Fonctions et pouvoirs de l'aristocratie au Moyen Âge

 

 

Encadrer, protéger, diriger les populations sont les fonctions que la société reconnait à l’aristocratie. Pour cela, ils bénéficient de qualités guerrières, de moyens matériaux (richesse) et d’un réseau social étendu (famille, amis). A cela s’ajoute la fonction de service, soit la compétence administrative. Enfin, son dernier atout est son dynamisme religieux : l’aristocratie guide les populations dans le cadre de l’Eglise. Ainsi, aux fonctions temporelles s’ajoute le « sacré ». L’aristocratie encadre donc la population dans la sphère publique et privée, même si à l’époque on ne distingue pas ces deux systèmes d’encadrement.

• Public : L’aristocrate est le représentant du roi (dans le palais et en province)

• Privé : Il domine dans ses terres propres (il détient le pouvoir sur les hommes vivant sur ses terres)

Ce système provient de la defensio romaine (la défense publique assurée par l’Etat romain) et le pouvoir du maître sur la familia (potestas romaine ou mund germanique : soit le privé). Les rois utilisent ces deux pouvoirs : c’est « l’interprétation des deux formes de protection » (Régine Le Jan), soit la protection du citoyen et des dépendants.

A partir du milieu du VIIIe siècle, soit à partir de l’arrivée des Carolingiens au pouvoir (751), Pépin le Bref puis Charlemagne réforment ce système en faisant de l’élite une aristocratie avant tout de « service », qui se hiérarchise : on distingue désormais une élite minoritaire très proche du pouvoir (la proceres) gouvernant au côté du roi, du reste (la nobiles). Selon Régine Le Jan, « encadrer, protéger et prélever, telles étaient les fonctions de l’aristocratie ».

 

  Pouvoirs privés : ceux du dominus

 Le pouvoir domestique : la domus

 La domus est un cadre protecteur. Le dominus est à la tête de la domus et exerce son pouvoir sur toute la familia : femme, enfants, nutriti (une maison peut envoyer ses enfants dans une autre maison jugée « amie » afin que cette dernière les élève et les nourrisse), domestiques...

La maison aristocratique :

• C’est un grand bâtiment rectangulaire principal ordonné autour d’une cour (la curtis), souvent fait en pierre, bordé par des bâtiments annexes (fonds de cabanes, four à pain...) et entouré d’un fossé ou d’une palissade pour la protection (vols, animaux...). Toutefois, ce ne sont pas encore des maisons fortifiées.

• Le cœur de la maison est constitué de la « salle », l’aula, lieu de vie et de réception des hôtes, mais aussi lieu de pouvoir.

• Les bâtiments annexes : puits (à eau), four (on fait la cuisine à l’extérieur de peur des incendies), des fosses (septique ou à poubelle, aubaine pour les archéologues puisque cela permet de connaitre l’alimentation de l’époque) et des foyers artisanaux.

Au-delà des travaux archéologiques, des écrits ont pu témoigner des types de maisons existants :

- Le bref d’Annapes : description de la villa royale d’Annapes (Villeneuve-d'Ascq).

- Description du domaine royal de Tréda (entre Lille et Douai)

Mais le maître ne domine pas que sur sa maison.

  Le pouvoir domanial : la villa

 Les terres que l’aristocratie possède de propriété pleine et entière (terres ancestrales héritées, achetées...) s’appellent les alleux. Il existe aussi des terres que l’aristocrate reçoit par le roi à titre de rémunération pour un service, mais aussi des terres du fisc octroyées en bénéfice par le roi à ses vassaux pour s’assurer leur fidélité. Ces bénéfices peuvent être à leur tour divisés et donnés à exploiter. Donc, le patrimoine nobiliaire se compose des alleux et des terres publiques.

Aussi, la noblesse possède des propriétés dispersées (contrairement aux paysans alleutiers) : Plus l’aire de dispersion est grande, plus on est puissant.

Cela permet en effet à l’aristocrate de vivre tout au long de l’année car il passe d’un domaine à l’autre : ainsi, il consomme sur place la production du domaine et il peut gérer chaque domaine (prélever la redevance...), sans compter que de cette manière le noble n’a pas besoin de transporter son froment, difficile à conserver en voyage.

