Certains veulent nous faire croire que les rapports entre les civilisations chrétiennes et musulmanes ne peuvent qu’être conflictuels. Référence est faite continuellement au Moyen Âge, époque de l’expansion musulmane et des croisades, quand de nombreuses batailles firent beaucoup de dégâts. Toutefois, des échanges féconds ont eu lieu pendant presque un millénaire autour de la Méditerranée entre musulmans et chrétiens. Les routes terrestres et maritimes ont certes été prises par des guerriers, mais furent également arpentées par de paisibles pèlerins, savants et commerçants.
Rappelons-nous que c’est au Moyen Âge que les Européens ont découvert quantité de choses aujourd’hui aussi banales que l’abricot, le papier et le zéro. Transmetteurs ou inventeurs, les musulmans, ainsi que les juifs, ont joué un rôle majeur dans la propagation des connaissances et la circulation des richesses.
Après avoir rappelé les événements majeurs, ce dossier vous propose un tour d’horizon des lieux les plus importants où se sont déroulés les échanges : Andalousie, Sicile et « Terre Sainte », à savoir la Palestine et la Syrie. Partout restent des traces sublimes que le voyageur a tout loisir d’admirer.
Comprendre ce qui s’est passé voilà plusieurs centaines d’années, entre le VIIIe et le XVe siècle, permet également d’y voir plus clair alors qu’anachronismes et anathèmes pleuvent aujourd’hui de tous côtés.
Précisons pour finir que ce dossier s’achève en 1492, lorsque le royaume de Grenade disparut, et ne fait qu’évoquer l’expansion ottomane qui est en elle-même une (autre) histoire importante à raconter.
Les routes reliant l'Occident et l'Orient ont été tracées dès l'Antiquité. Bien souvent pour faire la guerre , mais surtout pour rapporter en Europe des produits comme les indispensables épices (gingembre, safran, poivre, girofle…). La route de la soie est la plus fameuse. En fait, on réunit sous ce nom de nombreuses pistes sur un axe Europe-Chine. D'autres voies sont connues : celles qui mènent au cœur de l'Afrique, via le Sahara ou suivant le Nil.
C'est entre les VIIIe et XVe siècles que les contacts furent les plus intenses, notamment dans trois aires géographiques : la péninsule Ibérique, la Sicile et le Proche-Orient.
LA PÉNINSULE IBÉRIQUE
L'expansion arabe, qui débute au VIIIe siècle, quelques décennies après la mort du prophète Mahomet, rend extrêmement difficile les échanges. L'Europe occidentale résiste à la pression arabe et se replie sur elle-même. Seuls quelques juifs font le lien entre les deux mondes.
Très vite, les Arabes forment un empire qui court de la péninsule ibérique (exceptée le nord-ouest) aux frontières de la Chine et de l'Asie centrale à Zanzibar, butant cependant sur Constantinople. Ils tiennent le monopole du commerce Est-Ouest. Depuis leurs possessions ibériques, ils lancent des razzias jusqu'à Poitiers, Narbonne ou Milan, se créent des bases, comme à La Garde-Freinet (dans l'actuel massif des Maures du Var), et s'installent dans toutes les îles méditerranéennes.
Cet empire fondé sur la foi en Dieu, dont Mahomet a recueilli la parole, se morcelle au Xe siècle. Cent ans plus tard, dans sa partie méditerranéenne, il est attaqué par les Latins et les Turcs. Du côté chrétien, trois fronts sont ouverts : Espagne, Sicile et Levant.
La Reconquista est le nom donné au patient grignotage des terres d'Al-Andalus, le royaume arabe d'Ibérie (dans l'actuelle Andalousie), par les princes chrétiens d'Espagne du Nord.
