Rites et idéologie de la religion cathare

 

Le régime féodal des seigneurs

On ne peut comprendre le déroulement des événements si on ne connaît pas les mécanismes et les éléments fondamentaux des XII-XIIIe. Le système féodal définit des obligations de service et d'obéissance d'un vassal envers son suzerain. Les droits du seigneur sont de deux ordres, sur le sol et banal, sur les gens. La seigneurie se compose de la réserve que le seigneur exploite en gestion directe et des tenures concédées à des paysans, les tenanciers. Le droit banal est le pouvoir de lever l'impôt, la taille, de juger et de punir. Des liens vassaliques compliqués ne facilitent pas les choses car le sol d'une tenure peut dépendre d'un seigneur et le droit banal d'un autre. Les seigneurs construisent désormais leurs châteaux en pierre, alors que jusque l'an 1000, ils les construisaient en bois.

 

L'église

Encore un petit effort, cher lecteur, pour bien comprendre la mentalité d'un homme ou d'une femme vivant en ce début du XIIIe. L'église et la religion ont un rôle important. On a peine à se rendre compte aujourd'hui du poids qu'avait à l'époque la papauté en matière politique. La vie est rythmée par les fêtes religieuses et c'est le curé qui fait part aux habitants des décision de l'évêque mais aussi de celles du seigneur. L'acteur principal est donc le Pape. La papauté s'est dotée d'une doctrine, la théocratie, en vertu de laquelle elle estime détenir la souveraineté des affaires temporelles. La papauté peut ne pas exercer directement l'autorité politique, à condition que celui qui l'assume la reçoive de la papauté et soit contrôlée par elle. En ce début de XIIIe siècle les conditions politiques sont favorables au Saint-Siège qui contrôle la vie politique dans plusieurs états catholiques et se place désormais en suzerain naturel de tous les pays catholiques. L'église peut compter sur son clergé mais aussi sur de nombreux ordres religieux.

 

Les données politiques

la tragédie cathare ne peut se réduire à son seul aspect religieux, il y a aussi le système féodal. Le comté de Toulouse, compte tenu de son importance, est au cœur des événements. Le comte de Toulouse qui est en plus duc de Narbonne, marquis de Provence est avant tout un vassal du roi de France, mais aussi du roi d'Angleterre, de celui d'Aragon et d'Allemagne car Arles fait partie du domaine impérial germanique.

 

Contre l'église et les seigneurs

Si l'hérésie cathare progresse aussi rapidement aux XI-XIIe siècle, on le doit principalement à un mouvement de révolte contre les avantages des seigneurs et du clergé. C'est donc, au départ, un sursaut contre une religion et une société dominante aux nombreux privilèges, qui sera le détonateur du mouvement. De plus, les châtelains devenus seigneurs tels ceux de Termes ou ceux de Peyrepertuse qui n'hésitent pas à utiliser la violence et la rapine pour s'approprier souvent illégalement les terres des abbayes exaspèrent.

 

Cathare contre féodalité

La hiérarchie sociale justifiée comme une création divine est perçue comme une in,justice, une création du mal et n'apparaît pas comme le reflet d'une volonté de Dieu. La naissance, donc le sang qui fonde la distinction sociale ne peut être qu'une invention satanique. Les cathares vont s'infiltrer dans ce mécontentement et condamneront le pilier de la féodalité qui est le serment fait par tout seigneur et son vassal.

 

Soutien des seigneurs

Mais le catharisme, après un démarrage plutôt populaire va curieusement se développer auprès de la noblesse que les cathares vilipendent. En effet, les seigneurs ne sont pas fâchés de voir les cathares s'attaquer à l'église dont elle convoite les immense domaines. La noblesse va donc soutenir ouvertement ses sujets qui supportent, de moins en moins, l'impôt du clergé, la dîme.

 

Contre-église organisée

 Le catharisme, apparu au XIe siècle s'est rapidement répandu au XIIIe. Après avoir gagné les milieux populaires, il s'est rapidement étendu aux élites sociales, cadres de la société et noblesse. C'est un mouvement organisé. En 1167, se tient un concile à Saint-Félix-de-Lauragais où aurait siégé Nicétas, évêque hérétique de Constantinople. Si en 1215 le IVe concile de Latran le condamne, on dénombre encore en 1250, 5 évêques cathares en France : Toulouse, Albi, Carcassonne, Agen et le Razès mais aussi 6 en Italie dont Florence et 6 en Orient.

