De Byzance à Constantimople

    

330 à 717 : Les derniers feux de l'Antiquité

Héritière de l'Antiquité gréco-romaine, Byzance a prolongé celle-ci de 800 ans en dépit des agressions de toutes sortes (Arabes, Bulgares, croisés francs et Turcs !).

Elle a duré assez longtemps pour nous transmettre son patrimoine, du droit romain à l'art roman en passant par les écrits hellénistiques et la peinture figurative.

Injuste est la réputation faite à cette civilisation par les philosophes du «Siècle des Lumières» qui ne voulaient y voir que «querelles byzantines» et interminable «décadence»

 

                                                                                          division de l'Empire romain de 395

 

Une Antiquité tardive

Rome a dominé le bassin méditerranéen pendant quatre siècles et lui a assuré une paix relative. A l'orée du IVe siècle, l'empire est épuisé et peine à repousser les ennemis de l'extérieur, les barbares. L'énergique Dioclétien répartit entre quatre personnes la direction de l'empire. A chacun son territoire.

 Mais en 306, l'année qui suit la mort de l'empereur, le système se grippe. Le fils de l'un des «tétrarques» est proclamé empereur par ses troupes à York.

 Il s'appelle Constantin et, après une courte guerre civile, va réunifier à son profit l'immense empire. Constantin n'arrive pas plus que Dioclétien à gérer l'ensemble. Il fonde une «nouvelle Rome» sur le détroit du Bosphore qui sépare l'Europe de l'Asie, à l'emplacement d'une cité grecque du nom de Byzance.


La nouvelle capitale de l'empire va prendre le nom de l'empereur, Constantinople.Dans le monde romain de cette époque, les religions traditionnelles reculent au profit du christianisme, encore minoritaire sauf dans quelques villes d'Orient. Constantin décide de s'appuyer sur cette nouvelle religion pour consolider l'unité de l'empire. Il n'hésite pas à s'ériger en arbitre en réunissant à Nicée le premier concile oecuménique. Lui-même se fait baptiser sur son lit de mort en 337. Dans le siècle qui suit, le christianisme progresse rapidement jusqu'à devenir sous le règne de Théodose 1er (379-395), la seule religion autorisée.

Théodose, en mourant, partage l'empire entre ses fils. A l'un l'Occident, de culture latine, à l'autre l'Orient, de culture grecque. Ce partage, à la différence des précédents, va être définitif. Il va amener l'Orient et l'Occident à évoluer chacun de leur côté et l'on retrouve encore dans la frontière qui sépare la Croatie de la Bosnie-Herzégovine et de la Serbie la coupure héritée de Théodose.

 

l'empire byzantin à son apogée en 550

 

Après l'effondrement de l'empire romain d'Occident sous les coups des barbares, Justinien le Grand, empereur de Constantinople, lance ses troupes, elles-mêmes essentiellement composées de mercenaires barbares, à l'assaut des royaumes d'Occident, comme celui des Ostrogoths en Italie ou celui des Vandales en Afrique, autour de Carthage.

L'empereur accomplit aussi une grande oeuvre administrative, notamment en compilant le droit romain dans un Digeste qui servira de base bien plus tard à notre propre droit civil.

On lui doit aussi la basilique Sainte-Sophie, chef d'oeuvre byzantin par excellence.

Mais la «reconquête» et les efforts de restauration de Justinien n'auront pas de suite.

  Le règne de Justinien est entaché par l'apparition en 541 du fléau de la peste.


 L'épidémie, qui va se prolonger longtemps à l'état endémique, va entraîner une première et brutale récession démographique dans la plupart des provinces byzantines, y compris dans la capitale.

 Cinq ans après la mort du grand empereur (565) naît au fin fond de l'Arabie un homme nommé Mahomet dont l'action va définitivement clore l'Antiquité gréco-romaine.

