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Origines
Selon Georges Dumézil, les sociétés indo-européennes auraient vécu sur la division tripartite de la société, entre une fonction sacerdotale, une fonction guerrière, et une fonction de production. L'Église se serait fait la promotrice de cette organisation trifonctionnelle de la société, entre ceux qui prient, ceux qui combattent et ceux qui travaillent.
L'aristocratie romaine antique est appelée patriciat. Cette noblesse va perdre le pouvoir au Ve siècle av. J.-C. et être remplacée par un autre type de noblesse appelée nobilitas qui va perdurer jusqu'à la disparition de l'Empire romain d'Occident. Les termes de rex, dux, comes à l'origine des titres de la noblesse occidentale recoupent des réalités bien différentes.
Les peuples barbares, ainsi que nombre de populations indigènes aux provinces de l’empire connaissaient une forme de noblesse, mais cette noblesse ne semble pas définie par des critères a ussi stricts que ceux de la nobilitas romaine.
Évolution
Le chevalier règne sur les champs de bataille, o ù la charge de ces combattants cuirassés provoque la crainte de la piétaille. La technologie de l'armement médiéval lui est très largement consacré. Symbolique de la féodalité, la noblesse européenne s'instaure à partir de la classe sociale héritée des cavaliers vainqueurs de hautes luttes, associant sacralité du pouvoir et servant leur suzerain par un ensemble de rites prop res.
L'époque franque emploie les termes de nobiles viri ou illustri viri (« hommes illustres »), qui prouvent que l'héritage romain a été intégré, mais aussi des termes tels que proceres (« les grands »).
Initialement, les nobles francs sont détenteurs de charges amovibles au bon vouloir des souverains, comparables à des hauts fonctionnaires. Cependant, à partir de 877, par le capitulaire de Quierzy-sur-Oise, l'hérédité des domaines (les « honneurs ») et des charges se met en place, donnant naissance progressivement à la féodalité. Le pouvoir se désagrégeant, la noblesse finit par s'identifier au seigneur local, le miles.
La noblesse connaît au Moyen Âge un renouvellement incessant du fait des guerres . En Bretagne, des 34 familles ayant participé à la bataille de Bouvines (1214), seules 4 à 5 existent encore à la seconde moitié du XVIIe siècle.
Les guerres flamandes de Philippe le B el à la fin du XIIIe siècle porteront un premier ombrage à la fonction militaire de la noblesse par ses défaites contre les troupes communales flam andes, telles que la bataille de Courtrai dite « Bataille des Éperons d'or » (11 juillet 1302) où, par dérision, les Flam ands exhibèrent comme trophées les éperons des chevaliers français abattus.
Au XIVe siècle, la noblesse française est gravement entamée par d'importantes défaites militaires (Poitiers, Azincourt) et les jacqueries -soulèvements populaires anti-féodaux- se multiplient. La guerre devient de plus en plus l'affaire de professionnels et de mercenaires. Alors que les nobles évitent de s'entretuer au combat pour tirer une rançon de leurs prisonniers, les mercenaires ne s'encombrent plus des valeurs « chevaleresques ».
Au XVe siècle, l'armée se professionnalise encore davantage avec
la création des compagnies d'ordonnance, et l'appel au ban et à l'arrière-ban se fait rare. De nombreux petits nobles deviennent des gentilhommes campagnards dont le journal de Gilles de Gouberville donne idée du mode de vie.
En dehors de l'exploitation agricole, plus ou moins tolé rée selon les provinces, les seules activités non dérogeantes (c'est-à-dire ne faisant pas déch oir de sa noblesse et (re) tomber en roture) sont la verrerie et l'activité de maître de forges ainsi que certaines activités liées au commerce maritime comme armateur. L'Artois et la Bretagne permettaient une noblesse dite « dormante », le noble peut mettre de côté sa noblesse, parfois sur plusieurs générations, pour se refaire une santé financière, une simple déclaration suffit à retrouver l'intégrité de ses droits. Le Béarn, et dans une faible mesure la Champagne et la Lorraine, sont les seules provinces à avoir, en un temps, autorisé dans des cas très spécifiques, la transmission de noblesse par les femmes. Pour attirer la noblesse dans les Compagnies des Indes le roi dut promulguer des édits de dérogation.
Parallèlement, la noblesse entre toujours davantage dans les foncti ons et charges au service de l'État. Fonctions et charges rémunératrices depuis les petits offices de notaire dans les campagnes jusqu'aux hautes fonctions dans les parlements ou à la cour.
À partir du XVIe siècle, devant les besoins d'argent de la monarchie, un certain nombre de charges sont ouvertes aux roturiers avec un anoblissement à la clef – elles furent qualifiées de « savonnette à vilains » (comme les charges de secrétaire du Roi). De ce système s'étoffa la « noblesse de robe » (la robe des magistrats, par opposition à la noblesse d'épée -des militaires -) qui avait été initiée dès Philippe le Bel (début XIVe s iècle).
La noblesse française au Moyen Âge
Cette frise montrant des nobliaux en armes est semblable aux décorations de la civilisation romaine : l'aristocratie de privilèges perdure dans l'Occident chrétien, tout en faisant évoluer ses caractéristiques liées à la pratique guerrière et la vie de châtelain à une vie de courtisanerie éloignée des terres de propriété, de plus en plus centrée sur le monarque.La difficulté à définir la noblesse provient du fait que les réalités sociales, politiques et culturelles de cette population ont évolué, changeant le contenu de la noblesse, sans en changer la nature : une aristocratie dominant et encadrant la société et jouissant de privilèges divers.
