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La croissance économique et urbanisation de l’occident
Durant les VIIIe et IXe siècles, on assiste à un véritable essor urbain : la ville se propage et se développe : des habitations et infrastructures se construisent à l’extérieur des murs fortifiés : c’est la naissance des bourgs et des faubourgs qui accueillent et favorisent grandement l’économie de la zone urbaine : ils accueillent les nouvelles échoppes de marchands, permettent la construction de nouveaux ateliers d’artisans qui rejoignent massivement les villes et les grands villages qui sont des lieux économiques importants. Durant les siècles suivants, les villes s’étendent et continuent de se fortifier : des nouvelles murailles se construisent pour englober les faubourgs les plus actifs sur le point économique.
Manifestation spatiale du phénomène d’urbanisation
Cette forme de cette croissance urbaine possède des relations géographiques et spatiales entre villes MA et cité antique : beaucoup de villes sont reconstruites sur des anciennes villes antiques.
À la fin du Xème : les villes représentent des lieux spécifiques dans lesquels les surplus commerciaux sont vendus. Il apparaît alors à proximité de ces zones urbaines des lieux nouveaux dotés d’une nouvelle activité commerciale : les marchés. Ils se situent principalement autour d’un lieu : villa / bourg >> à proximité château / abbaye
Les bourgs apparaissent souvent à proximité des anciennes cités antiques les faubourgs croissent en dehors des murs de la cité. L’Origine des villes médiévales est polynucléaire et le phénomène de la croissance des bourgs amène un développement progressif de la zone urbaine qui conduit au comblement des espaces vides.
À partir du Xème siècle, la ville commence à mieux s’ordonner au niveau de l’implantation des édifices : les bâtiments ecclésiastiques et seigneuriaux restent toujours le plus souvent le centre de la ville. Les artisans les plus proches du centre sont ceux qui ont un métier en relation avec la nourriture, hormis les bouchers qui sont tenus un peu à l’écart (un métier dans lequel on touchait le sang était mal vu près de la maison de Dieu) ensuite viennent les métiers du travail du bois du fer et du verre. Les métiers offrant des odeurs et bruits désagréables à la population (comme teinturiers, foulons…) sont mis en périphérie des villes et le plus près possible des cours d’eau.
Au Xième siècle, suite à une augmentation de la population et d’un renouveau rural, la société ressent un besoin de « s’élargir » et on commence à créer plusieurs axes routiers et ponts importants qui remplaceront les anciennes voies romaines et faciliteront les échanges. Avec l’arrivée des commerçants et artisans dans les zones urbaines, les villes se développent et le trafic s’intensifie : les marchés autrefois locaux deviennent rapidement régionaux. Les bâtiments présents dans les villes deviennent plus solides, les ponts de bois sont remplacés par des ponts de pierre.
Les villes après avoir subi une forte période de déclin à la fin de l’antiquité renaissent grâce à une évolution de la démographie et les différentes périodes d’essor économiques du Moyen Age. On peut dire que la ville du Moyen Âge apparaît véritablement au Xème et Xièmes siècles et se développe fortement pendant les siècles suivants grâce au progrès économique. Au XIIIe siècle, les cités se dotent d’une muraille regroupant les différents noyaux urbains. La ville est la zone de l’argent.
L’artisanat : activité bien ancrée dans les villes
Installation des artisans dans les zones urbaines
Dans toutes les villes quels que soient leur importance la classe la plus représentée est celle des artisans : une partie d’entre eux bénéficient du progrès technique grâce à l’utilisation de l’énergie hydraulique avec le moulin. Dans certaine ville, les artisans constituent plus des ¾ de la population.
Au début du Xième siècle, les artisans étaient installés autour du siège de la seigneurie urbaine ou des établissements religieux, mais à partir de la seconde moitié du Xième, sous l’influence économique, les artisans recherchent la proximité du marché et les zones de passage (près des portes des villes) pour rencontrer les clients. D’autres se sont installés dans des villes ayant des rivières pour profiter de l’énergie hydraulique.