Succession

Dans l'empire byzantin, comme dans l'empire romain qui l'a précédé, le choix d'un nouvel empereur se fait par acclamation de l'armée, du Sénat (les représentants des principales familles) et du peuple de la capitale. À Constantinople, à partir de Justinien, le patriarche (le chef religieux) consacre ce choix en sacrant le nouvel empereur dans la basilique Sainte-Sophie.

Le titre impérial se transmet souvent au sein d'une même famille et un prestige particulier s'attache aux personnes qui sont nées dans la chambre pourpre réservée au couple impérial, dans le Grand Palais. Ces personnes sont dites «porphyrogenètes» (expression grecque qui signifie «né dans la pourpre»).

 

les grandes invasions des IV et Ve siècles

 

Mais l'opinion admet volontiers l'irruption d'usurpateurs pourvu qu'ils gouvernent sainement l'empire. La transmission du titre impérial de père en fils ne va pas de soi comme dans les royaumes occidentaux mais elle devient de plus en plus courante à l'approche de l'An Mil.

Héraclius restaure la culture grecque

Au début du VIIe siècle, l'empire d'Orient est attaqué au Nord par les Avars, des barbares apparentés aux Turcs, et à l'Est, du côté de la Mésopotamie, par les Perses sassanides. Dans le même temps, des tribus slaves s'installent pacifiquement dans la péninsule des Balkans, vidée de ses habitants par la dénatalité et l'insécurité. Au sud de la péninsule (la Grèce actuelle), ces Slaves vont rapidement s'intégrer et adopter la langue grecque populaire encore en usage.

L'empire, au bord de l'effondrement, est sauvé par un général de grand talent, Héraclius. Il devient en 614 empereur d'Orient (ou plutôt basileus, selon le terme grec qui revient à la mode pour désigner le souverain).

 


Sous Héraclius, l'administration renoue avec ses racines grecques et la langue officielle de l'empire n'est plus le latin mais le grec, langue usuelle des habitants. On ne parle plus guère d'empire (romain) d'Orient mais d'empire byzantin. Le nom de Constantinople est lui-même délaissé au profit de Byzance (mais reste en usage dans les affaires religieuses).

Il livre une guerre très dure aux Perses en agitant l'étendard de la guerre sainte du christianisme contre le mazdéisme (religion des Perses sassanides).

Cette guerre va cependant épuiser les deux empires, cela au moment même où surgissent du désert les cavaliers de l'islam.

Les disciples de Mahomet tirent parti de cet épuisement mutuel ainsi que des divisions religieuses dans la société byzantine entre chrétiens (monophysites contre orthodoxes,...).

Avant de mourir en 641, Héraclius a le temps d'assister à la débâcle de son oeuvre : la Syrie, l'Arménie, l'Égypte,... sont envahies par les nouveaux-venus.

Sous le règne de ses successeurs, en 674-677, les Arabes arrivent même jusque sous les murailles de Constantinople... mais ils sont repoussés grâce en particulier à l'usage du feu grégeois (ou feu grec), une arme secrète des Byzantins.

 

l'apogée de l'Empire byzantin avec les conquêtes de Justinien

 

Menaces tous azimuts

 Les Byzantins, qui ont échappé aux Arabes, ne sont pas sortis d'affaire pour autant car d'autres menaces se profilent, en particulier l'arrivée dans la région du Danube de Bulgares, tribus païennes proches des Mongols et des Huns. A Byzance même, les Héraclides, héritiers d'Héraclius, sombrent pendant longtemps dans les querelles et les guerres civiles. -

La dynastie isaurienne (717 - 1204)

L'ordre intérieur est restauré en 717 par un général originaire de Syrie qui se fait couronner à Sainte-Sophie sous le nom de Léon III. Avec lui commence la dynastie isaurienne. Comme Héraclius un siècle plus tôt, Léon III repousse une nouvelle attaque venue d'Orient. Cette fois, ce sont des Arabes qu'il défait sous les murs de Constantinople avec l'aide des Bulgares.

