achaïe. C'est alors l'apogée de la domination catalane en Grèce.

En 1337, l'expansion serbe déborde sur le nord de la Thessalie. En 1379, l’empereur latin titulaire Jacques des Baux, aidé d'une compagnie de mercenaires navarrais, conquiert Thèbes et la majeure partie du duché de Néopatrie. En 1381, les duchés passent non plus au roi de Sicile, mais au roi Pierre IV d'Aragon. Ce dernier, bien que soucieux de la préservation de l'acropole d'Athènes (« le plus beau joyau qu'un roi puisse posséder », écrit-il), n'envoie que de faibles renforts dans les duchés. En 1388, un aventurier florentin, Nerio Acciaiuoli, conquiert Athènes. Néopatrie tombe en 1390.

Après une éphémère domination de la commune de Venise (1395-1402), les Acciaiuoli restent maître des duchés. Après la reconquête byzantine de l’Achaïe en 1430, ils doivent reconnaitre l'autorité de Constantinople. Le duché est envahi par les forces ottomanes après la chute de Constantinople, invasion facilitée par des luttes internes à la dynastie ducale. En 1456, Mehmed II prend Athènes.

Malgré la conquête ottomane, le titre de duc d'Athènes et de Néopatrie est porté par les rois d'Aragon, puis d'Espagne jusqu'à nos jours. Les descendants de Gautier de Brienne portèrent eux aussi le titre de duc d'Athènes, transmis à leurs héritiers, les Enghien.

 

La principauté d'Achaïe

La principauté d'Achaïe ou de Morée est une seigneurie fondée par Guillaume de Champlitte pendant la quatrième croisade (1202-1204). La principauté, s’étendant au départ sur tout le Péloponnèse, est vassale du royaume de Thessalonique jusqu’à la disparition de celui-ci, date à laquelle elle devient la principale puissance franque de la région.

La Chronique de Morée relate la conquête franque et une partie de l'histoire de la principauté.

La majeure partie de la région est conquise par Guillaume de Champlitte et Geoffroi de Villehardouin entre 1205 et 1206. Guillaume gouverne l’Achaïe jusqu’à son retour en France en 1209. Lui succède alors son fils Hugues qui meurt la même année.

Après la conquête de la majeure partie de la péninsule, un conseil formé de dix seigneurs francs et grecs, présidé par Geoffroi de Villehardouin, divisa les terres de la principauté en douze hautes baronnies, et attribua des fiefs pour divers évêques et ordres de chevalerie.

Les douze baronnies étaient: Calamata (domaine personnel des Villehardouin), Acova/Mategrifon (Gauthier Ier de Rozière), Carytena/Skorta (Hugues de Bruyères), Véligourt ou Véligosti (Mathieu Ier de Valaincourt), Geraki ou Nivelet à (Guy de Nivelet), Passavant (Jean Ire de Neuilly ou Nully), Nicli (Guillaume Ier de Morlay), Calavryta (Othon de Tournay), Gritsena (messire Luc, inconnu par ailleurs), Patras (Guillaume Aleman), Chalandritsa (Audebert ou Robert de la Trémoïlle ou de Dramelay) et Vostitsa (Hugues Ier de Lille ou de Charpigny).

Geoffroi Ier de Villehardouin prend alors les rênes de la principauté jusqu’à sa mort. Les Villehardouin composent avec l’orthodoxie de leur peuple, exemptant les prêtres orthodoxes de la corvée et de l’obligation de servir les armes. Cela vaut à Geoffroy II d'Achaïe une brève excommunication, promptement levée devant la nécessité de composer avec l’un des plus puissants seigneurs francs. La Bataille de Pélagonia, perdue par Guillaume II de Villehardouin en 1259 marque le début du déclin de la principauté. Capturé, Guillaume doit céder aux Byzantins une partie du sud-est de la Morée, dont la ville de Mistra. Rapidement, les Francs et les Byzantins entrent en conflit, et une armée byzantine envahit la principauté, mais les Grecs sont repoussés en 1263 (bataille de Prinitsa) et 1264 (bataille de Makryplagi) et doivent renoncer à reconquérir l'ensemble de la péninsule. Afin d'obtenir de l'aide, Guillaume devient vassal de Charles Ier d'Anjou.

