Les troupes du dauphin sont rejointes par les compagnies qui rêvent de participer au pillage de Paris. Charles de Navarre attend des renforts anglais pour compenser ses pertes, les Parisiens loyalistes y voient une trahison et se rebellent à leur tour. Le 31 juillet 1358, Étienne Marcel est exécuté alors qu'il cherchait à faire rentrer des mercenaires anglais dans Paris et le dauphin reprend les rênes du pouvoir.
Cependant, le roi Jean II cherchant à présent à revenir au plus vite pour reprendre le contrôle de la situation, les Anglais peuvent négocier au plus cher sa libération (l’endenture) : ils exigent toutes les terres leur ayant appartenu, soit plus de la moitié du royaume. Accéder à ces revendications affaiblirait encore le pouvoir royal et pourrait relancer la guerre civile, offrant à Édouard III la France (il revendique la couronne étant petit-fils de Philippe le Bel).
Le traité de Brétigny
Le dauphin Charles fait appel aux états généraux qui refusent de signer ce traité humiliant et catastrophique. Ce faisant, il se dédouane ainsi que son père et ressoude le pays contre les Anglais. Édouard III décide alors de passer à nouveau à l’action.
Débarquant à Calais le 28 octobre 1359, il chevauche en direction de Reims, la ville du sacre (un sacre y aurait des conséquences catastrophiques pour les Valois puisqu’il tient la vie de Jean le Bon entre ses mains). Mais le dauphin Charles a pris les devants et applique la stratégie de la terre déserte. Il a ordonné à tous les habitants des campagnes de se réfugier, avec toutes leurs provisions et matériels, dans les villes fortifiées. Édouard, traversant un pays vide, doit se contenter de ses réserves. Arrivé devant Reims, il trouve les portes fermées. Il demande la reddition de la cité. Les échevins refusent, par fidélité au dauphin Charles. L’armée anglaise qui n’était pas équipée pour un siège est obligée de plier bagages au bout d'un mois-
Édouard est furieux, il cherche à provoquer une grande bataille avec les Français. Ceux-ci sont invisibles, mais les retardataires et les éclaireurs anglais tombent fréquemment dans des embuscades où ils sont massacrés. Finalement, Édouard arrive devant Paris, où le dauphin s’est enfermé avec la population d’Île-de-France. Malgré les provocations, le dauphin interdit à ses chevaliers de livrer bataille. Il ne veut pas renouveler la défaite de Poitiers.
Au bout de douze jours, Édouard III doit quitter Paris pour rembarquer le plus vite possible car il n’a plus de vivres, la plupart de ses chevaux étant morts faute de fourrage et il a perdu un nombre non négligeable d’hommes. De plus, un raid de marins normands à Winchelsea en mars 1360 a semé la panique en Angleterre. Dans la Beauce, le reste de son armée est pris dans un violent orage qui la disloque. Cet évènement est perçu comme miraculeux et l’expression d’une volonté divine et renforce la légitimité des Valois très affaiblie par leurs échecs militaires de Crécy et Poitiers. La chevauchée de 1359 se solde par un échec retentissant et ses conséquences psychologiques sur Édouard III sont cruciales : il prend conscience que la différence démographique et les aspirations nationales naissantes ne lui permettent pas de contrôler un territoire aussi vaste : il ne pourra jamais être roi de France. Cependant, la capture de Jean le Bon lui donne du pouvoir de négociation.
Le traité de Brétigny-Calais conclut finalement le conflit :
* Rançon de trois millions de livres pour la libération de Jean II le Bon (équivalent à la totalité des recettes du roi pendant deux ans)
* Le roi d’Angleterre obtient la souveraineté sur la Guyenne et la Gascogne, Calais et le Ponthieu, le comté de Guines, le Poitou, le Périgord, le Limousin, l’Angoumois, la Saintonge, l’Agenais, le Quercy, le Rouergue, la Bigorre et le comté de Gaure-
Le traité vise à désamorcer tous les griefs qui ont conduit au déclenchement du conflit. Édouard III renonce donc aux duchés de Normandie et de Touraine, aux comtés du Maine et d’Anjou et à la suzeraineté sur la Bretagne et la Flandre. Il renonce surtout à revendiquer la couronne de France-
La reprise de la guerre de succession de Bretagne n’est pas très heureuse pour les Français : Charles de Blois et Bertrand Duguesclin sont défaits à Auray par le futur Jean IV de Bretagne et John Chandos. Cette bataille débouche sur le traité de Guérande qui reconnaît Jean IV comme duc de Bretagne, les Anglais gardent le contrôle de Brest et de sa région.