Au XIe siècle, ces derniers prennent Tolède, alors que le califat omeyyade éclate en une vingtaine d'États. Suit l'époque des Taifas, durant laquelle nombre de ces États payent un tribut aux souverains chrétiens. Les Almoravides, venus d'Afrique du Nord, tentent ensuite une réunification à partir du XIIe siècle. Des deux côtés souffle alors un esprit de guerre sainte, sous l'effet conjugué de la prise de pouvoir chez les musulmans par la dynastie almohade et, chez les chrétiens, de l'influence des religieux et chevaliers venus du Nord, de France notamment.
Perdant peu à peu du terrain, les musulmans ne sont plus maîtres que du royaume de Grenade au XVe siècle. Ils seront bientôt défaits par les forces menées par les "rois catholiques".
LA SICILE
L'île a été conquise au IXe siècle par les Arabes sur les troupes byzantines, avec l'appui de la population - la même chose se produit dans l'archipel de Malte.
Au XIe siècle, des chevaliers normands, venus d'Hauteville, déjà bien implantés en Italie du Sud, débarquent sur l'île à la demande d'un prince arabe. La désunion des musulmans leur est fatale du point de vue militaire.
Les Normands respectent toutes les composantes qui peuplent la Sicile. Au XIIIe siècle, leur dynastie sera anéantie sous les coups de l'Empire germanique, puis de Charles d'Anjou, frère de Saint Louis - sa brutalité a pour conséquence le massacre de la plupart des Français par la population lors des "Vêpres siciliennes". Quelque temps après, l'île devient espagnole pour cinq siècles. Les musulmans et les juifs seront pour la plupart contraints à l'exil.
LE PROCHE-ORIENT
Les pèlerins chrétiens sur la route de l'Orient ont joué leur rôle. Rome, Saint-Jacques de Compostelle, Constantinople et Jérusalem figurent parmi les lieux de pèlerinage prisés durant le Moyen Âge, et ce, au moins depuis le IVe siècle. Certains de ces routards passent leur vie à aller d'un site à un autre. L'Église a cependant organisé un réseau d'hospices permettant aux voyageurs de trouver un abri le temps d'une étape.
On prend la direction de Jérusalem pour se recueillir au Saint-Sépulcre, au Mont des Oliviers, au Mont Sion, au Cénacle. Bethléem, Nazareth, le lac de Tibériade ou Jéricho sont également au programme. Au XIe siècle, les chrétiens sont de plus en plus nombreux à se rendre à Jérusalem. Ils sont tolérés par les musulmans, bien que souvent méprisés. Ces derniers se sont installés en Palestine au VIIIe siècle lors de la grande expansion de l'Islam. Pour les adeptes de Mahomet, c'est à Jérusalem que leur prophète s'est élevé dans les cieux. C'est donc une destination sacrée pour eux aussi.
Un jour, un pape fait le pari de récupérer les lieux saints pour la seule gloire du Christ : ce seront les Croisades.
Les croisés : des pèlerins en armes. En 1096, islam et chrétienté sont divisés. En Occident, les chrétiens guerroient entre eux. Quant à l'empire chrétien d'Orient, il est diminué par la poussée des Turcs qui veulent s'emparer du Proche-Orient où Arabes sunnites et chiites se font eux aussi la guerre. Les difficultés pour atteindre Jérusalem sont augmentées.
C'est dans ce contexte que le pape Urbain II lance son appel à la croisade pour reprendre la ville sainte. Chacune des catégories sociales est représentée sur les routes et les voies maritimes menant les peregrini (pèlerins) armés à Jérusalem. On les a, a posteriori, nommés " croisés " parce que leur emblème était la croix du Christ.
Il y aura en tout huit croisades "officielles", de 1096 à 1291, pour reprendre Jérusalem.
D'un point de vue guerrier et diplomatique, l'aventure des croisades se conclut sur un échec et compte à son passif des destructions faramineuses au Proche-Orient, ainsi que dans les territoires byzantins et dans les communautés juives situées sur les routes des croisades. Sur le plan culturel, intellectuel ou technique, les avancées et les gains furent notables, quoique limités.
