Le 14 juillet 1223 meurt à Mantes, à l'ouest de Paris, le roi Philippe Auguste (58 ans), après 42 ans de règne. Il est enterré à Saint-Denis et son fils aîné (36 ans) lui succède immédiatement.
Pour la première fois depuis Hugues Capet, le roi n'a pas jugé utile de faire sacrer son fils avant de mourir. Après deux siècles d'existence, la dynastie capétienne est assez solidement établie pour que la succession héréditaire s'opère d'elle-même.
Le nouveau roi, sous le nom de Louis VIII le Lion, ne règnera que trois ans mais il a déjà beaucoup agi aux côtés de son père, manifestant de grandes qualités politiques et militaires...
Le 8 juillet 452, le pape Léon 1er sort en grande pompe de Rome et va au-devant d'Attila.
Le roi des Huns cède à sa prière et renonce à envahir Rome et retourne dans les steppes d'où son peuple est originaire. L'année précédente, il a épargné la ville de Troyes devant les supplications de l'évêque Saint Leu. Il s'est aussi détourné de Paris où Sainte Geneviève animait la résistance.
Pour les chrétiens de l'époque, Attila est le «Fléau de Dieu», autrement dit l'instrument de la punition divine. Il frappe ceux qui se sont détournés de l'enseignement de l'Église, et épargne les miséricordieux.
De son vrai nom Li Shimin, l'empereur Taizong le Grand est le fondateur de la dynastie des T’ang. Il restaure la grandeur de la Chine après trois siècles durant lesquels elle a eu à souffrir d’invasions barbares (comme l’empire romain à la même époque).
Il rétablit la paix civile, étend l’empire jusqu’en Asie centrale et réduit en vassalité les pays voisins (Corée, Japon, Tonkin,…) avant de s'éteindre à Chang'an (aujourd'hui Si'ngan-fou) à l'âge de 52 ans.
Sous son règne et celui de ses successeurs, le confucianisme redevient la doctrine officielle cependant que se diffuse le bouddhisme. Les innovations scientifiques se multiplient (y compris même une forme archaïque d’imprimerie).
Le 11 juillet 1405, la flotte des Trésors largue les amarres pour un long périple dans les mers du Sud (l'océan Indien).
Elle part por un long périple dans les mers du Sus(L'Océan indien)
C'est la première des sept grandes missions d'exploration conduites par Zheng He pour le compte de l'empereur chinois Zhu Diet de son deuxième successeur.
Ces missions précèdent de quelques décennies les grandes expéditions maritimes des Européens (Bartolomeu Dias, Christophe Colomb....). Elles ouvrent des perspectives d'expansion inouïes à la Chine des empereurs Ming, perspectives que les fonctionnaires confucéens auront tôt fait de court-circuiter...
Un empereur qui voit loin
L'empereur Zhu Di a porté la dynastie Ming à son apogée et considérablement renforcé la Chine. Mais il ne s'en tient pas là et veut nouer des échanges avec un maximum de souverains étrangers. Dès la fin du XIVe siècle, les échanges d'ambassades se mutiplient entre Nankin et les petits royaumes d'Extrême-Orient et d'Asie du Sud-Est. L'empereur projette aussi de grandes missions d'exploration outre-mer en vue de développer le commerce et de faire reconnaître le prestige de l'empire des Ming aussi loin qu'il est possible.
Les Chinois s'étaient lancés sur les mers dès les environs de l'An Mil. Plus tard, les conquérants mongols avaient fait construire à l'embouchure du Yangzi de grandes flottes en vue d'envahir Java. Autant dire que les ambitions ultramarines de l'empereur n'ont rien d'extraordinaire... Elles n'ont rien non plus d'irréfléchi. Dès 1391, plus de 50 millions d'arbres sont plantés dans la région de Nankin en vue de la construction des navires.