Au total, les Anglais sont maîtres d’un bon tiers du royaume de France, et le duché de Bretagne est contrôlé par un de leurs alliés (Jean IV épouse une sœur puis une belle-fille du Prince Noir). Mais Charles V est un bon tacticien : la paix obtenue permet de redonner au futur roi (son père Jean le Bon meurt le 8 avril 1364) les capacités de reconquérir les territoires cédés.
La reconquête de Charles V le Sage : de 1364 à 1380
Dans cette France défaite, le pouvoir royal n’a plus ni prestige, ni moyens. Les finances sont au plus bas. Les mouvements populaires, les jacqueries et surtout celle de 1358, ont fait comprendre à Charles V qui a vu deux maréchaux tués sous ses yeux par les émeutiers parisiens que le maintien de la souveraineté passe par le soutien de la population. Il veille donc à conserver sa popularité. Depuis sa bibliothèque, il reconstruit et prépare lentement la reconquête. Les Anglais ont les mains liées par le traité de Brétigny qui serait annulé par une reprise des combats : sur une idée du dauphin, le traité prévoit que la souveraineté du roi d'Angleterre sur ses nouvelles possessions ne sera effective qu'après la remise de celles-ci par les Français. La renonciation d'Édouard III à la couronne française interviendrait au même moment. De cette façon, le dauphin se donne la possibilité de retarder indéfiniment l'application du texte-Charles V fait donc traîner en longueur le versement de la rançon (dont moins du tiers est effectivement payé) et le transfert des territoires cédés-Pour restaurer l'autorité royale, lui et son père se portent garants de la stabilité monétaire en créant le franc et met ainsi fin aux mutations monétaires tant décriées. En contrepartie, il fait accepter la création d'une fiscalité contrôlée par des officiers royaux pour financer l'effort de guerre et le paiement de la rançon de Jean le Bon. En 1364, ce dernier meurt en captivité à Londres (il y est retourné volontairement pour répondre de l'évasion de son fils Louis d'Anjou qui était garant des accords de Brétigny). Charles le Mauvais, évincé en 1363 de la succession du duché de Bourgogne en faveur de Philippe le Hardi, veut empêcher le sacre de Charles V à Reims. Bertrand du Guesclin, à la tête de l'armée levée grâce aux impôts votés par les états généraux de 1363, le bat à la bataille de Cocherel, ce qui met fin à la guerre civile, rétablit l'autorité royale au yeux de la population (il montre que les sacrifices financiers consentis par la population pour l'effort de guerre sont suivis d'effets sur le terrain) et permet le sacre de Charles V. Ce dernier lui donne ensuite pour mission, d’entraîner les Grandes compagnies (regroupement de mercenaires démobilisés qui ravagent les provinces françaises) défendre en Espagne les droits de Henri de Trastamare qui dispute à Pierre le Cruel le trône de Castille. En pacifiant le royaume et en diminuant les impôts les plus lourds, il redonne de la popularité à la couronne, restaure le pouvoir royal et récupère à son profit le sentiment national naissant- Édouard III, lui, impose en 1361 l’anglais comme langue nationale (jusqu’à cette date la langue officielle à la cour anglaise était le français) ; cette mesure renforce en retour l’anglophobie dans les territoires conquis-
Charles V, brillant stratège et diplomate de haut niveau, étend le conflit aux pays avoisinants. Une grande partie de l’Europe s’engage directement dans le conflit : Pierre le Cruel, en grande difficulté, doit appeler à son secours deux vaillants capitaines anglais, John Chandos et le prince Noir (son beau frère). Les troupes anglaises sont alors occupées en Castille jusqu’en 1369. Quant au Saint-Empire, à l’Est, Charles V a réussi à transformer une hostilité larvée en neutralité plus que bienveillante : il est très proche de son oncle maternel l’empereur germanique Charles IV auquel il rend hommage pour le Dauphiné en 1357. Cette amitié permet en 1363, à Jean le Bon, revenu de captivité, de confier en apanage à Philippe le Hardi (qui est lui aussi neveu de l'empereur) le duché de Bourgogne, vacant depuis la mort de Philippe de Rouvre en 1361, et d'évincer Charles le Mauvais- Pour s'assurer du soutien des Flandres, Charles V parvient à empêcher le mariage de Marguerite III de Flandre avec Edmond de Langley, comte de Cambridge, le fils d'Édouard III, grâce au soutien du pape Urbain V. En 1369, il réussit à marier Marguerite, l'héritière des comtés de Flandre, Rethel et Nevers à son frère Philippe le Hardi. Charles V entre également en pourparlers avec le roi d’Écosse David Bruce et le roi du Danemark, qui ont tous deux de bonnes raisons d’en découdre avec l’Angleterre. Le roi sage s’assure également de l’amitié de Owen de Galles, prétendant au trône du Pays de Galles.
