L'école de Salerne

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Au Moyen Âge, l'Italie du Sud, par les multiples influences qu'elle reçoit — lombarde, byzantine et musulmane —, devient un carrefour de civilisations. Le commerce des épices et de la soie s'étend : c'est par cette voie que les manuscrits gréco-arabes arrivent en Occident ; et c'est en Italie (et surtout en Espagne) que les manuscrits orientaux seront étudiés. C'est au XIIe siècle que l'apport scientifique de ces différentes cultures est prédominant.

 

L'école de Salerne (près de Naples) qui joua, au XIe siècle, un rôle prédominant dans le renouveau médical par la connaissance approfondie des plantes, atteste de ces progrès, notamment en anatomie et en chirurgie, grâce à la dissection méthodique d'animaux. En chimie, les praticiens de Salerne distillent le vin et condensent les vapeurs d'alcool. L'apparition de ce nouveau solvant aura une profonde influence sur la préparation des médicaments.

Selon la légende, l'école de Salerne aurait été fondée au IXe siècle par quatre maîtres, un grec, un romain, un juif et un arabe et dont l'inspirateur aurait été Anthime, médecin byzantin, conseiller du roi franc Thierry Ier. Les professeurs sont des médecins laïcs. Une Salernitaise, Trotula ou Trocta, obstétricienne, aurait été la première à enseigner la médecine en cette école. Elle écrit un célèbre traité de gynécologie et d'obstétrique concernant tous les aspects de la féminité, y compris les préoccupations psychologiques et esthétiques : De mulierum passionibus ante et post partum. L'école de Salerne organise l'enseignement et le diffuse par ses écrits sur tout le continent. Un recueil de préceptes d'hygiène et d'alimentation, rédigé en vers et collectivement, le Regimen Sanitatis Salerno, maintes fois édité, vulgarise et expose ses vues sur la diététique avec pragmatisme. C'est un recueil de règles d'hygiène pour un mode de vie proche de la nature et une dédramatisation de la maladie. A la demande du fils du roi d'Angleterre, Guillaume le Roux, elle édicte, en vers latins, des préceptes d'hygiène restés célèbres (XIIe siècle) :

 "Si tu venais à manquer de médecins en voici trois excellents: la gaieté, la tranquillité et des repas modérés." ; "De la Sauge : un homme peut-il mourir alors que la sauge fleurit dans son jardin ?" "L'aneth chasse les vents, expulse les humeurs / Et d'un ventre gonflé corrige les grosseurs."

 

L'absinthe était prescrite sous forme de poudre, d'infusé, d'extrait, d'hydrolat, de vin, de teinture et de sirop, contre un grand nombre de maux. Son usage était tel, qu'on en retrouve la mention et l'éloge chez les auteurs des XVe et XVIe siècles.

 

A la suite de l'école de Salerne, Raymond Lulle étudie la rectification de l'esprit de vin. Arnaud de Villeneuve, introduit dans la médecine l'Eau-de-Vie (1260) qu'il dénomme Eau de l'Immortalité dont il fait une véritable panacée.

L'Eau-de-Vie devient un remède vendu exclusivement par les apothicaires contre les maux les plus divers: douleurs, plaies infectées, morsures. Douée dit-on du pouvoir de rajeunissement, elle prend le nom d'aqua vitae.

 

Roger de Parme et la chirurgie

Pendant plusieurs siècles, des élèves venus de toute l'Europe étudieront en latin, en grec, en italien et en arabe (Constantin l'Africain, Warbod Gariopontus, Jean Platearius, Roger de Parme). L'école de Salerne fait traduire les ouvrages arabes et les ouvrages latins en arabe. Constantin l'Africain (1015-1086) sera l'un des pionniers de ce mouvement de diffusion. Ce marchand de Carthage, amené à la médecine puis converti au christianisme, après une vie d'étude et de voyages qui l'avait amené en Perse, en Arabie, en Espagne, vient à Montecassino, traduit de nombreux ouvrages, versions arabes (par les traducteurs du calife Mamoun) de traités médicaux classiques (Hippocrate, Galien) et met à la disposition de l'Occident des textes exacts qui seront la base de l'enseignement dans les facultés de médecine au XIIe siècle. Grâce à lui, la médecine arabe va également influencer la médecine occidentale. Il est également l'auteur de " l'Antidotaire des médicaments simples" et de" Remarques sur les plantes". Ces traductions et leur diffusion développeront l'intérêt pour la doctrine aristotélicienne dont ils sont porteurs, contribuant ainsi à la naissance de la philosophie scholastique.

 

En anatomie et en chirurgie, l'école de Salerne pratique la dissection méthodique d'animaux. En chimie, les praticiens de Salerne distillent le vin et condensent les vapeurs d'alcool. L'apparition de ce nouveau solvant aura une profonde influence sur la préparation des médicaments. Les textes traduits et commentés permettent aux intellectuels d'y puiser l'esprit et la méthode qui caractériseront pendant longtemps une grande partie de la pensée et du raisonnement en Occident. Cette première faculté d'Europe eut un tel rayonnement pendant plus de six siècles qu'elle donna naissance à la doctrine médicale orthodoxe. Elle sera érigée, plus tard, en académie, avec le droit de conférer le titre de docteur et ne sera supprimée par décret par Napoléon 1er qu'en 1811.

 

 

Commentaires (1)

1. womenshi 29/02/2012

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