Tous les savoirs de l'Occident chrétien

 

 L'enseignement médiéval : arts libéraux, grands maitres et universités

Les arts libéraux

 

Fidèle aux idées exposées par saint Augustin dans le De Doctrina christiana et le De Ordine, l’enseignement médiéval place la foi au centre de toute connaissance et les arts libéraux en propédeutique à l’étude de la

théologie.

 Les arts libéraux constituent un programme d’enseignement qu’on appellerait aujourd’hui « secondaire ». Hérités de l’Antiquité (où ils regroupaient les disciplines dignes de l’homme libre), les sept arts sont distribués en deux cycles :

 - le trivium grammaire, rhétorique et dialectique (les sciences du langage),

 - le quadrivium : arithmétique, géométrie, musique (équilibre physique des choses) et astronomie (les disciplines scientifiques).

 

Le Doctrina christiana, de Saint Augustin, manuscrit offert à Louis le Pieux ,vers 800

Texte fondamental, le De Doctrina christiana de saint Augustin (354-430) définit pour de longs siècles les exigences et les limites d’une culture chrétienne éclairée par la foi, dédiée à l’intelligence des Écritures : le savoir n’est pas objet de connaissance, il est éveil aux vérités de l’Éternelle Sagesse. Le présent manuscrit comporte une dédicace à l’empereur Louis le Pieux, qui témoigne du rôle majeur de ce texte dans l’élaboration intellectuelle de la Renaissance carolingienne.

Saint Augustin, De Doctrina christiana

vers 800

Paris, BnF

 

Les grands maitres

C’est selon cette répartition du savoir et du « savoir-dire » que Martianus Capella rédigea son oeuvre principale (vers 400), le De Nuptiis Mercurii et Philologiæ (« Les Noces de Mercure et de Philologie »). Véritable manuel scolaire, cet ouvrage, où chaque science est personnifiée, fut la base de l’enseignement des écoles monastiques carolingiennes, complétée par les réaménagements et les enrichissements apportés au VIe siècle par Cassiodore (Institutiones) et Boèce.

Au VIIe siècle Isidore de Séville reprend ces disciplines, mais, à travers un classement thématique des connaissances, il élargit les domaines du savoir, composant la première encyclopédie (Ethymologiæ) qui servira de référence aux compilateurs et de livre de chevet aux clercs jusqu’au XVIe siècle-

 

Martianus Capella, De nuptiis Mercurii et Philologiae

(Les noces de Mercure et de Philologie)

Parchemin, Xe siècle

Paris BnF

Un manuel scolaire du Xème siècle

Vers 410-429, Martianus Capella rédige à Carthage, en Afrique, une composition en neuf livres, en vers et prose latins, intitulée Les Noces de Mercure et de Philologie. Les deux premiers livres décrivent les fiançailles et le mariage de Mercure (Parole et Raison) et de Philologie (celle qui aime Raison) et l’apothéose de celle-ci. Mercure donne en cadeau de noces à Philologie sept servantes qui ne sont autres que les sept arts libéraux. Les livres III à IX contiennent les descriptions que chacune de ces servantes (ou sciences) fait de son art, constituant ainsi une véritable encyclopédie — la seule encyclopédie antique et païenne qui ait été connue du Moyen-Âge chrétien latin, auquel elle fournira ses personnifications des arts libéraux. Manuel de base des écoles carolingiennes, sans cesse commenté, elle est ici insérée dans un corpus d’auteurs classiques (Juvénal, Lucain, Horace, Térence).

 

Au début du XIIe siècle, Hugues, maître de l’École de Saint-Victor élabore une méthode d’enseignement destinée aux clercs, suivant une classification d’inspiration aristotélicienne :

 - sciences logiques (le trivium des arts libéraux),ou pratiques (sciences éthique),

 - sciences théoriques : théologie, mathématique (contenant le quadrivium des arts libéraux) et physique.

et il introduit les arts mécaniques (ou science des techniques).

Le XIIe siècle découvre la Logique, la Physique et la Métaphysique d’Aristote, et la science gréco-arabe, par les traductions latines ; l’enseignement va en être bouleversé. L’assimilation de ces nouveaux savoirs prendra un siècle.

