Origine-Essor-Déclin de la chevalerie

 


tapisserie de bayeux

 

Origine

La chevalerie a peu à peu développé ses valeurs et ses coutumes propres, sous l'influence notamment de l'Église et de la « courtoisie » (la « fin'amor ») des troubadours et trouvères, eux-mêmes fréquemment issus de la noblesse. D'une fonction militaire au service de l'aristocratie terrienne, la chevalerie est devenue une fraternité, puis un groupe social, enfin une institution. Certaines traditions sont remarquables, notamment la cérémonie de l'adoubement. Les vertus traditionnelles de la chevalerie, vues par le prisme de la littérature, sont de nobles sentiments tels la piété, l'humilité, la bravoure, la courtoisie, la foi et l'honneur-

 Les chevaliers sont des personnages souvent présents dans les romans  puisant leurs sources dans les grands cycles légendaires, la matière de Bretagne (Légende arthurienne) et la matière de France (cycle des chansons de gestes carolingiennes-

 

Le chevalier est alors un guerrier appartenant à la maison du seigneur : celui-ci devant s'entourer d'un groupe de soldats professionnels qui l'aident à maintenir l'ordre et à protéger les habitants de la seigneurie, et les passants. Ils participent au contrôle des populations et partagent avec le seigneur les profits de la seigneurie. Dès le XIe siècle, miles devient synonyme de vassus, le vassal. Le chevalier est bel et bien le serviteur armé du châtelain : il fait ses premières armes contre les ennemis du seigneur et les paysans libres (les Vilains) de l'an Mil. Il participe au maintient du système féodal et au respect des coutumes.

 À Papia, le château vit en grande partie par les droits qu’il a attiré, provenant de l’ancien tonlieu de Léou . Les terres de la famille seigneuriale sont gardées par sept chevaliers, les premiers chevaliers connus dans le sud de la France, mentionnés en 1029.

Essor de la chevalerie au XIe siècle

 Le XIe siècle constitue un tournant et c'est une évolution importante car il marque l'essor des châtelains et des milites, ceux-ci concurrençant et affaiblissant le pouvoir royal. En effet, ces deux entités deviennent de plus en plus autonomes et détiennent un pouvoir non négligeable.

 La chevalerie va progressivement se distinguer, se démarquer comme un groupe social à part, avec ses propres valeurs et normes mais aussi grâce à un mode de vie particulier, une certaine idéologie qu'elle revendique et défend. En outre, cette catégorie va progressivement devenir un idéal à suivre, un modèle.

 La chevalerie qui se forme au cours du XIe siècle se définit réellement à partir des caractéristiques suivantes: elle constitue tout d'abord une catégorie sociale à part entière voire une "catégorie socio-professionnelle"-Cette dernière se situe socialement au-dessous de la noblesse. Elle rassemble tous ceux qui n'ont "ni la notoriété d'un lignage noble, ni la richesse d'un grand propriétaire terrien, ni le droit de ban d'un si. En d'autres termes, est chevalier un homme qui n'est pas issu de la noblesse d'un point de vue héréditaire, qui ne possède pas de richesses considérables, que ce soit en terres ou en argent, enfin qui n'a pas le pouvoir de convoquer des vassaux à son service ni de commander, de contraindre, de convoquer l'ost (droit de ban). Cependant, un chevalier a le droit de porter des armes, l'armement caractéristique du chevalier étant, outre coûteux, composé de la lance et de l'épée pour le XIe siècle. Par ailleurs, le chevalier combat à cheval, ce qui peut paraître insignifiant mais qui a en réalité de l'importance car un cheval coûte cher et constitue de ce fait une marque de prestige, de richesse, de supériorité.

L'ascension sociale progressive des chevaliers

L'accès à la chevalerie constitue un bon moyen pour connaître une ascension sociale. Cependant, cette promotion n'est pas systématique. Le titre de chevalier pouvait se perdre si le chevalier en question était malade par exemple et que par conséquent, il ne pouvait plus assurer sa fonction militaire. En outre, le chevalier pouvait avoir subi des blessures graves durant une bataille ou un affrontement et ne plus pouvoir combattre par la suite. De fait, il perdait son statut et était petit à petit oublié de la société. Au cours du Moyen Âge, les chevaliers se sont rapprochés et unifiés durant les combats, à la guerre, et ont fini par former un véritable ordre social à part. Pendant les tournois, les chevaliers s'affrontaient pour gagner du prestige et de la renommée et espérer connaître une ascension sociale par un mariage avec la fille d'un seigneur par exemple. Aussi, par ce facteur d'union entre membres de la chevalerie et de la noblesse, un processus de fusion s'est opéré au cours du Moyen Âge entre la chevalerie et la noblesse, si bien qu'il devenait de plus en plus difficile de distinguer les deux ordres, les deux ensembles. Mais ce processus majeur dans l'histoire de la chevalerie s'est opéré sur plusieurs siècles, ce fut un long et lent processus qui a abouti à une véritable réunion, une assimilation des deux groupes sociaux aux XIVe et XVe siècles.

