DES ACTIVITES CARITATIVES QUI NE DEMEURENT PAS ETRANGERES A LA CITE
La guerre, la peste, la famine ravagent l’occident médiéval. Des familles entières tombent dans l’indigence. Des mouvements solidaires se créent et se définissent comme des bases essentielles de la structure de la société médiévale. Les Confréries s’inscrivent dans ce mouvement et prennent le relais de la famille dans cette action de solidarité. Cette dernière utilise la religion comme appui à ses aspirations.
L’Eglise se pense déjà comme une communauté de membres unit par la fraternité. L’expérience confraternelle permet aux Confrères de transcrire cet idéal chrétien dans leur vie de tous les jours.
Cet élan de solidarité porte en son sein une expérience religieuse non négligeable. A partir de là, les Confréries développent leurs propres réseaux de solidarité et investissent les soins aux pauvres et aux malades (les nourrir, les abreuver, les vêtir, les visiter, les ensevelir,…), accueillent les étrangers affaiblis et éloignés de leurs cadres sociaux Face au « monde des miséreux », les confréries agissent sans cesse (dot, distributions alimentaires, encadrements des morts). Certaines confréries cherchent les corps des noyés afin de leur accorder des funérailles décentes telles que la Confrérie della Orazione e della Morte en 1560 ou les Confréries du Saint Sacrement en 1633, d’autres fournissent le linceul aux plus pauvres ou participent à la veillée funèbre. Cet élan caritatif parcourt l’ensemble de l’occident. A Rome, certaines confréries viennent en aide aux pèlerins (les marcheurs de Dieu), à Padoue, la Confrérie Santa Maria dei Colombini apporte son soutien aux malades des villes alentours, à Mâcon elles collectent pour les lépreux et les malades les viscères des bêtes abattues, à Florence, la Confrérie d’Or San Michele aide 7000 personnes en période de disette en 1291.
Cependant, l’élan confraternel ne peut à lui tout seul couvrir l’ensemble des besoins des pauvres gens ; de nombreuses confréries choisissent leurs pauvres. Les « pauvres honteux » (qui ont vécu un revers de fortune après une maladie ou un accident) sont privilégiés. Les crises de ce moyen-age finissant viennent grossir leur rang.
D’autres choisissent d’aider les lépreux. L’assistance matérielle des Confréries aux plus démunis, répond au besoin vital d’entraide qui anime la société médiévale.
Les confréries refusent d’aider les excommuniées pour causes de beuverie et acceptent d’aider les épouses si cela n’a pas de lien avec les « batteries du mari ». Ainsi, la Confrérie Saint Jean Baptiste de la Pieta installée à Rome stipule qu’elle ne s’adresse qu’à des hommes qui le méritent.
Sans oublier que, l’entraide fraternelle s’adresse en priorité aux adhérents des Confréries, ce qui parachève le caractère para familial de la compagnie. Par exemple, la Confrérie Notre-Dame de Fanjeaux stipule que son but essentiel sinon unique est d’assurer une assistance mutuelle des confrères et d’eux seuls.
Selon Catherine Vincent, « la fraternité ne s’envisage donc plus, aux derniers siècles du moyen age que dans des zones circonscrites avec précision en fonction des critères sur lesquels pèse un moralisme qui va s’accentuer au cours des temps modernes », époque où les mauvais pauvres seront exclus et enfermés.
Les confréries médiévales occupent une place prépondérante au sein de la société et essayent d’aider certains individus à mieux faire face aux aléas du quotidien. Elles interagissent également aux côtés de la cité afin d’améliorer ses intérêts. Leurs liens étroits avec le pouvoir leur confèrent des droits non négligeables. Garantes de la paix intérieure, elles se placent en justicières de la cité, tel qu’à Padoue où la Compagnie des Battuti libère en 1374 un seigneur des mains de Francesco da Carrara. Certaines d’entres elles prennent part à l’édification ou à la réfection de bâtiments publics. D’autres telles que la Confrérie des jongleurs et des bourgeois d’Arras, prennent en charge un hôpital pour soigner le mal des ardents, tandis que quelques confréries de Rome et de Florence s’occupent d’établissements hospitaliers. A Montolieu, la Confrérie Saint Nicolas transforme, selon les vœux du prêtre défunt Guillaume Arnaud, sa maison en un hébergement destiné au plus miséreux. Leurs liens avec le reste de la communauté s’élargissent et s’affirment. Elles peuvent alors devenir des bailleuses de fonds afin de contribuer à l’élan festif qui forge la culture civique (banquets, entrées royales, célébrations de victoires marquantes…).
Cependant, il est quand même nécessaire de limiter la portée des actions charitables confraternelles. Elles varient selon les revenus de chaque confrérie (legs testamentaires, dons,…) et ne peuvent être à elles seules un moyen de recours pour les besoins de la Cité.
Les confréries, entre le 13ème et la fin du 15ème siècle sont des lieux incontournables de la solidarité civique qui s’expriment non seulement envers les individus, mais également envers une communauté toute entière que ce soit au niveau social, hospitalier, économique. La religion chrétienne n’est point exclue, elle est même la trame de ces nouvelles prérogatives.