Les universités

Les universités se créent et se multiplient dans la première moitié du XIIIe siècle. Les statuts de l’université de Paris sont promulgués en 1215. Quatre facultés la composent :

 - la faculté des Arts,

 - la faculté de Théologie,

 - la faculté de Décret (droit Canon)

 - la faculté de Médecine.

Les arts libéraux (trivium, puis quadrivium) forment la base de l’enseignement de la faculté des Arts, dispensé entre quatorze et vingt ans. Un « baccalauréat » est délivré au bout de deux ans et une « maîtrise ès arts » quatre ans plus tard. L’étudiant peut ensuite aborder la médecine ou le droit, - de nouveau six années d’études sanctionnées par la licence et le doctorat.

Les études de théologie sont beaucoup plus longues : huit ans sont prévus dans les statuts de l’université de Paris qui impose, en outre, l’âge minimum de trente-cinq ans pour l’obtention du doctorat ; il semble, en fait, que la durée d’apprentissage ait été de quinze à seize ans.

Inscrites au programme de la faculté de Médecine, on trouve les oeuvres d’Hippocrate et de Galien, puis les sommes arabes d’Avicenne (le Canon), d’Averroès (le Colliget) et de Rhazès (l’Almansor).

La faculté des Arts est un bouillon de culture de l’averroïsme ; les discussions y sont passionnées, certains maîtres y soutiennent la thèse de l’éternité du monde (niant ainsi la création), et l’on y cultive le raisonnement.

L’oeuvre logique d’Aristote (l’Organon) est enseignée dès 1215 à la faculté des Arts, mais sa Physique et sa Métaphysique sont interdites par les autorités ecclésiastiques. Les thèses d’Aristote y sont cependant débattues à travers les commentaires d’Averroès.

Roger Bacon, venu de l’université d’Oxford en 1245, y donne des cours sur la Physique et la Métaphysique d’Aristote. En 1277, l’évêque de Paris, Étienne Tempier, et l’archevêque de Cantorbéry condamnent l’aristotélisme.

 

L'Organon d'Aristote, avec commentaires,

Paris fin XIIIe siècle

Paris, BnF

L'Organon d'Aristote avec commentaires, XIIIème siècle Manuel d'instruction pour un jeune prince

Petit manuel d’histoire écrit « pour l’instruction » d’un jeune prince, le futur Louis VIII, âgé de treize ans, le Carolinus de Gilles de Paris (vers 1160-1223/1224) est un long poème en vers, qui prenant modèle sur les hauts faits de Charlemagne, enseigne au futur roi les quatre vertus cardinales : Prudentia, Justicia, Fortitudo, Temperancia. Il lui fut offert le 3 septembre 1200. Outre des séries de listes (provinces, papes, etc.), il contient une très pédagogique généalogie des rois de France qui, faisant remonter l’origine des Francs à la ville de Sicambria, s’achève sur la mention du petit prince, « Ludovicus puer ».L’œuvre logique d’Aristote (384-322 avant J.-C.) fut la première à entrer officiellement à l’Université de Paris (1215). Connue sous le nom traditionnel d’Organon, c’est-à-dire « instrument » méthodologique du savoir, elle comportait, au Moyen Âge, six traités et débutait par l’Isagoge de Porphyre. Aux notions relatives aux catégories et aux propositions (Logica vetus, « corpus ancien de logique »), connues dès le haut Moyen Âge au travers de l’œuvre de Boèce, s’ajoutèrent à partir du milieu du XIIe siècle, celles relatives aux syllogismes et à la méthode inductive, notion essentielle pour toute méthode expérimentale (Logica nova, « corpus récent de logique »). Une fièvre de gloses et de commentaires en accompagna, au XIIIe siècle, l’enseignement, comme en témoigne ce précieux manuscrit, glosé de la main même de Godefroid de Fontaines, maître régent de la Faculté de théologie à Paris (1285-1301), qui, à sa mort (1306) le légua au collège de Sorbonne. En 1338, le volume était « enchaîné » dans la Grande Librairie du collège.