Dépourvu de descendants mâles, il accorde la main de sa fille Isabelle à Philippe, le fils de Charles d’Anjou, roi de Sicile. Mais Philippe pré-décède son beau-père : Charles d’Anjou, à la mort de Guillaume II d’Achaïe, assure la régence de la principauté. Puis Isabelle assure le pouvoir avec ses maris successifs, les princes-consorts Florent de Hainaut et Philippe Ier de Piémont.

En 1307, Charles II d’Anjou, le frère aîné de Philippe, le premier mari d’Isabelle et suzerain de cette dernière revendique pour son fils la principauté à son fils, Philippe Ier. En 1313, Louis de Bourgogne, après avoir épousé Mathilde, la fille aînée d’Isabelle Ire, revendique à son tour, le titre de prince d’Achaïe. Il débarque en Grèce et écrase un autre prétendant, Ferdinand de Majorque, l’époux d’Isabelle de Sabran, nièce d’Isabelle Ire et cousine de Mathilde qui revendiquait la principauté pour lui-même. Hélas, Louis décède dès 1316. Mathilde se remarie, en 1318, avec un prince de la maison d’Anjou, Jean de Durazzo qui, dès 1321, répudie Mathilde mais garde la principauté. En 1333, Jean de Durazzo transmet la couronne à son neveu, Robert d’Anjou, prince de Tarente alors que la mère de celui-ci, Catherine de Valois-Courtenay assure la régence de la principauté grecque. À la mort de Robert, en 1364, son épouse, Marie de Bourbon lui succède brièvement. Une femme célibataire a peu de légitimité dans ce monde féodal et guerrier pour assurer le gouvernement. Sans doute désireuse de transmettre le trône à son propre fils, issu d’un premier mariage, elle cède néanmoins la principauté à beau-frère, Philippe II de Tarente, empereur titulaire de l’empire latin de Constantinople.

En 1313, la légitimité des prétentions au trône de la principauté par Ferdinand de Majorque était plutôt faible. Son petit-fils, Jacques, dépossédé du royaume de Majorque, va cependant la relever cinquante ans plus tard. Il épouse, en 1362, la reine Jeanne, puissante et ambitieuse princesse angevine de dix ans son aînée. Il n’est pas certain que Jacques ait jamais mis pied à terre en Grèce. Une chose est sûre cependant : en 1373, le prince Philippe II cède ses droits sur la principauté d’Achaïe à Jeanne et son époux. Jacques ne profite pas longtemps de ce titre, il meurt en janvier 1375. Le neveu des princes achaïens, Robert Ier et de Philippe II, Jacques des Baux, succède à Jeanne sur le trône de la principauté. Il décède en 1383 et la principauté revient aux rois de Naples, Charles III puis Ladislas qui n’exercent qu’un contrôle nominal et lointain. Pendant ce temps, cinq prétendants se battent pour le contrôle de la principauté. Le Navarrais Pierre de San Superán se déclare vainqueur en 1396. Son épouse, issue d’une vieille famille de marchands et d’aventuriers génois, lui succède en tant que régente de leurs enfants. Mais elle est écartée du trône par son neveu, Centurion II Zaccaria, avec l’accord de Ladislas de Naples.

Donner la principauté en dot à sa fille unique, Catherine, promise à Thomas Paléologue, est, pour Centurion Zacarria, une fiction bienvenue pour sauver la face : les armées impériales byzantines menées par Théodore II Paléologue et Jean VIII ont envahi l’Achaïe en 1417, ne laissant aux Latins que quelques rares places fortes. La principauté est incorporée au Despotat de Morée.

En 1460, le sultan Mehmed II s'empare du Péloponnèse. Thomas Paléologue et son épouse Catherine s'enfuient à Corfou, puis s'installent à Rome.