L'expansion ottomane commence au XIe siècle, mais prend de l'ampleur quatre cents ans plus tard avec l'absorption de Constantinople, puis de toute la partie méditerranéenne de l'ex-aire arabe - exceptés le Maroc et l'Espagne - et des villes saintes d'Arabie. Au XVIe siècle, l'échec du siège de Vienne et la défaite maritime de Lépante contre Italiens et Espagnols bloquent finalement les Turcs dans leur empire, lequel réunifie cependant une grande partie de l'Islam.
Les cités commerçantes italiennes, très pragmatiques, seront finalement les seules à tirer leur épingle du jeu en ces temps troublés. Venise, Gênes et Pise n'ont jamais cessé leurs activités. Elles manigancent des guerres, ouvrent des comptoirs partout, entretiennent des relations avec les plus grands ports de la Méditerranée, recèlent le fruit des pillages des uns et des autres… Leur déclin, relatif, viendra de l'ouverture de routes maritimes atlantiques.
1492 : Quelques mois après la fin de la Reconquista, un Génois nommé Christophe Colomb part vers l'Ouest, escomptant joindre le Cathay, autrement dit la Chine et ses merveilles. Il découvre un nouveau monde que l'on appellera Amérique. Mais ceci est une autre histoire…
L'Espagne, la Sicile et le Proche-Orient (Palestine et Syrie) sont les trois principales contrées où les civilisations orientales et occidentales se sont croisées avec profit au Moyen Âge, malgré les guerres incessantes.
L'ESPAGNE est en Occident le point de rencontre majeur entre mondes islamique et chrétien. Les Arabes étant au sud, les chrétiens règnent sur le nord-ouest. Malgré la guerre de reconquête menée par les royaumes chrétiens du Nord, les échanges s'y pratiquent durant des siècles.
Le califat omeyyade d'Al-Andalus, en Andalousie, ne déroge pas à la règle en vigueur sur toutes les terres conquises par les Arabes : on prend les rênes du pouvoir, mais on laisse les populations libres de conserver leurs coutumes si elles sont reliées au Livre, à savoir la Bible… tout en les incitant à se convertir à l'islam. Les dhimmi (protégés) payent en effet un impôt spécial. Chrétiens et juifs développent ainsi leur propre culture durant des siècles, aux côtés des musulmans.
Tout un monde aujourd'hui disparu s'organise tant bien que mal. Entre les VIIIe et XVe siècles, des tensions déstabilisent ce délicat patchwork humain. C'est donc un univers où coexistent des mawali (espagnols convertis à l'islam), des mozarabes (chrétiens vivant sous régime musulman), des mudéjar ou mudayyan (musulmans sous régime chrétien), de même que des juifs sépharades. Les modes de vie se mélangent. Ainsi, en Andalousie, on verra des musulmans boire du vin, mais aussi des chrétiens s'abstenir de manger du porc et être circoncis.
Lorsque la Reconquête s'achève, l'intolérance est de mise. Le concept de limpieza de sangre (ou pureté du sang) émerge et on procède à des baptêmes forcés. Persécutions de l'Inquisition, puis expulsions ou conversions de force frapperont musulmans (au XVIIe siècle) et juifs (quelques mois après la prise de Grenade). L'Espagne unifiée sous la bannière catholique fera tout, au cours des prochains siècles, pour oublier ces compatriotes bafoués. Resteront tout de même quelques lieux emblématiques.
À VISITER EN ESPAGNE
La mosquée-cathédrale de Cordoue.
En 785, Abd al Rahman Ier lance la construction de la Grande Mosquée de Cordoue. Elle est au départ constituée de neuf nefs, d'un patio planté d'orangers, d'un bassin d'ablutions et d'un mur d'enceinte. Elle est constamment agrandie jusqu'à la fin du Xe siècle… En tout, elle couvre 2,5 ha. Cordoue est conquise en 1236 par Ferdinand III. La mosquée se mue en cathédrale Notre-Dame, des chapelles sont ajoutées, la salle des prières est adaptée dans un style gothique au culte catholique. Les arcs en fer à cheval, les colonnes en marbre bleu et rose, les mosaïques figurent parmi les splendeurs de ce site, inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco.
