Aucun élément à afficher

L’apparition de l’artillerie transforme aussi l’art des fortifications. Les murs s'épaississent, on entoure les forteresses de talus pour arrêter les tirs de boulets. À la Renaissance, (que certains font commencer à la fin de cette guerre), les châteaux sont devenus incapables de résister à l’artillerie et se transforment en demeures spacieuses et confortables à habiter. Le château fort, symbole de la féodalité, disparaît. La sécurité devient du ressort d’un pouvoir central, capable de financer une armée permanente. La noblesse perd de son influence au profit de la monarchie-
Dans tous les domaines, cette longue guerre marque la fin de l'âge féodal et le déclin de la civilisation médiévale.
Conséquences économiques
Les conséquences démographiques de la guerre et de la grande peste entraînent à masse monétaire constante une hausse importante des prix. Les produits orientaux deviennent alors plus compétitifs et il s'instaure un déficit commercial au profit de l'orient-Cela encourage le commerce sur longue distance et les progrès techniques dans le domaine de la navigation, mais aussi rend rares les métaux précieux dans un deuxième temps, ce qui rend nécessaire des mutations monétaires(qui raréfient le taux de métal noble dans le numéraire). Donc, la guerre entraîne une insécurité des voies commerciales, mais aussi monétaire (les mutations monétaires effectuées à maintes reprises par les belligérants ont entraîné des dévaluations)- L'économie réussit à s'adapter :
* Des progrès techniques, dont certains ont été réalisés dès le XIIIe siècle, se généralisent et favorisent le transport maritime. Les navires gagnent en maniabilité (gouvernail d'étambot), en taille, et des techniques nouvelles de navigation apparaissent : la boussole est améliorée grâce aux travaux de Pierre de Maricourt sur le magnétisme en 1269, on applique la correction mathématique de la déclinaison magnétique, et on utilise l'arbalète, instrument qui permet de mesurer la latitude. Ces progrès vont rendre possible la navigation transocéanique et permettre les grandes découvertes.
* L'insécurité des routes est néfaste pour l'économie des Flandres et de la France : les Flamands désertent les foires de Champagne qui périclitent au profit de Paris. Le commerce du textile se fait par voie maritime en contournant la péninsule ibérique, ceci au bénéfice des marchands italiens. Le rôle commercial de la France, puissance continentale, diminue-
* L'arrêt répété du trafic transmanche influence fortement l'industrie textile flamande qui, au début du conflit, importe de la laine anglaise. Pour combler ce manque, les Anglais vont se rendre moins dépendants économiquement des Flandres en transformant directement leur laine en vêtements- Pour cela, ils sont aidés par les mesures incitatives du roi d'Angleterre qui taxe les vêtements beaucoup moins que la laine et qui, dés 1337, accorde de larges privilèges à tout ouvrier étranger s'établissant dans les villes anglaises tout en interdisant l'exportation de laine vers les Flandres et l'importation de draps- Face à cette situation, de nombreux tisserands flamands itinérants viennent tenter leur chance en Angleterre. Avant la grande peste, les Flandres subissent une crise démographique qui entraîne une forte émigration. Les drapiers flamands importent alors leur laine d'Espagne (ce qui rendra économiquement logique l'intégration à l'empire des Habsbourgs, alors que les liens avec la France ont diminué avec la perte d'influence des foires de Champagne) et développent des matières premières de substitution comme le lin-
* La concurrence anglaise diminuant les profits des tisserands, l'économie flamande développe d'autres activités comme le secteur bancaire
* Le secteur financier progresse. Afin de sécuriser les fonds, l'usage les lettres de change se développe ; il permet d'éviter les transports de fonds avec beaucoup moins de risque, et l'impact des changements de cours incessant de la monnaie. Ceci se fait par le développement du réseau postal-
* Pour mutualiser les risques, les commerçants s'associent en sociétés et compagnies et créent des filiales indépendantes : en cas de faillite, la filiale n'entraîne pas l'effondrement de l'ensemble de la compagnie-
Enfin, l'évolution progressive vers la pénurie de métaux précieux et l'accroissement du commerce avec l'orient poussent à l'établissement de voies commerciales vers l'Asie et à trouver de nouvelles sources de métaux précieux-Avec l'amélioration des techniques de navigation, les voyages transocéaniques deviennent envisageables- À partir du milieu du XVe siècle, tout pousse aux grandes découvertes.