Zheng He, amiral de la flote des Trésors (manuscrit du XVIe siècle, British Library, Londres)Les chantiers navals du bas-Yangzi sont mobilisés pour construire les deux cents navires de la flotte des Trésors. Les quelques milliers de travailleurs de ces chantiers navals sont renforcés par 400 familles de charpentiers.
L'amiral Zheng He, auquel est confié le commandement de la flotte, est un géant originaire du Yunnan, une province du sud de la Chine. Il appartient à une minorité de confession musulmane, les Hui. Il est né vers 1371 sous le nom de Ma He dans une famille spécialisée dans l'organisation de voyages vers La Mecque.
Entré comme eunuque au palais de l'empereur Hong-wou, il a gagné la confiance de celui-ci ainsi que de son fils Zhu Di et a reçu le surnom de Zheng.
Pour la navigation lointaine, Zheng He peut compter sur des innovations déjà anciennes, comme le compas, inventé par les Chinois eux-mêmes au XIe siècle. Ces compas placés dans une capsule d'eau permettent aux marins de se repérer en plein océan.
Des jonques jusqu'en Afrique !
Le grand départ a lieu le 11 juillet 1405 du port de Longkiang, à l'embouchure du Fleuve bleu, le Yang Tsé Kiang (ou Changjiang). Deux cents navires emportent - si l'on en croit les chroniques - 27.800 personnes : marins, soldats, mais aussi interprètes, médecins, savants,...
Toujours selon les chroniques, le vaisseau amiral, le plus grand de tous, aurait 140 mètres de long et 58 de large, avec 12 mâts et une jauge de 1500 tonneaux... Ces dimensions font passer la Santa Maria de Christophe Colomb, longue de 28 mètres, pour une coque de noix... mais paraissent très exagérées !
Si elles surpassent en taille les caravelles et les caraques occidentales, ces jonques n'ont pas leur maniabilité. Elles ne louvoient pas et naviguent obligatoirement vent arrière. Pour cette raison, elles ne peuvent sortir de la zone des moussons, attendant d'une saison à l'autre que les vents s'orientent dans l'un ou l'autre sens.
– Première expédition :
La flotte des Trésors se rend jusqu'au sud de l'Inde et atteint l'île de Ceylan (Sri Lanka). Elle établit les premiers contacts avec les royaumes locaux.
– Deuxième expédition :
En 1407-1409, Zheng He consolide ses implantations côtières par une nouvelle expédition. Il fait dresser des stèles à Calicut, Cochin et Ceylan afin de confirmer les liens de ces États avec l'empire des Ming.
– Troisième expédition :
Zheng He repart en 1409-1411 vers le Siam, Malacca et l'île de Ceylan, où il inflige une défaite militaire à l'armée du roi de Kandi.
– Quatrième expédition :
En 1413-1415, Zheng He s'embarque avec 30.000 hommes jusqu'au golfe Persique, en vue de ramener les pierres précieuses qui font la réputation de la ville arabe d'Ormuz.
Une partie de l'expédition profite de l'occasion pour explorer les côtes de l'Afrique orientale jusqu'aux environs de Zanzibar. On ne se lasse pas d'imaginer ces contacts sans lendemain entre l'Afrique noire et l'empire Ming ! L'expédition rentre à Nankin avec des représentants d'une trentaine de royaumes, tous porteurs de tributs pour l'empereur de Chine.
– Cinquième et sixième expédition :
Les deux voyages suivants ont lieu dans les mêmes régions de la péninsule arabe et de la côte africaine des Somalis en 1417-1419 et en 1421-1422.
Mais la mort de l'empereur Zhu Di en 1424 et l'intronisation de son fils interrompent le cycle des expéditions. La Chine commence à se détourner de la mer comme l'illustre le transfert de la capitale, de Nankin, sur la côte méridionale, à Pékin, au milieu des steppes du nord...
