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Nous sommes en l'an 1008, peut-être 1010, de l'ère chrétienne. Une troupe se fraie difficilement un passage sur le territoire de l'actuel département de l'Isère. Les femmes sont accompagnées d'enfants ; les hommes, en armes, montent à cheval tandis que d'autres mènent à grand bruit cochons, chèvres et vaches. Dans les charrettes se trouve tout le matériel pour vivre. Une aventure qui les mènera jusqu'aux rives boisées du lac de Paladru.
Qui sont ces chevaliers-paysans ?
Les témoignages de combat défensif sont habituellement rares sur les sites d'habitat. Les armes, notamment, constituaient un patrimoine de prix et marquaient la condition d'homme libre. En ces débuts de l'âge féodal, la lance, l'épée et l'utilisation du cheval restent les symboles de l'appartenance à la catégorie sociale privilégiée de ceux qui font la
guerre,les chevaliers.
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Les découvertes de Charavines sont donc d'un intérêt exceptionnel. Les armes, le matériel d'équitation pour un usage militaire, et de maigres restes d'équipement ont été recueillis sur l'ensemble du site : chaque famille exerçait donc, en plus de ses activités domestiques, agricoles et artisanales, une fonction militaire.Une fois installés sur les rives du lac, les habitants de Colletière ont organisé leur existence de façon remarquable. Ils tirent la quasi-totalité de leurs ressources du milieu naturel, mais aussi de l'agriculture et de l'élevage.
En outre, de multiples outils, pour la plupart manufacturés sur place, sont le témoignage d'un artisanat polyvalent : travail du bois et du cuir, tonnellerie, tissage, et même métallurgie sont autant d'activités exercées par la petite communauté de Charavines. Il s'agit d'une société presque complètement autarcique, aux fonctions économiques diversifiées, qui maîtrise la plupart des techniques de production et de transformation. i les fouilles des bâtiments ont laissé apparaître de vastes foyers servant à la cuisson des aliments, il n'est pas aisé de reconstituer les habitudes alimentaires et les pratiques culinaires de leurs occupants.
La plus grande part de l'information est en fait fournie par le matériel culinaire et la vaisselle.
Quant au régime alimentaire, il a pu être mis en évidence grâce à l'étude des macro-restes végétaux et des os conservés dans le sédiment : céréales, produits de la cueillette, poissons et viandes constituent l'essentiel de l'alimentation des colons de Paladru.La vie quotidienne laborieuse est ponctuée de fêtes, veillées dominicales, fêtes religieuses ou événements familiaux.
Bien sûr, à défaut de témoignage écrit, on ne peut qu'imaginer ces occasions de réjouissance et de détente.
Mais comment interpréter autrement les belles parures, les multiples instruments de musique et les jeux retrouvés ?
Paladru est un lac naturel, glacière des pré- Alpes. Il a été le plus grand lac de France avant l’annexion de la Savoie en 1860. Il est désigné « lac bleu » par ses riverains. Ce lac est situé en Isère dans la région des collines miocènes du bas- dauphinée appelées Terres froides. C'est au cours du XIe siècle qu'un essor démographique et économique entraîne une colonisation durable des rives du lac. Effectivement, le site archéologique de Colletière est aussi célèbre par ses chevaliers paysans. En premier lieu, il s’agit de paysans agriculteurs, éleveurs mais aussi artisans par le travail du bois, du tissu, du cuir, du fer… Leur position stratégique sur le lac les oblige à une seconde mission, la défense du territoire. Ainsi, ils quittent leurs occupations quotidiennes pour revêtir la tenue de chevalier. Les chevaliers-paysans se sont installés au lac de Paladru sur la commune de Charavines au lieu- dit Colletière aux alentours de l'an mil, sa fondation est datée de 1003 par dendrochronologie. Cependant la notion de chevaliers-paysans a été remise en question. En effet, elle présente l’apparition des fortifications de terre comme un phénomène préfigurant les mottes castrales, fondements de l’organisation de la féodalité. Or on présente la mise en place de la féodalité comme une longue évolution dans le temps.
À l'époque, le niveau du lac était plus bas qu'aujourd'hui, et une soixantaine de colons ont construit un habitat fortifié en bois sur une plage de craie. Ces personnes ont certainement été envoyées par un grand afin d’occuper un espace stratégique pour une défense optimale du territoire. En raison du climat, l'eau du lac est montée progressivement, le site est abandonné à partir de 1035 et en 1040, les chevaliers- paysans ont quitté leur habitat fortifié, noyé sous les eaux. Nous sommes aussi invités à être attentifs aux constructions faites à même le sol sur une plage de craie et non sur pilotis.
Ces sites subaquatiques permettent une conservation des restes organiques, et donc une documentation extrêmement riche, Colletière présente l’intérêt de n’avoir connu aucune réoccupation postérieure à l’an mil, ni modification de conditions du gisement. Ce lac et ses composantes témoignent d’un abandon des dernières survivances de l’Antiquité et la naissance de l’âge féodal. Il se place dans une période fondamentale dans la compréhension du Moyen Âge. C’est un témoin de l’expansion démographique, des défrichements et de la mise en place de la féodalité. 