 
Une hérésie parmi d'autres

Les origines du catharisme se perdent dans un labyrinthe d'influences orientales complexes et lointaines, qui se propagèrent aux XIe et XIIe et s'installèrent solidement en Languedoc en 1160. Si le catharisme a autant de secrets on le doit aux parfaits qui formaient le "clergé cathare" et protégeaient avec soin leurs documents. On constate plusieurs variantes de ce mouvement, en Bulgarie, en Grèce, en Italie en Catalogne mais aussi en Rhénanie où il ne dépasse pas le stade de l'implantation. C'est donc au sein du monde occidental et surtout autour des rivages méditerranéens que cette religion a connu une certaine vitalité.

 
L'idéologie cathare

 Les cathares théorisent l'existence d'un principe "mauvais" à l'origine du monde matériel. Au Dieu bon qui règne sur le monde spirituel, s'oppose le monde matériel gouverné par Satan. L'homme n'est qu'un esprit enfermé dans la matière par la ruse du Malin. Les cathares veulent libérer l'homme de la matière et lui rendre sa pureté divine. Avec le "consolament", les cathares sont ramenés à la lumière.

 

Une hérésie explosive

 C'est le rejet des principes chrétiens (rachat du mal par l'envoi du Christ sur terre, rejet des sacrements) qui amènera à sa condamnation. Pour les cathares le corps du Christ a été créé par le Diable et le clergé chrétien ne pratique qu'une catéchèse de peur sur l'idée que faute de pardon l'enfer est au bout de la vie. Le cathare est sûr de retrouver le monde du Bon s'il adhère à la foi cathare.
L'origine du mot cathare
On donne traditionnellement deux origines à cette dénomination, l'une grecque "catharos" signifiant "pur" (catharsis=purification), une autre latine "cattus", le chat désignait de façon péjorative les hérétiques, adorateurs du chat. Albigeois est le nom qui les désigne au départ, leurs adeptes ayant trouvé refuge à Albi ou simplement parce qu'à Albi le peuple sauva quelques hérétiques du bûcher. Les catholiques et l'Inquisition utilisaient le terme générique d'hérétique (hérésie vient du grec hairesis= choix). Les cathares s'appelaient entre-eux apôtres, chrétiens ou chrétiennes et leurs fidèles les qualifiaient de "bons-chrétiens" ou de "bons-hommes" ou de "bonnes-chrétiennes" ou de "bonnes-femmes" (la religion cathare donnait un rôle identique à la femme et à l'homme pour l'exercice des prédications et l'accomplissement des rites). Ni les prêtres ni les religieux chrétiens n'utilisaient le terme "cathare".On définit les cathares comme des chrétiens dualistes. Ils n'avaient pas de lieu de culte, peu de sacrements et niaient l'eucharistie. On définit cette église hérétique comme un christianisme médiéval dans lequel, le clergé, les bons-hommes rejetaient le Pape de Rome, symbole du mal qui persécute et excommunie.

 
L'incarnation du Christ

L'essentiel de la différence avec les catholiques réside dans le refus de l'incarnation du Christ, de sa réalité charnelle, de sa passion et de sa résurrection en quelque sorte "matérielle". En essayant de traduire la relation concrète de ces événements par le concept de "bonne nouvelle", les cathares ne font que déplacer le problème sur le plan "symbolique". Si l'enseignement et les rites de l'église catholique reposent sur le sacrifice rédempteur de Jésus, les Cathares lisent autrement les écritures et pour eux le Christ est venu délivrer un message, offrir aux hommes la clef de leur salut. De nature divine il ne s'est pas incarné mais n'a pris que l'apparence humaine. Dieu n'aurait pas permis qu'il subît l'affreux supplice de la croix. Les tortionnaires du Golgotha n'ont crucifié qu'une ombre. Il n'y a donc pas eu rédemption mais appel. Jésus est venu tirer les âmes déchues de leur sommeil et leur proposer un modèle de vie. Il a attisé les étincelles divines enfouies dans le corps de chacun. La fin du monde ne sera pas catastrophique mais aura lieu progressivement avec le départ des âmes sauvées ; Satan restant seul dans son néant-


Une réponse au problème du mal

Les bons-hommes cherchent à donner une réponse au problème majeur de la théologie chrétienne : l'existence du mal. Impossible pour eux de croire que le Dieu chrétien soit à l'origine du mal et ils refusent la solution catholique du libre arbitre, supposant une intention maligne de Dieu qui laisseraient ses créatures choisir entre le bien et le mal. Puisque Dieu est parfait et qu'il est le créateur de toute chose, comment a-t-il pu créer le mal ? Pour certains dualistes dit mitigés, le Dieu bon est supérieur au Dieu mauvais et le mal n'est que la création d'un ange rebelle, déchu, tombé du ciel, Lucifer (voir l'excellent livre de D'Ormesson, l'archange Gabriel). Lucifer est le seul auteur de la création du mal. Pour d'autres, les dualistes absolus, le bien et le mal sont sur le même pied d'égalité et c'est la réalité seulement qui est une création satanique. Les hommes qui peuplent la terre sont donc des damnés qui se reproduisent. Cette deuxième conception se retrouve chez les cathares qui dénonceront la procréation pour obtenir l'extinction du monde. Les cathares furent considérés comme des manichéens à cause de leur credo dualiste.