– Septième expédition :
La dernière expédition est commanditée en 1433 par le petit-fils de Zhu Di, l'empereur Xuande (Zhu Zhanji), en vue de restaurer des relations pacifiques avec les royaumes du Siam et de Malacca, dans le Sud-Est asiatique. Une partie des navires se rendent de Calicut à Djeddah, le port de La Mecque, en Arabie.
La trace de Zheng He se perd à ce moment. Après sa mort, les empereurs Ming renoncent aux explorations maritimes bien que celles-ci eussent atteint leurs objectifs et contribué au rayonnement international de la Chine et au développement de son commerce. Zheng He lui-même a laissé de tels souvenirs en Asie du Sud-Est qu'il y est encore par endroits divinisé sous le nom de Sanbao miao.
Sous la pression des lettrés confucéens, qui croient assurer de la sorte la tranquillité de la Chine, les empereurs se replient à l'intérieur de leurs frontières... Mauvais calcul. En agissant ainsi, ils laissent la Chine démunie face aux agressions des Mandchous et des Japonais ainsi qu'aux appétits des marchands européens. -
Les milices des communes flamandes en révolte contre la France qui occupe la région depuis 1297, battent l'armée française de Philippe le Bel aux abords de la forteresse de Courtrai. Après la bataille, les Flamands ramassent dans la boue les éperons d'or des chevaliers français, d'où le nom de la bataille. Ces trophées orneront l'église Notre-Dame de Courtrai avant d'être récupérés par la France et installés à Dijon.
Le vendredi 15 juillet 1099, les croisés enlèvent aux musulmans la ville de Jérusalem. Ils ont quitté l'Europe occidentale trois ans plus tôt pour répondre à l'appel du pape Urbain II et reprendre aux Infidèles (les musulmans) le tombeau du Christ.
Un si long voyage
C'est le 15 août 1096, selon les instructions du pape, que les croisés se sont mis en route pour la Terre sainte, sous la direction du légat pontifical Adhémar de Monteil. Ce «voyage à Jérusalem» ne se différencie à vrai dire des précédents pèlerinages en armes vers la Terre Sainte que par le grand nombre des participants : plus de 150.000 au départ (sans doute 15.000 à l'arrivée au terme d'un éprouvant voyage de trois ans).
Après d'extrêmes difficultés, les quatre armées de croisés, ou ce qu'il en reste, atteignent la Syrie et les marches de la Palestine.
Leur progression est facilitée par les rivalités dans le camp ennemi. Une partie des musulmans font allégeance au calife de Bagdad. Ceux-là occupent la Palestine et Jérusalem avec des troupes turques. Mais pendant que ces troupes combattent les croisés à Antioche, en Syrie, les musulmans fatimides d'Égypte profitent de la situation pour attaquer la Palestine. C'est ainsi que le 26 août 1098, les Égyptiens enlèvent aux Turcs la ville de Jérusalem... avec les encouragements des Francs.
L'ultime bataille
L'armée de Raimon de Saint-Gilles arrive la première sans encombre à Bethléem où elle est accueillie par les chrétiens en liesse. Enfin, le 7 juin 1099, les croisés aperçoivent les dômes de la Ville sainte.
Il faut se préparer à un siège difficile dans la chaleur de l'été. Heureusement, une escadre génoise amène à Jaffa du matériel de siège et du ravitaillement.
L'attaque commence le 14 juillet mais la garnison égyptienne riposte en incendiant les tours roulantes des croisés avec du feu grégeois, un combustible très puissant.
Le matin du vendredi 15 juillet, Godefroi et son jeune frère Eustache de Boulogne arrivent à s'approcher des murailles à bord d'une tour recouverte de peaux de bêtes fraîchement écorchées et ainsi protégées du feu. Bientôt des échelles surgies de partout s'adossent aux murailles.
Tuerie dans la Ville Sainte
Les défenseurs de la citadelle ont la vie sauve grâce à Raimon de Saint-Gilles qui leur accorde un sauf-conduit jusqu'à la côte. Mais il n'en va pas de même des habitants qui se sont réfugiés dans les mosquées de l'esplanade du Temple. Ceux-là sont massacrés malgré les ordres de Tancrède, le neveu de Bohémond de Tarente.
