Aucun élément à afficher

L'éthique chevaleresque
La chevalerie n'est pas héréditaire ; c'est l'aptitude à être chevalier qui l'est. La chevalerie s'acquiert par l'adoubement ; elle se mérite par le respect d'une éthique qui repose essentiellement sur deux vertus : prouesse et largesse. La première associe vaillance et loyauté : vaillance dans le combat, mais aussi dans la vie quotidienne ; loyauté envers son seigneur, son roi, sa dame ; le preux chevalier des chansons de geste est «sans peur et sans reproche», comme l'est encore le chevalier Bayard au XVIe siècle. La largesse comprend la prodigalité, la générosité, le faste. Dépenser sans compter, mais aussi être généreux envers ses adversaires, envers les faibles, tel est le code de l'honneur chevaleresque.
Le chevalier a maintes occasions de prouver ses qualités, dans les tournois ou à la guerre, à la croisade ou dans les fêtes, sur les chemins ou auprès des dames, dans les châteaux. Tous ces sentiments se fondent dans la courtoisie, qui correspond très précisément au transfert de la notion de service : il s'agit désormais de servir sa dame, de lui obéir en toute circonstance. La fusion de la noblesse et de la chevalerie a entraîné la diffusion des modèles chevaleresques ; une idéologie de classe se forme, qui donne à la noblesse une plus grande cohésion et qui dresse entre elle et le commun une barrière infranchissable : roman courtois, épopée, poésie lyrique sont littérature de noble, non de vilain.
Comment devient-on chevalier ?
L'adolescent, le bachelier, fils de chevalier, accède lui-même à ce titre et à cet état après un apprentissage et une cérémonie appelée adoubement.
* Avant l’adoubement : vers l’âge de sept ans, il est placé chez un seigneur qui sera son parrain. Il y gravit tous les degrés de l'éducation qui vise à en faire un guerrier : galopin (il nettoie l’écurie), page (il s’occupe des chevaux, est au service de la dame du château, suit un entrainement équestre, apprend à chasser) et enfin écuyer, damoiseau (il aide les chevaliers au tournoi et à la guerre,et il a l'immense privilège de lui porter son écu).
* Vers 17-21 ans, il passe l’adoubement cérémonie officielle à laquelle de nombreux nobles assistaient et qui consistait à consacrer un homme comme chevalier du roi. L'adoubement était une cérémonie qui marque le passage de l'état d'écuyer à celui de chevalier. Cette cérémonie a lieu en général en septembre ou en octobre.
La nuit précédent son adoubement, le chevalier passe une nuit de prière dans une chapelle en compagnie de son parrain, revêtu d'une tunique blanche, avec une croix rouge, le blanc symbolisant la clarté et le rouge symbolisant le sang que le chevalier est prêt à verser. Puis le seigneur organise une fête dans son château, à laquelle les vassaux du roi sont conviés. Au fond du château, sur une estrade, le chevalier était prêt à se faire adouber chevalier. Agenouillé, le bachelier prête à haute voix le serment des chevaliers, une main sur l'Évangile ; ses armes de chevalier lui sont ensuite remises par son seigneur et parrain, bénites par l'Église qui encadre la cérémonie. Une fois revêtu de son équipement, il s'agenouille à nouveau pour recevoir l'accolade.
* Après la cérémonie : on organise des tournois auxquels se joignent les chevaliers adoubés et les vassaux du seigneur et des banquets pour célébrer l'occasion.
La cérémonie de l'adoubement confère à celui qui le reçoit un pouvoir principalement militaire puisqu'il obtient le droit de ban (rassemblement de l'ost, autrement dit de l'armée) pour partir en campagne militaire mais également un caractère plus politique et judiciaire puisqu'il accède à la fonction de gouvernement des hommes soumis à sa juridiction, à son pouvoir.