En 1368, le roi de France se sent assez fort pour défier Édouard III. Il accepte de recevoir l’appel du comte d’Armagnac, en conflit financier avec le Prince Noir (sa plainte ayant été d'abord été déboutée par Édouard III)ui accable d’impôts ses sujets d’Aquitaine afin de financer ses campagnes espagnoles ; la Guyenne sert encore une fois de prétexte au conflit. Le traité de Brétigny donne la pleine souveraineté de la Guyenne aux Anglais. Mais la double renonciation prévue — Édouard renonçant à la couronne de France, Jean le Bon à la Guyenne — n’a pas eu lieu, et le transfert des terres traîne en longueur. Donc légalement, Edouard III n'était pas fondé à juger un différend fiscal sur des terres qui ne lui avaient pas encore été cédées et Charles V peut procéder à la confiscation de celles-ci. Le roi d’Angleterre se proclame de nouveau roi de France le 3 juin 1368, Charles V prononce la confiscation de l’Aquitaine le 30 novembre 1368-La guerre reprend, mais Charles V, en excellent juriste, a su mettre le droit de son côté.
Charles le Sage tourne le conflit à son avantage. Renonçant aux batailles rangées menées par des bannières de tailles inégales menées par une noblesse indisciplinée qui n’ont rien apporté à son père, il réorganise l'armée, sous le commandement de chefs expérimentés et fidèles (comme Bertrand du Guesclin et son cousin Olivier de Mauny). Celle-ci se divise en groupes bien structurés de 100 hommes aguerris appelés routes et commandées par des capitaines qui ne répondent qu'aux ordres du roi. Il les lance dans une guerre d’escarmouches et de sièges, grignotant patiemment le territoire de l’ennemi. Sa diplomatie ne reste pas inactive et il récolte les fruits de son soutien à Henri de Trastamare : l’alliance avec le Royaume de Castille conduit à l’anéantissement de la flotte anglaise par la flotte Castillanne à la bataille de la Rochelle le 22 juin 1372- Privées de soutien logistique, les places fortes cédées par le traité de Brétigny tombent les unes après les autres : Poitiers en 1372 et Bergerac en 1377. Les Anglais s’en tiennent aux chevauchées, très populaires auprès de leur Parlement parce qu’elles ne coûtent rien, mais désastreuses pour l’image de l’Angleterre dans les territoires pillés : elles ne font qu’attiser la haine des Anglais et renforcent chaque jour la fidélité envers le roi Charles V. Le clivage des deux nations naissantes se creuse toujours plus. Le roi de France prend soin d'entretenir le patriotisme des régions libérées par l'octroi de nombreux privilèges. Il use, en particulier, de l'anoblissement,la noblesse française ayant été décimée par la peste, Crécy et Poitiers-De même, la reconquète se fait grandement par le retournement des villes d'Aquitaine souvent monnayé contre des promesses de fiscalité plus légère-
Mot d’ordre des opérations pour le roi de France : « Mieux vaut pays pillé que terre perdue ». Charles laisse donc le royaume à la merci des pillages anglais, qui provoquent dans la population d’immenses souffrances. À chaque chevauchée, le roi ordonne aux campagnards de se réfugier dans les villes avec toutes leurs réserves, pratiquant la tactique de la terre déserte. Plus les Anglais avancent dans les terres, plus leur ravitaillement est difficile ; harcelés par des Français qui leur tendent de nombreuses embuscades, leurs effectifs sont vite réduits à néant et de nombreux chefs britanniques glorieux sont obligés de se replier afin d’éviter le désastre (Jean de Lancastre, le Prince Noir, Robert Knolles et Édouard III lui-même sont victimes de cette stratégie de Charles V)-
Entre 1369 et 1375, les Français reprennent aux Anglais la quasi-totalité des concessions faites et des terres possédées par l’ennemi avant même le début de la guerre, à l'exception de Calais, Cherbourg, Brest, Bordeaux, Bayonne, et de quelques forteresses dans le Massif central-Les négociations menées après la signature de la trêve de Bruges, entre 1375 et 1377, n’aboutissent à rien. Les Anglais continuent à lancer des chevauchées épisodiques, auxquelles répondent des raids sur les côtes britanniques qui font craindre une invasion française (Charles V demande à Jean de Vienne de la préparer). Le duc Jean IV de Bretagne s'étant allié aux Anglais, Charles V confisque le duché breton en 1378. Le duc, fortement soutenu par les barons bretons, force les troupes françaises, dirigées par du Guesclin, à se replier. Jean IV signe alors le deuxième traité de Guérande, où les Français renoncent à leur prétentions sur la Bretagne contre une vassalité théorique du duc (il rachètera Brest aux Anglais en 1397).