Cependant, l'idée que l'on se fait de la noblesse est aujourd'hui largement conditionnée par la société d'Ancien Régime, héritière de la noblesse médiévale. On l'appelle la noblesse d'épée. Cependant, si la seconde provient bien de la première, la société médiévale n'est pas la société d'Ancien Régime, et la noblesse ne peut se définir au Moyen Âge comme elle se définit à l'époque moderne.
Certains historiens du Moyen Âge considèrent comme noble toute personne portant les titres de chevalier ou d'écuyer (voir Philippe Contamine). Or la chevalerie qui apparait autour du XIIe siècle, est à l'origine une population au service des grandes familles héritières de l'aristocratie carolingienne et propriétaire de vastes domaines fonciers.
Au XIIIe on observe une progressive fusion des valeurs chevaleresques et aristocratiques, notamment à travers le roman courtois. Mais cette littérature témoigne également des frustrations sociales des chevaliers, encore considérés comme des serviteurs de l'aristocratie. 
À la même époque, les archives permettant de connaître la population noble ou aristocratique sont d'origine ecclésiastique et écrites en latin. Les milites des archives sont considérés comme nobles. Le singulier miles signifie soldat en latin. La noblesse est donc essentiellement liée à l'armée féodale. Lorsqu'au XIVe siècle, des archives seigneuriales nous parviennent, la plupart rédigées en français, on retrouve également de nombreux seigneurs. Mais ils sont nettement plus nombreux que dans les archives latines du siècle précédent. Ainsi, on compte dans le Bas-Maine (Mayenne) 13 familles de miles au XIIIe siècle, contre plus de 130 aux XIVe et XVe siècles.
Faut-il y voir un renouveau profond de la noblesse féodale à cette période ?
En fait, on peut distinguer parmi ces seigneurs différentes nuances sociologiques :
le « haut et puissant seigneur » est l'héritier du miles des archives latines.
Le « seigneur de… », écuyer ou chevalier ne trouve pas d'équivalent clair dans les archives latines. Il est pourtant clairement un cadre de la féodalité, jouissant du privilège des armes, combattant à Poitiers (1356) ou à Orléans (1429). Mais peut-on le qualifier de noble ?
Si l'on ne peut distinguer une noblesse structurée par une sociologie précise, le droit médiéval peut, sans doute, nous éclairer.
La définition des privilèges de la noblesse n'apparaît qu'après 1440, lorsque le roi définit les conditions d'accès
à la noblesse et les privilèges dont elle jouit. Avant cela, la noblesse est un état de fait, une place dans une société conférée par un rang dans la hiérarchie féodale, et/ou la proximité avec un roi à travers le service armé, administratif ou politique. Les villes du nord de la France comptent de nombreuses familles jouissant aussi bien des privilèges bourgeois et de fonctions municipales, que d'un statut aristocratique et féodal. La bourgeoisie n'est pas un statut dérogeant à la noblesse jusque-là. Par ailleurs, on trouve, dans de nombreuses régions de France, des familles de paysans qui, par l'accès à la propriété foncière, accèdent au bout d'une ou deux générations à l'aristocratie féodale et donc au service armé. Philippe Contamine, qui considère qu'aux XIVe et XVe siècles est noble toute personne portant le titre de chevalier ou d'écuyer, a basé ses travaux sur des archives essentiellement militaires. Or, chevalier ou écuyer sont les titres de l'armée féodale. Ces écuyers et ces chevaliers sont des membres de l'aristocratie féodale. L'aristocratie féodale est-elle noble ? Les sources des chartriers seigneuriaux montrent que cela n'est pas toujours vrai pour cette période. C'est pourquoi, à l'exception de certaines très grandes familles, l'usage du terme noble est très délicat pour la période médiévale et il vaut mieux lui préférer celui d'aristocratie, en précisant ecclésiastique, féodale, militaire, etc.
Un autre cas ne laisse pas d'ambiguïté sur le caractère nobiliaire d'une personne, ce sont les cas d'anoblissement par lettres patentes. En récompense de services rendus, certains membres de l'entourage du roi se voient anoblis, et ce avant même que la couronne ait clairement défini les privilèges de la noblesse. La plupart sont originaires de familles bourgeoises et, ayant pu étudier le droit, sont entrés au service du roi, à des charges plus ou moins importantes. Leur noblesse ne se transmet pas toujours, car les générations suivantes doivent pouvoir vivre noblement, c'est-à-dire disposer de fiefs, et participer à l'armée féodale et/ou au service du roi. Ainsi de la même façon que l'on pouvait devenir noble en vivant noblement, on pouvait perdre sa noblesse en cessant de vivre noblement
. Le statut nobiliaire ou aristocratique est donc moins un statut juridique qu'un statut social relativement mouvant.
Sources
Martin Aurell, La noblesse au Moyen Âge, Paris, Armand Colin 1996
Philippe Contamine, La noblesse au royaume de France de Philippe le Bel à Louis XII, Paris, PUF, coll. « Moyen Âge », 1997
Georges Duby, Les trois ordres ou l'imaginaire du féodalisme, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des histoires », 1978
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