Pourtant, dés le 14ème siècle, nous pouvons observer que la part du religieux évolue et l’au-delà et les peurs qui en résultent seront l’un des facteurs de l’élan caritatif.
UNE VOLONTE D’ŒUVRER PERSONNELLEMENT A SON SALUT
Il serait indélicat de réduire la solidarité confraternelle à un mouvement philanthropique. La part importante accordée à la valeur spirituelle de la vertu de charité ne se dissocie pas de l’activité intéressée du salut de l’âme. Cette dernière est liée au développement de l’individualisme et de la conscience de soi.
Le salut se mesure aux bons comportements de la vie sur Terre et à l’observance des œuvres de miséricorde. Lors du Jugement Dernier, l’état des bonnes œuvres de l’âme (suffrages) sont comptabilisés.
Cette quête du salut s’inspire de deux courants de dévotion. D’une part, la tradition monastique, qui utilise l’union spirituelle pour la prière d’intercession dés l’époque carolingienne. De nombreux monastères sont dotés de Confréries dés le 13ème siècle. Dans le diocèse d’Angers, au 14ème siècle, deux tiers des confréries sont accueillies dans des édifices séculiers et un tiers dans les couvents des Ordres Mendiants. D’autre part, la diffusion de la notion de Purgatoire vient concrétiser la valeur salvatrice, reconnue bien auparavant, de la prière pour les morts. Ce troisième lieu entre l’enfer et le paradis, infernalisé par l’Eglise à la fin du Moyen-Age, permet aux âmes de purger des peines proportionnelles à leurs fautes avant d’accéder aux félicités éternelles ; d’où la nécessité d’intercession des vivants pour les morts. En effet, chacun est responsable devant Dieu de ses péchés terrestres et chaque destinée éternelle est unique. Le temps passé au Purgatoire varie selon les fautes de chacun. Cependant, ce temps peut s’abréger, selon les suffrages accumulés lors du passage sur terre, selon le repentir du mourrant (extrême-onction) ou bien selon l’entraide confraternelle à l’heure du trépas. C’est pourquoi, les Confréries répondent à cette « soif d’intercession insatiable au 15ème siècle », et permettent de collecter un « trésor rédempteur ».
Ainsi, les confréries sont à la fois des intercesseurs et des moyens d’obtenir des intercessions. Les actions caritatives confraternelles concourent au salut du groupe et à commencer par le sien. Chaque don, chaque aide faite à un miséreux, à une communauté, à un parent ne sont pas démunis d’intérêts ; une prière d’intercession est demandée indirectement en retour. En Normandie, les confréries aident les lépreux et les pauvres. Elles les gratifient et ils prient pour elles en retour. Une prière d’intercession de leur part est bénéfique pour le salut. Ces pratiques permettent d’inscrire à l’actif de chaque confrérie la « réunion d’un trésor de suffrages qui doit contribuer au salut de chacun des adhérents ». Les fidèles, solidaires dans leur condition de pécheurs, le sont aussi dans leur rachat.
Ces suffrages peuvent être de natures différentes. Jacques de Voragine énonce dans son ouvrage intitulé La légende dorée, les différents types de suffrages cultuels les plus bénéfiques pour les âmes : le jeun, l’aumône, la prière (Pater/Ave), l’immolation de l’Hostie.
Par conséquent, la participation au culte est indispensable. La plupart des Confréries ont un chapelain et une chapelle, afin de célébrer la messe (services réguliers toute l’année selon la volonté et les moyens de chaque confrérie), inhumer les morts (Psaumes, messes de Requiem, processions), abriter l’effigie du Saint Patron (intercesseur céleste indispensable), conserver les objets nécessaires au culte (reliques, luminaires),…
La première raison de l’entraide fraternelle est définie par l’accumulation de bienfaits spirituels rédempteurs que chacun pourra jouer lors de sa destinée éternelle.
A la fin du Moyen-Age, les confréries s’entachent à tisser en faveur de chaque membre un réseau de protecteurs célestes et terrestres. En France, elles apparaissent plutôt comme des intercesseurs indispensables face à la mort que comme des écoles de dévotion.
Pourtant, en Italie, terre d’élection des confréries, ces dernières sont le cadre existentiel d’actions cultuelles et dévotes.
LES CONFRERIES DE DEVOTION EN ITALIE
Le réseau des confréries italiennes se stabilisa entre 1260 et 1340. Elles furent également le cadre de la religion civique. Mais elles se démarquent des Confréries françaises par l’intériorisation des pratiques cultuelles et des prières d’oraison. Cette originalité des Confréries de l’Italie centrale et septentrionale apparaît dés le 13ème siècle, date à laquelle se
développent parallèlement en France les Confréries d’intercession. Hormis l’obligation du respect des statuts et la participation à la solidarité matérielle et spirituelle, communes à toutes les Confréries, celles italiennes sont également un haut lieu de la formation chrétienne.