L'Alhambra de Grenade.
La mosquée de Cordoue symbolise les débuts de la présence arabe en Espagne. L'Alhambra évoque la fin d'une époque. Yusuf Ier fait commencer les travaux en 1333, lesquels s'achèvent en 1391. Le mot Alhambra provient de l'arabe " Al Hamra ", qui signifie " la rouge ", en référence à la couleur de ses murailles. L'ensemble se compose d'une citadelle, l'alcazaba, de palais, de patios (cour des myrtes et cour des lions), du Generalife (palais d'été), lequel est doté de jardins étagés qui rivalisent de splendeur avec ceux du Partal contigu. Des bassins et des jeux d'eau complètent un tableau paradisiaque auquel l'empereur Charles Quint a adjoint un château en 1526. Comme la mosquée-cathédrale de Cordoue, le site a été inscrit au Patrimoine mondial de l'Unesco en 1984.
LA SICILE - ainsi que Malte - a connu deux siècles d'occupation musulmane (du IXe au XIe siècle) pendant lesquels commerce et agriculture ont été florissants. L'arrivée des Normands ne modifient pas les règles qui régissent l'île à ceci près que les chevaliers venus de France s'y accaparent des fiefs. Arabes, Grecs, juifs et Latins vivent dans ce précaire équilibre que l'on a connu pendant une longue période en Espagne. À la cour des rois de Sicile, surtout celles de Roger II et de Frédéric II, se pressent savants et artistes : philosophes, mathématiciens, historiens, géographes, poètes, musiciens, saltimbanques… Les innovations s'enchaînent : renforcement des structures administratives de l'État, développement du crédit et des assurances…
À VISITER EN SICILE
Le palais des Normands à Palerme a été bâti sur une forteresse d'origine punique qui avait été choisie comme siège du pouvoir par les émirs arabes. Elle a été transformée en une somptueuse résidence par les souverains normands dont il ne reste que la salle de Roger II, dotée de décors orientaux, et la tour Gjoaria (joyaux), ainsi que la Chapelle Palatine. Nettement mieux préservée, elle mêle apports arabe, byzantin et roman à travers sa décoration.
La cathédrale de Monreale, située près de Palerme, a été construite durant le règne du roi Guillaume II, au XIIe siècle. La légende raconte que le souverain choisit l'emplacement sur ordre de la Vierge qui lui indiqua qu'un trésor se trouvait enfoui là. Le site comprend deux palais, royal et archiépiscopal, un monastère et une cathédrale. La façade de cette dernière est typique de l'art arabo-normand (motifs arabes, arcs, arcades).
LES ÉTATS LATINS DE SYRIE ET PALESTINE
(Royaume de Jérusalem, Principauté d'Antioche, Comté d'Édesse, Comté de Tripoli) :
nombre d'anciens guerriers et pèlerins s'y installent et se lient aux familles arméniennes, grecques ou syriaques. Leurs enfants sont appelés " poulains ", terme péjoratif utilisé par les Occidentaux qui débarquent en Terre Sainte. Si certains seigneurs et rois deviennent ponctuellement les alliés des musulmans, une opposition fondamentale les sépare. Jamais les musulmans n'accepteront ces intrus. Cependant, du point de vue des mœurs, des techniques ou des méthodes agricoles, les Francs apprennent énormément auprès des " infidèles ".
À VOIR EN SYRIE ET EN ISRAËL
Le Crac des Chevaliers, ou Qala'at Al Hosn, est une citadelle initialement élevée par les princes de Homs. Transformée par les cés au XIIe siècle, elle est occupée par l'Ordre des Hospitaliers. Place stratégique, entre la côte et les terres, c'est un chef-d'œuvre de château fort. Un siècle après leur installation, sentant qu'il ne sert à rien de résister plus longtemps à leurs assaillants mamelouks, les chevaliers quittent le château de guerre lasse. Par la suite, le Crac a fait l'objet de nouveaux changements, mais il a conservé l'aspect que lui ont donné les croisés. Il a été inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco en 2006.