La Colletière et les colons : la formation d’un terroir
Au XIe siècle, l’essor démographique pousse nos colons de Paladru à la conquête de nouvelles terres. Probablement jeunes, ils vont entreprendre et créer. Ils sont particulièrement riches mais d’autres sont pauvres mais vont acquérir un bien-être, une nouvelle condition sociale et il y a ceux qui se placent sous la bannière du Christ.
Les temps sombres et cet accroissement de la population poussent à la colonisation d’un espace inhabité. Ajouter à cela, l’effondrement du pouvoir royal et même de l’Eglise, apporte à nouveau de l’espoir. Tandis que quelques rares clercs, dans leur monastère, ont cru que la fin du millénaire ne soit la date annoncée de la fin du monde, le Jugement Dernier. Mais pour la majorité des Hommes, seul compte, la paix retrouvée dans cette colonisation.
C’est dans un paysage dominé par la forêt que les colons ont fait intrusion en 1003. Il est clair que pour permettre une colonisation, la déforestation en est la première étape. D’ailleurs, dès leur installation le pourcentage des pollens forestiers chute. La raison principale en est la construction des habitats. Pour une idée plus générale de la déforestation en chiffre, il faut compter 700 chênes abattus pour édifier Colletière.
Ces habitats sont un ensemble de trois bâtiments enclos d’une forte palissade avec une fonction agricole appelés « ferme fortifiée ». Chacun de ces bâtiments est occupé par une famille caractérisée par une pluriactivité agricole et artisanale.
Autour du lac de Paladru, comme dans toute l’Europe de ce temps, la polyculture à dominante céréalière forme la base d’une production destinée à garantir l’autosuffisance alimentaire. La production de céréaliculture est composée majoritairement de seigle, pour sa farine de meilleure qualité, puis de blé, avec l’orge et les millets, production plus faible. Tandis que l’avoine a été produite en quantité élevée due à une forte cavalerie.
Cette production céréalière est complétée par la culture de quelque légumineuse comme les fèves, pois et lentilles. Tandis que, les vergers plantés dès l’arrivée des colons, ont produit cerises, pommes, prunes, poires et même pêches dûs à un climat favorable.
Il est important de mettre en exergue la valeur de la partie non déchiffrée du domaine car elle constitue une ressource indispensable. Le saltus est un espace rural riche, difficile à cultiver. Il permet l’élevage, le bétail y trouvait sa subsistance. Par exemple, les porcs, l’animal prédominant, se nourrissaient des glands et des faînes tombés à terre. Ce saltus n’est pas seulement terre de subsistance pour les animaux, elle, l’est aussi pour les hommes. On y trouve des framboises, mûres et fraises mais aussi des graines de marjolaine et de millepertuis perforés. L’une pour parfumer les plats de viande et l’autre pour guérir blessures et coupures. Tandis que la chasse au gros gibier est une occupation secondaire.
Dans le lac de Paladru, la pêche est largement pratiquée. Etant donné qu’il n’est pas évident de pêcher depuis le bord, l’utilisation d’embarcations a permis une pêche abondante. Elle a fourni, à l’automne et au printemps, un complément nutritionnel appréciable.
Ajouter à cela, l’aspect artisanal, évoquant une réelle « Curtis ». Les activités artisanales sont diversifiées et d’un bon niveau technique, composées de charpentier, menuisier, tonnelier, tisserand, mégissier, cordonnier, métallurgiste et maréchal-ferrant . D’ailleurs l’artisanat est le facteur principal dans la construction d’habitats par ses outils, dans la vie quotidienne par ses objets.
Il s’agissait donc pour ses colons de trouver, dans le pays du lac de Paladru, les moyens de leur subsistance. Mais leur arrivée en ces lieux n’est pas le fruit du hasard comme viennent le confirmer la structure et l’emplacement de leur
habitat-
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Un habitat fortifié aux fonctions guerrières et la demeure d’un seigneur
La position particulière du site sur le lac est déterminante dans la compréhension du rôle de l’habitat de ces colons. Situé sur une avancée de rivages, précédée de vastes espaces boisés et de zones humides formant des barrières naturelles. La localisation du site de Colletière est représentative du souci d’assurer une défense efficace d’un territoire en occupant un espace stratégique dans le pays du lac de Paladru. En effet, installée sur une plage, le niveau du lac affleurait la partie la plus basse du site et la puissante palissade de chêne, pourvue d’une courtine (chemin de ronde), haute de trois à cinq mètres. Cette enceinte défendait un espace rectangulaire de 1200m² à l‘intérieur duquel se répartissent 3 bâtiments. Le bâtiment central est la demeure principale de l‘habitat, tandis que les deux autres ont des fonctions paysannes. Le tout revêt l’aspect d’une fortification assez puissante pour l’époque. Il convient de remarquer qu’un tel édifice présente des désavantages fonctionnels pour des agriculteurs-éleveurs, ce qui confirme l’importance du rôle défensif du site.