 

Mais d’autres querelles vont secouer l’université : la lutte, récurrente jusqu’au XIVe siècle, entre les séculiers et les réguliers des ordres mendiants. Bientôt, c’est la méthode même de l’enseignement universitaire - la scolastique - qui sera remise en cause : le premier coup lui est porté par Roger Bacon, qui, dans son Opus Majus (1268), jette les bases de la science expérimentale.

 

 Les MIROIRS, traité d'éducation à l'usage des Princes

Une instruction par l’exemple

Les Miroirs (Speculum), qui apparaissent à l’époque carolingienne, sont destinés à renvoyer aux princes l’image idéale du gouvernant : un modèle de sagesse. Rédigés par des clercs, ils édictent les devoirs moraux attachés à la fonction royale et les vertus indispensables à tout prince chrétien. Ils expriment aussi la volonté du pouvoir ecclésiastique de contrôler et de limiter le champ d’action de la monarchie : le roi n’est que l’élu désigné par Dieu et doit mettre sa puissance au service de l’Église. Déjà au Ve siècle, saint Augustin, dans la Cité de Dieu, assignait pour fondements à la monarchie la paix, l’ordre et la justice.

Entièrement dévolus à l’édification des rois durant toute l’époque carolingienne, les Miroirs, à partir du XIIIe siècle, entendent, en s’appuyant sur des faits historiques, montrer une réalité exemplaire. Ainsi sont proposés en modèles des rois de l’ancien Testament (David, Salomon...) ou des empereurs chrétiens (Constantin, Théodose, Justinien...).

Prenant l’exemple de Charlemagne, le Carolinus (1200) de Gilles de Paris ci-contre, enseigne au futur Louis VIII les quatre vertus cardinales :
 

 - prudentia,
 

 - justicia, 

 

- fortitudo,
 

- temperancia. 

 

Gilles de Paris, Carolinus (extrait)
Paris, 3 septembre 1200
Paris, BnF.


 

Manuel d'instruction pour un jeune prince

Petit manuel d’histoire écrit « pour l’instruction » d’un jeune prince, le futur Louis VIII, âgé de treize ans, le Carolinus de Gilles de Paris (vers 1160-1223/1224) est un long poème en vers, qui prenant modèle sur les hauts faits de Charlemagne, enseigne au futur roi les quatre vertus cardinales : Prudentia, Justicia, Fortitudo, Temperancia. Il lui fut offert le 3 septembre 1200. Outre des séries de listes (provinces, papes, etc.), il contient une très pédagogique généalogie des rois de France qui, faisant remonter l’origine des Francs à la ville de Sicambria, s’achève sur la mention du petit prince, « Ludovicus puer ».Cinquante ans auparavant, Jean de Salisbury proposait une version augmentée du modèle princier (dans le Policraticus) : le souverain ne pouvait plus se contenter d’acquérir la sagesse, il devait être aussi savant. 

 


Étaient ainsi posées les bases de l’idéologie monarchique, qui se développent au siècle suivant, en particulier avec saint Louis. Celui-ci suivra de près l’élaboration du Speculum Majus de Vincent de Beauvais. C’est sans doute à sa demande qu’une équipe de dominicains est chargée de rédiger un grand ensemble de « Miroirs des princes », dont fait partie le De eruditione filiorum regalium (« De l’éducation des enfants royaux ») et deux autres traités de Vincent de Beauvais destinés au futur Philippe III, ainsi que l’ouvrage du franciscain Gilbert de Tournai Eruditio regum et principum.

Louis IX lui-même, à la fin de sa vie, rédige en français, pour son fils Philippe et sa fille Isabelle, reine de Navarre, des Enseignements qui constituent un véritable Miroir des princes.

Philippe, à son tour, devenu Philippe le Hardi, fait composer par son confesseur, le frère Laurent, un Livre des vices et des vertus (1279) qui, sous le titre de Somme-le-Roi, servira de référence pédagogique durant plus de deux siècles.

Gilles de Rome poursuit la tradition en écrivant, en 1280, pour son élève le futur Philippe IV le Bel, petit-fils de saint Louis, un De Regimine principum (« Du gouvernement des Princes »), où il propose le modèle d’un roi-clerc omniscient qui maîtrise une culture encyclopédique bâtie sur les arts libéraux, la théologie, la métaphysique et les sciences morales.