Cette dispersion s’explique également par le fait que les domaines sont sans cesse divisés, remodelés (dot, héritage, succession...) et ainsi mis en « circulation ».

Les nobles sont « seigneurs et maîtres » de leur domaine. Ces domaines sont immenses d’où les deux systèmes d’exploitation, direct et indirect (colons). Les parcelles exploitées par les colons sont des colonicae (colonge).

A partir des années 600 apparait un nouveau mode d’exploitation : une exploitation indirecte louée à des familles paysannes, les tenanciers. Chaque famille loue un manse en échange d’une redevance (comme les colons) mais aussi une redevance en travail, les corvées : les tenanciers doivent cultiver la partie que le maître se réserve en exploitation directe d’où le nom de réserve.

***Au VIIe siècle : le système d’exploitation bipartite (manse/réserve) se développe dans les milieux monastiques

Ce système se développe dès le VIIe siècle, vers Paris, notamment chez les moines, alors que chez les laïcs on ne l’utilise pas beaucoup aux VIIe-VIIIe siècles. En effet, si les domaines monastiques ne cessent de croitre (donation mais pas de partage), les domaines aristocratiques sont restreints, sans compter que les maîtres se déplacent et qu’ils peuvent donc exploiter facilement leur domaine de façon directe.

*** Fin VIIe – IXe siècle : essor notamment dû à l’exemple royal

Or, dès fin VIIIe -IXe siècle, ce système est de plus en plus utilisé, notamment par Charlemagne sur les terres royales, qui tente de réformer la gestion agricole et administrative de ces immenses domaines avec le célèbre Capitulaire De Villis.

Le maître possède un pouvoir sur les esclaves, les colons et les tenanciers.

- Cas des esclaves : Normalement, on naît et on meurt esclave. Toutefois, on peut perdre ce statut par l’affranchissement. C’est un acte très à la mode chez les maîtres qui, au moment de leur mort, rachètent leurs pêchés en affranchissant un esclave. Un autre moyen est le mariage mixte. En temps normal, malgré ce mariage les enfants d’un esclave devraient être serviles, mais cela se perd souvent au bout d’une ou deux générations. Ainsi, il y a de moins en moins d’esclaves.

- Cas des colons : Ce sont des paysans libres.

- Cas des tenanciers : Ils sont libres pour la plupart, mais peuvent aussi être serviles. Cependant, ils sont de plus en plus dépendants du maître.

Ainsi, libres ou non, esclaves, colons et tenanciers sont sous la puissance du maître, dépendants quel que soit leur statut juridique, qui souvent se perd : dans la dépendance, les statuts juridiques s’aplanissent.

 

La milice du maître :

Pour exercer sa puissance, le maître détient une milice qu’il loge et qui doit faire régner l’ordre sur ses propriétés. Ces hommes sont surement d’origine libre ou servile, prélevés dans la classe paysanne et repérés pour leur force physique et leur fidélité (ils se « recommandent » par un serment de fidélité). A partir du IXe siècle, ces hommes à l’origine logés et nourris se voient chasés (=casés) sur une terre qu’ils peuvent exploiter à leur bénéfice. C’est la vassalité.

Respect du pouvoir judiciaire : La milice privée est chargée de trouver les auteurs et coupables dans un litige pour les mener face à la justice publique. Chez les Wisigoths, la justice des aristocrates est très étendue : ils peuvent mettre à mort un esclave, juger les païens... Dans le cas des autres royautés germaniques, ce n’est pas officiellement institué mais son emploi effectif est controversé, des abus ont sans doute lieu.

Respect du pouvoir fiscal : Les troupes privées lèvent aussi la redevance, ainsi que certains impôts publics qui deviennent privés (terres à l’origine royale passant aux mains de l’aristocratie) et la dîme puisque les grands aristocrates possèdent des églises privées (ils financent de cette façon les prêtres, tout en se gardant une marge personnelle).

Ainsi, la potestas dominandi ne se restreint pas au pouvoir foncier : il relève du foncier, mais aussi du fiscal et du judiciaire. La villa est ainsi à la fois un ensemble foncier (domaine) et une communauté humaine (village).