 D'un point de vue militaire, la chevalerie va progressivement imposer sa prépondérance sur les champs de bataille, et cela dès le milieu du XIe siècle, tout particulièrement en France. En effet, les chevaliers deviennent les combattants, les guerriers par excellence, l'élite de l'armée, un ordre militaire prestigieux qui bâtit sa renommée sur ses exploits et victoires militaires. Son action se révèle de plus en plus décisive lors des batailles; c'est elle qui décide de la victoire ou de la défaite. Par conséquent, son prestige en est rehaussé. La bataille de Bouvines qui se déroula le 27 juillet 1214 est un bon exemple pour illustrer cette idée. En effet, l'action de la chevalerie décida en grande partie de la victoire française. Mais cette place centrale qu'occupe la chevalerie sur le champ de bataille s'appuie sur un passé qui les prédisposait déjà à s'imposer. En effet, dès l'époque carolingienne, la cavalerie tenait une place centrale dans l'armée. Les rois francs, dès Charles Martel, avaient privilégié l'utilisation de la cavalerie lors des affrontements. De fait, la chevalerie était enclin à s'imposer par la suite comme un ordre social à part, supérieur.

 

L'âge d'or de la chevalerie

La chevalerie s'épanouit tout particulièrement au cours du XIIIe siècle dans toute l'Europe Occidentale. C'est aussi l'époque où l'image du chevalier modèle paré de toutes les vertus propres à la chevalerie se développe beaucoup grâce aux nombreux écrivains et poètes qui glorifient dans leurs textes les valeurs chevaleresques. Ainsi se dégagent des figures emblématiques tel que Guillaume le Maréchal au XIIe siècle, Ulrich von Liechtenstein au XIIIe siècle ou encore Bertrand du Guesclin et Geoffroy de Charny au XIVe siècle. Ces chevaliers incarnent des valeurs communes, des comportements et des mentalités caractéristiques de la chevalerie, à savoir la valeur guerrière, l'audace, la soif de gloire, le souci de la réputation, le sens de l'honneur, le respect des promesses et de l'engagement personnel mais aussi la largesse, la prouesse, la courtoisie. Cette dernière vertu est devenue progressivement indissociable de la chevalerie. Les Chevaliers de la Table Ronde jouèrent un rôle majeur sur les mentalités des chevaliers qui les considèrent comme les modèles par excellence de la chevalerie.

Par conséquent, ils sont pris pour exemples et imités dans leurs exploits. Guillaume le Maréchal fait ici figure de chevalier exemplaire. Son ascension fulgurante malgré son origine modeste, ses nombreuses victoires lors des tournois le firent désigner comme "le meilleur chevalier du monde". Les chansons de gestes qui deviennent très populaires aux XIIe et XIIIe siècles glorifient les chevaliers et les élèvent au niveau de héros. L'Église, quant à elle, utilise ces chansons pour promouvoir et cautionner la Guerre sainte contre les musulmans. On a ainsi les histoires épiques des chevaliers de la Croix, futurs Croisés, qui luttent contre les infidèles installés à Jérusalem. Le lien féodal entre le chevalier et le seigneur est également très présent dans les chansons de geste. Le service vassalique est au cœur des devoirs chevaleresques. La largesse est l'une des autres vertus que se doit d'exercer un chevalier. Elle est considérée comme venant d'en haut, autrement dit une valeur aristocratique et même royale à l'origine. Elle consiste pour le chevalier à redistribuer des richesses de toutes sortes, à faire des dons de chevaux, d'étoffes précieuses par exemple. Le chevalier se doit d'être généreux. Cet idéal s'oppose à la bourgeoisie qui, obtenant de plus en plus de pouvoir au cours des XIIIe siècle et XIVe siècles et se rapprochant des rois, est vue comme un adversaire, un concurrent pour la chevalerie.

 Une des aspirations du chevalier était de se marier avec une riche héritière car cela signifiait pour lui l'accès à des terres, un domaine foncier mais aussi à la société aristocratique. Par le mariage, le chevalier pouvait en effet espérer "se mettre à son compte"-

Le XIIe et surtout le XIIIe siècle fut sans doute les siècles d’or de la chevalerie. Celle-ci se structurait comme une véritable classe avec ses codes, ses valeurs et son mode de vie. Au bas-Moyen Âge, les adoubements se firent moins nombreux et, parallèlement, la cavalerie perdit sa primauté sur les champs de bataille, du fait de la réutilisation de nouvelles tactiques (formations compactes de piquiers) ou de la mise au point de nouveaux armements (arcs longs); les batailles de Courtrai et de Crécy furent à cet égard révélatrices de la vulnérabilité de la cavalerie lourde utilisée isolément. Si l'alourdissement des armures des cavaliers et des monture put, un temps, pallier ses faiblesses, la diffusion des armes à feu sur les champs de bataille dès la seconde moitié du XVe siècle porta un coup fatal à la chevalerie comme force militaire.

 Parallèlement, le titre de chevalier se banalisait, étant acquis, moyennant finances, par les bourgeois enrichis des villes devenues prospères, et ne devenait plus guère qu’un terme honorifique.

 Cependant, à la même époque apparaissaient les ordres de chevalerie au rôle essentiellement politique.

 

Source

 Flori (J.). « La Chevalerie » Luçon. Édition J P Grisserot. 1998. 

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