Eperons d'or (11 juillet 1302)

 

 

Les Matines brugeoises

 

Vers la fin du XIII ème siècle, la France, principale puissance européenne, voyait d'un mauvais oeil l'essor de l'Angleterre.

Cet essor était principalement le résultat d'une brillante politique économique. Depuis plusieurs décennies, les éleveurs anglais vendaient leur laine aux tisserants flamands qui la transformaient en produits finis luxueux (draps, étoffes,...) La Flandre profita donc également de la bonne santé de l'économie anglaise et de nombreuses villes, telles que Ypres et Bruges, connurent leur âge d'or. A Bruges, les importateurs de laine constituèrent une importante bourgeoisie qui s'imposa à la masse des artisans et acquit assez de pouvoir que pour élire des réprésentants, les échevins, chargés de diriger la ville sur un pied d'égalité avec le Comte de Flandre

Toutefois, en 1294, à la suite d'une modification du système commercial, les artisans eurent la possibilité de se fournir en laine anglaise en se passant de l'intermédiaire des bourgeois. En 1296, le roi d'Angleterre Edouard Ier imposa un embargo sur les exportations de laine , ce qui occasionna de graves difficultés pour les villes flamandes. En 1297, le Comte de Flandre, Guy de Dampierre, désireux de voir lever l'embargo, négocia une alliance avec le roi Edouard.

Craignant une augmentation de l'influence anglaise à ses frontières et bénéficiant du soutien des bourgeois brugeois, désireux de se voir rendre leur ancien monopole, le roi Philippe IV le Bel attira le Comte de Flandre à Paris où il fut emprisonné. Les villes flamandes, de Lille à Bruges, désormais sous le contrôle de la bourgeoise pro-française, ouvrirent leurs portes aux garnisons françaises. La France semblait sur le point d'annexer la Flandre.

C'est dans ce contexte qu'un tisserand nommé Pieter de Coninck appela le peuple à la révolte. Le 18 mai 1302, 1.600 insurgés se mirent à fouiller les rues de Bruges, quartier par quartier et maison par maison. Les occupants se virent priés de répéter "Schild en vriend" (bouclier et ami). Trahis par leur accent, les Français furent démasqués un par un et massacrés sur place. Quelque-uns réussirent à s'enfuir mais, au final, on dénombra près de 1.000 victimes. Cette journée fut appelée "Matines brugeoises". Pour le roi de France, il était évident que les choses ne pouvaient en rester là...

 La bataille des Eperons d'Or

 L'affrontement majeur eut lieu le 11 juillet 1302, lorsque l'armée de Philippe le Bel, forte de 45.000 fantassins, arbalétriers et chevaliers, parvint au contact des milices communales flamandes, les "klauwaerts" fortes de 25.000 hommes environ, dans la plaine de Groeninghe, aux abords de la ville de Courtrai.

Postée sur la colline de Mossemberg, l'armée française prit l'initiative de l'attaque et, dans un premier temps, les arbalétriers français firent subir de fortes pertes aux premiers rangs flamands, constitués de paysans.

L'affaire paraissant mal engagée pour les Flamands, la piétaille française se mit en mouvement en vue de l'assaut décisif.

Voyant celà, le commandant de l'armée française, le Comte Robert d'Artois, lança sa cavalerie à l'attaque. N'ayant que du mépris pour la masse paysanne qui leur était opposée, la chevalerie française, bousculant ses propres piétons, chargea aveuglément pour aller s'embourber dans un terrain détrempé ou finir dans les fossés derrière lesquels s'étaient reconstitués les rangs flamands initialement bousculés.

Robert d'Artois, lui-même, fut cerné par des paysans flamands après avoir réussi à s'emparer d'un étendard des milices. Il proclama se rendre contre rançon mais le peuple flamand, n'entendant rien au français, le fit passer de vie à trépas.

L'affaire tourna au désastre pour la chevalerie française dont les combattants, désarçonnés les uns après les autres, furent massacrés. Le commandant d'un corps de l'armée française, le Comte de Saint-Pol, voyant le désastre inéluctable, tourna bride aves ses troupes afin de se réfugier en France.

Après la bataille, les Flamands ramassèrent 500 éperons d'or qui ornèrent ensuite l'église Notre-Dame de Courtrai.

 

Une paix de compromis

 La défaite française lors de la bataille de Courtrai fut totale mais les conséquences ne s'avérèrent pas trop désastreuses.

Fêté chaque année en Flandre, l'anniversaire de la bataille des Eperons d'Or (date officielle de la fête de la communauté flamande de Belgique) reste considéré, par les groupes nationalistes flamingants, comme l'un des moments les plus glorieux de la nation flamande qui affirma à ce moment sa suprématie sur les francophones. Nombre de petits esprits oublient aisément que les mêmes milices flamandes subirent, deux ans plus tard, un désastre aussi majeur lors de la victoire française de Mons-en-Pévèle, non loin de Douai. A l'issue de cette bataille, au cours de laquelle le roi Philippe le Bel combattit en première ligne, les Français eurent tôt fait de récupérer les fameux éperons d'or qui furent envoyés vers une église de Dijon.

Le 23 juin 1305, par le traité de paix d'Athis, la France annexa la région comprenant les villes de Lille, Douai et Béthune mais reconnu l'indépendance du reste de la Flandre. Malgré de nombreuses guerres ultérieures, la frontière, telle qu'elle fut définie à Athis, est toujours celle que nous connaissons de nos jours.

En représaille des "Matines brugeoises", Philippe le Bel se vit autorisé à déporter 3.000 habitants de la région brugeoise, soit le dixième de la population, parmi "celles qui sembleront le plus coupables des faits passés, c'est à savoir par voyages et pélerinages : mille outre-mer s'il lui plaît, et deux mille où il lui plaira mieux en deçà de la mer, et tant comme il lui plaira". Une telle déportation aurait assuré la ruine de Bruges mais, en définitive, lors de l'application réelle du traité, en 1307, la sanction sera commuée en une amende de 300.000 livres.

En Flandre, les métiers imposèrent leur présence au pouvoir communal. La contrée connut un grand essor économique et devint l'une des régions les plus peuplées d'Europe. L'industrie textile permit l'exportation du drap flamand vers la mer baltique, via les villes hanséatiques. Bruges devint un port majeur pour de nombreuses marchandises à destination de la Baltique ou de la Méditerranée.

La période de gloire parvint à son terme en 1482, lors de la mort de Marie de Bourgogne. Une insurrection éclata contre son mari, Maximilien d'Autriche, et la ville fut, durant une décennie, victime d'une grande instabilité politique et d'une agitation militaire. La richesse de la ville disparut avec la cour bourguignonne et les marchands internationaux.

Au XVI ème siècle, Bruges céda sa première place à la ville portuaire d'Anvers et, en 1584, le déclin de la ville s'avéra définitif.

 

 

 

Commentaires (0)

Aucun commentaire pour l'instant, soyez le premier à laisser un commentaire.

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau

 


 

 

Créer un site gratuit avec e-monsite.com - Signaler un contenu illicite