 

 Le pouvoir du sacré : les églises et les monastères

  Les églises privées et leur vocation mémoriale

Les églises privées se multiplient dès le milieu du VIe siècle. Ces églises servent au départ à accompagner la mort en enterrant les membres de la famille autour de ce lieu. Puis, elle devient un centre de christianisation.

Les églises privées sont construites au cœur des domaines, à proximité de l’habitat aristocratique. Elles sont utilisées comme nécropoles familiales puis comme espace de christianisation pour la population environnante : c’est un véritable cimetière fédérateur, même si on ne sait pas si la population y est contrainte ou si c’est un mouvement spontané.

C’est donc là qu’on administre les sacrements (notamment du baptême, pas encore de mariages) et la sépulture chrétienne. Ce centre fédérateur de la population du domaine dans sa totalité devient donc un moyen de contrôle du sacré par l’aristocratie. Ainsi, par le biais de la religion chrétienne, l’aristocratie renforce son pouvoir de domination sur la population, légitimée par le sacré et par les tombeaux des anciens maîtres (continuité).

•  site de Thier d’Olne à Engis (Liège, Belgique) : on observe un centre domanial avec des habitats, une église et un cimetière en évolution sur trois périodes du haut Moyen-Âge. Ainsi, on voit que le mausolée se transforme en petite église à vocation funéraire et enfin en véritable église paroissiale.

•  l’héritage de la Parisienne Erminethrude (elle lègue des domaines avec des églises) ou d’Iccard de Mâcon (terres avec 106 manses et 7 églises sur 50 000 ha).

Donc par le biais de la religion chrétienne, l’aristocratie renforce son pouvoir de domination sur la population, légitimée par le sacré. D’ailleurs, les tombeaux des anciens sont aussi là pour légitimer leur domination passée et y inscrire la domination présente.

 Les monastères

Ce sont des monastères privés. Les fondateurs continuent à assurer le contrôle du monastère avec les descendants. Au VIIe siècle, ils se multiplient, notamment au nord (Entre la Loire et le Rhin) où on compte environ 600 monastères. Il y en a beaucoup moins dans le midi. Il y avait déjà un réseau monastique datant du V-VIe siècle, mais ils sont beaucoup plus clairsemés : les nouveaux convertis sont souvent les plus zélés. Les familles aristocratiques édifient donc leurs monastères en s’inspirant de Saint Colomban, un Irlandais arrivant en Gaule à la fin du VIe siècle et qui a entraîné une vague de dévotion sur son passage.

•  la famille des maires du palais pippinide : fondation d’un monastère v. 640 où la veuve de Pépin l’Ancien place sa fille Gertrude comme abbesse, à Nivelles (Austrastie, environ Belgique actuelle). Celle-ci est canonisée à sa mort d’où un grand prestige. Ensuite, c’est sa nièce qui lui succède.

• L’abbaye de Jouarre (près de Paris) : fondation du monastère v. 640 pour Theodechilde, qui devient abbesse et où elle est enterrée avec son frère Agilbert (évêque de Paris). Donc, le monastère devient une sorte de nécropole familiale (crypte).

Le groupe familial fondateur du monastère reçoit une partie des revenus domaniaux (1 partie pour les moins/moniales, 1 partie pour les fondateurs). Donc, ils exercent un droit de contrôle sur les biens temporels du monastère (abbatiat, revenus). Ces monastères attirent des foules de pèlerins qui attendent des miracles et qui, en échange, font des dons (comme des terres), donc la famille fondatrice s’enrichit : c’est une véritable source de puissance pour ses détenteurs (pouvoir temporel et sacré).

Dans le dernier tiers du royaume de Charlemagne, celui-ci fait passer une partie de ces monastères familiaux (environ 200) sous son contrôle et sa protection (tuitio) : ils deviennent des « honneurs ». Il tente aussi d’en faire de même en Italie lors de la conquête lombarde. Ce phénomène se poursuit au IXe siècle.

•  monastère de Bobbio et le monastère de Mont Cassin

 

 Fonctions publiques de l’aristocratie

 Avec la fusion des deux aristocraties, elle devient une aristocratie qui sert le roi militairement et administrativement.