Acre (aujourd'hui Akko) est une ville portuaire située dans la baie de Haïfa. Elle devient au XIIe siècle la capitale du Royaume de Jérusalem pour cent ans et prend le nom de Saint-Jean-d'Acre. De nombreux ordres religieux chrétiens s'y installent, ainsi que des ordres militaires tels que les Hospitaliers et les Templiers. Elle est dotée de fortifications dont on peut voir de nos jours la trace. Ce qui subsiste de la présence franque, et qui se visite, se trouve essentiellement en sous-sol. Les recherches archéologiques se poursuivent avec profit depuis des années. La vieille ville d'Acre a été inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco en 2001.
L'historiographie occidentale a longtemps ignoré ou minimisé le rôle des Arabes - et des juifs - dans la modernisation de l'Europe au Moyen Âge. Dans tous les domaines, ces derniers ont pourtant transmis leurs connaissances, ainsi que celles d'autres civilisations, tantôt passées (Grèce, Rome), tantôt lointaines (Perse, Inde, Chine, Afrique subsaharienne).
" Recherche le savoir, fût-ce en Chine " (Mahomet).
L'Orient est depuis des millénaires une région où se concentrent les savoirs. On y traduit tous les ouvrages hérités des Grecs - Aristote est l'une des références majeures des savants musulmans -, comme ceux de l'Inde ou de la Chine. Partout dans le monde islamique, les bibliothèques sont innombrables. C'est ainsi que beaucoup de joyaux de la pensée occidentale ont été sauvés de l'oubli et que ceux d'Extrême-Orient se sont répandus en Europe.
Les savants du monde musulman médiéval (arabes, juifs, perses…) sont autant philosophes que médecins ou astronomes. Les grands noms sont Averroès, Albucassis, Avenzoar, Abubacer, Avempuce, Maïmonide. Pour les penseurs de cette époque, il y a deux voies scientifiques qui mènent à la vérité. L'une est liée au Coran et englobe la langue arabe, le droit et la théologie. L'autre comprend la philosophie et les sciences exactes. Cette dernière suit le chemin tracé par les Grecs antiques. Thomas d'Aquin ou Dante figureront parmi les lettrés chrétiens qui s'inspireront des connaissances acquises par les musulmans.
Mathématiques.
Les " chiffres arabes " que nous employons sont ceux qu'ont adoptés les musulmans d'Occident. Hérités de la science indienne, ils sont fondés sur le système décimal et incluent le zéro. Les méthodes de calcul que nous connaissons aujourd'hui doivent beaucoup aux mathématiciens du monde arabe (" algèbre ", " algorithme " sont des mots d'origine arabe).
Astronomie.
L'astronomie s'est développée de façon importante chez les Arabes. De plus, la connaissance de la voûte céleste leur avait depuis longtemps permis de se repérer dans le désert. Ils ont procédé à d'abondantes observations en se référant aux legs de savants indiens et Grecs comme Ptolémée. Au Moyen Âge, leurs acquis en matière d'optique leur permettent de construire des observatoires. Nombre d'étoiles portent des noms d'origine arabe : Aldébaran, Bételgeuse, Véga…
Marine.
Outre l'astrolabe, les Arabes ont introduit la voile marine qui facilite la navigation contre le vent et ont développé le gouvernail arrière. Dans ce domaine, il faut noter qu'on leur doit des termes tels que " câble ", " caravelle " ou " dinghy ".
Techniques de guerre et armes.
La poudre explosive est utilisée sur les champs de bataille par les Arabes. Le cheval arabe est un type de monture véloce. Autre atout : les pigeons voyageurs, formidable moyen de communication. Les armes de très grande qualité sont fabriquées par les Arabes avec un acier dit " de Damas ", dont on n'a jamais trouvé la recette de fabrication.
Commerce et industrie.