La Principauté d'Achaïe recevait l'hommage des baronnies extérieures au Péloponnèse suivantes : Le duché d'Athènes , le duché de Naxos les trois baronnies des terciers en Eubée le marquisat de Bodonitza et le comté palatin de Céphalonie et Zante à quoi il faut ajouter la seigneurie de Salone

Les « Assises de Romanie » ajoutent quatre grands fiefs situés dans le Péloponèse: la seigneurie de Karytaina ou Skorta contrôlée par Hugues de Bruyères, celle de Patras fondée par Pierre Ier Aleman, celle d'Akova ou Matagrifon donnée à Gauthier Ier de Rozière et celle de Kalavryta à Othon de Tournay. Les possesseurs de ces onze fiefs auxquels les Assises adjoignent le « maréchal de Romanie » avait le rang de pairs à la cour princière -

Les seigneurs latins de Morée, qui ont besoin de l’appui des grands propriétaires grecs, les archontes, les laissent développer leurs biens patrimoniaux. Les paysans de Morée, s’ils ne semblent pas payer plus d’impôts qu’avant 1204, voient leurs libertés notablement amoindries : ils vivent dans le cadre d’une seigneurie dont ils dépendent entièrement. Ils sont attachés à leur terre qu’ils ne peuvent quitter sans autorisation seigneuriale, comme aussi pour se marier ou marier leur fille. Le seigneur dispose du vilain et peut le céder à un tiers. Le paysan n’est plus vraiment libre (il peut être affranchi) mais n’est pas un serf (on ne peut vendre autoritairement sa terre en cas d’endettement, il peut disposer de ses meubles et de ses animaux, il peut prendre d’autres terres à bail).
Liste des princes d'Achaïe [modifier]Le Duché de Naxos est un des États croisés fondés après la quatrième croisade sur des territoires byzantins. Il s'étendit sur une partie des Cyclades, îles de la mer Égée en Grèce. Il était centré sur Naxos, conquise en premier par Marco Sanudo. Le duché, fondé par des Vénitiens se plaça rapidement sous la suzeraineté de l'empereur latin de Constantinople. Le système féodal occidental fut surimposé au système byzantin. Les deux christianismes, catholique et orthodoxe, cohabitèrent ainsi.

 

Le duché de Naxos

Le duché fut d'abord gouverné par la dynastie des Sanudi (XIIIe et XIVe siècles) puis par celle des Crispi (XVe et XVIe siècles). En 1537, l'attaque par Khayr ad-Din Barberousse soumit le duché à la suzeraineté ottomane faisant du duc un tributaire du Sultan. En 1566, le dernier duc italien, fonctionnaire ottoman, fut remplacé par Sélim II qui nomma Joseph Nassi. Celui-ci géra le duché jusqu'en 1579, date à laquelle il fut dissout.

En 1204, la IVe Croisade s'empara de Constantinople, et les vainqueurs se partagèrent l'Empire byzantin. La souveraineté nominale sur les Cyclades échut aux Vénitiens. Ces derniers annoncèrent alors qu'ils laisseraient la gestion des îles à qui serait capable de s'en emparer pour eux. La Sérénissime ne pouvait en effet faire face aux dépenses d'une nouvelle expédition- Cette nouvelle suscita des vocations. : de nombreux aventuriers armèrent des flottes à leurs frais, dont un riche Vénitien résidant à Constantinople, Marco Sanudo, neveu du Doge Enrico Dandolo. Il s'empara sans coup férir de Naxos en 1205 et en 1207, il contrôlait les Cyclades avec ses compagnons et parents. Son cousin Marino Dandolo devint seigneur d'Andros ; d'autres de ses parents, les frères Andrea et Geremia Ghisi (ou Ghizzi) devinrent maîtres de Tinos et Mykonos, plus des fiefs sur Kéa et Sériphos ; les Pisani prirent Kéa ; Jaccopo Barozzi eut Santorin ; Anafi échut à Leonardo Foscolo ; Pietro Guistianini et Domenico Michieli se partagèrent Sériphos et eurent des fiefs sur Kéa ; les Quirini gouvernèrent Amorgos-

Marco Sanudo fonda le duché de Naxos avec les principales îles comme Naxos, Paros, Antiparos, Milos, Siphnos, Kythnos et Syros- Les Ducs de Naxos devinrent vassaux de l'empereur latin de Constantinople en 1210. Ils imposèrent le système féodal occidental sur les îles qu'ils dominaient. Dans les Cyclades, Sanudo était le suzerain et les autres ses vassaux. Venise ne profitait donc plus directement de cette conquête, même si le duché dépendait nominalement d'elle et qu'il avait été stipulé qu'il ne pouvait être transmis qu'à un Vénitien. Cependant, la République y avait trouvé avantage : l'Archipel avait été débarrassé de ses pirates, mais aussi des Génois et la route commerciale vers Constantinople était sécurisée- Les habitats redescendirent vers les côtes et y furent fortifiés par les seigneurs latins : Paroikia sur Paros, le port sur Naxos ou Antiparos.