Les autorités seigneuriales et ecclésiastiques furent aussi très tôt soucieuses de regrouper les activités des artisans pour pouvoir mieux les encadrer. Ces métiers étaient pour eux une source de profit sure, mais aussi un moyen de se procurer des fournitures par le biais des taxes et impôts. Des seigneurs ont dû imposer des contrôles aux artisans et commerçants pour garder un marché équilibré et conserver la paix publique. D’autres, dans l’intérêt de leur et celle de leur communauté organise la construction d’ateliers pour inciter les artisans à s’installer sur leur domaine.
En ville on assiste donc à une présence d’activité proto industrielle liée à 4 types d’activités : Production textile, l’artisanat du cuir et des métaux, l’artisanat de la construction et les métiers liés au commerce et aux échanges.
Organisation et éthique de l’activité artisanale
Les artisans se partagèrent progressivement en deux catégories : ceux qui ne participent qu’à une étape de la transformation d’un produit (principalement les travailleurs du bois de la laine et du cuir). Et ceux qui vendent eux-mêmes ce qu’ils élaborent (forgerons, fèvres, orfèvres, verriers, tonneliers et les métiers de l’alimentation). Ces derniers sont très nombreux en proportion et forment dans beaucoup de villes l’élément le plus actif voire même des fois turbulents. On recense quelques cas d’arrêt de travail des artisans lorsque ceux-ci sont vraiment mécontents des décisions seigneuriales ou ecclésiastiques.
Dans les villes, les métiers de l’artisanat se regroupent entre eux et prennent le nom de communauté (on les appellera plus tard au XVIIIe siècle corporation). Ces communautés ont été formées par les bourgeois dans un souci d’organisation d’abord sous forme de communautés urbaines, elles deviennent ensuite professionnelles.
Ces communautés ont un aspect moral et chrétien qui répond à une certaine éthique : travail, qualité de l’effort, justice et charité.Le travail doit être loyal, idée qui revient très souvent dans les statuts corporatifs. En 1268 Étienne Boileau prévôt de Paris rédige le Livre de Métiers (premier grand recueil sur les statuts de tous les métiers parisiens, ainsi que leurs règlements) dans lequel est mis en avant cette loyauté dans le travail.
Le travail doit être moral. Les artisans et les vendeurs ont l’obligation de vendre leurs objets à leur juste prix, mais aussi de payer leurs ouvriers et salariés au juste salaire. Cette morale est chrétienne elle est aussi présente pour garder un souci d’équilibre et d’équité.
Concernant la charité, les travailleurs d’une même communauté ont le devoir de s’entraider (techniquement ou même financièrement). Certaines communautés créent une sorte de sécurité sociale : les fourreurs de vair d’une communauté de 1319 cotisaient chaque semaine pour pouvoir en bénéficier lors de leur incapacité à travailler (accident / maladies…) Mais cela implique une grande organisation et l’administration est onéreuse.
Ces règles et polices sont présentent pour garantir la qualité d’un produit : un produit non terminé ne peut pas être mis en vente, certains artisans n’ont pas le droit de finir leur travail une foi le soleil couché.
Métiers et communauté
À l’époque du Moyen Âge, les sociétés n’avaient pas forcément le même statut en fonction des activités auxquelles elles correspondaient. On distingue deux types de métiers ayant des statuts différents : d’une part les métiers réglés qui sont réglementés par un pouvoir supérieur qui est généralement la municipalité ; et d’autre part les métiers jurés qui bénéficient d’une plus large autonomie. Ces métiers tiennent leur nom du serment que l’on prête pour avoir le droit de les exercer.
Les métiers réglés : (très présent dans le Sud) reçoivent leurs statuts de la commune, et ce sont les gardes consulaires qui assurent la police de la profession d’où leur nom. Ces “métiers réglés” sont donc soumis aux ordonnances municipales. Des confréries professionnelles viennent peu à peu les doubler pour assurer l’encadrement religieux des artisans réunis sous la bannière d’un saint patron (saint Éloi pour les orfèvres, par exemple). La hiérarchie interne des métiers repose sur la domination des maîtres sur les compagnons et les apprentis. L’accès à la maîtrise tend à se fermer à la fin du Moyen Âge et à se transmettre au sein des mêmes familles. La vocation de la corporation consiste à défendre les intérêts du groupe, lutter contre la concurrence et organiser l’entraide sociale.
