Le 8 septembre 1303, à Anagni, à une quarantaine de kilomètres au sud de Rome, la rencontre entre le pape et le représentant du roi de France tourne mal. On parle d'un «attentat» contre la personne du pape.
Cet événement marque une rupture avec le XIIIe siècle, siècle chrétien par excellence. Sous le pontificat d'Innocent III puis, en France, sous le règne de Saint Louis, les gouvernements se soumettaient bon gré mal gré aux exigences du pape. Tout change avec Philippe IV le Bel, petit-fils de Saint Louis, qui se pose en précurseur du gallicanisme et de la laïcité, autrement dit de la séparation de l'Église et de l'État.
Jean Brillet.
Dans la nuit du 10 septembre 1368, averti de l'arrivée d'une troupe d'insurgés, l'empereur Toghan Témur (Shun-ti) quitte en hâte son palais de Pékin. Il se réfugie en Mongolie avec ses mignons et ses trésors. Sa fuite piteuse met fin à la dynastie mongole des Yuan, fondée un siècle plus tôt par un petit-fils de Gengis Khan, le grand Qoubilaï Khan (Kubilai Khan). Elle est la sanction d'une rapide dégénérescence de la dynastie.
Jeanne Lafont.
La fin des Yuan
La dynastie mongole des Yuan a été emportée en une quinzaine d'années suite à l'action souterraine d'une secte bouddhiste, le Lotus blanc, dans la région méridionale de Canton. Cette secte millénariste annonce la venue du Messie bouddhiste, le Meitreya, qui délivrerait la Chine des Mongols. Parmi les chefs de bande qui se sont soulevés à son appel, le plus habile est Tchou Yuan-tchang (Zhu Yuanzhang).
Cet ancien bonze, fils de laboureur, l'emporte sur ses rivaux et soumet la Chine centrale. Il installe sa capitale à Nankin. Enfin, il monte sur Pékin à la tête de ses troupes et en chasse les Yuan. Il fonde la prestigieuse dynastie des Ming qui se veut proprement chinoise et non d'origine étrangère comme la précédente.
Pendant les trente années qu'il lui reste à vivre, Tchou Yuan-tchang, devenu Hong-wou, s'applique à restaurer les valeurs de la Chine traditionnelle, par-dessus l'intermède mongol. Il s'entoure de conseillers bouddhistes mais flatte les lettrés confucéens qui prônent une morale de la tempérance. Comme sa propre tempérance a des limites, il lui arrive à l'occasion de faire exécuter quelques-uns de ces conseillers ou lettrés.
Après l'éphémère règne de son fils aîné, c'est à son cadet, Yong-lo, qu'il revient de porter à son apogée la dynastie Ming et l'empire chinois.
Grandeur des Ming
Né en 1360, Yong-lo accède au trône en 1403 aux dépens de son neveu. En vingt-et-un ans de règne, il porte la Chine à une dimension qu'elle avait rarement atteinte auparavant. C'est ainsi que le nouveau «Fils du Ciel» (surnom des empereurs chinois) rétablit pour quelques années l'hégémonie de la Chine sur l'Annam (Viêt-nam actuel). Il prélève même un tribut sur le Japon.
Dans son souci de mieux surveiller les frontières septentrionales et la Mongolie, il transfère sa capitale, en 1421, de Nankin à Pékin. Cette grande ville du nord était au siècle précédent la résidence des empereurs mongols.
Dans sa nouvelle capitale, Yong-lo entreprend de grands travaux. Il embellit l'ancienne résidence impériale, concevant une succession de palais et de jardins somptueux. Cet ensemble monumental prend le nom de «Cité violet-pourpre interdite» (en chinois Tseu-kin-tcheng). Son nom fait allusion à la couleur théorique de l'étoile polaire qui est au centre du monde céleste comme la Cité interdite est au centre du monde terrestre (d'après l'historien René Grousset, Histoire de la Chine).
En matière culturelle, l'empereur, bouddhiste lui-même, ordonne de compiler tous les textes de l'école néo-confucéenne. En 1416, il décide que ceux-ci constitueraient désormais la base de l'enseignement.
Yong-lo ne s'en tient pas là. Pour consolider son empire, développer le commerce avec les autres pays et faire reconnaître sa dynastie par un maximum de souverains étrangers, il organise d'extraordinaires expéditions maritimes qui, malheureusement, resteront sans lendemain.
C'est la guerre de Cent Ans. Le roi d'Angleterre Henri V, après avoir écrasé contre toute attente la chevalerie française à Azincourt, a conquis Caen puis mis le siège devant Rouen.