La première phase de la guerre de Cent Ans se termine par la victoire de l’habile Charles V de France, aidé par des militaires expérimentés comme Bertrand du Guesclin, sur un Édouard III vieillissant et trop sûr de lui.
En outre, les finances royales - et par conséquent le pouvoir du roi - ont été considérablement renforcées par l'épisode de la rançon de Jean le Bon. En effet, le paiement d'une rançon était le seul cas où la levée de l'impôt était automatique et non soumise à longues tractations avec les états. La rançon exigée par l'Angleterre justifia donc un financement centralisé géré directement par le Dauphin : lorsque Charles V mit fin à ce paiement après n'en avoir honoré que le tiers, il ne supprima pas la levée d'impôt mais l'affecta à ses besoins militaires. C'est ainsi que la guerre de Cent Ans et l'épisode de la rançon royale joua un rôle charnière dans la constitution d'une finance royale autonome (ne dépendant plus des désidératas de la noblesse et des états) et d'une armée directement sous le contrôle royal : ce fut un tournant majeur dans la constitution d'un véritable État moderne. Charles V ne laissait pas seulement un pays presque unifié, il laissait également un pouvoir consolidé, autonome par rapport à la noblesse et sur le plan financier, pour la première fois dans l'histoire de France
Régents et guerre civile : 1380-1429
Charles le Sage, qui a toujours eu une mauvaise santé, veut préparer sa fin. Aussi, en 1374, il fixe la majorité des rois de France à 14 ans, et ordonne l’amélioration de tous les châteaux et forteresses de France, rendus vulnérables par l’apparition de l’artillerieaussi bien aux frontières que dans les régions exposées aux débarquements anglais (Normandie, notamment), ce qui matérialise un peu plus le territoire national. À la fin de son règne, la paix est revenue, mais la pression fiscale au départ provisoire et justifié par l'état de guerre est restée lourde et villes et campagnes recommencent à gronder.
En septembre 1380, âgé de 42 ans Charles V de France meurt. Son fils de douze ans seulement devient le roi Charles VI de France mais, mineur, il est placé sous la tutelle de ses oncles. Ceux-ci forment un conseil de régence en remplacement du conseil du roi. Les anciens conseillers de Charles V sont progressivement évincés, les oncles du jeune roi (et frères de feu Charles V : Louis d’Anjou, Jean de Berry, Philippe de Bourgogne) accaparant tout le pouvoir. Le règne de Charles V a été marqué par l'affermissement du pouvoir royal vis-à-vis de la noblesse. En effet, celle-ci a déjà été saignée par les effets des batailles de Crécy et Poitiers ou de la grande peste et de ses réminiscences régulières, mais elle fait aussi face à une baisse importante de ses revenus fonciers, les campagnes ayant été dépeuplées par la peste et dévastées durablement les pillages découlant de la stratégie de terre déserte et de l'action des compagnies : les paysans ont fui et leurs terres sont souvent retournées en friche (en particulier, les pieds de vignes détruits entraînent des difficultés durables de production de vin pourtant indispensable à l'époque où l'eau est rarement salubre). Évidemment avec le retour de l'ordre, les choses se sont arrangées, les terres ont été recolonisées, mais beaucoup de seigneurs cèdent leur terres en fermage ou en métayage ce qui est moins rentable, mais permet des revenus plus réguliers et permet d'être présent à la cour pour bénéficier des largesses de son suzerain. En effet, le trésor royal est enrichi par une fiscalité devenue permanente ce qui permet d'entretenir et de fidéliser ses vassaux. C'est pourquoi les oncles ont besoin de puiser dans les finances royales pour s'assurer le soutien d'une large clientèle et constituer de véritables principautés. Ce gouvernement est relativement néfaste pour le Trésor dans lequel les grands du royaume prennent l’habitude de puiser. Quand Louis d’Anjou décide de partir conquérir le lointain royaume de Naples qu’il revendique depuis 1382, il finance son expédition aux dépens du trésor royal, mais cela l’éloigne des affaires de France et laisse Philippe le Hardi prendre une influence prépondérante au sein du conseil
Cette période est calme d’un point de vue militaire car le royaume d’Angleterre est en proie à une guerre civile. Une révolte des paysans est déclenchée par la crise économique qui sévit alors en Angleterre suite à l’interruption des commerces du sel, des vins et de la laine, les hausses d’impôts nécessaires à l’entretien de l’armée et le discrédit qui frappe la noblesse du fait de ses défaites à répétition en France. L’insurrection est coordonnée par des prédicateurs lollards dont les idées égalitaires séduisent. Elle prend le contrôle de Londres avant d’être matée par Richard II
Les campagnes et les villes supportent mal la forte pression fiscale concédée à titre provisoire pour entretenir l'effort de guerre, mais qui est devenue permanente, d'autant que les recettes semblent plus utilisées pour l'organisation de fêtes somptueuses (nécessaires pour entretenir sa clientèle) que pour la sécurisation du territoire-En 1388, Charles VI, âgé de 20 ans, constatant la gabegie et le discrédit entrainé par le gouvernement des oncles décide de reprendre en main les affaires du royaume-La régence prend fin, mais il garde ses oncles comme conseillers et fait revenir les anciens ministres de son père, que l’opposition féodale surnommait les Marmousets, en référence à des figures grotesques qui côtoient les gargouilles dans les cathédrales.
