Azincourt(25 octobre1415)

 

 

 Engagée depuis 1337, la guerre de Cent Ans avait vu le roi d'Angleterre Edouard III remporter de grands succès. Victorieux à Crécy , il avait renforcé le contrôle anglais, notamment, sur la Guyenne, la Gascogne et le Poitou. Mais, après une nouvelle période de déclin, les possessions anglaises se limitaient, en 1375, aux villes de Calais et de Bordeaux.

Les guerres internes anglaises détournèrent l'attention des rois Richard II et Henri IV. A l'avènement d'Henri V, celui-ci parvint à rétablir l'ordre et la paix dans son royaume avant de se préoccuper des troubles surgis en France.

Dès 1392, la démence du roi Charles VI avait livré la France à la guerre civile. Les principaux opposants étaient Jean sans Peur, chef de la faction des Bourguignons, qui étendit ses possessions au nord, et les ducs d'Orléans, chefs du clan des Armagnacs, dont les possessions s'étendirent au sud et au centre de la France.

Par ailleurs, Henri V, de la dynastie des Lancastre, n'ignorait pas qu'une partie de la noblesse anglaise soutenait à nouveau des prétendants à la couronne de la maison d'York. En portant la guerre en France, Henri V comptait bien unir autour de lui tous les puissants du royaume et réduire ainsi l'éventualité d'une révolte en Angleterre.

 Henri V réunit une flotte de 1.500 navires qui quitta Southampton le 11 août 1415. A bord des navires se trouvaient, outre le roi et la noblesse anglaise, 2.000 lanciers, 6.000 archers, du personnel d'intendance, ainsi que les 900 hommes de la garde d'Henri V.

Après deux jours de traversée, Henri V débarqua au large de la forteresse normande d'Harfleur, position clef de la région, dont il entama le siège le 17 août.

Après de nombreuses attaques infructueuses, la ville fut finalement prise le 22 septembre. Outre une importante perte de temps, Henri V devait déplorer de nombreuses pertes causées surtout par les fièvres et la dysentrie. Le roi anglais ne disposait plus à cette date que de 900 lanciers et 5.000 archers.

Dans de telles conditions, une marche sur Rouen ou Paris devenait peu réaliste. La conquête de la forteresse d'Harfleur comblait l'honneur anglais et une retraite était bien envisageable. Toutefois, Henri V opta pour une stratégie plus risquée. Il décida de traverser le nord de la Normandie, en traversant 250 kilomètres de territoires ennemis, pour aller s'embarquer à Calais. Ne disposant que de huit jours de provisions et certain que les Français ne manqueraient pas de l'intercepter, Henri V prenait un risque immense. Dans quelques jours, il serait considéré comme un héros en Angleterre, ou il serait mort ou prisonnier dans l'attente du paiement de sa rançon.

L'armée anglaise se mit en route le 8 octobre. L'armée française était en train de se réunir plus au sud, dans le secteur de Rouen et Vernon, à environ deux jours de marche. Henri V pensait donc pouvoir rejoindre Calais et procéder à l'embarquement avant d'être rejoint.

Toutefois le chemin de Calais était barré par la Somme, obstacle naturel pratiquement infranchissable. L'intention initiale d'Henri V était de traverser le fleuve près de son embouchure, par le gué qu'avait utilisé son arrière grand-père Edouard III avant la bataille de Crécy , mais il apprit que le fleuve était fortement protégé à cet endroit et il n'eut d'autre choix que de remonter le cours de la Somme vers le Sud, à la recherche d'un autre gué. Henri V était maintenant obligé, avec des provisions réduites, de faire marche en direction de l'armée française, sous les ordres de Charles d'Albret, connétable de France, et du maréchal Jean Boucicaut.

Tout au long du cours de la Somme, les ponts avaient été détruits ou étaient trop fortement défendus. Tout espoir semblait perdu pour les Anglais lorsque deux gués franchissables furent enfin découverts le 18 octobre, à Béthencourt et à Voyennes. Le 19, l'armée anglaise avait traversé la Somme lorsqu'elle fut rejointe par des messagers français signalant l'intention des princes et ducs de France de livrer bataille sur le chemin de Calais. La rencontre des forces eut lieu à Azincourt.

 Le champ de bataille d'Azincourt formait vaguement un losange. A chaque angle se trouvait un village enfoui dans les bois; entre les villages s'étendait un champ de trois kilomètres de long sur un kilomètre de large, labouré et semé de blé d'hiver.

Au matin du 25 octobre, l'armée anglaise se forma sur quatre lignes, entre les extrémité sud des forêts d'Azincourt et de Tramecourt. Le roi Henri V occupait une position centrale. Tous les Anglais, y compris le roi, se préparaient à se battre à pied face à une armée française au moins quatre fois supérieure en nombre

 A 1.500 mètres plus au nord, coincée entre deux forêts, l'armée du roi de France se disposa sur trois lignes. La première ligne était sous le commandement direct de Charles d'Albret et de Jean de Boucicaut et était constituée de l'élite de la noblesse et de la chevalerie. La deuxième ligne, constituée à l'identique et pourvue d'armures comme la première ligne, était sous les ordres des ducs de Bar et d'Alençon. La troisième ligne n'appartenait pas à la noblesse.