Pourvus d'une centaine de canons et conduits par un chef énergique, Alain Blanchard, les Rouennais supportent le siège pendant sept mois. Ils poussent hors de la ville 12.000 bouches inutiles, femmes, vieillards et enfants, mais le roi Henri V, impitoyable, les laisse mourir de faim dans les fossés. Le 19 janvier 1419, après avoir en vain attendu des secours, réduits à la famine, ils se résignent à livrer leur ville.
Le puissant duc de Bourgogne, Jean sans Peur (48 ans), et l'héritier du trône de France, le dauphin Charles (16 ans), voudraient l'un et l'autre se défaire des Anglais qui se font de plus en plus envahissants.
Le duc de Bourgogne a dans sa jeunesse combattu comme croisé à Nicopolis. Il aurait gagné son surnom de «sans Peur» à cette occasion... À moins que ce ne fût en massacrant les Liégeois à Othée en 1408. Il est le chef du parti bourguignon. Le dauphin Charles, celui du parti armagnac.
Après de sanglantes querelles, Armagnacs et Bourguignons semblent disposés à mettre fin à leur rivalité qui ruine la France et ne sert que les intérêts du roi d'Angleterre, Henri V.
Une réconciliation avortée
Jean sans Peur et le dauphin Charles se rencontrent une première fois le 8 juillet 1419 à Pouilly-le-Fort, puis à nouveau le 11 juillet. Le 19, un Te Deum célèbre à Paris leur prochaine réconciliation. Mais celle-ci est différée par une attaque des Anglais qui, progressant le long de la Seine, s'emparent de Poissy le 31 juillet et menacent Paris. Le duc de Bourgogne fait évacuer la famille royale sur Troyes, à l'Est.
Enfin, Jean et Charles conviennent de sceller leur alliance sur le pont qui traverse l'Yonne à Montereau, le 10 septembre 1419. Mais la volonté de réconciliation n'est que de façade. Les compagnons du dauphin gardent rancune au duc pour l'assassinat de Louis d'Orléans, douze ans auparavant. Il semblerait que le dauphin lui-même ait projeté la mort du duc de Bourgogne avec ses proches conseillers, Tanguy du Châtel et Jean Louvet.
Imprudent ou téméraire, Jean sans Peur se rend sans protection armée au rendez-vous du pont de Montereau. Au milieu du pont, des charpentiers ont élevé un enclos avec une porte de chaque côté. Il est convenu que les deux rivaux entrent dans l'enclos avec chacun une escorte de dix personnes et que les portes soient fermées pendant toute la durée de l'entrevue.
Le meurtre de Jean Sans Peur sur le pont de Monterau(Les chroniques d'Enguerrand de Monstelet, XVe siècle, bibliothèque de l'Arsenal, Paris)L'atmosphère est tendue. Le duc s'agenouille avec respect devant le Dauphin, qui feint l'indifférence. Se relevant, Jean cherche un appui en posant la main sur le pommeau de son épée.
«Mettez-vous la main à votre épée en présence de Monseigneur le Dauphin ?» questionne l'un des compagnons de celui-ci, messire Robert de Loire, comme dans la fable du Loup et de l'Agneau.
Tanguy du Châtel n'attendait que ce prétexte pour porter un coup de hache au visage du duc en criant «Tuez, tuez !».C'est alors la curée selon le récit qu'en fera plus tard Jean Séguinat, secrétaire du duc, à la commission d'enquête nommée par les Bourguignons.
Par la porte du côté du dauphin, qui a été maintenue ouverte, des hommes en armes s'engouffrent dans l'enclos. Le duc est lardé de coups cependant que le dauphin, conduit à l'écart, reste impassible.
Grand malheur pour la France
L'assassinat horrifie le pays et ravive la querelle des Armagnacs et des Bourguignons, au grand dam des Français loyalistes. Le nouveau duc de Bourgogne, Philippe le Bon, animé par le désir de venger son père, n'hésite plus à s'allier avec les Anglais et leur livre le trône de France.
La reine Isabeau de Bavière et son mari, Charles VI le Fou, se laissent convaincre de déshériter leur fils et de négocier avec les Anglais l'infamant traité de Troyes. Le dauphin devra patienter dix ans avant qu'une bergère de Domrémy lui apporte le pardon de Dieu pour son crime et le restaure dans ses droits à la couronne de France.