  L’ost royal

 Normalement, tous les hommes libres doivent l’ost mais très vite, la guerre devient le monopole de l’aristocratie. La guerre (prédation) est aussi essentielle à l’équilibre des finances du royaume :

Butin + tribut → trésor + échanges entre aristocrates (Penser à la légende Beowulf). Aussi, le roi affirme sa puissance par la guerre et la puissance de son aristocratie.

  Le roi, chef de guerre

Le roi est celui qui mène ses hommes à la victoire et donc au butin, qu’il partage avec ses guerriers. Les grands rois sont ceux qui mènent leurs aristocrates à la guerre, les autres sont oubliés.

• La génération de Clovis et fils (481-années 540) marque l’hégémonie franque.

Clovis mène une expédition de Tournai à la région parisienne (Siagrius), puis en Alsace (est), jusqu’à la royauté d’Aquitaine en cherchant à rejoindre la Méditerranée. Les Wisigoths se réfugient alors en Espagne.

Les fils de Clovis vont atteindre la royauté burgonde (vallée du Rhône et la Soane) et donc la région méditerranéenne (Arles, Marseille...)

•  le règne de Dagobert (614-639) brille par son dynamisme militaire, déjà notable sous son père Clothaire II, qui conquiert le nord du royaume franc (Frise...) mais il meurt jeune.

Donc, la guerre a été le moteur de la puissance royale.

Or, les rois d’après Dagobert Ier (639), guerroient plus entre eux que pour l’expansion. L’aristocratie suit alors les maires du palais qui comptent de nombreux grands militaires, comme chez les Pippinides :

Pépin d’Herstal (Pépin II, Pépin le Gros, Pépin le Jeune 676-714)

Charles Martel (717-741), son fils bâtard, reprend le pouvoir paternel grâce à sa puissance militaire. Il devient ainsi le véritable maître du royaume, plus reconnu que le roi lui-même, les Mérovingiens étant considérés comme des « rois fainéants ».

Pépin le Bref (741-751) lui succède (l’autre fils de Charles Martel, Carloman, se fait moine). Il tente de se faire élire roi et y parvient dès 751 en destituant Childéric. Or, il n’a pas de légitimité du sang donc il introduit le sacre dans la tradition monarchique française : c’est la légitimité divine. Sur le plan militaire, il soumet le sud de la Loire (Aquitaine et Provence), le Nord/Nord-Est (v. Thuringe) du Rhin.

Charlemagne, fils de Pépin le Bref, gouverne de 768 à 814. Or, jusqu’en 802/803, tous les ans il lance une nouvelle expédition de guerre, puis cela ralentit de 802 à 814. Il soumet la Saxe (Allemagne actuelle, jusqu’au Danube), le royaume lombard et la Catalogne (en actuelle Espagne). Dès les années 800, la guerre cesse car Charlemagne veut pacifier son royaume, d’où des problèmes avec l’aristocratie : la paix affaiblit le roi.

Sous Louis le Pieux (814-840), la royauté rencontre déjà des problèmes.

 L’armée

Pour les peuples germaniques, on parle de « peuple en arme » : tous les hommes libres doivent faire la guerre. Or, une fois qu’ils se sont fixés dans des royaumes, qu’ils se sédentarisent... le service militaire des hommes libres perd de sa nécessité. Ainsi, tous les dépendants d’un domaine (colons, tenanciers, paysans) ne sont plus appelés à l’ost car le maître n’a pas intérêt à les voir partir. Toutefois, lorsque les Carolingiens ont lancé de grandes expéditions (comme Charlemagne pour la Saxe, cela a pris tout de même 30 ans !), l’empereur a besoin d’hommes. Ainsi, il tente de reconstituer des peuples en armes par le capitulaire pour que les hommes libres s’arment. Mais on pense qu’il n’y est pas parvenu car les capitulaires se répètent.

Ainsi, seules les milices privées de l’aristocratie se rendent à l’ost : la guerre devient le monopole de l’aristocratie.

 La guerre devient le privilège de la noblesse

Après les guerres de conquête, on n’a plus besoin d’une armée massive composée de tous les hommes libres. D’où les guerres entre les Grands.