 

l'Empire en 867 à la fin du règne de Michel iii

 

En 726, un édit du basileus condamne le culte qui entoure les images pieuses, culte qui confère aux moines une influence sur le peuple à son goût excessive . Il inaugure une querelle qui va diviser les Byzantins pendant plus d'un siècle : l'iconoclasme ou «querelle des images».

Constantin V, fils et successeur de Léon III, poursuit la politique iconoclaste de son père, ce qui lui vaut de rester dans l'Histoire sous le surnom de Copronyme (en grec : l'Ordurier !). Il ne s'en montre pas moins compétent dans la guerre contre les Arabes, les Slaves, les Lombards et les Bulgares. Il périt en combattant ces derniers.

 En 797, Irène, veuve de l'empereur Léon IV, fait crever les yeux de son fils Constantin VI (!) et prend sa place sur le trône comme basileus (au masculin !). Intéressée par les affaires religieuses plutôt que militaires, elle rétablit provisoirement le culte des images, verse tribut au calife de Bagdad Haroun al-Rachid et demande la main de l'empereur d'Occident Charlemagne -

Irène finit par être déposée en 802. Elle est reléguée sur l'île de... Lesbos par son logothète (ou ministre des finances !) qui monte sur le trône sous le nom de Nicéphore 1er.

Il est battu et tué le 26 août 811 en combattant les Bulgares. Son vainqueur, le khan Kroum (ou Krum), de nature sentimentale, transforme l'auguste crâne impérial en une coupe à boire !

L'empire entre alors dans une longue période de troubles, sous la menace permanente des envahisseurs, Bulgares en premier lieu...

Les coups d'État se succèdent et, pour ne rien arranger, voici que surviennent les premières querelles théologiques entre Église de Rome et Église de Constantinople, notamment à propos du Filioque (une question théologique subtile).

Le IXe siècle est paradoxalement une grande époque missionnaire pour l'Église de Byzance. C'est ainsi que le patriarche Photius attire Boris, roi (khan) des Bulgares, dans le giron de Constantinople en le baptisant sous le nom de Michel en 865... Las, le baptême va rendre les Bulgares encore plus agressifs à l'égard de Byzance en leur donnant l'ambition de supplanter les Grecs à la tête de la chrétienté orientale !

 

l'Empire vers 1025 sous Basile v

 

Dans le même temps, deux frères, Cyrille et Méthode, disciples de l'illustre patriarche, vont en 860 évangéliser les Khazars, des barbares installés sur le cours de la Volga. 


Trois ans plus tard, à la demande du duc de Moravie Rostislav, ils se rendent en mission auprès des Slaves de Bohème et de Moravie. Pour leur prédication, ils utilisent la langue slavonne (ancien ne langue slave) et mettent au point un alphabet inspiré de l'alphabet grec qui perpétue encore leur souvenir dans le monde russe : l'alphabet «cyrillique».

L'empire se redresse spectaculairement grâce à un ancien garçon d'écurie devenu le favori du basileus Michel III l'Ivrogne ! Il fait assassiner celui-ci et prend sa place sur le trône en 867 sous le nom de Basile 1er. Comme le nouvel empereur est né à Andrinople, en Macédoine, dans une famille d'origine arménienne, sa dynastie sera dite «macédonienne».

Basile Ier et son fils Romain


Quand Basile 1er monte sur le trône, l'empire byzantin, si fragile soit-il, n'a plus guère de concurrents autour de la Méditerranée : l'empire de Charlemagne comme celui d'Haroun al-Rachid se délitent à grande vitesse. Les successeurs de Charlemagne se montrent incapables de résister aux invasions vikings et sa rrasines. Quant aux Arabes, ils sont en passe d'être chassés de l'Histoire par les envahisseurs turcs.

 

 

 

Les empereurs macédoniens, à la suite de Basile, profitent de ces circonstances pour repousser les frontières de leur État. Ils bénéficient pour ce faire d'une armée de mercenaires de toutes origines, financée grâce au produit des impôts... Rien à voir avec les suzerains d'Occident qui, faute d'administration fiscale, ne peuvent compter que sur le bon vouloir d'une classe héréditaire de guerriers.