André Larané
Charles VI a 11 ans quand il succède à son père Charles V le Sage, le 16 septembre 1380. Le roi étant mineur, ses puissants oncles, Louis d'Anjou, Jean de Berry, Louis de Bourbon et Philippe de Bourgogne, assurent la régence et en profitent pour dilapider les ressources du royaume. Plusieurs révoltes comme celle des Maillotins secouent le pays.
En 1388, le roi Charles VI reprend en main les affaires du royaume. Il rappelle les sages conseillers de son père, gens de modeste extraction que les princes surnomment avec mépris les «Marmousets». Le jeune roi est alors appelé par ses sujets Charles VI le Bien-Aimé et le royaume entre dans une longue «embellie».
Las, il sombre bientôt dans la folie et ses oncles reprennent leur place au Conseil. Le règne, l'un des plus longs de l'Histoire de France, se terminera en 1422 dans les pires calamités : querelle entre les Armagnacs et les Bourguignons, révolte des Cabochiens, défaite d'Azincourt et humiliant traité de Troyes, qui déshérite le fils du roi et d'Isabeau de Bavière au profit de l'héritier dur roi d'angleterre.
Le 21 septembre 1435, à Arras, un traité entre le roi de France Charles VII et le duc de Bourgogne Philippe le Bon enterre la querelle dite des Armagnacs et des Bourguignons.
Le roi s'est acquis une légitimité dynastique grâce à l'intervention de Jeanne d'Arc. Celle-ci est suppliciée en 1431. Malgré cela, le roi se sent désormais en mesure d'engager la contre-offensive contre les Anglais.
Réconciliation
Par l'entremise du pape et de son beau-frère, l'affable René d'Anjou, Charles VII entreprend de se réconcilier à Arras avec le duc de Bourgogne, Philippe le Bon.
Il n'hésite pas à s'humilier en faisant amende honorable pour le meurtre du duc Jean sans Peur. Le traité débute par cette confession : «Premièrement, le roi dira, ou par ses gens notables suffisamment fondés fera dire à mondit seigneur de Bourgogne, que la mort de feu le duc Jean de Bourgogne, son père, que Dieu absolve, fut iniquement et mauvaisement faite par ceux qui perpétrèrent ledit cas, et par mauvais conseil, et lui en a toujours déplu et de présent déplaît de tout son coeur, et que s'il eût su ledit cas, et en tel âge et entendement qu'il a à présent, il y eût obvié à son pouvoir...».
Le roi cède au duc les comtés d'Auxerre et de Mâcon et les villes de la Somme, sous condition de rachat (son fils et successeur Louis XI effectuera ledit rachat). En contrepartie, le Bourguignon renonce à son alliance avec les Anglais. C'est l'épilogue de la fameuse querelle des Armagnacs et des Bourguignons.
On peut noter que la querelle reprendra une génération plus tard entre le roi de France Louis XI, fils de Charles VII, et la Bourgogne riche et puissante du duc Charles le Téméraire, fils de Philippe le Bon. La mort pitoyable du duc en 1477 et l'annexion de son duché au royaume y mettront un terme définitif.
Préparatifs de guerre
Après le traité d'Arras, le roi se hâte de retrouver sa capitale. Le connétable de Richemont reprend Paris en 1436 et l'ancien «petit roi de Bourges» y fait une entrée triomphale le 12 novembre 1437. Le roi anglais, qui prétend toujours régner sur la France, se résigne à signer une trêve à Tours le 28 mai 1444.
Tranquille pour quelques années, Charles VII peut mettre les affaires du royaume en ordre.
André Lara
Le 24 septembre 911, les principaux seigneurs allemands offrent la couronne de Germanie à l'un des leurs, Conrad de Franconie.
C'est le dénouement de dix ans de conflits successoraux inaugurés par la mort d'Arnoul de Carinthie, qui avait été élu par ses pairs roi de Francie orientale (l'Allemagne actuelle).
C'est d'une certaine manière la naissance de l'Allemagne sur les ruines du Regnum francorum, le royaume des Francs fondé par Clovis et relancé par Charlemagne.
André Larané
Pitoyable fin de l'empire carolingien
Après son élection comme roi de Francie orientale en 896, Arnoul de Carinthie use de son pouvoir pour se faire aussi couronner empereur à Rome. À sa mort, trois ans plus tard, le titre impérial est repris par le roi de Provence, Louis III, petit-fils de l'empereur carolingien Louis II.
Un rival, Bérenger de Frioul, dépose Louis III en 905 et, selon les moeurs de l'époque, le fait aveugler pour mieux l'écarter du pouvoir ! Il devient à son tour roi d'Italie et empereur. À sa mort, en 924, personne ne se présente pour relever le titre.