La somme le roi de frère Laurent (extrait). Nord de la France, 1311
Paris, Bibl. de l'Arsenal

 

 

La Somme le roi de frère Laurent : les douze articles de la foi chrétienne.

Connue sous le titre de Livre des vices et des vertus ou de Livre des commandements de Dieu, la Somme le roi est un manuel d’instruction morale et religieuse rédigé à la demande de Philippe le Hardi, par son confesseur dominicain, frère Laurent du Bois, en 1279. Quinze peintures soutiennent la lecture-méditation de ce livre d’une haute élévation morale, qui rappelle les douze commandements, les douze articles de la foi, les sept péchés capitaux, les sept dons du Saint-Esprit, les quatre vertus cardinales… Plus de quatre-vingts manuscrits attestent le succès de ce petit traité chez les laïcs épris de spiritualité et de perfection.

Cet ouvrage, marqué par l’influence aristotélicienne, reflète la volonté de former une intelligentsia royale. Il connaîtra un succès extraordinaire : copié, adapté, traduit dans plusieurs langues, il sera ensuite imprimé et réimprimé jusqu’en 1617. 



Les modèles des « Miroirs »

Rois bibliques (Salomon, David, Ézéchias, Josias) et empereurs chrétiens (Constantin, Théodose, Justinien et Léon) sont donnés au prince en exemples, par Guibert de Tournai dans son Eruditio regum et principum (ensemble de lettres adresséesà Louis IX). Sont également cités dans les miroirs les souverains qui s’entourèrent d’érudits illustres : 

 - Alexandre qui eut Aristote pour précepteur, 

 - Claude qui eut Sénèque, 

 - Trajan enseigné par Plutarque,

 - Charlemagne qui s’adjoignit la collaboration d’Alcuin. ous les savoirs du monde :



 Le premier grand traité de science politique : Le Policraticus (1159) de Jean de Salisbury

Écrit en Angleterre par un des hommes les plus cultivés de son temps, le Policraticus (1159) est le premier grand traité de science politique du Moyen Âge. Jean de Salisbury, éduqué dans les écoles de Paris, devenu haut fonctionnaire ecclésiastique à la curie pontificale, puis secrétaire de l’archevêque de Cantorbéry, terminera sa carrière comme évêque de Chartres (1176 à 1180). Ami de Thomas Becket, c’est à la demande de celui-ci qu’il entreprend cet ouvrage, où il utilise pour parler de la société politique la métaphore du corps humain dont la tête est le roi.

Il n’hésite pas à affirmer qu’« un roi illettré n’est qu’un âne couronné », jetant ainsi les nouvelles bases de l’idéal monarchique.

Le Policraticus inaugure une forme rénovée de « Miroirs », qui va se développer au XIIIe siècle. Jusque-là le roi devait répondre à un idéal de sagesse qui passait par les vertus chrétiennes, maintenant il doit aussi être savant.

En 1372, Charles V fait traduire le Policraticus par un franciscain, Denis Foulechat. Dans l’exemplaire de présentation au roi ici exposé :

le souverain est peint en « roi sage »,
« clerc-omniscient » assis à sa roue à livres (symbole matériel du savoir encyclopédique et instrument de travail du clerc),
« éclairé par la main de Dieu ».
Il fut, de fait, une sorte de modèle de prince lettré et mena, tout au long de son règne, une politique encourageant la culture.. Méthodes d'apprentissage : une pédagogie fondée sur la Parole et l'Image

Les apprentissages du savoir au Moyen Âge reposent essentiellement sur la mémoire. La mémoire ressemble à un palais dont les deux portes sont la vue et l'ouïe. Deux chemins y conduisent : l'image et la parole.