La tuerie a pour effet de pousser à la résistance les villes de la côte qui étaient sur le point de se rendre. Elle n'a cependant rien d'exceptionnel pour l'époque. Les Turcs ont par exemple massacré un plus grand nombre de gens lorsqu'ils s'en sont pris à la croisade populaire en 1096 (12.000 tués, dit-on, dans la seule journée du 10 août 1096). Les Égyptiens eux-mêmes n'ont pas fait de quartier quand ils ont repris Jérusalem aux Turcs le 26 août 1098.
Mais le fait qu'il s'agisse d'un massacre de musulmans et de juifs par des chrétiens et qu'il se produise dans la Ville Sainte va donner lieu à des exagérations chez les chroniqueurs arabes comme chez les Francs.
Chronique de la prise de Jérusalem
Voici le récit de la prise de Jérusalem par Raimondo d'Aguilers, avec les exagérations d'usage dans une chronique de ce genre :
«A peine les nôtres eurent-ils occupé les murs et les tours de la ville, alors ils purent voir des choses terribles : certains, et c'était une chance pour eux, étaient décapités, d'autres tombaient des murs criblés de flèches ; beaucoup d'autres enfin brûlaient dans les flammes. A travers les rues et les places, on voyait des têtes amoncelées, des mains et des pieds coupés ; hommes et chevaux couraient parmi les cadavres. Mais cela n'était rien encore : parlons du Temple de Salomon, où les Sarrasins avaient l'habitude de célébrer leurs cérémonies religieuses. Que s'y était-il passé ? Si nous disions la vérité, nous ne serions pas crus : disons seulement que dans le Temple et dans le portique de Salomon, on avançait avec du sang jusqu'à la hauteur des genoux et des mors des chevaux. Et c'était par juste jugement divin que ce lieu qui avait supporté si longtemps les injures contre Dieu, recevait leur sang. Après la prise de la ville, il était beau de voir la dévotion des pèlerins devant le Sépulcre du Seigneur et de quelle façon se manifestait leur joie en chantant à Dieu un chant nouveau. Et leur coeur offrait à Dieu vainqueur et triomphant des louanges inexprimables en paroles...»
Les Francs s'installent dans leur conquête
Contrairement aux attentes, la Ville Sainte revient à Godefroy de Bouillon et non à Raimon IV. Par humilité, le seigneur lorrain refuse le titre de roi et choisit celui d'«avoué du Saint-Sépulcre» (l'avoué est dans le droit médiéval un laïc qui dirige les propriétés d'un évêque et se bat en son nom quand cela est nécessaire). En homme pieux, il ne veut pas d'une couronne d'or là où le Christ en avait une d'épines.
Le 12 août 1099, Godefroy de Bouillon complète son succès en écrasant une armée égyptienne très supérieure en nombre à Ashkelon (ou Ascalon). De cette ville, les croisés ramèneront en Occident... l'échalote (du latin ascolonia cepa, qui signifie oignon d'Ascalon). Mais le nouvel avoué du Saint-Sépulcre n'arrive pas à s'emparer de la ville d'Ashkelon en raison de l'opposition sournoise de Raimon de Saint-Gilles, qui lui garde rancune de lui avoir volé le titre de roi.
Bientôt, les grands seigneurs repartent, qui vers l'Europe, qui vers sa principauté de Syrie ou du Liban. Godefroy de Bouillon se retrouve à peu près seul avec ses troupes dans une Palestine encore insoumise et entourée d'ennemis.
Notons que le pape Urbain II est mort quelques jours après la prise de Jérusalem sans avoir eu la satisfaction d'apprendre le succès de son appel.
Le 15 juillet 1410, à Tannenberg, une localité de Prusse orientale (aujourd'hui Grunwald, en Pologne), les chevaliers Teutoniques sont écrasés par une coalition de Polonais et de Lituaniens.