Les pratiques dévotionnelles sont plus astreignantes : certaines confréries comme celles de Brescia (1265-1295), celles de Pise (1312), celles de Parme (1350), celles de Toscane (13ème siècle) exigent de leurs membres un certain nombre de prières par jour (le plus souvent ce sont le Pater et l’Ave Maria), ainsi que des oraisons jaculatoires issues des Psaumes et des Ecritures.
Lorsque les membres se retrouvent tous les mois ou pour les grandes fêtes mariales, une messe et un sermon sont dits, une procession est organisée, des cantiques et des Laudes sont récités. Cependant, la totale absence de repas commun marque une fois de plus l’originalité des confréries de dévotion en Italie.
Cependant, la charité et l’entraide confraternelle restent identiques aux confréries françaises. Les riches confrères peuvent être amenés à financer la construction de chapelles ; à Padoue, Enrico Scrovegni fit construire en 1303 une chapelle afin d’expier le péché d’usure de son père. Il fit venir le peintre florentin Giotto qui réalisa la Fresque de la Rédemption (1303-1309).
Une nouvelle religiosité apparaît, marquée par une relation directe avec le Divin. Mais au derniers siècles du Moyen Age, certaines confréries pousse la dévotion à ses limites
C’est le cas des Confréries de Pénitents, présentes surtout en Italie centrale et septentrionale. Elles se réunissent régulièrement ; hormis le secours mutuel aux pauvres et aux indigents, elles ont une activité religieuse très riche (Culte aux Saints, aux martyrs de préférence, processions, communion, confession, pénitence publique, flagellation,…). Le mouvement des flagellants (battuti ou disciplinati) en est un exemple. Il puise ses origines à Pérouse (1260) où un pénitent (Rainero Fasano) s’auto flagella publiquement. Ces laïcs s’unissent aux souffrances du Christ et s’identifient à lui. Les laudesi, fondés vers 1200-1300, sous l’impulsion des Ordres Mendiants, illustrent également le caractère dévot des confréries italiennes. Leurs fêtes se déroulent dans une perspective ecclésiale (messes, récitations de poèmes religieux et de laudes dans la rue, sermons, processions,…). Leur premier souci est la dévotion mariale et sa promotion ; dans leur chapelle trône le retable consacré à la mère de Dieu. Les quatre fêtes de la Madonne sont célébrées avec un éclat tout particulier
Cette tonalité pénitentielle se retrouve dans de nombreuses villes italiennes : les Confréries de Prato (1335) doivent jeûner un jour par semaine, celles de Bologne (1443) n’ont pas le droit de participer à la vie mondaine, tandis que les Confréries de disciplinati mettent l’accent sur la médiation de la passion et obligent leurs membres à une intense participation sacramentelle.
Ces confréries pieuses touchent pourtant une minorité de laïcs. Elles annoncent l’âge moderne et le courant dévot. A la fin du Moyen-Age, elles ont déjà traversé les Alpes et se sont installées dans les régions Nord de l’Europe et dans la vallée du Rhin sous le nom de Confréries du Rosaire ou de Sainte Ursule ; mais leur apparition en France est tardive, puisque la première compagnie de Pénitents naît à Marseille qu’en 1499.
Derrière le rôle religieux, charitable et funéraire de chaque Confrérie, se crée des liens communautaires très forts. Chaque activité, chaque procession renforce moralement l’individu, qui inclus dans la Confrérie se sent protégé et entouré.
La sociabilité entre ses membres est l’un des grand principe des confréries moyenâgeuses. Participer aux activités collectives, à la fête annuelle, aux réunions, aux messes, c’est appartenir pleinement à la Confrérie. Le groupe s’y reconnaît et s’y construit, même si quelques facteurs empêchent certaines catégories de la population d’y contribuer.
D’UNE FAMILLE NATURELLE VERS UNE FAMILLE ARTIFICIELLE
En latin, « confratria » ; « frater » ; « soror » signifie la construction de liens égaux à ceux des liens du sang. L’apogée du mouvement confraternel se situe dans des temps troubles pour les liens familiaux. Les crises économiques, les épidémies, les guerres ont des retombées sur la vie quotidienne et particulièrement sur la démographie. Les décès augmentent tandis que les naissances diminuent. Cette trilogie infernale met à mal le noyau familial.
Face à ces catastrophes, nous pourrions penser que la société médiévale reste soudée. Il est vrai que de nombreuses Confréries célèbrent leurs Saints parmi ceux qui évoquent la Peste tels que Saint Sébastien ou Saint Roch. La Confrérie Saint Sébastien à Châtillon-sur-Indre fut crée en 1484 car la Peste sévit dans la région depuis 1480. Mais il ne faut pas oublier que l’élan individualiste est plus important que l’élan de sociabilité, mis à part quelques gens d’exception.