Le règne du jeune roi très populaire, s’annonce aussi bien que celui de son père, lorsque, pendant une expédition punitive contre le duc de Bretagne, il tombe « malade », selon les dires de l’époque. En fait, alors qu’il allait au pas sur une route bretonne, il fut pris à partie par un vieil illuminé qui lui aurait hurlé : « Sire, vous êtes entourés de traîtres, vos compagnons veulent votre mort ! ». Le roi Charles, dans un accès de démence, dégaine son épée et se rue vers ses écuyers. Il fallut plusieurs hommes pour le maîtriser- Le sombre épisode du bal des ardents, quelques mois plus tard, achève de le déstabiliser psychologiquement-
À partir de 1392, Charles VI, qui est particulièrement aimé par le peuple, perd la tête par intermittence, selon un cycle de crises suivies de « rémissions » plus ou moins longues, durant lesquelles il retrouve tous ses moyens intellectuels. Cependant, avec l’âge, les crises deviennent de plus en plus violentes et longues, et les rémissions de plus en plus brèves-
Le royaume n’étant plus dirigé, les oncles du roi reprennent le pouvoir au sein d’un conseil de régence présidé par la reine (Isabeau de Bavière) et les Marmousets sont renvoyés-La reine étant piètre politique[réf. nécessaire], le duc de Bourgogne Philippe le Hardi exerce le pouvoir de fait. Mais, il lui faut de plus en plus compter avec Louis d’Orléans, le frère cadet du roi, qui s’emploie à contrer l’influence du duché de Bourgogne à la cour de France-
Armagnacs et Bourguignons : de 1392 à 1429
La reprise du conflit trouve ses origines dans différents facteurs. En premier lieu, France comme Angleterre connaissent des luttes pour le pouvoir. En Angleterre, c’est avant tout les revers contre la France qui entraînent un changement dynastique[réf. nécessaire] : après un long conflit, Henri IV de Lancastre s’impose comme roi. En France, la folie de Charles VI entraîne la mise en place d’un conseil de régence présidé par la reine. Le pouvoir réel est partagé par les grands du royaume (Louis d’Orléans, chef de file des Armagnacs et Jean sans Peur duc de Bourgogne, le duc de Berry étant plutôt un médiateur entre les deux premiers).
Louis d’Orléans prend une influence grandissante sur la reine, et est accusé par les Bourguignons, qui se sentent lésés, d’être son amant (et le père réel du dauphin). Cette lutte de pouvoir entre Armagnacs et Bourguignons rapproche progressivement ces derniers des Anglais, d’autant qu’en 1407 Jean sans Peur fait assassiner le duc d’Orléans - Le pays sombre dans la guerre civile- D’un point de vue religieux, le grand schisme oppose le pape de Rome (soutenu par les Anglais et les Bourguignons) à celui d’Avignon (soutenu par les Armagnacs)-
Henri V, fils d’Henri IV, comprend la nécessité d’unir sa noblesse contre un ennemi commun et d’attaquer la France. Il revendique l'héritage de Guillaume le Conquérant et des Plantagenêts: la Normandie et l'Aquitaine, soit la moitié de la France. On lui propose l'Aquitaine et la main de Catherine, fille du roi richement dotée, mais on lui refuse la Normandie. En 1415, il se proclame roi de France (en tant qu'arrière-petit-fils d'Édouard III, dont il reprend la revendication en tant que descendant direct de Philippe le Bel tandis que les Valois descendent du frère cadet de ce dernier) et débarque à Chef de Caux, près de la future ville du Havre avec 13 000 hommes. Il ne vient pas mener une énième chevauchée en Normandie mais compte s’emparer de la région. Il commence par prendre la ville d’Harfleur puis en expulse les habitants et les remplace par des colons anglais. La dysenterie qui frappe son armée oblige le roi d’Angleterre à reporter ses rêves de conquête. Il décide de regagner l’Angleterre via Calais.