Le salut

En persécutant et excommuniant, l'église catholique est complice et productrice de mal. La doctrine cathare est finalement plus optimiste que l'église romaine qui juge qu'un enfer éternel attend les pécheurs. L'église des bons-hommes croit au salut des âmes, assuré pour chacun, qui se purifie au fil de ses vies successives.


Dissidents plutôt qu'hérétiques

Les cathares sont incontestablement des chrétiens mais des chrétiens dissidents, critiques. S'ils ne vénèrent pas la croix, s'ils prêchent, par l'exemple, la pratique des préceptes évangéliques, s'ils refusent des sacrements catholiques, les cathares reprennent des éléments de la théologie dominante et font constamment référence à des écritures reconnues par l'église romaine : les Évangiles. Les causes de leur persécution sont peut-être à rechercher ailleurs que dans leur doctrine.





Une religion sans église

  Les cathares n'avaient pas de lieu de culte, peu de sacrements et niaient l'eucharistie. C'est un clergé itinérant qui délivre les sacrements et dévoile les textes, dans les maisons, les châteaux ou sur les places de village.


La hiérarchie cathare

A la base, les simples croyants, rattachés au rite par le "méliorament" ne font pas partie de l'église mais doivent montrer du respect à l'égard des "parfaits" en les adorant, c'est à dire en faisant trois génuflexions en face d'eux pour recevoir en échange le baiser de bénédiction. Au dessus, les novices doivent s'habituer aux abstinences rituelles, puis les prêtres, d'anciens novices depuis au moins un an ayant reçu le "consolament" de l'évêque lors d'une cérémonie. Enfin au sommet, les évêques, un seul d'abord, celui d'Albi en 1167, puis quatre autres Toulouse, Agen et Carcassonne et le Razes.


Le rite du "consolament"

Les écrits donnent une image de la vie du simple croyant assez proche de celle d'un fidèle catholique. Incités à se conduire comme de bons chrétiens, les croyants saluent par une triple génuflexion, le meliorament et assistent aux prêches, voire aux cérémonies toujours collectives, comme le "consolament". Le "consolament" est un véritable baptême délivré en deux occasions, soit lors d'ordination des nouveaux prêtres réservée aux novices, des hommes et des femmes, croyants depuis au moins un an, ou alors aux croyants qui le demandaient à l'article de la mort. Pendant une période probatoire fixée à un an, le novice pouvait ainsi s'entraîner aux abstinences rituelles assez rigoureuses. Concrètement le croyant se mettait à genoux, une main sur le livre des évangiles, faisait la promesse d'adhérer à la foi cathare en déclarant accepter la règle de l'abstinence. Il recevait ensuite d'un "parfait" la "consolation", une simple imposition des mains.

 

Les abstinences rituelles

Continents, abstinents, végétariens, non-violents, pauvres, entraînés à la parole publique, à la prédication, instruits des textes sacrés, les cathares parcourent les routes. Le parfait doit respecter l'abstinence, s'abstenir de tout rapport sexuel, de consommer de la viande, des œufs, du lait. Le poisson est curieusement autorisé. Il doit respecter trois carêmes de quarante jours chaque année avec certains jours un jeune renforcé n'autorisant que le pain et l'eau. Les parfaits doivent vivre à deux et travailler, posséder leurs instruments de cuisson et les laver 5 fois. Il leur est interdit de prêter serment.


La métempsycose

Les cathares croient en la métempsycose, réincarnation de l'âme après la mort dans un corps humain ou celui d'un animal. Les hommes qui n'avaient pas été consolés voyaient donc leur âme errer, jusqu'à 9 fois, d'être en être et se réincarner dans un autre homme, une femme ou un animal qu'il était donc interdit de tuer car pouvant abriter une âme. La fin du monde n'était pas catastrophique mais une extinction progressive, les âmes sauvées désertant la terre et Satan restant seul dans son néant.


Les prières, le notre père

Encore prononcée en 1947 par une paysanne ariégeoise, c'est une prière assez longue commençant par : Père saint, juste Dieu des Bons Esprits, toi qui ne te trompas jamais, qui jamais ne mentis, qui jamais n'erras, qui jamais ne doutas afin que nous ne mourrions pas dans le monde du dieu étranger (le malin) puisque nous ne sommes pas de son monde et qu'il n'est pas des nôtres, apprends-nous à connaître ce que tu connais et à aimer ce que tu aimes.


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