C’est pourquoi, le mouvement confraternel conforte, voir prolonge les structures familiales plus qu’il n’en crée. Il est un lien entre les différents noyaux familiaux éclatés par les misères du temps : les couples adhèrent avec leurs enfants et parfois même avec leurs parents. En effet, les confréries se veulent mixtes. Les femmes, tout comme les jeunes gens participent aux activités et bénéficient de pleins droits des prérogatives de la confrérie à laquelle ils ont adhérés. Par exemple, pour deux confréries normandes (celle de Notre Dame de Montpérouse en 1373 et celle de Saint Nicolas de Caen en 1487), nous pouvons relever un taux de féminisation de 51%. Cela permet une restructure du cercle familial large dans une période où on se ressert sur le lien conjugal. Les deux structures se renforcent mutuellement. L’entraide excède la simple charité ; chacun plaide en faveur de l’autre en justice ; les membres exécutent les dernières volontés du défunt.
Cette recomposition du tissu familial permet une reconstruction de l’individu, même si les liens du sang l’emportent toujours sur les liens confraternels. Les Confréries ne font que resserrer ces liens dans une période où la peur est synonyme d’un repli sur soi.
Ce langage familial des Confréries s’inscrit dans différents liens de fraternité. Ces derniers sont crées par les membres à travers leurs nombreuses activités. Précédemment, nous avons vu ceux crées par l’activité religieuse. Cette dernière garde une place non négligeable lors de la fête annuelle, aux côtés des activités profanes.
- RESSERREMENT DU LIEN CONFRATERNEL : L’EXEMPLE DE LA FETE ANNUELLE
La fête annuelle en l’honneur du Saint Patron est pratiquée dans toutes les confréries. Elle est synonyme de joie et permet le rapprochement physique et spirituel des confrères. De plus, elle peut être considérée comme un creuset de la pédagogie religieuse et culturelle des masses. Elle est obligatoire sous peine d’amende (proche de la cotisation annuelle) ou d’expulsion.
C’est un temps où s’affirme l’identité de la confrérie. La procession dans toute la cité est le premier moment de la journée.
L’apparence extérieure n’est pas due au hasard ; le costume de fête marque le groupe auquel chacun appartient et leur hiérarchie. L’ornement ecclésiastique est destiné aux Chapelains qui portent l’effigie du Saint Patron, le Chasuble est porté par les responsables de la confrérie, tandis qu’un simple chaperon (brassard ou étoffe de couleur) est attaché au bras de tous les autres confrères. La coiffure peut être également un signe de reconnaissance (symbolique précise, fleurs de couleur,…). Par exemple, les confrères de Saint Jean Baptiste à Saint-Lô portent des fleurs de trois couleurs différentes afin de rappeler la Sainte Trinité, les trois dignités de Saint Jean (patriarche, prophète, baptiste) et les trois vêtements portés par la Christ lors de sa Passion (jaune, vermeil, blanc).
La procession prend fin dés l’arrivée à la chapelle de la Confrérie où une messe est dite. C’est l’une des seules messes à laquelle les confrères sont astreints. Elle permet de mettre en place une pédagogie religieuse, même si elle reste minime. Le silence est imposé lorsque débute la lecture des Ecritures ou de la vie du Saint Patron célébré.
La prise de nourriture en commun clôture cette journée. La communion spirituelle se prolonge par une communion alimentaire presque considérée comme un repas eucharistique. Ce repas est financé par la Confrérie et constitue un des principaux postes de dépenses avec la cérémonie religieuse. Cependant, cela n’excède pas les deux à trois sous par personne, c’est à dire l’équivalence à la cotisation. Cette journée est marquée par l’abondance alimentaire dans une société en pénurie. En 1346, pour 30 convives, la Confrérie Saint Nicolas de Guérande propose dix chevreaux, quatre veaux, deux services de poissons, du porc, 57 poulets, 25 fromages, 69 pâtés, 143 tartelettes, des fruits frais et des fruits secs, accompagnés de pain et de vin. Mais les plus pauvres ne sont pas oubliés, la part de nourriture des défunts de l’année ou celle des absents leur est distribuée. C’est une manière de rappeler le devoir d’assistance et de charité de toutes les confréries médiévales. La salle, la vaisselle sont souvent louées pour l’occasion. Parfois, les riches confréries possèdent leur propre salle et leur propre vaisselle.
Le banquet reste un moment incontournable à la construction du groupe. C’est l’occasion de lire le rapport annuel des activités (les confrères peu assidus peuvent se tenir informés), d’élire les nouveaux responsables, d’accueillir les nouveaux, de lire les statuts afin de rappeler les obligations des membres, de célébrer à haute voix les défunts de l’année (à La Grande Confrérie Notre Dame, on les sert à table comme les vivants).
Le repas se termine rarement sans activités littéraires ou représentations théâtrales. Ces dernières ont un but éducatif indéniable et permettent d’enrichir la culture urbaine. Les confrères jouent des Miracles sur la vie de la Vierge, d’autres jouent des Mystères. C’est le cas à Rouen où fut joué le Mystère de l’incarnation et de la Nativité en 1474, mais aussi à Paris où la Confrérie de la Passion excelle dans la représentation du jeu de la Passion chaque année. Certaines confréries miment l’histoire biblique (Pâques, Noël,…) ou l’histoire de leur Saint protecteur comme à Aunay, en 1348, où sont mimés les miracles de Théophile. Les laïcs s’improvisent alors metteurs en scène et acteurs et confèrent à leurs Confréries un rôle important dans l’éducation des masses, contribuant également à l’expressionnisme religieux du Moyen Age.