Les métiers sont regroupés en corporation (terme du XVIIIe) ou communauté de métiers qui désignent des groupements de droits quasi publics soumettant leurs membres à une discipline collective dans l’exercice de leur profession. Ces groupements accèdent rapidement à la personnalité juridique. Leurs statuts, approuvés et garantis par la commune et le souverain, leur confèrent le monopole dans leur secteur d’activité (tout travail “libre” est dès lors interdit), les chargent de réglementer la profession et leur attribuent une police. Les membres du “métier juré” font le serment de respecter ses statuts et de s’assister mutuellement. Ce type de groupement est très diffusé dans la France du Nord.
Hiérarchisation des métiers
Les métiers jurés et réglés sont composés d’apprentis, de compagnons et de maîtres. Les apprentis sont des jeunes enfants confiés au maître par leurs parents suite à un contrat. Ce dernier spécifie des obligations réciproques entre le maître et l’apprenti : le jeune homme fera partie de la famille du patron (qui doit être obligatoirement marié). L’apprentissage dure dix ans ou plus selon les métiers, au bout de cinq ans le patron peut prendre un nouvel apprenti, mais pas avant. Le patron doit apprendre à l’apprenti tout ce qu’il doit savoir pour exercer le métier (de la profession au négoce de la marchandise). Le maître a sur l’apprenti une juridiction : l’apprenti doit faire ce que dit le maître (III) et il a le droit de le réprimander jusqu’à lui infliger des châtiments corporels.
Une fois sorti de l’apprentissage, le jeune homme devient compagnon à la suite d’un nouveau contrat d’embauchage. Le salaire du compagnon est fixé en fonction des statuts de la corporation. Le contrat spécifie des obligations : le maître a le devoir de payer le compagnon et ce dernier doit faire le travail que lui ordonne le patron : il fait son profit son dommage et lui obéit en toute chose honnête et licite. En revanche le maître ne peut exiger que ce qui est conforme au statut de la communauté.
Pour devenir maître, il faut avoir été apprenti puis compagnon, avoir été employé dans plusieurs régions puis réussir l’épreuve du chef-d'œuvre devant un juré et enfin prêter serment face à une communauté. Le statut social des maîtres est beaucoup plus élevé que les compagnons, en effet pour le devenir il faut acheter son titre d’activité au roi.
On désigne aussi les compagnons sous le nom de valet, ils ont aussi leurs propres caractéristiques par rapport au travail (XI) >> s’ils sont embauchés à la journée : ils stoppent au premier cou de vêpres, et au premier cou de complies en période de carême, ils ne travaillent pas la veille de certains jours symboliques. Un valet a la possibilité d’être embauché par un patron s’ils passent tous deux un accord.
Les uns comme les autres doivent respecter les contrats et leurs engagements : si un apprenti, ou un compagnon quitte le maître alors qu’il est encore sous contrat, ils ne peuvent retourner chez un autre patron pour exercer le métier jusqu’à ce que le maître soit dédommagé (XIV). En revanche le patron à l’obligation de payer ses employés. Lorsque des problèmes surviennent, chacun peut en référer à la communauté.
Contrôle royal
Il y a tout d’abord un contrôle législatif qui consiste l’homologation des statuts. Le roi et son administration approuvent les statuts par des lettres royales. Le roi peut faire des règlements de police pour les métiers qu’il peut modifier si bon lui semble, et il peut aussi casser les corporations. Ces règlements de police sont fondés sur l’idée de profit du royaume.
Outre le contrôle législatif, le roi exerce également un contrôle disciplinaire et veille à ce que la discipline du métier soit correctement effectuée. Un artisan ou commerçant qui triche sur la qualité, ou le prix de ces produits voit son atelier ou son échoppe placée sous juridiction seigneuriale. Le roi a pour fonction d’empêcher la déloyauté par souci du bien commun.
. Exemple du textile et du métier de foulon
Métier de foulon
Foulon ou foulonnier : artisan qui apprête les draps pour les transformer en feutre en les pressant, les comprimant
Le foulage consiste (théoriquement) à fouler au pied certaines matières : cuirs, laines, tissus divers, pour leur donner épaisseur ou consistance, souvent à l’aide d’un agent supplémentaire bien actif : la terre à foulon. Cette terre permet de dégraisser les tissus les cuirs les laines… pour les rendre plus doux, mais peut aussi être utilisée comme pigment.