Crise pontificale au sein de l'Église
Au début du conflit, les papes siègent à Avignon et sont français, ce qui confère un important avantage diplomatique aux Français. Cependant en 1377, Grégoire XI essaye de faire revenir la papauté à Rome pour mettre fin au conflit avec les Florentins grâce à l’entremise de Catherine de Sienne. En 1378, le nouveau pape Urbain VI se montre particulièrement despotique envers les cardinaux français, ceux-ci l’accusent donc d’avoir été élu sous la pression de la rue romaine et élisent l’antipape Clément VII à Avignon-
Les belligérants ont tout intérêt à avoir le soutien d’un pape : l’Angleterre et le Saint-Empire reconnaissent donc Urbain VI alors que la France et ses alliés castillans et écossais soutiennent Clément VII-
Au cours de ces deux siècles de guerre, de famine et de peste, les croyants découvrent une Église parfois incapable de répondre à leurs angoisses. C'est l'époque où l'« arithmétique du salut » (Henri Martin), la « comptabilité de l'au-delà » (Jacques Chiffoleau), prennent des proportions incompréhensibles pour qui ignore la terreur des hommes de cette époque pour l'enfer : les plus riches achètent des centaines, voire des milliers de messes pour le salut de leur âme. Riches et pauvres participent en foule à des processions pénitentielles, aux « passions » théâtrales sur le parvis des églises, tandis que le « couronnement de la Vierge », la figure protectrice de la mère de Jésus, devient un thème majeur de l'art. De plus en plus de fidèles, de réformateurs chrétiens exigent aussi un accès direct à la source du Salut, à la lecture de la Bible en langue vernaculaire, en un temps où seuls les clercs ont le droit de lire et de commenter l’Écriture. Là se trouve une origine de la Réforme protestante, un autre élément de modernité de la fin du Moyen Âge, avec l'ascension des classes bourgeoises-
La division de l’Église suite au Grand Schisme ouvre un espace à la critique. Des théories nouvelles telles que celles de John Wyclif peuvent se divulguer, alors que les ecclésiastiques se déchirent entre partisans du pape ou de l’antipape se discréditant mutuellement. Le terrain est préparé pour la Réforme dont Wyclif est l’un des précurseurs.
Le schisme n’est résolu qu’en 1415 au concile de Constance où les deux papes doivent abdiquer ce qui permet l’élection d’un pape unique : Martin V. Pour résoudre le conflit, l’Église doit recourir au conciliarisme : les conciles (rassemblement de tous les évêques) ont plus de pouvoir que le Pape lui-même et doivent se réunir régulièrement. Dès lors, la papauté est très affaiblie ce qui permet à Charles VII de s’imposer en 1438 comme le chef naturel de l’Église de France en s’appuyant sur l’épiscopat français : c’est le gallicanisme-
Le clivage franco-anglais
L’Angleterre favorise l’élevage et le commerce de la laine. L’artisanat et les villes se développent. La bourgeoisie et le parlement (celui-ci destitue Richard II en 1399 quand ce dernier tente de renforcer le pouvoir monarchique)[, prennent de plus en plus de puissance d’autant qu’avec la grande Peste de nombreux villages anglais ont été désertés. Le pays est de moins en moins agricole et de plus en plus artisanal et commerçant. Du fait des difficultés récurrentes à exporter la laine vers les Flandres, la lourdeur des taxes sur la laine et l'apparition de matières premières concurrentes (lin, soie et laine espagnole entre autres), l'Angleterre est devenue directement productrice de vêtements et de draps: son économie devient de plus en plus industrielle. La noblesse qui ne remplit plus son rôle de sécurisation des campagnes se discrédite en imposant lourdement les paysans afin de financer l’effort de guerre. Or, les paysans, de moins en moins nombreux, estiment que leur rôle social devrait être mieux reconnu (d'autant plus que de nombreuses batailles de la guerre de Cent Ans ont été gagnées grâce à leur talent d'archer) et répondent favorablement aux prêches des lollards qui répandent les idées de John Wyclif. Leur révolte contre Richard II est matée mais ce dernier finit par être renversé : la Monarchie anglaise a perdu de la crédibilité et du pouvoir. John Wyclif est un précurseur de la Réforme et le pays accueille favorablement le protestantisme à la Renaissance- D’autre part, les voies commerciales sont plus maritimes qu’en France, donc la nécessité d’un pouvoir centralisé fort sécurisant les routes est moins évidente : la noblesse est de moins en moins indispensable. On se dirige vers un pouvoir de moins en moins absolu et les libertés individuelles peuvent être progressivement revendiquées. La Renaissance amène la prise d’autonomie religieuse de l’Angleterre, puis l’avènement progressif d’une monarchie constitutionnelle.