La tenue vestimentaire, le banquet, la messe, les divertissements marquent la teneur et la valeur des liens confraternels. Selon Catherine Vincent, c’est bien au cours de cette journée qui exprime ses finalités et rassemble ses diverses composantes que la confrérie existe pleinement. Comme nous l’avons vu précédemment, il est indéniable qu’elle joue un rôle non négligeable dans l’éducation des masses.
La confrérie, en tant que nouvelle famille, élargie aux membres de la cité, permet une certaine cohésion sociale. Cette dernière s’affirme pendant la fête annuelle comme nous venons de la voir. Les liens communautaires sont renforcés. Mais si les confréries se veulent égalitaires, ouvertes et laïques, il n’en demeure pas moins qu’une sélection est à l’origine de tout recrutement.
L’esprit d’exclusion n’est pas le fait de ces sociétés que seul le paiement limite l’accès : les confréries rurales normandes demandent que quelques sous par an de la part de leurs membres (le prix de deux volailles). Les indigents, les gens qui tombent en pauvreté, exclus, ne peuvent pas se permettre d’entrer dans ces associations ; pourtant c’est eux qui ont le plus besoin de solidarités ; en Italie, cela concerne un quart de la population adulte au 15ème siècle. Tandis que les plus riches (princes, hauts dignitaires) adhèrent à des Confréries prestigieuses et se mêlent très peu aux autres compagnies (confrérie de l’Assomption de Gisors ou de la Conception-Notre Dame d’Ambroise par exemple). Ainsi, ce sont les « classes moyennes » qui sont les plus représentatives du mouvement confraternel, c’est à dire les gens de métiers, les ouvriers,… Ces derniers ont déjà un statut social plus ou moins bien implanté au sein de leur cité.
Par ailleurs, de nombreuses compagnies « recrutent » en fonction de la « réputation » du nouveau venu. Elles visent ainsi à éliminer les gens de mauvaises mœurs qui pourraient nuire à la respectabilité de la confrérie au sein de la Cité. Les membres doivent incarner les vertus institutionnalisées par la confrérie, à travers son comportement individuel et respecter le fondement de toute règle de fraternité, c’est à dire la paix mutuelle. Par conséquent, chaque membre entrant doit attester d’une bonne conduite sociale et morale. L’apparence extérieure est très importante ; il faut être bien sur soi ; les indigents qui n’ont pas les moyens financiers d’acquérir de beaux habits sont une fois de plus exclus. Il est important d’avoir aussi de bonnes manières en société (silence à l’Eglise, manières de table). Par exemple, les statuts de la confrérie de raccomandati del Salvatore à Rome en 1331 atteste ce recrutement : il faut être « de bonnes mœurs et honnête conversation ».
Il faut donc mériter le lien confraternel en adoptant une « bonne » attitude. Dés la fin du 15ème siècle, certaines catégories de la population sont refusées car elles entacheraient le groupe par leur condition sociale, c’est le cas des usuriers.
Si les confréries permettent dans un sens de ressouder des liens familiaux et communautaires dans une période de crise, il n’en demeure pas moins que les exclus de la société ne peuvent pas s’y intégrer. Les caractères sociaux et moraux auxquels les confréries sont attachées ne le leur permettent pas. Ces critères ne feront que s’affirmer et s’endurcir jusqu’à la fin de la période.
Les Confréries au 14ème et au 15ème siècle
Les confréries aussi bien françaises qu'italiennes deviennent des lieux de formation aux exigences dévotes et morales. Ces associations, depuis leur création jouent un rôle éducatif très riche, que ce soit par le cadre intellectuel et artistique, que par le cadre religieux et moral. Toutes les activités concordent à une intériorisation croissante de la pratique religieuse sur laquelle l’Eglise devient de plus en plus pointilleuse. C’est pourquoi elle condamne de nombreuses pratiques confraternelles, jugées immorales.
La création d’une confrérie ne passe pas inaperçue dans la société et prend place aux côtés des autres unités civiles et religieuses du tissu social.
Comme toute association, la confrérie élit des responsables, qui doivent s’inquiéter de son bon déroulement. Les noms des responsables varient selon les pays, en Normandie, on les nomme les frères servants, tandis qu’en Italie, ils sont appelés les prieurs ou les recteurs. Ils sont au moins deux, c’est à dire le maître de la confrérie et le trésorier. Ce dernier a une lourde responsabilité ; il doit être vigilant et avance souvent les sommes demandées sur ces propres deniers. Il est responsable des cotisations impayées et doit éviter toutes dépenses frauduleuses (Au 15ème siècle, 13% des dépenses des confréries étaient destinées au procès). Il est également le gardien des clés du coffre contenant les cahiers de gestion de la confrérie. La richesse, qu’elle soit pécuniaire ou immobilière varie d’une confrérie à l’autre.