L'Église a aussi voulu donner une portée idéologique à cette cérémonie sans toutefois y parvenir pleinement. L'adoubement assure l'admission dans la militia, c'est-à-dire la chevalerie. La remise des armes a une importance majeure car elle signifie pour le chevalier certains devoirs et fonctions à respecter. En effet, la remise de l'épée signifie pour le chevalier l'exercice de la force armée, à savoir le maintien de la paix et de l'ordre public mais aussi le soutien et la protection de l'Église et des faibles, la fonction religieuse tenant une place centrale dans l'exercice des fonctions du chevalier. Enfin, être chevalier, c'est aussi défendre le royaume contre les ennemis extérieurs, souvent assimilés aux païens. Ce caractère religieux de l'adoubement est très prononcé. Les chevaliers ainsi que leurs armes sont bénis par les ecclésiastiques. Les rites de l'adoubement tiennent également un caractère religieux, par exemple la veillée de prières qui précède la cérémonie ou encore un bain rituel. En résumé, les chevaliers sont au service de Dieu, de leur seigneur et de leur roi. A cette idéologie morale s'ajoute une tonalité nobiliaire. En effet, en devenant chevalier, on entre dans un ordre plus élevé, proche de l'aristocratie. De fait, le chevalier tend à s'élever dans la société et à se rapprocher de la noblesse et donc à s'éloigner du bas peuple.
Cérémonie de l'adoubement
Jean de Marmoutiers, moine de l’abbaye de Marmoutiers - Abbaye bénédictine réformée par Cluny - C’est le haut lieu de l’historiographie Angeline. Geoffroy Plantagenêt est le père d’Henri II, ce dernier deviendra le souverain le plus puissant de l’Occident. Cette chronique repose sur des compilations antérieures qui avaient été faites durant la 1ère moitié du XIIème siècle et a été rédigée vers 1069/1070. Jean de Narmoutiers raconte l’enfance et l’adolescence de Geoffroy Plantagenêt, c'est-à-dire l’entrée de celui-ci dans la chevalerie. Cet adoubement est daté de 1128, celui du fondateur de la dynastie des Plantagenêt qui est invité par le roi anglais Henri Ier Beauclerc. La stratégie anglo-normande vise à prendre pied davantage sur le continent dans la mesure où une forte rivalité oppose le roi d’Angleterre et le roi de France (Louis VI le Gros). L’adoubement est un rite de passage, mais également une fonction politique et stratégique.
L’idéologie chevaleresque des Plantagenêt
a) Les stratégies politiques anglo-angevines :
cet adoubement vise à consolider l’entente entre les comtes d’Anjou et la royauté anglaise. Dès le début du texte, il est fait mention d’un comte qui se retrouve être le comte d’Anjou, Foulque V. Ce dernier reçoit l’ordre du roi d’Angleterre de ramener son fils afin de le faire adouber. L’objectif du roi d’Angleterre est de consolider son lignage et de l’implanter sur le continent notamment en mariant sa fille à Geoffroy. L’accueil que le roi réserve à Geoffroy est significatif : il se comporte avec lui comme un fils.
b) Noblesse et chevalerie :
La noblesse tend à se confondre avec la chevalerie. Acquérir le statut de chevalier par l’adoubement devient un critère de noblesse, alors qu’avant possibilité d’être chevalier sans être noble (miles). On le voit également avec l’entourage de Geoffroy qui l’accompagne en Angleterre : barons (noble qui dans la hiérarchie nobiliaire est juste en dessous du comte), damoiseaux (le jeune homme qui n’a pas encore été adoubé). La chevalerie est un statut et la noblesse est une condition, mais grâce à l’adoubement elles fusionnent.
c) Les qualités d’un chevalier :
outre la noblesse du sang, il y a la sagesse et la maîtrise des armes. La sagesse dont témoigne Geoffroy se manifeste à travers la conversation qu’il entretient avec le roi. Par sagesse, il faut donc entendre la maîtrise de la rhétorique, l’art de la parole. Cet idéal du roi lettré va se consolider sous le règne de Henri II. La maîtrise des armes est vérifiée après l’adoubement, elle repose sur une expérience militaire exemplaire. Cet idéal de chevalerie se répand à l’époque dans la littérature courtoise. Parce que Eléonore d’Aquitaine (femme de Henri II) est d’Aquitaine qu’elle a été au contact de la littérature courtoise qu’elle va exporter en Angleterre.