À Byzance, sous les Macédoniens, la légitimité dynastique va emprunter de curieux sentiers de traverse... C'est ainsi que le basileus Constantin VII Porphyrogénète, lointain successeur de Basile 1er, abandonne la réalité du pouvoir à son fils Romain pour se consacrer à ses chères études. Il meurt en 959.

 

l' Empire en 1076 sous Michel VIII Doukas

Le nouvel empereur Romain II a épousé en 956 la fille d'un cabaretier, Théophano. Elle lui a donné deux garçons avant de prendre pour amant un général énergique, Nicéphore Phocas. Romain II meurt en 963 (peut-être empoisonné par sa femme et son amant ?) et Nicéphore Phocas est hissé sur le trône par l'armée. Comme il a des manières, il épouse la veuve de son prédécesseur. Nicéphore Phocas repousse avec succès les limites de l'empire jusqu'à Antioche, siège du patriarcat de Syrie.


Mais on se lasse de tout, Théophano la première. L'impératrice prend un nouvel amant, encore un général. Celui-ci fait assassiner Nicéphore Phocas et monte à son tour sur le trône en 969 sous le nom de Jean 1er Tzimiscès. Comme le patriarche lui interdit d'épouser sa maîtresse, il se rabat sur la fille de l'ex-empereur Romain-

 

Avec énergie, Jean 1er Tzimiscès poursuit le redressement de l'empire byzantin. Il annexe la Bulgarie orientale et, passant en Asie, reprend aux musulmans la Syrie et presque toute la Palestine à l'exception de Jérusalem. 


À sa mort, le 10 janvier 976, les deux fils de Romain II lui succèdent ensemble sous les noms de Constantin VIII et Basile II, le premier laissant à son frère la réalité du pouvoir sans réticence d'aucune sorte..

 

 

 

 

                                                                          l' Empire en 1204(chute de Constantinople)

                                                                et en 1230 divise en 3 parties : Nicée,Trébizonde,Epire

                                                                         Constantinople est aux mains des croisés latins

 

Basile II entre en relation avec le grand-prince de Kiev, Vladimir, un farouche guerrier païen d'origine suédoise (ou varègue), réputé pour son harem (on lui prête 800 concubines). Il ne craint pas de lui donner en mariage sa propre soeur, Anne ! En échange de quoi, en 988, Vladimir se fait baptiser ainsi que tout son peuple (et congédie officiellement ses concubines). L'Ukraine et, après elle, toute la Russie entrent ainsi dans la mouvance byzantine. Vladimir sera récompensé de son initiative par son élévation posthume au rang de saint !...

Notons que l'arrière-petite-fille d'Anne et Vladimir, également prénommée Anne, donnera le jour au roi de France Philippe 1er.

Basile II ne s'en tient pas à la diplomatie. Le basileus poursuit avec brio le s actions militaires de ses deux prédécesseurs. Il maintient leurs conquêtes moyen-orientales et porte ses principaux efforts sur les marges occidentales menacées par les Bulgares. Ceux-ci avaient constitué un immense empire balkanique sous l'égide de l'empereur Siméon 1er le Grand (893-927), fils du khan Boris (ou Michel), autoproclamé «tsar et autocrate de tous les Bulgares et les Grecs»)

 

 

 

                                                                              l' entrée des croisés en Byzance

Le 29 juillet 1014, Basile II remporte sur l'armée du tsar Samuel 1er une victoire décisive à Stroumitza (aujourd'hui Strumica, en Macédoine). Ayant capturé 15.000 Bulgares, il leur fait à tous crever les yeux, sauf à 150 d'entre eux qui sont seulement éborgnés afin qu'ils puissent guider la troupe jusqu'au tsar Samuel. Celui-ci meurt d'émotion à leur vue le 6 octobre 1014.