Chacun a son rôle qui lui est attribué par les confrères aux même.
Cette hiérarchie est garante de la stabilité de la cité, car elle permet de contrôler chaque membre, dans une période de peur, de panique ; le rôle des confréries est d’encadrer et de rassurer. La hiérarchie, l’ordre se retrouvent dans les défilés des fêtes confraternelles ; les confrères sont deux par deux et portent une petite torche ou une chandelle. Ils marchent derrière le chapelain et les responsables, qui tiennent la bannière ou le bâton (symbolise la vénération du Saint Patron ; cela peut être une étoffe peinte ou une statuette de bois polychrome ou de métal). Le respect de cette hiérarchie marque la profonde implantation des codes et des valeurs dans la société médiévale et montre les confréries comme garante de l’ordre établi.
Les confréries prennent le relais des autorités en place qui ne peuvent plus faire face. L’historien Gauvard montre qu’au Moyen-Age, il n’existe pas de « modèle de cour » mais que ce sont « les modèles politiques et religieux qui font prendre corps aux valeurs dont la société a besoin pour assurer son ordre ». Par ailleurs, selon le principe grégorien, les hommes d’église constituent des exemples pour la société. La maîtrise de soi, adopter une conduite décente commencent à devenir des exigences primordiales dans l’histoire des confréries. Au delà de son rôle éducatif et religieux, ces dernières doivent éduquer les masses : les propos violents, le blasphème sont interdits et elles exaltent la bonne conduite chrétienne. Les statuts de la confrérie de laudesi de Santa Maria della Notte demandent aux confrères d’être bons, pacifiques, humbles et généreux ; et elle leur interdit l’accès aux tavernes, tandis que les statuts des confréries de Pénitents interdisent la fréquentation des lieux de boissons le vendredi et le dimanche, condamnent le jeu, les fornicateurs et les sodomites.
Les confréries de jeunesse à Florence du 15ème siècle sont également un exemple flagrant. Cette nouvelle institution confraternelle et hospitalière d’entraide incarne l’idéal de paix civile et religieuse, véhiculé par les autorités communales et les ordres mendiants. Ces confréries prônent les valeurs chrétiennes d’amour charitable, de concorde et de solidarité afin de pacifier la cité. Il s’agit de discipliner les mœurs violentes des jeunes dés l’âge de sept ans, jusqu’à leurs vingt-cinq ans. L’encadrement est d’ordre religieux (confessions, prières, sermons) et récréatif (théâtre, jeux de balle).
Ce pouvoir sur les fidèles, cette intrusion dans la vie de la cité inquiètent de plus en plus les autorités. La fin du Moyen-Age est caractérisée par l’affirmation du pouvoir royale et l’intensification du pouvoir religieux. Dans ce contexte, il paraît inévitable, que l’Eglise autant que l’Etat se soucient du rôle des Confréries. Philippe le Bel, puis François 1er essayeront de les supprimer, tout comme l’Italie. Mais, endiguer un tel mouvement fut impossible dans de nombreuses villes, et contrôler les Confréries fut alors une nouvelle priorité.
Pour cela, les autorités civiles et religieuses tenteront de limiter certains abus émanant du mouvement confraternel et d’investir ce dernier.
- Dés la période carolingienne, les confréries se caractérisent par leur indépendance et se voient sévèrement censurées par les autorités tant laïques qu’ecclésiastiques. Au 13ème siècle, les conciles généraux, nationaux et provinciaux dénoncent toujours les abus des confréries. Ceux qui reviennent les plus fréquemment sont le serment, l’esprit particulariste et le banquet.
Le serment fait par chaque membre lors de son entrée en confrérie est un des nombreux signes de contestation. Déjà, en 779, Charlemagne interdit toute association assermentée quelque fût son but avoué. On redoute le serment et le secret qu’il accompagne, car cela pouvait créer des centres de révoltes et d’hostilités dans les confréries contre les pouvoirs établis. Cette méfiance se traduit par des décrets répressifs dans de nombreuses villes, telles qu’à Pise en 1275 et 1286, à Florence en 1419. Les autorités prennent avant tout des précautions avant de les autoriser ; ce que fera Philippe le Long lorsqu’il demandera que le prévôt de Paris puisse assister aux réunions confraternelles.