Face à ce danger, Armagnacs et Bourguignons, les deux partis qui se disputent le pouvoir en France, font une trêve pour faire face. L’armée française rattrape Henri V en Picardie. Au moment crucial, les Armagnacs rechignent à laisser le commandement au duc de Bourgogne qui retire ses troupes: les Français ne sont que 20 000. La chevalerie française paie une nouvelle fois ses insuffisances tactiques et la faiblesse de son commandement : les Anglais taillent en pièce la fine fleur de la noblesse de France à Azincourt, le 25 octobre 1415. Ils peuvent réembarquer sans inquiétude. Cette humiliation des Français aggrave les dissensions au sein du royaume et révèle à Henri V d’Angleterre qu’il peut revenir.
Celui-ci lève des fonds pour conduire une guerre de sièges face aux châteaux fortifiés sous Charles V le Sage. Deux ans après sa victoire à la bataille d’Azincourt, le roi d’Angleterre revient en Normandie avec une armée de 10 000 à 12 000 hommes et une artillerie à feu considérable pour l’époque: il compte bien entreprendre la conquête du duché de Normandie.
Armagnacs et Bourguignons s’opposent alors dans une véritable guerre civile et ne luttent guère contre les Anglais : Paris, et donc le roi, sont contrôlés par le comte d'Armagnac entre 1413 et 1418, Isabeau de Bavière doit fuir et est recueillie par Jean sans Peur. Les Armagnacs multipliant les exactions dans la capitale, les Parisiens ouvrent les portes aux Bourguignons qui ont su mener une politique accommodante de baisse des taxes dans les villes qu'ils contrôlent fin mai 1418. C'est un nouveau bain de sang: en juin 1418, les Armagnacs sont massacrés et le futur Charles VII que son père a nommé lieutenant du royaume se proclame régent en décembre 1418 et, prenant la tête du parti Armagnac, établit son gouvernement à Bourges. Henri V a les mains libres : en moins de deux ans, toutes les forteresses normandes, villes ou châteaux, tombent. Rouen, assiégée, est réduite à la famine. La ville accepte finalement d’ouvrir ses portes au roi d’Angleterre le 19 janvier 1419 À cette date, seul le Mont-Saint-Michel tient bon.
Les Anglais peuvent prendre Paris en 1419. Une médiation est tentée entre Armagnacs et Bourguignons, et le duc de Bourgogne et le dauphin se rencontrent sur le pont de Montereau le 10 septembre 1419. Mais, lors de l’entrevue, Jean sans Peur est assassiné par des proches du dauphin (pour qui un accord avec les Bourguignons est inacceptable). Le dauphin est accusé d’être le commanditaire et les conséquences sont catastrophiques pour les Armagnacs Philippe le Bon, fils de Jean sans Peur, s’allie alors ouvertement aux Anglais, et fait signer le traité de Troyes de 1420 à Charles VI, définitivement fou. Le dauphin est déshérité, Henri V épouse la fille de Charles VI et devient l’héritier du royaume de France. Henri V est régent de France en 1421. Les Armagnacs dénoncent ce traité, arguant du fait que la couronne possède le roi, et non le contraire. Ils s'appuient sur le précédent de la succession de Charles IV et sur la récupération de la loi salique pour refuser que la couronne puisse échoir au futur fils de la fille du roi. La France est partagée en trois influences : le sud (régions au sud de la Loire, moins la Guyenne) fidèle au dauphin, le nord-ouest tenu par les Anglais, le reste aux Bourguignons.
En 1422, Henri V et Charles VI meurent. Charles VI reste alors très populaire-Henri VI, fils d’Henri V, se retrouve roi de France et d’Angleterre, mais mineur, d’où une interruption momentanée du conflit. Le dauphin s’allie avec les Écossais qui lui fournissent des archers ce qui permet un rééquilibrage tactique, d'autant que le duc de Bourgogne, occupé à accroitre ses possessions vers le Hainaut et la Hollande, s'abstient d'intervenir. Les chevauchées et batailles aux fortunes diverses marquent cette période (Bataille de Bauge, Bataille de Cravant, Bataille de la Brossinière et Bataille de Verneuil), mais elles ne font pas évoluer la situation générale. En 1429, les Anglais reprennent les armes, et mettent le siège devant Orléans. C’est dans ces circonstances qu’intervient Jeanne d’Arc. Le dauphin Charles est extrêmement affaibli, seul un signe divin pourrait effacer les rumeurs de bâtardise et le légitimer.
Les Anglais boutés hors de France : de 1429 à 1475
Il se dit dans le royaume qu’une pucelle envoyée par Dieu, et venant du duché de Lorraine a reconnu miraculeusement le vrai roi de France à Chinon. Calculateur, le dauphin (futur Charles VII) accepte d’envoyer Jeanne d’Arc à Orléans, qu’elle propose de délivrer comme preuve de sa bonne foi, avec un convoi de ravitaillement. En cas de victoire, il verrait légitimée sa revendication au trône de France (qui peut tout aussi bien être revendiqué par Henri VI en vertu du traité de Troyes) ; en cas de défaite, personne ne se souviendrait de cette paysanne et sa cause serait de toute manière perdue.