Le grand maître de cet ordre de moines-soldats allemands de brutale réputation, Ulrich von Jungingen, meurt les armes à la main. Les Polonais désignent cette bataille mémorable sous le nom de victoire de Grunwald...
L'Ordre teutonique a joué un rôle majeur dans l'expansion germanique à l'est de l'Europe, en terre slave, à la fin du Moyen Âge. Il est aussi à l'origine de l'Etat prussien.
L'ordre Teutonique - d'un vieux mot qui signifie allemand - a été fondé par des chevaliers allemands en 1198 en Terre sainte, à Acre, sous le nom d'Ordre des chevaliers Teutoniques de l'Hôpital Sainte-Marie de Jérusalem. Ses moines-soldats sont reconnaissables à leur grand manteau blanc orné d'une croix noire.
Exclusivement composé de chevaliers allemands désireux de se vouer à la lutte contre les infidèles, l'ordre étend très vite des ramifications vers l'Europe centrale encore peuplée de païens. Il fonde la ville de Kronstadt en Transylvanie (aujourd'hui Brasov, en Roumanie).
En 1226, il est appelé à la rescousse par le duc polonais Conrad de Mazovie, la région de Varsovie. Les terres du duc viennent d'être envahies par un peuple encore païen des bords de la mer Baltique, les «Pruzzen» ou «Borussiens». Frédéric II de Hohenstaufen, l'empereur qui règne alors en Allemagne, octroie à l'ordre Teutonique tous les privilèges des princes d'Empire en vue de l'encourager à combattre et «évangéliser» les Borussiens.
Les moines-soldats accomplissent leur mission avec une extrême brutalité, en exterminant plutôt qu'en convertissant les populations borussiennes et en implantant des colons allemands qui ne tardent pas à adopter le nom de leurs prédécesseurs. C'est ainsi que la région prend le nom de Prusse. Cette colonisation militaire participe au «Drang nach Osten».
Le «Drang nach Osten» (en français, poussée vers l'est) désigne la poussée germanique vers l'Est.
Cette colonisation agraire s'amorce au XIe siècle, à l'initiative de moines cisterciens et prémontrés issus de Bourgogne qui traversent les terres allemandes pour s'établir au-delà de l'Elbe, dans des étendues sauvages encore peuplées de Slaves plus ou moins païens.
Les défrichements des moines de Citeaux ne tardent pas à attirer des paysans allemands. Dans les années 1220 arrivent des moines-chevaliers de Terre Sainte, chevaliers Teutoniques et chevaliers Porte-Glaives, qui donnent un tour autrement plus brutal à la colonisation allemande.
La poussée germanique se heurte rapidement aux Slaves lorsque ceux-ci entrent dans la chrétienté et se dotent de structures étatiques. Le mouvement s'interrompt au début du XVe siècle avec la défaite des chevaliers Teutoniques face aux Polonais et Lituaniens.
Un demi-millénaire plus tard, à la suite de deux guerres mondiales, le mouvement s'inverse et les Slaves repoussent les Allemands à l'ouest de la ligne Oder-Neisse, du nom des deux cours d'eau qui marquent depuis 1945 la frontière entre l'Allemagne et la Pologne.
Pour consolider leur progression, les chevaliers Teutoniques construisent de puissantes forteresses dans les territoires nouvellement conquis, comme Köenigsberg (aujourd'hui Kaliningrad, en Russie). Dans le même temps, ils fusionnent avec un autre ordre allemand en guerre contre les Baltes : les chevaliers Porte-Glaive. Les régions de Courlande et de Livonie, à l'est de la Prusse, entrent à leur tour dans la zone d'expansion des chevaliers Teutoniques.
Les moines-soldats essuient toutefois un premier échec cinglant sur les glaces du lac Peïpous, à la limite de l'Estonie actuelle, face à l'armée du prince russe Alexandre Nevski. Ils ne tenteront pas de pousser plus avant la colonisation allemande.