La disposition des forces françaises ne fut pas avantageuse. Coincés entre les deux forêts, les rangs de chevaliers étaient trop serrés pour leur permettre de se servir de leurs longues lances de quatre mètres. Les arbalétriers, relégués à l'arrière, ne purent intervenir à aucun moment de la bataille. Sur l'aile droite, les Français disposaient même de quelques pièces d'artillerie rudimentaires qui, faute d'emplacement valable, se révélèrent inutiles.

 Ne disposant pas de forces suffisantes pour attaquer les Français et certain qu'une retraite en territoire hostile, poursuivi par une puissante armée, entraînerait la destructiuon de ses forces, Henri V estima que sa seule chance était de provoquer une attaque intempestive des Français.

Vers neuf heures, la ligne anglaise s'avança de 650 mètres jusqu'à tenir les lignes françaises à portée d'arc. Les Anglais piquèrent dans le sol des épieux destinés à bloquer la charge de la cavalerie adverse.

La réaction espérée ne se fit pas attendre et l'imposante armée française se lança à l'attaque. Dans le champ boueux, sous le poids de leurs cavaliers en armures, les chevaux s'embourbèrent jusqu'au jarret et la charge progressa à faible allure. La plupart des cavaliers furent abattus avant d'avoir atteint les lignes anglaises et les rares qui y parvinrent furent rapidement entraînés vers l'arrière par leurs chevaux effarouchés.

Au même moment, les soldats à pied de la première ligne, eux aussi dotés d'armures, progressèrent péniblement dans la boue. Ils atteignirent la ligne anglaise en ayant perdu toute cohésion et après quelques succès, l'attaque perdit son élan. Henri V fut un moment cerné par dix-huit Français et dut être secouru par ses hommes.

Henri V donna alors l'ordre d'attaque à ses fantassins qui, dépouvus d'armures et armés de haches, masses et épées, désarçonnèrent les cavaliers dont les corps sans vie s'empilèrent rapidement dans le bourbier.

La deuxième ligne française progressa aussi péniblement sur le terrain détrempé et sous le tir des archers anglais. A la vue du massacre de la première ligne, les soldats de la seconde ligne hésitèrent puis commençèrent à battre en retraite, entraînant la troisième ligne dans leur fuite.

Comme le nombre des prisonniers français était de loin supérieur à celui des soldats anglais, Henri V ordonna leur exécution immédiate. Ses hommes s'y refusèrent dans un premier temps car les chevaliers pouvaient faire l'objet d'une rançon mais une rumeur se répandit selon laquelle les Français coupaient la main droite des archers qu'ils capturaient. La rumeur déclencha la fureur des Anglais et les chevaliers furent égorgés par milliers. Le maréchal Boucicaut, capturé, fut gracié par Henri V en raison de sa conduite chevaleresque, de son courage et de son rang. Il mourut en captivité six ans plus tard, toujours dans l'attente du paiement de sa rançon...

 

 A l'issue de la bataille d'Azincourt, qui dura une heure, les pertes françaises s'élevèrent à 11.000 hommes contre une centaine pour les Anglais.

Sa confiance démesurée dans sa supériorité militaire fut la cause du prix énorme payé par l'armée du roi de France.

La victoire anglaise d'Azincourt fut écrasante mais les conséquences restèrent limitées. Les Anglais tenaient Harfleur et assurèrent leur domination sur Calais. Le succès permit à Henri V de faire alliance, en 1416, avec l'empereur germanique Sigismond.

En 1417, Henri V envahit à nouveau la Normandie. La chute de Rouen en 1419 et l'assassinat de Jean, duc de Bourgogne, conduisit à l'alliance entre l'Angleterre et la Bourgogne.

Henri V fit son entrée dans Paris et, par son mariage avec Catherine de Valois, fut désigné régent et héritier du trône de France en 1420.

Toutefois, Henri V mourut avant de pouvoir s'emparer des terres du dauphin Charles - futur Charles VII - au sud de la Loire. Son fils, âgé d'un an à sa mort et qui lui succéda sous le nom d'Henri VI, fut incapable de maintenir l'avantage anglais.

Charles VII de France entreprit la reconquête de ses terres, avec l'aide notamment de Jeanne d'Arc. La reconquête fut facilitée par la mort, en 1435, du duc de Bedford, frère d'Henri V et régent du royaume, et par la rupture de l'alliance avec la Bourgogne cette même année.

Les pertes anglaises en France finirent par causer en Angleterre une guerre civile entre les maisons de Lancastre et d'York, connue sous le nom de "guerre des deux-Roses".

En 1453, la victoire française de Castillon mit un terme à la présence anglaise en France, à l'exception de Calais.

La victoire d'Azincourt avait surtout contribué à accroître la dette de la couronne anglaise et à prolonger inutilement la guerre de Cent Ans.


Source

Dominique Paladilhe, La bataille d'Azincourt - 1415, Librairie académique Perrin, Collection Pour L'histoire, Paris, 2002. 

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