La Parole :

La pédagogie universitaire s'appuie sur un enseignement oral avec des lectures expliquées et des discussions argumentées. Les marges surchargées de gloses des manuscrits universitaires rendent bien compte de ce foisonnement de la parole.
Quant à l'enseignement élémentaire il est destiné durant tout le Moyen Âge, à apprendre d'abord à lire ( et à lire d'abord en latin ! ). Charlemagne parle parfaitement le latin, mais il ne sait pas vraiment bien écrire ( bien qu'il s'y exerce au long de ses nuits d'insomnie ).
Enfin, la prédication est un instrument privilégié de la transmission du savoir. Elle utilise largement les pouvoirs persuasifs et aussi les ressources mnémotechniques de l'image.
L'image :

C'est sans doute Hugues de Saint Victor au XIIe siècle, qui développe avec le plus d'éloquence les potentialités pédagogiques offertes par l'image. Il propose ainsi trois «instruments» :

La liste : s'inspirant des techniques de l'ars memoriae telles qu'il a pu les trouver chez Cicéron ou Quintilien, Hugues de saint Victor structure la page de son Chronicon comme la façade d'un temple ponctuée de colonnes distribuant les données historiques selon les temps, les lieux et les personnes. Les éléments y sont rangés de façon qu'on puisse facilement se les rappeler en fonction de leur emplacement et en s'aidant de la couleur particulière qui caractérise chaque série.
La mappemonde : véritable «résumé de la terre» : dans sa Descriptio mappe mundi, Hugues de saint Victor explore les ressources expressives de la carte (toponymes, formes des continents, couleurs. ) invitant à parcourir le monde par l'esprit «en s'évitant les fatigues du voyage».
Le diagramme de l'Arche de Noé : dessine l'univers étendu autour de l'Arche, avec son firmament, sa terre et les toponymes qui la recouvrent, et, à l'intérieur de l'Arche ( ici figure de l'Église et de l'âme ), la totalité des espaces et des temps récapitulés dans une Histoire Sainte. L'image permet d'acheminer l'esprit humain du Visible à l'Invisible, de l'arche à l'Église, de l'Église à la vision de la Sagesse.

 


Jean de Salisbury, Policratique, traduction française par Denis Foulechat. Copié par Henri de Trévou et Raoulet d’Orléans, Paris, 1372. Paris, BnF. BnF

 

 

Le roi dans sa « Librairie »

« Un roi sans instruction est comme un âne couronné. » Plus d’une centaine de manuscrits conservent le texte latin de ce premier traité de science politique médiévale, le Policraticus, rédigé en 1159 par Jean de Salisbury, humaniste anglais, ami de Thomas Becket, un des maîtres de l’École de Chartres. En 1372, Charles V en confia la traduction au franciscain Denis Foulechat. Le présent manuscrit, exemplaire de présentation au roi, le montre « roi sage », « clerc omniscient » assis devant sa roue à livres, « éclairé par la main de Dieu ».



Les représentations allégoriques des arts libéraux : des vierges sages 


Les 7 disciplines des arts libéraux sont au Moyen Âge l'objet d'innombrables représentations allégoriques. Ainsi au tympan du Portail royal de la cathédrale de Chartres on voit la Sagesse siégeant au milieu des personnifications du Trivium et du Quadrivium et de leurs représentants dans l'enseignement des arts et des sciences : Donat, Cicéron, Aristote, Boèce, Euclide, Pythagore, Ptolémée. Assimilés aux sept piliers de la demeure de la Sagesse, ou à sept ruisseaux irrigués par la Fontaine de la Sagesse, ils sont aussi souvent représentés sous forme de vierges hiératiques dotées chacune d'attributs spécifiques.


Des bestiaires pour édifier le chrétien

Le terme fait son apparition au début du XIIe siècle et désigne des ouvrages en vers ou en prose utilisant la description de certains animaux réels ou légendaires, en vue d'un enseignement moral et religieux. Il s'agit à la fois de manuels sommaires d'histoire naturelle et d'abrégés de doctrine chrétienne illustrée.

Les bestiaires dépeignent un monde manichéen déchiré entre le Bien et le Mal, entre le Dieu et le Diable. La description des animaux n'y intègre aucun souci réaliste, elle se conforme essentiellement à une tradition et obéit à une structure constante, où l'énoncé de la « nature » de l'animal permet de dégager une signification religieuse et morale proposée à l'édification. (telle cette licorne du Bestiaire d'Amours et de Responses de Richard de Fournival).

Ainsi les bestiaires constituent-ils « un arsenal de métaphores énonçant les natures de Dieu et un support mnémotechnique rappelant les figures possibles du Mal ».

(Gabriel Bianciotto, Bestiaires du Moyen Âge).