Quand les derniers croisés évacuent la Terre sainte en 1291, le grand maître de l'ordre Teutonique quitte Acre, en Palestine, pour la forteresse de Marienburg, en Prusse, dont il fait en1309 sa capitale. Désormais sans attache en Palestine, l'ordre Teutonique s'affirme comme une grande puissance séculière, rivale de la Pologne et de la Lituanie voisines. Il est placé sous l'autorité du grand maître, un personnage richissime et prestigieux, désigné à vie, avec rang de prince d'Empire.
Le siècle suivant voit le début de son déclin, en raison tout à la fois de la Grande Peste de 1348, qui décime les populations européennes, et de la consolidation du royaume de Pologne, de langue slave. En Prusse même, dans les terres administrées par l'ordre, les Allemands de la noblesse comme de la bourgeoisie supportent mal la tutelle des chevaliers Teutoniques et n'hésitent pas à prendre parti pour le roi de Pologne et le grand-duc de Lituanie dans leurs querelles avec l'ordre.
Le roi de Pologne Ladislas II Jagellon combat à son tour l'ordre Teutonique. Après sa magistrale victoire de Tannenberg, il lui impose le traité de Thorn (aujourd'hui Torun, en Pologne). Un demi-siècle plus tard, à nouveau vaincus par les Polonais, les chevaliers Teutoniques ne conservent plus que la Prusse orientale sous la suzeraineté du roi de Pologne.
Le 16 juillet 1054, le représentant du pape dépose à Sainte Sophie une bulle d'excommunication contre le patriarche de Constantinople.
De cette péripétie secondaire, une tradition historique tardive fera le point de départ de la scission entre chrétiens d'Orient et d'Occident. Il s'agira en fait pour les Occidentaux de se dédouaner, 150 ans plus tard, du sac de Constantinople.
Les premières rivalités entre l'église de Constantinople et celle de Rome remontent à Charlemagne, 250 ans plus tôt :
– Le clergé de rite grec est attaché à l'empereur romain d'Orient, ou empereur byzantin. Il est soumis au patriarche de Constantinople qui se veut «oecuménique», d'après un mot grec qui désigne l'ensemble des terres habitées et signifie que le patriarche aurait donc autorité sur tous les chrétiens.
– Le clergé d'Occident, de rite latin, est quant à lui plus ou moins attaché à l'évêque de Rome. Celui-ci, aussi appelépape (d'un mot gréco-latin qui signifie père ou patriarche), jouit d'un prestige particulier en sa qualité de successeur des apôtres Pierre et Paul, premiers pasteurs de la communauté chrétienne de Rome.
Aux VIIIe et IXe siècles, l'empire romain d'Orient est troublé par la querelle des images, ou «iconoclasme».
Aux VIIIe et IXe siècles, tandis que l'Occident sort lentement des temps barbares sous l'impulsion des Carolingiens, la querelle des images, ou «iconoclasme», déstabilise l'empire romain d'Orient.
Certains théologiens grecs s'avisent en effet du caractère envahissant pris par le culte des images pieuses et prônent la destruction de celles-ci. Les souverains sont tantôt iconoclastes tels Léon III L'Isaurien (717-741), qui prend le premier édit contre les images en 726, et son fils Constantin V (741-775), tantôt iconodules (le contraire), telles Irène (797-802), qui rétablit le culte des images au VIIe concile oecuménique de Nicée, et Théodora, veuve de l'empereur Théophile, régente de 842 à 856... Les évêques suivent béatement l'opinion de l'empereur.