Cette aimable pochade vaudra beaucoup plus tard à Basile II le surnom de Bulgaroctone (le «tueur de Bulgares»)... En attendant, elle fait passer la Bulgarie sous domination byzantine.

Aux alentours de l'An Mil, l'empire byzantin s'étend du Danube aux portes de Jérusalem. Il inclut aussi l'Italie du Sud, la Cilicie et la Syrie.

En 1032, un stratège (général) du nom de Georges Maniakès s'empare de la ville d'Édesse, en Mésopotamie. Enfin, au pied du Caucase, la lointaine Arménie bagratide (du nom de la dynastie régnante) est annexée en 1045

 

l'Empire vers 1265

 

L'empire n'est pas seulement puissant. Il est également très riche. Constantinople attire les marchands de toutes religions et de tous pays. Sa prospérité, toutefois, se construit au détriment de la paysannerie, opprimée par le fisc et les grands propriétaires. 


Le déclin survient dans le demi-siècle qui suit la mort de Basile II (15 décembre 1025), lequel, célibataire sans enfant, n'a pas pris la précaution de préparer sa succession. De nombreux coups d'État s'enchaînent alors. Crise économique et crise politique s'accompagnent d'une forte dévaluation de la prestigieuse monnaie d'or de Byzance, le nomisma.

Deux coups de semonce se produisent en 1071 avec à l'ouest, la prise de Bari, en Italie du Sud, par le Normand Robert Guiscard et à l'est, la cruelle défaite de l'empereur Romain IV Diogène à Malazgerd (Manzikert) face au sultan ottoman Alp Arslan.

Dans les années qui suivent, les prétendants qui se disputent le trône de Constantinople installent des mercenaires turcs dans les forteresses en leur possession en Asie mineure. Lentement, sans avoir à beaucoup combattre, les Turcs s'implantent ainsi en Asie mineure.

 

Bientôt, un cousin des Turcs Seldjoukides d'Iran, Souleyman, fonde à Nicée, non loin du Bosphore, un sultanat indépendant appelé «sultanat de Roum» parce qu'implanté dans un territoire anciennement «romain». L'Asie mineure est dès lors perdue pour Byzance. 


Après ces brutaux changements survenus en l'espace d'un demi-siècle, le basileus Alexis 1er Comnène tente de reprendre la situation en main. Neveu de l'éphémère empereur Isaac 1er Comnène (1057-1 059), issu d'une famille de riches propriétaires terriens, Alexis s'empare du pouvoir en 1081.

Dans un ultime sursaut, il contient les Normands de Robert Guiscard avec l'aide intéressée des Vénitiens qui, en contrepartie de l'appui de leur flotte, obtiennent un quasi-monopole commercial à Constantinople.

Il vainc aussi les Petchénègues, nomades cousins des Turcs, au Lébounion, le 29 avril 1091.

Alexis, là dessus, multiplie les appels épistolaires aux souverains d'Occident et au pape en leur représentant la situation misérable des chrétiens d'Orient asservis aux Turcs. Les chevaliers francs, excellents guerriers s'il en est, ne se font pas prier pour combattre les Turcs sous la bannière du basileus.

Le mouvement prend une ampleur sans précédent en 1095 lorsque le pape Urbain II lui-même lance aux Francs un appel à combattre les infidèles. C'est la première croisade. Par centaines de milliers, humbles gens et guerriers se jettent sur les routes et prennent la route de Jérusalem... qui passe par Constantinople.

 

l'Empire vers 1270

 


 Quelque peu surpris et inquiet, le basileus reçoit les chefs des croisés, leur fait promettre de combattre sous ses ordres et s'empresse de les faire passer en Asie. Il profite de leur intervention pour dégager la grande ville de Nicée, qu'assiégeaient les Turcs mais il s'abstient pour le reste de les épauler. Les croisés répliquent en refusant de lui livrer les villes et les territoires repris aux Turcs. Il en va ainsi de la belle ville d'Antioche occupée par le Normand Bohémond de Tarente.