Ces craintes peuvent se justifier de deux manières différentes. D’une part, le mouvement communal (12ème – 13ème siècle) effraie les autorités civiles. En effet, certains bourgs utilisent les confréries pour s’assermenter, élire des chefs, s’armer afin de s’émanciper de la tutelle royale, telles que la Confrérie Saint Eloi, la Grande Confrérie de la Passion de Chartres ou bien la Confrérie du Nom de Jésus (1590). Leurs décisions restent sécrètes. Il en est de même pour les confréries professionnelles qui utilisent le cadre juridique confraternel afin de conjuguer intérêts spirituels et économiques tels que la Confrérie parisienne Saint Léonard des artisans du cuivre ou bien la confrérie parisienne de Saint Blaise des maçons. D’autre part, les Albigeois, comme beaucoup d'hérétiques inquiètent les autorités religieuses. Elles veulent les enrayer et se méfient des confréries qui pourraient être le creuset de ce mouvement. C’est pourquoi, le Concile de Montpellier en 1214, demande que les confréries soient fondées en cas d'urgence ou de réelle utilité, avec une autorisation préalable du seigneur des lieux et de l’évêque diocésain, sous peine d’excommunication. Le concile d’Avignon en 1326, réitère ces données, et dénonce également les sociétés secrètes assermentées, qu’il déclare supprimées ; mais cela ne concerne pas les confréries de Saints ou de charité.
Ces inquiétudes sont relatives à l’emprise des confréries sur la vie sociale. Pour l’Eglise, cela est incompatible avec l’unité chrétienne et pour l’Etat, c’est un centre de dissidence.
L’esprit particulariste développé par les confréries est au cœur de la dissidence de l’unité chrétienne dénoncée par l’Eglise.
Les confréries maintiennent et développent les pratiques superstitieuses, comme celles liées au salut. Pour cela, les confréries recommandent de prier Sainte Barbe ou reconnaissent un certain pouvoir aux clés sur le lit de mort car elles permettraient l’absolution des peines, conféreraient l’innocence baptismale et l’abandon des peines du Purgatoire. Ces croyances sont très différentes de celles institutionnalisées par l’Eglise. Ces désaccords sont à l’origine de nombreux conflits entre les laïcs et les ecclésiastiques. Le Concile du Latran en 1180 reproche aux confréries d’énerver l’autorité de l’épiscopat, tandis que le Concile de Bordeaux en 1255 sévit contre les frères peu respectueux de l’autorité ecclésiastique.
Mais les critiques vont au delà du cadre religieux et civil des confréries. Elles s’infiltrent dans les activités confraternelles.
Leurs fêtes sont très mal perçues par l’ensemble des autorités car elles portent souvent atteintes aux bonnes mœurs. Déjà en 852, l’archevêque de Reims, Hincmar, définit les festins des guildes et des confréries comme des « beuveries ». Le Synode de Beauvais en 1554, réitère ces affirmations : « la goinfrerie et la boisson, voilà leurs jours de fête ». Tandis que le Concile d’Avignon en 1594, s’insurge contre les dépenses en mangeailles et en boissons car elles amputent le budget consacré aux aumônes. En effet, les excès de table, notamment le vin, poussent certains à des comportements violents, blasphématoires. De plus, la profusion alimentaire choque car la famine et les difficultés économiques touchent l’ensemble de l’occident. C’est pourquoi, dans certaines villes, les prêtres se doivent d’assister aux banquets afin de limiter la débâcle qui accompagne souvent ces orgies. On essayait également de freiner ces débordements par des conseils de modération ou en limitant le nombre de verres par personne. A la fin de la période, la mixité disparaît même au sein des confréries afin d’éviter la tentation pendant les banquets qui entache à la réputation des confrères : à la Confrérie Saint Nicolas des bourgs d’Angers, il y a 40,8% de femmes en 1380, il n’y en a pratiquement plus au 16ème siècle.
Le sacré et le profane se distinguent et on ne voit plus dans la communion de nourriture la suite de la communion liturgique. D’ailleurs, les lieux des banquets s’éloignent de plus en plus des Eglises.
Afin de réprimer ces désordres qui débordent du cadre religieux, caritatif et édilitaire des confréries, la sévérité des autorités se durcit.
LA CRISE DES CONFRERIES : REPRISE EN MAIN PAR LES AUTORITES
Ne pouvant supprimer un cadre aussi important de la société médiévale, les autorités vont essayer de le contrôler. A la fin du 15ème siècle, l’emprise deviendra très importante. Les pouvoirs en place demandent que certaines qualités des confréries soient réinvesties pour le bien être public.
Les autorités civiles reprennent à leurs comptent certains avantages que leur donnent les confréries. Un statut quo s’installe entre les deux protagonistes. Il s’avère que les confréries encadrent plus l’ordre civil qu’elle ne le détruit et le pouvoir royal peut compter sur elles pour rehausser le prestige des villes, l’accueillir dignement lors d’une entrée ou de redorer le blason royal. D’ailleurs, certaines confréries toscanes, dans les années 1420, ont commencé à modifier leurs statuts dans ce sens et à s’en donner les moyens.
Les budgets de certaines grandes confréries intéressent également l’Etat. Ce dernier ponctionne fiscalement les riches confréries quand il est dans une urgence budgétaire. Les lettres patentes de Charles VII, stipule que le roi de France a ordonné la suppression du banquet annuel de certaines confréries parisiennes et à lui faire don du budget.
Les autorités religieuses tireront également parties des richesses confraternelles, mais d’un point de vu beaucoup plus pastoral.