La France, pays favorisé par son climat pour l’agriculture, fait elle le choix d’une société religieuse sur une structure rurale stable avec une monarchie puissante au pouvoir centralisé, fort et protecteur. Le développement des villes a permis à la bourgeoisie de contester le pouvoir de la noblesse qui semble incapable de justifier son statut sur les champs de bataille. L’usage des États généraux devient fréquent, la bourgeoisie prend ainsi place dans la société. Mais des monarques avisés (Charles V et VII), qui surent regrouper autour d’eux les campagnes puis le pays en utilisant le sentiment national naissant, renforcent finalement le pouvoir royal. Ils tirent parti de l’insécurité générée par le conflit (qui génère des troubles dans les campagnes mais qui retentit aussi sur le commerce en touchant les voies de communications) et qui ne peut plus être gérée par la petite noblesse, en sécurisant le territoire grâce à une armée permanente financée par un système fiscal et administratif modernisé. La noblesse perd petit à petit son contre-pouvoir face au souverain, et le féodalisme contestataire et revendicateur, héritage du Haut Moyen Âge, tend à disparaître face à l’autorité du roi. Le terrain est prêt pour l’évolution vers la monarchie absolue. D’autre part, comparativement au reste de l’Europe, la guerre a ralenti l’avancée vers une civilisation plus urbaine en France. On constate dans le reste de l’Europe une pré-renaissance et l’évolution vers un pouvoir accru pour les villes. Mais, la France échappe à cette évolution et développe une monarchie absolue de droit divin extrêmement centralisée-
Enfin, en Angleterre, la langue officielle devient l’anglais en 1361, alors que le français était la langue usitée par l’aristocratie depuis la conquête normande. C’est la guerre de Cent Ans qui entérine le clivage culturel franco-anglais.
Le contentieux bourguignon
La guerre de Cent Ans a aussi entraîné l’indépendance de fait du duché de Bourgogne, qui devient une véritable principauté composée de territoires issus de la France et du Saint-Empire. Les Habsbourgs et les Valois se disputent le contrôle de ces terres ce qui entraîne deux siècles de conflits entre la France d’une part, et l’Autriche et l’Espagne d’autre part.
La carte de l’Europe de la Renaissance est dessinée à la fin de la guerre de Cent Ans — d’autant que Constantinople a été prise en 1453. Cette guerre a contribué, entre autres, à la création des deux États-Nations dont les affrontements récurrents marquent le continent pendant bien des siècles, la France et l’Angleterre.
Source
Georges Bordonove, Les Rois qui ont fait la France : Jean le Bon, éditions Pygmalion, 2000, (ISBN 2857042647) (fr) Georges Bordonove, Les Rois qui ont fait la France : Charles V le Sage, éditions Pygmalion, 1985. (ISBN 2857042647) (fr) Georges Bordonove, Les Rois qui ont fait la France : Charles VI le roi fol et bien-aimé, éditions Pygmalion, 2006,. (ISBN 9782756400181) (fr) Georges Bordonove, Les Rois qui ont fait la France : Charles VII le Victorieux, éditions Pygmalion, 1985, . (ISBN 2857042647) Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard, 1980, 678 p. (ISBN 2213008981)
1. logan 21/02/2012
Wow,your post is really very good and I appreciate it.louis vuitton outlet
Créer un site gratuit avec e-monsite.com - Signaler un contenu illicite