Le siège d’Orléans est une bataille phare, capitale, suivie par toute l’Europe-Le 29 avril, Jeanne entre dans la ville. Le 4 mai, une des bastilles anglaises (construites pour le siège) est prise. Les jours suivants, une seconde, puis une troisième. Le 8 mai, les Anglais se rangent en ordre de bataille. Jeanne interdit à l'armée française d'engager le combat, car c'est un dimanche, un jour sacré pour les chrétiens. Les Anglais lèvent alors le siège. Cet évènement fait l’effet d’une véritable bombe en Europe : le contraste est saisissant entre la lenteur du siège et la vitesse à laquelle il est levé dès l’intervention de Jeanne. Les contemporains croient y voir un miracle. Bonne d'Armagnac, femme de Charles Ier d'Orléans, prisonnier des Anglais et chef des Armagnacs, lui écrit pour lui demander de l’aide. La ville de Toulouse fait de même. Du côté français comme du côté anglais, la propagande fait rage, invoquant dans les deux cas le surnaturel, bon ou mauvais.
Jeanne désire ensuite marcher sur Reims, projet difficilement réalisable, la ville étant en plein pays bourguignon. Charles VII aurait pu être sacré à Orléans (comme le fut Louis VI, par exemple) ; cependant l’impact psychologique d’un sacre à Reims serait bien plus important, car il serait interprété comme un nouveau miracle, preuve de la légitimation divine du dauphin. La bataille de Patay, victoire française, ouvre les portes de Reims, où Charles VII est sacré roi de France- Cela coupe l’herbe sous les pieds à Henri VI qui ne put être sacré qu’à Notre-Dame de Paris en 1431. À partir de ce moment, l’influence de Jeanne dans le conflit est plus faible : elle n’est plus soutenue par Charles VII qui, une fois sacré, souhaite ménager les ecclésiastiques (qui ont été profondément divisés par le Grand Schisme d’Occident) pour assoir sa couronne. Elle échoue devant Paris en 1429. Elle est envoyée dans le Berry pour neutraliser les Grandes compagnies qui écument le pays durant les trêves. Elle est alors capturée en 1430, à Compiègne, par Jean de Luxembourg. Charles VII l’abandonne. Son procès est confié à l’évêque de Beauvais, Pierre Cauchon, proche des Bourguignons, mais elle est brûlée par les Anglais à Rouen, le 30 mai 1431. Cette manœuvre permet de ne mettre en cause directement ni les Bourguignons, ni le Pape (l’Inquisition l’avait un temps réclamée), dans ce qui est perçu à l’époque par beaucoup comme le martyre d’une sainte (Jeanne d’Arc ne fut cependant canonisée qu’en 1922 dans un tout autre contexte politique). Le régent anglais fait couronner en hâte Henri VI à Paris le 16 décembre 1431, mais c'est trop tard : les Anglais sont perçus comme des occupants et les soulèvements se multiplient-
La fin du conflit
À partir de 1431, la situation politique et militaire des Anglais se dégrade. De fait, depuis le traité de Troyes, ils sont loin de contrôler physiquement tout le territoire qui leur a été assigné : ils n'occupent qu'en partie la Picardie et la Champagne et ne contrôlent qu'imparfaitement l'Île-de-France où les partisans de Charles VII tiennent encore plusieurs places fortes et se cachent dans les forêts du Hurepoix. Entre Saône et Loire les allégeances s'emmêlent- Les capitaines français-Dunois, La Hire, Barbazan ou le routier Rodrigue de Villandrando multiplient les coups de main en Champagne et en Île-de-France. La haine des Anglais entraîne de nombreux soulèvements et en Normandie la situation est de plus en plus intenable. En 1432, un coup de main sur le château de Rouen est à deux doigts de réussir. En 1434, la Normandie est en insurrection quasi-générale suite à l'augmentation des exigences fiscales anglaises et malgré la répression sanglante ordonnée par le duc de Bedford- Jean sans Peur avait multiplié les promesses démagogiques d'exonérations fiscales et les Anglais ne peuvent les tenir. De même, la création d'une université en 1432 à Caen est vécue par les maîtres de l'Université de Paris comme une défiance, voire un détournement de clientèle : les Parisiens s'éloignent des Anglais. En mai 1435, La Hire et Saintrailles taillent en pièce l'armée anglaise du Comte d'Arundel à la bataille de Gerberoy. Le duc de Bourgogne sent le vent tourner et, sous la pression des villes flamandes et des Parisiens qui souhaitent la paix pour des raisons économiques, se rapproche des Français. En 1435, Charles VII fait amende honorable pour l'assassinat de Jean sans Peur, ce qui permet la conclusion de la paix d’Arras avec les Bourguignons. Ce traité permet en outre à Philippe le Bon d'accroître ses possessions : il reçoit les comtés d'Auxerre et de Mâcon, des seigneuries de Péronne, Royes et Montdidier et prend en gage des villes de Picardie comme Amiens, Saint-Quentin et Abbeville- Ce traité fait définitivement basculer le rapport de force en faveur des Français. Immédiatement, des soulèvements anti-anglais se déclenchent, en particulier en pays de Caux et dans le val de Vire. Dans la foulée Dieppe, Montivilliers et Harfleur sont reprises. En 1436, Paris ouvre ses portes aux Français qui proclament le pardon général- Charles VII ne se presse pas : il réorganise le royaume et prépare la reconquête.