Seuls résistent les moines. La plupart ne sont pas prêtres et ne sont pas soumis à la hiérarchie de l'Église séculière, autrement dit aux évêques. Or, qu'est-ce qui les fait vivre ? Les pèlerinages. Car les fidèles accourent dans les sanctuaires pour vénérer les images ou icônes que fabriquent et vendent les moines. D'où le caractère ravageur que prend la querelle des images comme l'atteste la miniature ci-dessous. Elle illustre l'action de Constantin V (741-775), qui, en 754, fit disperser les moines, confisquer leurs biens et détruire les images saintes.
La querelle se conclut par le rétablissement solennel du culte des images dans la basilique Sainte-Sophie le 11 mars 843 à l'initiative de la régente Théodora. Ce jour est encore fêté avec éclat. C'est la «Fête de l'orthodoxie».
Affaiblis par les querelles civiles et religieuses et les agressions extérieures, les empereurs qui trônent à Byzance ne sont plus en mesure d'agir à l'extérieur de leurs frontières et le pape, en particulier, ne peut plus compter sur eux pour le défendre contre les Barbares qui le menacent, tels, en particulier, les Lombards installés au nord de la péninsule.
À la même époque monte en Occident la famille des Pippinides ou Carolingiens, dont les plus illustres représentants sont Charles Martel, Pépin le Bref et Charlemagne. Très vite va s'établir une convergence d'intérêts entre les papes et les Pippinides. En 754, le pape confère à Pépin le Bref la dignité royale et, en échange, ce dernier le protège contre les Lombards et même lui reconnaît une pleine souveraineté sur l'Italie centrale et la région de Rome, les futurs États pontificaux.
L'alliance entre le Saint-Siège et les Pippinides est consolidée avec le fils et successeur de Pépin le Bref, Charlemagne lui-même, qui est sacré empereur à Noël 800. Désormais, l'empereur d'Occident qui règne à Aix-la-Chapelle et le pape de Rome se posent en égaux sinon en concurrents de l'empereur byzantin et du patriarche de Constantinople-
Les querelles entre Orientaux et Occidentaux se multiplient mais sans revêtir de caractère dramatique. Dès l'époque de Charlemagne, on dispute du Filioque, un débat théologique né au concile de Nicée... un demi-millénaire plus tôt : le Saint Esprit, troisième personne de la Sainte Trinité, procède-t-il «du Père et du Fils» (thèse occidentale) ou «du Père par le Fils» (thèse orientale) ! On se querelle aussi sur..... le port de la barbe par le clergé, sur le célibat des prêtres ou encore sur la nature du pain consommé à Pâques : doit-il être normal, comme le pensent les Orientaux, ou azyme (sans levain) ? Au total, pas de quoi fouetter un chat.
La conversion au christianisme du roi (khan) des Bulgares, Boris 1er, est une première véritable pomme de discorde entre Rome et Constantinople. Ce roi barbare, dont les terres sont prises en tenaille entre l'empire carolingien de Louis le Germanique et l'empire byzantin de Michel III l'Ivrogne, hésite pendant plusieurs années. Va-t-il faire allégeance au pape Nicolas II ou au patriarche Photius ? Ce dernier se montre le plus compréhensif. C'est finalement par lui que se fait baptiser Boris 1er en 865, prenant le nom de Michel en l'honneur de l'empereur régnant.
Un siècle plus tard, l'empire byzantin atteint son apogée avec Jean 1er Tzimiscès puis Basile II, maître tout-puissant de Constantinople de 976 à sa mort, le 15 décembre 1025. Surnommé le Bulgaroctone (ou «tueur de Bulgares»), il s'empare avec une rare sauvagerie de la Bulgarie. En Asie, il refoule les musulmans au-delà d'Antioche. A la fin de son règne, l'empereur demande au pape de reconnaître l'autorité du patriarche oecuménique de Constantinople. Refus net et fâcherie de part et d'autre.
En 1048, enfin, est élu à Rome le pape Léon IX, initiateur de la grande réforme grégorienne qui va revitaliser l'église d'Occident. Le 18 juin 1053, l'armée pontificale est battue par les Normands de Robert Guiscard à Civitate, sur le Fortore. Lesdits Normands, qui ont envahi l'Italie du Sud, battent aussi la même année une armée byzantine. Il s'ensuit un échange de courriers entre Rome et Constantinople sur l'attitude à tenir dans les évêchés de cette région, les uns de rite grec, les autres de rite latin...