C'est souvent via les commerçants italiens que les nouveautés pénètrent l'Europe. Parmi les étoffes figurent le brocart, la mousseline, le tissu damassé… Certaines formes de vêtement connaissent un grand succès : la jupe, le gilet, le caban, la blouse, le jupon. Ces étoffes sont souvent colorées de bleu azur, fabriqué à partir du lapis-lazuli, une roche d'Asie centrale. C'est ce bleu qui deviendra la couleur des rois. Le travail du verre à l'orientale permet aussi la fabrication de miroirs et de lunettes pour presbytes. Enfin, le papier dont le procédé de fabrication a été trouvé en Chine a pénétré l'Europe, via les Arabes d'Andalousie, de même que le crayon.
Les chrétiens exportent quant à eux vers les terres musulmanes des métaux comme le fer, des fourrures, des draps, du bois. De ces échanges, résulte une dynamisation du commerce en Europe.
Médecine, hygiène, chimie.
Les connaissances médicales des musulmans et des juifs sont plus importantes que celles des chrétiens durant le Moyen Âge. Ils découvrent les vertus de l'alcool, du vitriol, de la térébenthine, de l'éther ou du mercure (vif-argent). Pour anesthésier, les toubibs arabes usent d'opium et de cannabis. Les chirurgiens musulmans utilisent des instruments de précision comme le scalpel. Suivant les préceptes du Coran qui préconise une bonne hygiène corporelle, il va de soi qu'il faut se laver. D'où l'invention du savon et l'omniprésence des bains publics dans les villes arabes.
Agriculture.
Venue d'Extrême-Orient, la canne à sucre est bien exploitée en terres proche-orientales, notamment grâce à des méthodes d'irrigation très avancées (moulins à eau). Aux étals des marchés andalous, siciliens et orientaux, les Latins découvrent de nouveaux fruits et légumes : l'orange, le citron, l'abricot, la prune, la pastèque, l'échalote, l'artichaut, la laitue, le chou-fleur, le persil, la betterave, le fenouil, le céleri, le melon, la courge, la citrouille, l'aubergine… Le thé de Chine sera adopté par les Occidentaux et, plus tard, le café d'Afrique, deux breuvages importés par les musulmans.
Art de vivre.
Le goût du luxe se répand dans la noblesse et la bourgeoisie européenne au contact du mode de vie oriental. L'attrait pour les étoffes précieuses, les vêtements amples, les bijoux raffinés se propage. Dans les jardins, apparaît la rose blanche, un des prodiges de l'horticulture arabe. On y déguste des sorbets en admirant de subtils jeux d'eau. On écoute de la musique interprétée au luth (dérivé du oud, dont l'une des descendantes se nommera guitare), ainsi qu'au rebec (ancêtre du violon), ou grâce à des flûtes traversière et à bec. Quant aux trouvères, leur poésie s'inspire de celle de leurs homologues maures.
Vocabulaire.
Toutes les langues européennes ont intégré des mots d'origine arabe. En voici quelques-uns qui sont familiers aux oreilles des Français : abricot, albatros, alchimie, alambic, alcool, alcôve, algarade, almanach, amalgame, amiral, arabesque, arsenal, artichaut, assassin, avarie, azimut, baldaquin, banane, barda, blouse, cabas, cafard, café, calibre, camphre, carafe, carat, carmin, carrousel, chamarré, chèque, chiffre, chimie, coton, coupole, divan, douane, drogue, écarlate, élixir, épinards, estragon, fanfare, fardeau, gazelle, gilet, girafe, goudron, hallali, hasard, jasmin, jupon, lascar, lilas, masque, matelas, matraque, mesquin, mousseline, muscade, nénuphar, orange, ouate, potiron, rame, raquette, récif, risque, safran, saphir, satin, savate, sirop, sofa, sorbet, sucre, tabouret, taffetas, talc, tarif, timbale, typhon, zénith… Quel souk !
Aucun commentaire pour l'instant, soyez le premier à laisser un commentaire.
Créer un site gratuit avec e-monsite.com - Signaler un contenu illicite