À la mort d'Alexis, le 15 août 1118, lui succède son fils Jean II. Vertueux et courageux, il consolide l'empire mais ne peut empêcher l'émancipation des Francs de Palestine et doit renouveler en 11 26 les privilèges commerciaux accordés aux marchands vénitiens.

Profitant de son fructueux commerce avec l'Orient via Constantinople, la République de Venise connaît ses plus belles années.

Manuel 1er Comnène, fils cadet et successeur de Jean II, consolide tant bien que mal l'oeuvre de son père. Il épouse en secondes noces une princesse française, Marie d'Antioche, pour se rapprocher des croisés. Mais ses rêves de grandeur sont obscurcis par sa défaite face aux Turcs Seldjoukides à Myriocéphalon, en Asie mineure, en 1176. Sa mort, le 24 septembre 1180, ouvre une nouvelle crise de succession.

À la faveur d'un conflit entre deux prétendants, en 1182, les habitants de Constantinople se jettent sur les quartiers occupés par les Latins, notamment les Vénitiens, et se livrent à un massacre en règle. C'est le point de départ d'une animosité croissante entre les deux parties de la chrétienté médiévale-

La situation intérieure et extérieure de l'empire byzantin se dégrade très vite jusqu'au drame de 1204 qui voit une armée de croisés conduite par des Vénitiens mettre à sac la «nouvelle Rome» comme personne ne l'avait fait avant eux. -



La ville empire (1204 - 1452)

 

 

En 1204, l'empire byzantin déjà presque millénaire est blessé à mort après 25 années de troubles dynastiques et de crises à répétition. La surprise vient de ce que les agresseurs ne sont en rien l'un des ennemis impitoyables de l'empire mais ses prétendus alliés et amis : des marchands vénitiens et des chevaliers francs. 

L'empire d'Orient va renaître malgré tout mais il ne sera plus que l'ombre de lui-même jusqu'à la chute finale.

L'empire latin

Une accumulation de malentendus, de haines rentrées et de frustrations amène des croisés à s'interposer dans une querelle entre deux prétendants au trône puis à s'emparer de Constantinople pour leur propre compte le 12 avril 1204. La ville subit une ignominieuse mise à sac qui scandalise à juste titre toute la chrétienté.

En Occident, quelques clercs justifient tant bien que mal l'action des croisés francs et des marchands vénitiens en sortant de l'oubli une bulle d'excommunicationvieille de 150 ans qui ferait des Orientaux des hérétiques ou des schismatiques indignes du qualificatif de chrétiens !

Tandis que les marchands vénitiens s'arrogent le monopole du commerce entre Orient et Occident et même un droit de regard sur l'élection du patriarche, les Francs se partagent les dépouilles de l'empire ou le peu dont ils disposent. L'un des leurs devient le premier titulaire de l'Empire latin d'Orient sous le nom de Baudouin 1er. Il brise aussitôt l'administration relativement moderne de l'empire grec et lui substitue une mosaïque de principautés féodales comme le royaume de Thessalonique et la principauté d'Achaïe, dans le Péloponnèse.

 

 

 

l'Empire vers 1400

 

Empêchés de s'étendre vers l'arrière-pays suite à leur défaite face aux Bulgares, les Latins doivent aussi composer avec trois États grecs qui revendiquent l'héritage byzantin : le despotat d'Épire à l'ouest, l'empire de Trébizonde à l'est et surtout l'empire de Nicée au sud, dirigé par Théodore Lascaris, gendre de l'ancien empereur Alexis III.

Avènement des Paléologue

Finalement, c'est sans combattre que la ville de Constantinople se livre le 25 juillet 1261 à l'ultime successeur de Théodore Lascaris, l'empereur Michel VIII Paléologue.