La dernière phase de la guerre est très lente. Elle est cependant caractérisée par un élément majeur : la supériorité militaire anglaise, fondée sur des archers performants et une infanterie disciplinée, disparaît progressivement au profit des Français qui font émerger une nouvelle technologie sur les champs de bataille : l’artillerie de campagne, organisée par Jean Bureau, qui fait débander l’adversaire, laissant prise à des charges de cavalerie lourde . Le roi d'Angleterre Henri VI, dont la mère est française, se révèle francophile et peu enclin à la guerre. Depuis la mort de Bedford, son conseil est en proie aux discordes En 1444, la trêve de Tours est conclue entre les deux camps. Charles VII la met à profit et réorganise son armée de manière à pouvoir vaincre les Anglais. Il obtient progressivement des états de la langue d'Oïl (1438 et 1443) puis d'Oc (1439) la possibilité de reconduire les aides sans réunir les états annuellement : c'est l'instauration de la permanence de l'impôt- Il a alors les moyens d'entretenir une armée permanente et d'éviter que les mercenaires démobilisés ne se livrent au pillage. Il envoie le dauphin Louis à la tête de plus de 20 000 écorcheurs combattre les cantons suisses révoltés contre le duc d'Autriche. Cela lui permet de tester ses hommes et de se débarrasser des éléments douteux ou mal équipés. Beaucoup de routiers périssent face aux Suisses et aux Alsaciens. Il renvoie ensuite un grand nombre d'éléments indésirables dans leur pays d'origine (en particulier en Espagne) ou les recycle dans l'administration, les disperse par petits groupes, leur ayant accordé des lettres de rémissions. Au total, il ne retient à son service que la moitié environ des combattants. Par l'ordonnance de Louppy-le-Châtel de 1445, il les organise en lances, unité de base où les compétences de chacun se complètent. Chacune est constituée d'un homme d'armes accompagné de deux archers à cheval, d'un coutilier (armé d'une épée et d'une longue dague), d'un page et d'un valet (ces derniers ne combattant pas en règle générale). 100 lances forment une compagnie. Les 15 compagnies totalisent 9 000 hommes, dont 6 000 combattants qui forment la grande ordonnance. Bientôt, trois nouvelles compagnies sont créées. Cette armée est entretenue de façon permanente et est mise en garnison dans des villes du royaume qui ont la charge de l'entretenir. Le coût ne repose donc plus sur les finances royales. En 1448, il crée la petite ordonnance : en cas de mobilisation, chaque paroisse (cinquante feux) est tenue de mettre à la disposition du roi un archer bien équipé et bien exercé. Pour compenser les charges qui pèsent sur lui, il est dispensé d'impôt (la taille) : on l'appelle franc-archer. Choisi par les agents du roi, il est tenu au service de ce dernier. Le royaume en compte environ 8 000 et possède enfin une archerie comparable à l'armée anglaise. Ceci n'empêche pas le roi de recruter le cas échéant des mercenaires (une garde écossaise permanente est d'ailleurs constituée).
Source
Georges Bordonove, Les Rois qui ont fait la France : Jean le Bon, éditions Pygmalion, 2000. (ISBN 2857042647) (fr)Georges Bordonove, Les Rois qui ont fait la France : Charles V le Sage, éditions Pygmalion, 1985 (ISBN 2857042647) (fr) Georges Bordonove, Les Rois qui ont fait la France : Charles VI le roi fol et bien-aimé, éditions Pygmalion, 2006 (ISBN 9782756400181) (fr) Georges Bordonove, Les Rois qui ont fait la France : Charles VII le Victorieux, éditions Pygmalion, 1985, (ISBN 2857042647) Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard, 1980, 678 p. (ISBN 2213008981)
1. 19/01/2011
VOUS DITE PAS POURQUOI LE SACRE DE CHARLES VII ECARTE DEFINITIVEMENT LES ANGLAIS DU FRONT
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