L’Eglise s’investie pleinement dans les activités confraternelles. Comme nous l’avons vu précédemment, les conciles provinciaux et les statuts synodaux mettent en garde les confréries contre les banquets ; ils demandent également que chaque création de confrérie soit préalablement autorisée par l’épiscopat. Cependant, aux yeux du Magistère, elles doivent aussi accroître le culte du Divin, soutenir les bonnes œuvres, aider à la vie matérielle d’un établissement religieux. C’est pourquoi, leurs statuts commencent à être vérifiés et une formule d’approbation doit systématiquement apparaître dans le préambule du règlement.
De plus, les ecclésiastiques trouvent dans ces associations de laïcs les aspirations de l’Eglise et s’en servent comme bornes pastorales. Pour eux, c’est un cadre suppléant à la vie liturgique. Par exemple, en Italie, les frères dominicains se servent du mouvement des Pénitents dans sa lutte contre l’hérésie ; les chapelains des confréries se mêlent aux célébrations de la paroisse et sont choisis à présent au sein des groupes d’Ordre. Dés le 15ème siècle, les contrôles des confréries se multiplient (visites et inspections des comptes dès le Concile de Trente). Le Concile de Soissons en 1403 demande aux évêques de prendre en charge l’érection et le contrôle régulier des anciennes et des nouvelles confréries.
La vigilance religieuse s’accroît afin d’éviter la prolifération des confréries et écarter tous ce qui est peut être contraires à la morale, à la piété et garder à l’esprit la charité et la ferveur envers Dieu et son prochain.
A la fin du Moyen-Age, les confréries burlesques, festives, profanes sont plus en marges. Aux environs de 1500, elles perdent du terrain face aux municipalités et à l’Etat, plus efficaces et mieux centralisés. Mais, elles ne disparaissent pas. Elles sont de plus en plus régulées par l’Etat, sous coupole ecclésiastique ; elles perdent l’originalité de leur autonomie, c’est à dire la libre association de laïcs.
La vie confraternelle au Moyen-Age fut riche et active. La plupart des secteurs de la vie publique mettent en lumière le rôle d’une confrérie.
La confrérie est un phénomène qui répond à un besoin profond de sociabilité et de fraternité, ainsi que d’une certaine sensibilité religieuse ; il a trouvé un terrain d’épanouissement particulièrement favorable à la fin du Moyen-Age. La confrérie est également une garantie contre les risques de l’époque en raison du déséquilibre de la vie économique et des guerres. Elle répond aux besoins des masses dans une période individualiste où la peur de la mort et de l’au-delà jalonne le quotidien.
Ainsi, la confrérie est une réalité sociale cohérente et indépendante. Mais, la tutelle de plus en plus étroite à laquelle elles ont été soumises, provoque une perte de leur efficacité et de leur pouvoir. Dénoncées par les autorités civiles et religieuses, elles évoluent vers une vie plus liturgique et chrétienne qui va de paire avec la dépréciation des banquets. Pourtant, même si elles n’assurent pas la formation spirituelle de leurs membres, elles remplissent une fonction importante dans la vie de l’Eglise. Elles offrent un moyen d’expression commode à quelques aspirations profondes de la religiosité populaire. Elles permettent aux masses d’apaiser un peu leur nostalgie de l’unanimité chaleureuse. Du même coup, elles diminuent l’attrait des sectes hérétiques et renforcent les positions de l’orthodoxie. Elles ont crée des spiritualités nouvelles, et ont également orienté, canalisé, réprimé les mœurs civiques et morales. Néanmoins, leurs activités profanes resteront longtemps l’image que l’on se fait d’elles. Au 16ème siècle, Luther parlera d’elles en ces termes : « sociétés de goinfres et de buveurs ».
C’est pourquoi, la fin du Moyen-Age (fin 15ème siècle) et plus précisément l’Ancien Régime, voient apparaître des associations toutes entières consacrées à la piété. Ces confréries toujours composées de laïcs sont étroitement reliées à la hiérarchie catholique. Mais leur cohésion interne est trop forte pour permettre une emprise profonde de ces décisions extérieures. Elles perdront quand même de la vigueur dans une société dont les normes ne leur permettaient plus une grande expansion. La Constitution Quaecumque promulguée par le Pape Clément VIII, le 7 décembre 1604, met fin aux conflits entre les confréries et l’épiscopat. Elle édicte nettement la nécessité du consentement de l’ordinaire à toute formation d’association fraternelle ; il doit examiner et corriger les statuts qui lui sont proposés. Désormais, il devient courant que l’évêque propose tout simplement un texte conçu par lui-même comme ce fut le cas à Limoges en 1619. Dés lors, la vie de la confrérie est celle d’un corps para-ecclésiastique. Mais son rôle demeure parallèle à celui de l’organisation paroissiale. L’esprit d’indépendance des laïcs est bridé ; l’Eglise entend faire de ces groupes les dévoués auxiliaires du clergé.
Source
VINCENT Catherine, Les confréries médiévales dans le Royaume de France (13ème-15ème), Albin Michel, Paris, 1994
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