Un ouvrage sur la nature destiné à la prédication

Le Livre des propriétés des choses (De proprietatibus rerum), ouvrage du franciscain anglais Barthélémy, écrit en latin entre 1230 et 1240, entend faire connaître « les natures et les propriétés des choses répandues dans les oeuvres des saints et aussi des philosophes ».

Il s’agit d’une véritable encyclopédie, qui dresse le bilan des connaissances dans tous les domaines, sous une forme ordonnée et simplificatrice. Loin des discussions érudites d’ordre philosophique ou scientifique, l’auteur fait oeuvre de vulgarisation. Le but de Barthélémy est de permettre au lecteur d’accéder au savoir suprême : celui de la théologie.

Ce type d’ouvrage est destiné à la prédication : il fournit au prédicateur un arsenal d’images et de paroles, de métaphores propres à frapper l’imagination du chrétien. Copié et recopié, le De proprietatibus rerum connut une grande faveur auprès d’un public de simples lettrés curieux de culture (deux cents manuscrits latins aujourd’hui conservés). Les étudiants pouvaient en consulter un exemplaire à la bibliothèque du collège de Sorbonne. Soucieux de mettre en oeuvre une vaste entreprise de traduction de textes latins, Charles V en commanda à Jean Corbechon en 1372, une version française qui en augmenta encore le succès.

Traduit également en langue d’oc, espagnol, italien, flamand, le De proprietatibus rerum bénéficia d’une diffusion qui se développa encore avec l’imprimerie (seize éditions en latin, vingt-quatre en français, trois en anglais, deux en espagnol, une en flamand).5. Premières bibliothèques royales : De saint Louis à Charles V -

Le Psautier de Saint Louis
Paris, entre 1253 et 1270
Paris, BnF

 

Le Psautier de saint Louis

Livre de prières, livre d’histoire sainte en images, livre où l’on « apprenait ses lettres », le Psautier était pour le laïc une sorte de « première encyclopédie ». Nombreux en étaient les exemplaires dans les bibliothèques princières. Chef-d’œuvre de l’enluminure gothique parisienne du XIIIe siècle, ce luxueux Psautier fait pour saint Louis lui-même, à l’usage liturgique de la Sainte-Chapelle nouvellement consacrée, en 1248, en rappelle dans sa décoration la délicate harmonie des gables et des rosaces.


En 1254, de retour de croisade, Louis IX, inspiré par un sultan sarrasin qui, disait-on, avait rassemblé pour ses coreligionnaires des textes sacrés, décide de réserver à l’intention des lettrés et des ecclésiastiques de son entourage, un lieu sûr et inviolable : le troisième étage de la chapelle du Palais (édifiée à côté de la Sainte-Chapelle, et sur son modèle), où il installe à côté du Trésor des chartes (les archives du Royaume) : 

- les transcriptions des Écritures,

 - les textes intégraux des Pères de l’Église.

À la mort du roi, la bibliothèque est dispersée entre les abbayes de Royaumont et de Compiègne et les Ordres mendiants de Paris.

Ses successeurs recommencent, à chaque nouveau règne mais avec une envergure chaque fois moindre, à réunir des livres. Seul Jean le Bon (roi en 1350) parvient à transmettre une partie de ses manuscrits à ses fils Jean de Berry et Charles V. Celui-ci va enrichir sa bibliothèque avec méthode.

En 1367-1368, Charles V déménage ses livres du Palais de l’île de la Cité et les installe au château du Louvre, dans la tour de la Fauconnerie. On compte alors 910 volumes, presque autant qu’à la Sorbonne. Les manuscrits sont posés à plat, le long des murs, sur trois étages. Bibliothèque encyclopédique qui couvre tous les champs du savoir, la « Librairie royale » répond à un projet politique : elle rassemble des ouvrages propres à fournir méthodes et exemples pour bien gouverner, destinés à former une élite administrative

 

Aristote, Politique, Economique et éthique (extrait) traduit par Nicolas Oresme vers 1370
Paris, BnF

 

La politique de traduction de Charles V

« La consideration et le propos de notre bon roy est à recommander qui fait les bons livres et excellens translater en françois. » Plus qu’une simple mise en images de la politique de traduction instaurée par Charles V, cette peinture illustre l’ambitieuse translatio studii voulue par le sage roi Charles V : après avoir été le grec, puis le latin, la langue de culture est désormais le français.