Dans la 2e moitié du IXe siècle, les Vikings (Normands) tentent de piller les grands domaines. Ainsi, l’aristocratie et sa milice privée doivent défendre leur villa, mais cela ne suffit pas.

Ces changements de la 2e moitié du IXe siècle se traduisent par une nouvelle théorie d’ordres de la société, imaginée par des moines de l’abbaye Saint-Germain d’Auxerre (Haymon puis Heric) :

• Ceux qui prient (sacerdotes ou oratores)

• Ceux qui combattent (milites ou belligerantes)

• Ceux qui travaillent (agricultores)

C’est ce schéma qu’Adalbéron de Laon reprendra au XIe siècle :oratores/bellatores/laboratores.

Pour Heiric, ce schéma repose sur la réciprocité : il faut une parfaite réciprocité pour que l’harmonie soit conservée dans la société. Aussi, cette théorie ne fait qu’entériner les changements de la société.

 

 Les cadres de l’administration centrale et locale : Sous les règnes carolingiens : une véritable aristocratie de service

 - La redéfinition du pouvoir royal et de l’aristocratie : la christianisation du modèle royal

Cela s’explique par les réformes de Pépin le Bref puis Charlemagne, qui redéfinissent le pouvoir royal.

¤ Le baptême de Clovis : la conversion permet la fusion du pouvoir royal et de l’Eglise, qu’il contrôle.

*** En se faisant sacrer en 751, Pépin le Bref fait du roi l’élu de Dieu. A ce titre, il est chargé de la mission de la paix de Dieu et de l’ordre voulu par Dieu, afin d’assurer le Salut de son peuple. Il s’entoure alors de clercs pour légitimer, élaborer la nouvelle conception du pouvoir royal : le roi est le miles Christi (le soldat du Christ).

*** Cette notion se renforce sous Charlemagne, notamment par son couronnement impérial en 800. Attention,

Sacre (acte religieux) ≠ couronnement (acte laïc) : Charlemagne est sacré en 754 avec son frère à l’âge de 7 ans. En 800, Charlemagne reçoit la couronne impériale lors d’une cérémonie laïque à Rome dans la chapelle Saint-Pierre par le Pape, donc dans un contexte très chrétien. Charlemagne se sent alors investi d’une mission supérieure, assurer la paix dans son empire, l’ « Empire chrétien », dont il est l’ « empereur chrétien » : C’est la théocratie royale. Il est donc l’intermédiaire entre Dieu et le peuple et il est chargé d’ordonner la société. Charlemagne prend cette mission très à cœur, d’où d’importantes réformes.

*** 823-825 : l’Admonition de Louis le Pieux met aussi en place un ministère royal. Selon lui, l’aristocratie à un rôle à jouer et les charges publiques sont envisagées comme des ministères dont ils sont redevables.

  L’aristocratie forme la militia saecularis

Au départ, la plupart des grandes familles d’Austrasie suivaient Charles Martel puis Pépin le Bref, mais il n’y avait pas encore d’adhésion globale des aristocrates (comme en Aquitaine). Toutefois, elle finit par soutenir massivement la cause carolingienne car après le coup d’Etat de Pépin le Bref, seuls les Carolingiens peuvent déléguer les charges publiques. A ce consensus s’ajoute une redéfinition du rôle de l’aristocratie : la militia saecularis. Ils sont chargés d’assurer l’ordre voulu par Dieu (et donc le roi). Le roi est guidé par Dieu, conseillé par les Grands (comtes) et en dessous d’eux, il y a tout le reste de la noblesse qui sert le roi à un niveau local, inférieur. La hiérarchie est donc renforcée, distinguant 2 strates : les proceres et les nobiles.

 Le renforcement de la hiérarchisation de l’aristocratie

Les proceres se constituent d’une quarantaine de familles (reicharistokratie).

 • Ils sont les détenteurs d’honores (charges publiques). Au départ, sous Charles Martel et Pépin le Bref, ce groupe est composé des familles d’Austrasie, puis s’ajoutent des familles des autres royaumes.