La coutume de la Principauté de Morée, les Assizes de Romania devint rapidement la base de la législation dans les îles. En effet, à partir de 1248, le Duc de Naxos devint le vassal de Guillaume II de Villehardouin et donc à partir de 1278 de Charles Ier de Sicile. Le système féodal fut appliqué même pour les plus petites propriétés, ce qui eut pour effet de créer une importante « élite locale ». Les « nobles francs» reproduisirent la vie seigneuriale qu'ils avaient laissée derrière eux : ils se construisirent des « châteaux » où ils entretinrent une cour. Aux liens de vassalité s'ajoutèrent ceux du mariage. Les fiefs circulèrent et se fragmentèrent au fil des dots et des héritages. Ainsi, en 1350, quinze seigneurs dont onze Michieli se partageaient Kéa (120 km² et quelques dizaines de familles alors)

Cependant, ce système féodal « franc » (comme on appelait tout ce qui venait d'Occident à l'époque) se surimposa au système administratif byzantin, conservé par les nouveaux seigneurs : les taxes et corvées féodales étaient appliquées aux divisions administratives byzantines et l'exploitation des fiefs continuait selon les techniques byzantines La loi byzantine resta aussi en vigueur pour les mariages et les propriétés pour la population locale d'origine grecque. Il en était de même pour la religion : si la hiérarchie catholique dominait, la hiérarchie orthodoxe subsistait et parfois, lorsque le curé catholique n'était pas disponible, la messe était célébrée par le pope orthodoxe-Les deux cultures se mêlèrent étroitement. On peut le voir dans les motifs des broderies populaires dans les Cyclades : les influences italiennes et vénitiennes y sont très présentes-

Au XIIIe siècle, la tentative de reconquête de l'Égée par Alexis Philanthropenos pour Michel VIII Paléologue, l'Empereur byzantin échoua devant Paros et Naxos, mais certaines îles avaient été conquises et gardées par les Byzantins entre 1263 et 1278. En 1292, Roger de Lauria ravagea Andros, Tinos, Mykonos et Kythnos peut-être une conséquence de la guerre qui faisait rage entre Venise et Gênes- Au début du XIVe siècle, les Catalans firent leur apparition dans les îles, peu avant les Turcs. Le déclin des Seldjoukides laissa en effet le champ libre en Asie mineure à un certain nombre de principautés turkmènes dont les plus proches de la mer lancèrent à partir de 1330 des razzias dans l'archipel où les îles furent régulièrement pillées et leurs habitants emmenés en esclavage. Les Cyclades connurent alors un déclin démographique. Même lorsque les Ottomans commencèrent à s'imposer et à unifier l'Anatolie, les expéditions se poursuivirent, jusqu'au milieu du XVe siècle, en partie à cause du conflit entre Venise et les Ottomans.

En 1383 la dynastie des Sanudo est renversée et cède la place à celle des Crispo. La conquête ottomane de la Grèce en fait le dernier État latin en Orient. En 1418, le duc reconnaît comme suzeraine la seigneurie de Venise, qui dirige de facto le Duché.

Le Duché de Naxos passa temporairement sous protection vénitienne en 1499-1500 et 1511-1517. Vers 1520, les anciens fiefs des Ghisi (Tinos et Mykonos) sont passés sous la domination directe de la République de Venise.

En 1566 le dernier duc Giacomo IV Crispo est déposé par le Sultan Selim II qui installe à sa place un marrane portugais, Joseph Nasi. Quelques îles du Duché restèrent dirigées pour quelques décennies par des seigneurs latins, Tinos demeurant vénitienne jusqu'au début du XVIIIe siècle.

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