Mais ce qui est particulièrement remarquable, c’est la foule d’ouvrages savants traduits en langue vulgaire : 

 - oeuvres scientifiques et techniques,
 - traités d’astrologie et d’histoire,
 - textes d’Aristote accompagnés des commentaires explicatifs de leur traducteur Nicolas Oresme,
 - ou encore oeuvres religieuses comme la Cité de Dieu de saint Augustin, traduite en 1370 par Raoul de Presles.

Le roi met en oeuvre une véritable politique de vulgarisation du savoir, en faisant traduire un très grand nombre d’auteurs latins et en accordant des prêts pour copies.

La langue de culture devient désormais le français.

La librairie de Charles V servira de modèle aux bibliothèques aristocratiques pour la constitution d’une collection de textes intégraux en français.

Charles VI sera le premier roi de France à hériter de la bibliothèque de son père, mais il ne pourra la conserver dans son intégralité. En 1425, elle est finalement rachetée par le duc de Bedford, régent de France, qui la transporte en 1429 en Angleterre où elle sera irrémédiablement dispersée à sa mort.. Une compilation à visée encyclopédique : Le Speculum Majus (1240-1260) de Vincent de Beauvais


Composé par le dominicain Vincent de Beauvais, un intellectuel très proche de Louis IX (saint Louis), le Speculum Majus (ou « Grand Miroir ») est une compilation de milliers de citations d’auteurs antiques, patristiques et médiévaux.

Résultat d’un long travail d’équipe (1240-1260) mené à bien par les cisterciens de Royaumont et les dominicains de Saint-Jacques de Paris, cette entreprise a bénéficié de l’aide d’un roi désireux de s’assurer la maîtrise des savoirs de son temps. On pense d’ailleurs que saint Louis ne se contenta pas de financer ce travail, mais le suivit de près, l’influença et intervint sur les remaniements, en particulier ceux de la troisième partie historique.

 

Miroir Historial, Vincent de Beauvais
Paris,1463
Paris, BnF

 

Miroir Historial, Vincent de Beauvais

Monumental cycle illustré de plus de cinq cents miniatures pour ce Miroir historial en trois volumes, qui appartint à Jacques d’Armagnac, duc de Nemours. Il est l’œuvre de Maître François, l’un des plus célèbres chefs d’atelier parisien du troisième quart du XVe siècle, dont on reconnaît la palette mauve et beige rosé. Saisis avec le reste de la bibliothèque de ce grand bibliophile, au château de Carlat, après son arrestation pour trahison en 1476, ces trois volumes échurent à Tanguy du Châtel, chambellan de Louis XI.

 

Symbole d’une époque de mise en ordre du foisonnement d’idées apparues au siècle précédent, le Speculum Majus répertorie et organise les connaissances nouvelles pour les mettre à la disposition des gouvernants. Il est conçu de façon à être consulté facilement, divisé en 3 parties : 


 - le Speculum naturale (Miroir de la nature) traite « selon l’ordre de la Sainte Écriture en premier lieu du Créateur, puis des créatures »,
 - le Speculum doctrinale (Miroir des sciences) se soucie « de la chute et de la restauration de l’homme »,
 - le Speculum historiale (Miroir de l’histoire) énumère « les faits et les gestes historiques selon la chronologie ».

Chaque partie s’ouvre sur un sommaire, afin que « le lecteur ne perde pas son temps à tourner les pages à l’aveuglette ».

L’ouvrage de Vincent de Beauvais eut une importante diffusion : il en existe plus de 80 manuscrits connus et 6 éditions jusqu’au XVIIe siècle. Il demeure cependant l’ouvrage d’un clerc du XIIIe siècle qui ne prend pas en compte l’histoire intellectuelle de son époque ni l’actualité universitaire parisienne où l’enseignement d’Aristote est déjà intégré depuis quelques décennies.

L’exemplaire présenté ici est une traduction de Jean de Vignay pour Jeanne de Bourgogne, femme de Philippe VI de Valois et arrière-petite-fille de saint Louis.


Source : BNF

Commentaires (1)

1. opi nail polish 09/05/2012

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