De plus on a retrouvé sur le site de l’habitat de nombreux éléments de l’équipement guerrier. Les carreaux d’arbalètes sont les armes les plus retrouvées sur le site, ils témoignent de l’utilisation guerrière de cette arme, en effet elle ne devait pas être particulièrement utilisée pour la chasse étant donné le peu de restes de gros gibiers retrouvés sur le site. On a aussi retrouvé des fragments d’arcs et de javelots. Des armes plus précieuses ont aussi été abandonnées sur le site : des haches d’armes et des lourdes lances, surement utilisées par des cavaliers. Ce que viennent confirmer les nombreux fers à cheval, clous de ferrage, boucles de harnais, arçons et éperons retrouvés sur le site. Ainsi les habitants du site exerçaient bien en plus de leurs activités domestiques, agricoles et artisanales, une fonction militaire.
Cet habitat est donc conçu pour défendre un territoire, cette colonisation est donc surement l’œuvre d’un grand qui veut affirmer son autorité sur le pays du lac de Palagru, compris dans une circonscription territoriale mal définie, le comté de Sermorens. En effet ces « terres froides » sont une zone stratégique entre les centres de pouvoirs que sont l’évêché de Grenoble et l’archevêché de Vienne, comme l’illustre plus tard en 1107 le partage par le pape du comté.
Ces colons sont donc des combattants, des chevaliers, de plus ils devaient probablement, dans le cadre particulier du défrichement, se parer de prérogatives aristocratiques, d’autant plus que l’an mil est le théâtre de l’émergence des pouvoirs privés, de la mise en place de la féodalité.
C’est ce que vient confirmer la structure des bâtiments. En effet le bâtiment central, aux fondations plus solides que les autres nous laissent penser qu’il s’agissait d’une construction plus élevée que les autres, comportant un étage ou deux supplémentaires.
De plus, le mobilier qu’on y retrouve est caractéristique d’un mode de vie aristocratique. On y trouve des instruments de musique des plus élaborés (hautbois, clarinette de cornemuse), des pièces d’un jeu d’échecs, les armes les plus prestigieuses (épées) et un matériel d’équitation abondant. Enfin les seuls restes de gros gibiers retrouvés sur le site ont été recueillis dans cette vaste pièce qui comprenait aussi une véritable cheminée. Tout nous porte à croire qu’il s’agit là d’un habitat aristocratique, dont les étages constitueraient la demeure et dont la vaste salle fouillée en rez-de-chaussée serait l’aula aristocratique issue de l’époque carolingienne.
L’ensemble constitue donc un habitat fortifié, précurseur des premiers castra. Abritant la demeure d’un seigneur derrière des palissades conséquentes et permettant la mise en place d’une seigneurie dans le pays du lac de Paladru. Il est donc témoin de cette mutation féodale des Xe et XIe siècles.
es chevaliers-paysans ont établi une position défensive permettant de contrôler le pays du lac, tout en subvenant à leur besoin grâce à la mise en valeur du territoire environnant. Revêtant ainsi un mode de vie particulier aux fonctions polyvalentes, ce sont à la fois des paysans-agriculteurs, des éleveurs, des artisans et des guerriers dont la position de défricheurs leur a permis de se parer de prérogatives aristocratiques, prémices de la mise en place d’une seigneurie.
Le site de Colletière a été conservé sous l’eau, et n’a connu aucune occupation postérieure, offrant ainsi l’exemple d’une colonisation agraire au XIe siècle. Cet habitat a en effet existé sur une période courte mais décisive du Moyen Âge, il est forcement l’illustration de la longue mise en place de la féodalité et de l’émergence des pouvoirs privés. De plus, le site est témoin de la hausse démographique et des grands défrichements qui en découlent. Enfin le caractère original de ces colons au statut particulier et mal défini, expliqué par la notion de chevaliers-paysans, est lui aussi consécutif d’une période de grands changements autour de l’an Mil.
Mais si ce site est resté représentatif de l’an Mil, c’est seulement grâce à la remontée des eaux dans les années 1030, conséquences des changements climatiques accentués par la déforestation récente mise en œuvre par les colons. Ainsi peut-on voir dans l’installation de ces colons, qui doivent à la fois trouver une position défensive sur le lac et en aménager le pays par la déforestation, une condition de la disparition du site ? Replaçant ainsi la question du rapport de l’homme à son environnement d’un millénaire à l’autre.
Source
Michel Colardelle, Eric Verdel, les habitants du lac de Paladru dans leur environnement : la formation d’un terroir au XI siècle, Paris, Maison des sciences de l’Homme, 1993.
Michel Colardelle et Eric Verdel, Chevaliers- paysans de l’an mil : Au lac de Paladru, Paris, Editions Errance, 1993.
1. replica graham watches 28/02/2012
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