Le cardinal Humbert de Moyen-Moutier, légat du pape, dirige l'ambassade. C'est un maladroit et un ignorant qui maîtrise mal la langue grecque.
La première entrevue entre le cardinal et le patriarche tourne au vinaigre. Le cardinal remet à Michel Cérullaire une lettre du pape qu'il a lui-même traduite du latin en grec... en multipliant les impairs et les contresens.
Devant tant d'incohérences et d'agressivité, le patriarche en vient à penser que la lettre est un faux et les ambassadeurs des imposteurs ! Il faut dire qu'entre temps, le 19 avril, à Rome, le pape Léon IX est mort et l'on est dans l'attente de son successeur. Michel Cérullaire rompt donc tout contact avec les ambassadeurs.
C'est alors la fameuse scène du samedi 16 juillet 1054. Le matin, dans la basilique Sainte-Sophie, pleine de fidèles, pénètrent le cardinal et sa suite. Le cardinal dépose sur l'autel la bulle d'excommunication (en latin) et l'un de ses compagnons se tourne vers les badauds médusés pour leur faire part (en grec) de l'excommunication de leur patriarche. L'ambassade tourne les talons cependant que la bulle circule de main en main avant d'être amenée au patriarche.
L'empereur Constantin IX Monomaque tente, mais en vain, de retenir les ambassadeurs. Le lundi suivant, Michel Cérullaire ne voit rien d'autre à faire que de réunir un synode qui excommunie à son tour les ambassadeurs... Et l'épisode est aussitôt oublié.
La solidarité entre chrétiens d'Orient et d'Occident survit à cette dispute entre évêques. Ainsi, quand, en 1071, l'empereur byzantin est vaincu par les Turcs à Malazgerd (ou Manzikert), le pape Grégoire VII appelle les guerriers d'Occident à lui porter secours. Son appel est renouvelé avec beaucoup plus de succès en 1095 par le pape Urbain II et il débouche sur la première croisade.
Dans les faits, c'est un siècle plus tard, en raison du sac de Constantinople par les chevaliers de la IVe croisade, que surviendra la scission définitive entre :
– l'église d'Orient ou église orthodoxe , d'après une expression grecque qui signifie «conforme à la vraie foi», et
– l'église de Rome ou église catholique, d'après une expression grecque, là aussi, qui signifie«universelle».
Le sac de Constantinople par des croisés apparaît si scandaleux que l'on éprouve dans chaque camp le besoin de l'expliquer à défaut de le justifier. C'est ainsi que l'on sort de l'oubli l'épisode de 1054 afin de tenter de démontrer que, décidément, il n'y a rien à attendre de bon, qui des Grecs, qui des Latins. Depuis ce jour, les 250 millions de chrétiens de tradition orthodoxe et le milliard de chrétiens de tradition catholique se sont accoutumés à vivre chacun selon son propre rythme. -
D'après une conférence de Michel Kaplan, professeur à l'Université de Panthéon-Sorbonne (Paris)
André Laran
Le 16 juillet 1212, à Las Navas de Tolosa, le roi d'Aragon Pierre II remporte une victoire décisive sur les musulmans de la dynastie des Almohades.
C'est une étape décisive dans la longue Reconquista (reconquête) qui, de Charlemagne à Isabelle de Castille, a permis aux souverains catholiques d'Espagne de chasser les musulmans de la péninsule.
Le roi Pierre II, qui a prêté hommage de vassalité au pape Innocent III en se faisant couronner à Rome en 1204, devient par sa victoire le héros de la chrétienté. Il n'en meurt pas moins l'année suivante à Muret en combattant Simon de Montfort, lui-même au service du pape.
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