Celui-ci, issu d'une illustre famille de l'aristocratie, a accédé au pouvoir en s'associant comme co-empereur au jeune héritier de Théodore Lascaris, son arrière-petit-fils Jean IV Lascaris. Sitôt couronné à Sainte-Sophie, il le fait déposer et aveugler. Mais cette cruauté lui vaut l'hostilité des populations de l'ancien empire de Nicée, attachées à la famille Lascaris... Le nouvel empereur doit aussi composer avec les principautés franques du sud de la péninsule, en Achaïe ou en Attique.

Venise, alliée des Latins, est chassée de Constantinople et remplacée par les Génois. Elle suscite des coalitions contre le nouvel empereur. Michel VIII, qui a besoin malgré tout des Occidentaux pour résister à la pression turque, négocie un accord avec la papauté pour détacher celle-ci du clan de ses ennemis.

C'est ainsi que, lors du concile de Lyon, en 1274, sous le pontificat de Grégoire X, est réaffirmée l'Union des Églises grecque et latine. Déclaration sans suite du fait de l'hostilité violente du clergé orthodoxe et du peuple grec, qui gardent le souvenir des violences passées.

Michel VIII n'en reste pas là. Il anime en sous-main une insurrection des Siciliens contre leur nouveau roi, Charles d'Anjou, frère de l'ancien roi de France Saint Louis, qui ambitionne rien moins que de ceindre la couronne impériale et a déjà tenté de débarquer en Grèce. Ce sont les «Vêpres siciliennes» qui voient à Palerme le massacre de la garnison française les 30 et 31 mars 1282.

Mort peu après, le 11 décembre 1282, à 55 ans, Michel VIII laisse le trône à son fils Andronic II, qui liquide l'Acte d'Union du concile de Lyon. Dans une situation des plus précaires, il doit lutter sur tous les fronts, en particulier contre les émirs turcs d'Asie mineure.

L'empire aux abois

Dans la tradition byzantine, Andronic II doit faire appel à des mercenaires. Il va jusqu'à embaucher une compagnie catalane de 6.000 hommes, conduite par Roger de Flor.

Cette troupe met en fuite les Turcs mais se montre très exigeante en matière de solde et saccage les territoires qu'elle est chargée de défendre ! En mars 1311, elle passe sur la rive européenne du Bosphore et chemine vers la Macédoine, pillant à tort et à travers. Les Catalans ne sont plus seuls mais accompagnés de... compères turcs.

C'est la première fois que des Turcs prennent pied en Europe.

En mai 1328, le vieux basileus (70 ans) est déposé par son petit-fils qui prend le nom d'Andronic III. Avec le concours d'énergiques officiers comme Jean Cantacuzène, celui-ci contient les Serbes, alors en pleine expansion dans les balkans sous l'impulsion d'Étienne Douchan (ou Dusan). Il arrive aussi à replacer sous son autorité les provinces grecques dissidentes mais il meurt prématurément en juin 1341 en laissant un héritier de 9 ans.

Mal inspiré, le régent Jean Cantacuzène (49 ans) se proclame empereur le 26 octobre 1341 en Thrace sous le nom de Jean VI. C'est le début d'une tragique guerre civile qui va remettre en question l'unité fragile de l'empire et, pire que tout, installer les Turcs en Europe.

La poussée turque

Parmi les émirs turcs d'Asie mineure, l'un d'eux, du nom d'Osman (ou Othman), avait patiemment étendu son emprise sur la Bithynie, province grecque d'Asie. De lui allaient descendre les sultans ottomans (le nom de la dynastie dérive d'Othman).

Après sa mort, son fils Orkhan s'était emparé de la ville de Brousse le 6 avril 1326. Il en avait fait sa capitale. Puis étaient tombées Nicée et Nicomédie, prestigieuses cités de la chrétienté antique.

Quand Jean Cantacuzène déchaîne la guerre civile à Byzance, lui-même et ses opposants n'hésitent pas à faire appel à des soutiens étrangers. Cela commence avec les Serbes. Étienne Douchan en profite pour se faire lui-même proclamer empereur à Skopje (aujourd'hui capitale de la Macédoine) le 13 avril 1346.