C'est ainsi que disparaît dans l'indifférence la couronne impériale inaugurée par Charlemagne. Il est vrai que celle-ci était très vite devenue un hochet sans pouvoir entre les mains des pitoyables successeurs du grand empereur.
Émergence de deux nations
À la veille de sa mort, en 901, Arnoul de Carinthie a confié la couronne de Germanie à Louis IV l'Enfant, le représentant légitime des Carolingiens, les descendants directs de Charlemagne.
Quant meurt à son tour Louis IV L'Enfant, les seigneurs allemands refusent de reconnaître pour roi son successeur légitime, Charles III le Simple. C'est ainsi qu'ils s'unissent autour de Conrad de Franconie et mettent un terme définitif à la dynastie des carolingiens directs à l'est du Rhin.
À la place du Regnum francorum émergent deux ensembles nationaux promis à un grand avenir, la France et l'Allemagne. Après l'élection de Conrad de Franconie, ces deux ensembles vont se développer chacun de leur côté.
Une dynastie saxonne
En 918, sur son lit de mort, Conrad 1er désigne pour successeur le duc Henri de Saxe, dit l'Oiseleur. Le fils de ce dernier, Otton, réunit l'Allemagne et l'Italie en son pouvoir et fonde le Saint empire romain.
Dans le même temps, à Paris, les seigneurs de Francie occidentale portent un certain Hugues Capet à la royauté. Ses descendants vont règner sans discontinuer sur le pays jusqu'en... 1792.
Le 29 septembre 1399, les barons anglais contraignent le roi Richard II (32 ans) à abdiquer, mettant fin à un règne aussi troublé que fascinant-
Richard II est le fils du Prince Noir Édouard, qui vainquit les Français à Poitiers mais mourut avant d'avoir pu régner.
Richard succède donc en 1377 à son grand-père, Édouard III, le vainqueur de Crécy. Lorsqu'il monte sur le trône, la situation du royaume est critique.
Sous l'effet des contre-offensives victorieuses de Du Guesclin, l'Angleterre a perdu la plupart des provinces qu'elle avait conquises en France pendant la première période de la guerre de Cent Ans. Cela fait beaucoup de revenus en moins pour la noblesse.
Le nouveau roi n'a que dix ans à son avènement et doit laisser la régence à son oncle, Jean de Gand, un baron avide et détesté du peuple, qui va lever de nouvelles taxes pour pallier l'appauvrissement de la noblesse.
Ce sera l'origine de violentes secousses sociales et politiques.
Le 10 octobre 680, à Kerbela (ou Kerbala), en Mésopotamie, des soldats arabes massacrent une petite troupe conduite par Al-Hussein (ou Husayn), l'un des petits-fils du Prophète de l'islam. Le drame survient moins de cinquante ans après la mort de Mahomet. Il va en résulter une scission irrévocable de l'islam entre sunnites et chiites.
Une fête au goût de sang
Les chiites commémorent chaque année le drame de Kerbela à l'occasion de la fête de l'Achoura, le 10e jour du mois musulman de mouharram. Cette commémoration donne lieu à de grands pèlerinages dont le principal se déroule comme il va de soi à Kerbela (Irak actuel). En Iran, des troupes d'acteurs rejouent sur les places le drame de Kerbela et l'on peut voir des pèlerins manifester leur douleur en se flagelleant jusqu'au sang.
Après deux longs mois de navigation, le navigateur gênois pose le pied sur une plage des Bahamas... en croyant atteindre le Japon !
La Fête de l'Hispanité
Tous les ans, le 12 octobre, les habitants de l'Espagne et les communautés de langue espagnole, en Amérique du Nord et du Sud, commémorent cet événement. C'est le jour de l'«Hispanidad» (ou Hispanité), aussi appelé «Día de la raza» (Jour de la race). Aux États-Unis, la découverte du Nouveau Monde est commémorée chaque année par un jour chômé, le «Columbus Day» (deuxième lundi d'octobre).
Le 16 octobre 708, au temps des rois mérovingiens, si l'on en croit le récit d'un moine du haut Moyen Âge, un évêque d'Avranches du nom d'Aubert dédicace un sanctuaire en l'honneur de l'archange Saint Michel.
Ce sanctuaire est situé sur le mont Tombe, au milieu d'une vaste baie ouverte sur la Manche. Régulièrement agrandi et embelli au fil des siècles, jusqu'à nos jours, le sanctuaire va devenir l'un des plus célèbres lieux de pèlerinage du monde sous le nom de... mont Saint-Michel !
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