Le foulage est donc une étape de la construction des draps : le drap tissé était confié au foulon qui le plongeait dans un bac d'urine pour le faire gonfler. Ensuite, dans un autre bac rempli de terre à foulon, il le lavait en le foulant avec ses pieds. Le foulage était l'opération la plus importante dans l'entretien des tissus. L'étoffe était ensuite battue avec des maillets de bois pour en resserrer la trame.
À paris durant une certaine époque, le métier de foulon était moins réglementé que d’autres. Le textile étant une source économique très fructifiant et l’activité des foulons étant assez difficile et pénible, le roi a décidé de ne pas faire payer les foulonniers qui s’installaient à la capitale pendant une certaine époque. (I°)
Les métiers du textile dans les villes
La production textile (Flandre : Hollande / Belgique) qui suscite une division de travail mettant à contribution du personnel qualifié (Tisserand) et non qualifié ; ainsi que la mise en place d’ateliers urbains tout comme un système de rémunération à la tâche
Pour les métiers du cuir et de la laine, leur concentration dans les villes ne va s’établir que progressivement. Ces métiers ne se développent vraiment qu’à partir du Xième siècle, au fur et à mesure que les seigneurs suppriment au fur et à mesure les taxes concernant le travail du cuir, de la laine et des peaux. Durant le XIIe siècle, le drap de laine devient la principale production urbaine par excellence : c’est une production qui satisfait tout d’abord un besoin local, et qui s’expatrie ensuite en fonction de la qualité et la renommée du produit. Économiquement, les artisans préfèrent vendre leurs draps à proximité, car une fois passée hors du marché local, l’essentiel du profit échappe à ceux qui les fabriquent.
On considère les foulons et les tisserands comme les premiers véritables ouvriers. Leurs actions ont permis à certaines régions comme la Flandre de se développer grâce à la qualité des pièces de tissus produites.
Pour prendre l’exemple du textile, une famille paysanne est capable d’assurer à elle seules toutes les opérations nécessaires à la confection d’une toile ou d’un drap grossier, tandis qu’en ville chaque opération différente correspond à un métier, avec sa propre organisation et ses règles de vie. La réalisation passe par plusieurs personnes et est un peu plus longue, l’apprêtage du tissu est bien plus élaboré en ville, et cela permet d’en produire en quantité beaucoup plus importante. Entre l’arrivée de la laine brute et la présentation d’un drap prêt pour la vente, des opérations mécaniques, manuelles et chimiques sont nécessaires : le triage de la laine, le battage, le dégraissage, le peignage ou le cardage, le filage et le dévidage. Vient ensuite le tissage sur des métiers sans cesse perfectionnés. Les dernières opérations sont le foulage, la teinture et les ultimes apprêts du drap. Ces dernières activités très polluantes sont rejetées loin du centre-ville, près des cours d’eau. À partir du XIVe siècle, les drapiers des villes organisent une industrie drapière de qualité dans les campagnes à proximité des centres urbains.
Les villes du Moyen Âge prennent naissance dans l’héritage de l’antiquité, elles subissent de nombreuses modifications avant de s’affirmer à partir du Xème siècle et de se développer durant le Xième XIIe et XIIIe. L’essor des villes se réalise grâce aux progrès techniques (création de route de pont), à l’évolution démographique et aux activités économiques qui se sont développées parallèlement avec les zones urbaines. Les artisans ont su profiter des deux : ils se sont installés dans les villes pour exercer leurs métiers pour profiter des avantages économiques qu’elles apportaient. Réciproquement, ils ont su participer au développement économique et géographique des zones urbaines. Le développement de l’artisanat s’est fait à l’aide de son organisation en communauté établissant des règles qui régissaient le métier en question-
Source
Le monde des métiers au Moyen Age artisans et marchands - Cassagnes-Brouquet, Sophie - Ouest-France , Rennes collection Poche histoire - Parution : janvier 2010
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