• Ils viennent à la cour, conseillent le roi et l’entourent. Au cours des assemblées royales (qui se tient une fois par an), seuls les proceres peuvent prendre la parole. Les autres aristocrates ne sont là que pour écouter.

• C’est dans ces familles que le roi prend ses vassi dominici car ils lui sont fidèles et donc à l’abri de la corruption.

• Ils sont très cultivés, voire érudits (comme Alcuin sous Charlemagne) : ils sont formés au palais par des maîtres réputés, ils peuvent s’exprimer parfaitement en latin de bon niveau (seule langue écrite) et possèdent des livres (ex : Evrard de Frioul). Ce niveau de culture est aussi possédé par des femmes (comme Dhuoda qui a écrit/dicté dans un latin parfait une œuvre concernant l’éducation de son fils, seule œuvre féminine du haut Moyen-Âge). Aussi, les livres sont très chers.

• Ces familles sont liées entre elles et le souverain par le mariage. Charlemagne va renforcer se lien (souverain – fidèle proceres) par la vassalité : bénéfice en échange de leur fidélité donc cumulation d’honor et bénéfice (revenu).

 

La nobiles : moyenne et petite noblesse

 • Elle est directement liée à la haute aristocratie (et non le roi), qui sert d’intermédiaire entre elle et le roi.

• Elle sert de « relais » local des proceres : ils sont des agents subalternes et exercent des rôles publics/privés (contrôle des populations) à l’échelle très locale. Elle détient une milice privée. Or, Charlemagne exige que cette milice entre dans la vassalité.

 Donc, sous Charlemagne se met en place une pyramide hiérarchisée avec :

 Roi (sommet) → proceres → nobiles → milice

 Charlemagne souhaitait ainsi mieux contrôler son aristocratie, mais elle va surtout profiter aux proceres qui possèdent un lien étroit au pouvoir royal mais aussi une puissance liée à leur grand nombre de vassaux. De cette façon, ils détiennent une grande puissance sur des régions entières. A la fin du IXe siècle, les proceres vont être autonomes sur leurs régions, qui deviennent de véritables principautés. Quant à la nobiles, ces aristocrates sont de plus en plus dépendants. Certains intègrent la milice pour tirer leur épingle du jeu. Toutefois, beaucoup se paupérisent.

En fait, ce système fonctionne en temps de guerre (dilatation), mais lorsque l’empire est en temps de paix, la demande d’honores est plus forte que l’offre. Ainsi, pour conserver leur puissance, chacun va tenter de garder son honor, le posséder comme patrimoine familial (terme historique de « patrimonialisation ») et donc le léguer. Cela en va de même pour les bénéfices, qui sont de plus en plus considérés comme des dus, voire des biens patrimoniaux.

Cela est théorisé en 877 par le Capitulaire de Quierzy sous Charles le Chauve. De peur de ne pas revenir des campagnes militaires d’Italie (à raison), lui-même et ses fidèles, que les fils des proceres morts reprennent les fonctions de leurs pères jusqu’à ce que le nouveau roi prenne une décision. Or, ce système normalement conçu temporairement ne fait qu’entériner un système déjà bien ancré dans les mentalités.

Les grandes familles deviennent donc des princeps qui détiennent une grande puissance sur des régions, au détriment du roi et des nobiles (ex : Raymond en Aquitaine (Toulouse)). Aussi, plus le territoire est éloigné, plus vite la région devient autonome.

 La période carolingienne a vu s’achever la fusion des aristocraties sénatoriales et germaniques dans le creuset de la militia (service public) mis en place par les discours royaux et cléricaux : cette aristocratie est

- Assise sur la terre

- Spécialiste de la guerre

- Et détentrice du service public

Elle a reçu de Dieu des moyens d’exercice contraignant sur les hommes dont elle a la responsabilité.

Cette légitimisation du prince aristocrate a permis le renforcement de l’emprise locale par les seigneurs (grands et petits).

 

 

Sources

 Histoire du Moyen Age : Tome 1 (VIIe-Xe siècles) de Michel Rouche (Poche - 2 mai 2005)

Sociétés du Haut Moyen Age occidental de Laurent Feller et Bruno Judic 

 

 

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