Cantacuzène fait alors appel au Turc Orkhan et, pour témoigner de ses bonnes manières, sans s'inquiéter du scandale public, lui donne sa propre fille Théodora en mariage !

 

 

 

l'entrée de Mehmet dans Constantinople

Les Turcs ne se font pas prier pour traverser le Bosphore même si Jean Cantacuzène n'a finalement pas besoin de leur concours pour entrer à Constantinople. Il conclut un compromis avec son rival, le jeune empereur Jean V Paléologue, ainsi qu'avec sa mère Anne de Savoie. Jean V épouse Hélène, deuxième fille de Jean Cantacuzène.

L'empire est ruiné et qui plus est dévasté par la peste... comme la plus grande partie de l'Europe. En quête de revenus, Jean VI Cantacuzène, qui ne règne plus guère que sur Constantinople et son arrière-pays, négocie les droits d'accès à la ville avec les marchands génois et vénitiens. C'est que la richesse de la ville-Empire ne repose plus que sur sa fonction d'entrepôt entre Orient et Occident.

Comble de malchance, le 2 mars 1354, un tremblement de terre abat les murailles de la puissante forteresse de Gallipoli, qui commande l'accès au détroit des Dardanelles. Les Turcs, qui assistent au phénomène, s'empressent d'entrer dans la ville et d'en prendre possession sans demander son avis à leur ami Jean VI Cantacuzène.

 

 

                                                                                                             Mehmet II

La chute finale

Les Ottomans vont désormais progresser en Europe non plus par leurs propres forces mais en utilisant habilement les forces de leurs adversaires. C'est ainsi qu'ils recrutent, comme les Byzantins eux-mêmes, des mercenaires parmi les peuples chrétiens des Balkans. Ils s'appuient surtout sur le corps d'élite des janissaires créé par Orkhan. Il s'agit d'enfants enlevés à des familles chrétiennes, éduqués dans la foi musulmane et la soumission au sultan et formés au métier des armes.

En 1362, Mourad 1er, fils d'Orkhan, défait une armée de croisés conduite par le roi Louis 1er de Hongrie. Il installe sa capitale à Andrinople, à deux pas de Constantinople, l'objectif ultime. En 1389, il défait les Serbes à Kosovo Polié. Assassiné pendant la bataille, il est aussitôt remplacé par son fils Bajazet (ou Bayézid). En 1393, la Bulgarie tente de se révolter mais elle est matée et transformée en simple province ottomane. C'est le premier royaume chrétien à disparaître ainsi.

Impuissant, le basileus Jean V Paléologue acccepte de payer tribut au sultan cependant que les Hongrois, au nord, appellent les Occidentaux à une nouvelle croisade. Celle-ci est défaite à Nicopolis en 1396.

L'Histoire de Byzance pourrait s'arrêter là, la ville n'étant plus en état d'opposer une résistance aux Turcs qui l'enserrent désormais de toutes parts. Mais le hasard veut qu'un conquérant turco-mongol venu d'Asie, Tamerlan, défasse et capture le sultan Bajazet à Angora (aujourd'hui Ankara) en1402.

La ville-Empire va y gagner un sursis  inespéré d'un demi-siècle durant lequel elle va plus ou moins se préparer à l'inéluctable, les érudits, les artistes et les lettrés se réfugiant en Italie, le clergé développant ses liens avec les autres Églises orthodoxes, dont Moscou, plus tard orgueilleusement qualifiée de «troisième Rome».

L'assaut final à Constantinople est donné le 29 mai 1453. Le basileus Constantin XI Paléologue (51 ans) meurt les armes à la main. Son vainqueur, le sultan Mehmet II (Mahomet) (21 ans) fait une entrée triomphale dans la ville aussitôt mise au pillage puis relevée au rang de capitale de l'empire ottoman sous le nom d'Istamboul (ou Istanbul).

 

 

 

Source

Le monde byzantin II - L'empire byzantin(641-1204)- Nouvelle Clio - L'Histoire et ses problèmes-Puf

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