L’adoubement comme rite de passage
a) La fleur de la chevalerie :
cet adoubement correspond à une étape dans la vie du jeune homme : passage de l’adolescence à l’âge adulte. La limite enfance/adolescence se situe entre 15 et 19 ans. Geoffroy, particulièrement précoce, prêt à devenir adulte avant les autres. Cet âge de l’adoubement a suscité une abondante législation au XIIème siècle. On invite à faire adouber les fils avant l’âge de 30 ans. Cet adoubement à lieu à la Pentecôte (juin), après cet évènement il est directement marié à Mathilde (fille du roi). En l’espace de quelques jours, il entre dans la chevalerie, passe à l’âge adulte et se retrouve marié.
b) Séparation et purification :
la 1ère étape du rituel consiste en un bain . Rituel de purification qui consiste à se lever des souillures et péchés. Le jeune homme se défait de ses anciens vêtements donc de son ancien statut. Notons le faste qui entoure ce début de cérémonies : les camériers du roi d’Angleterre sont mis à la disposition de Geoffroy. Une fois ce rituel de purification accomplie le jeune homme est à nouveau habillé avec des nouveaux vêtements : une chemise de lin, une robe de drap d’or, manteau de pourpre. Une fois revêtu le jeune homme est comparé à un lys : signification symbolique forte de pureté, de fertilité.
c) La remise des armes :
le moment où le chevalier revêt ses insignes faisant de lui un chevalier. On lui remet ses armes collectivement. Il n’est pas question dans le texte d’adoubement à proprement parler. L’adoubement à proprement dit, vient du terme « dubban », c'est-à-dire frapper faisant référence à la collée (petite claque mise dans le cou). Cette remise d’arme est effectuée par quelqu'un qui est déjà chevalier. Les armes : cheval, le haubert (12 à 15 kg), les éperons d’or, le bouclier, le heaume formé de 2 parties (la calotte et le nasal), la lance composée de 2 parties (manche en bois nommé la hampe et la pointe en acier nommé le fer), l’épée. Epée faite par Garant, qui a été le forgeron de Charlemagne et de Roland. Il s’agit de placer Geoffroy dans la lignée directe de Charlemagne et de Roland. Modèles absolus de la chevalerie, du courage, de la royauté. Certains chevaliers plaçaient des reliques dans le pommeau de l’épée.
Une fête noble et profane
a) Une fête dépourvue de religiosité :
elle a pourtant lieu le jour de la Pentecôte, mais cette fête correspond à l’arrivée de l’été autrement dit la saison de la guerre. L’ensemble des rituels n’a pas été écrit avec une connotation religieuse. A la fin du XIIème siècle, l’adoubement commencera à se christianiser. Au XIIIème siècle, la plupart des cérémonies des rituels d’adoubement se feront autour de la messe, la veille de l’adoubement le chevalier devra se confesser.
b) Festins et honneurs :
la culture courtoise : les fêtes durent plus de 7 jours qui se concluent par un mariage qui va à son tour donner lieu à 2 semaines de festivité. Les festivités consistent à des exercices guerriers : tournois, chasse ; mais aussi des banquets c’est l’occasion pour le seigneur qui accueille de témoigner de sa prodigalité. Cette solidarité chevaleresque qui se manifeste participe de l’honneur (forme de vertu qui consiste à se comporter conformément aux règles de la courtoisie).
Conclusion
Ces cérémonies d’adoubement tombent en désuétude après fin XIIIème siècle, car leur coût est devenu trop élevé. L’achèvement de la domination territoriale par les Plantagenêt qui s’exerce sur l’Angleterre, sur tout l’ouest de la France (Aquitaine)
Source
Duby (G.). « La Chevalerie » Paris. Édition Perrin. 1993.
1. nana 22/01/2012
ce site est trop bien je les prie pour faire mon exposes
2. moimoi 23/02/2012
pas mal
3. Arthur roi 22/03/2012
Je peut faire mon exercice sans problemes maintenant !
4. jerroundi 01/05/2012
jai po copris
Créer un site gratuit avec e-monsite.com - Signaler un contenu illicite


