Les hanses :hanse hollandaise et hanse de la Baltique

 

kontor à Anvers

                                                                               kontor d'Anvers

Au Moyen Âge, une hanse, parfois appelée anse, est une association professionnelle de marchands exerçant une activité commune. De telles associations existaient par exemple à Paris? à Londres. ou encore entre les villes du Nord de la France et des Pays-Bas comme avec la Hanse drapière des XVII villes.

 Plus spécifiquement, la Hanse, Ligue Hanséatique, Hanse Germanique ou Hanse Teutonique, est l'association des villes marchandes de l'Europe du Nord autour de la mer du Nord et de la mer Baltique. Cette Hanse se distinguait des autres hanses et marchands, en ce que son commerce reposait sur des privilèges jalousement défendus qui leur avaient été octroyés par divers souverains européens. Pendant trois siècles, cette Hanse en particulier, et à moindre degré les hanses par extension, eurent un rôle dominant au niveau commercial, puis politique, en Europe-Actives du XIIe au XVIIe siècle, leur déclin et quasi-disparition ont été achevés en 1648 avec les traités de Westphalie signant la fin de la guerre de Trente Ans et de la guerre de Quatre-Vingts Ans.

 La croissance de la Ligue Hanséatique a lieu dans un monde où colonisation et évangélisation vont de pair. Elle est particulièrement liée à la montée des Chevaliers Teutoniques, au prosélytisme catholique servant de façade aux jeux de pouvoir mondiaux de l'époque-

La Hanse des marchands ou l’association des marchands de Gotland

 Commençant avec la création de Bergen en Norvège par Olaf III en 1070, dans la seconde partie du XIIe et le début du XIIIe de nombreuses villes sont créées en Allemagne du Nord et autour de la Baltique : Lübeck en 1158, Rostock, Wismar, Stralsund, Stettin, Dantzig, Elbing. Dans toutes ces villes, la bourgeoisie s'installe rapidement au pouvoir.

La future Hanse teutonique s'amorce par une alliance entre les villes de Hambourg et de Lübeck créée en 1241. De nombreuses autres villes se rallient ensuite. Des marchands issus de ces villes commercent avec Gotland, avec laquelle le duc de Saxe Henri le Lion avait signé la paix en 1161.

 Quatre Anciens élus par les villes les représentent à Gotland, et y obtiennent des privilèges commerciaux pour les villes de la Hanse. Leur activité s'étend bientôt bien au-delà de Gotland, tout autour de la Baltique, jusqu'à Novgorod, véritable carrefour entre civilisations orientale et occidentale, où ils créent leur établissement propre, le Peterhof jouissant des privilèges accordés par Constantin. Ces marchands pénètrent aussi la Scandinavie (la foire de Scanie devint bientôt un pivot essentiel du commerce hanséatique), l'Angleterre (où ils furent officiellement réunis en 1281 en une unique hanse d'Allemagne) et la Flandre (où la comtesse Marguerite II de Flandre leur accorda des privilèges fondamentaux en 1252 et 1253).

 On date le passage de la Hanse des marchands à la Hanse des villes à 1280, lorsqu'une opération de blocus contre Bruges est organisée dans le but de protéger les privilèges acquis - suivie en 1284 du même type d'opération contre la Norvège, quand un autre blocus maritime par la Hanse oblige le roi de ce pays à non seulement confirmer mais encore étendre les privilèges de la Ligue. La première assemblée (Hansetag) se tient à Lübeck en 1356.

La Hanse des villes : pouvoir politique

 Après ce coup de force, la Hanse devient un acteur politique à part entière dans l'Europe du Nord. Elle signe des traités avec des États et des organisations importantes comme celle des Chevaliers Teutoniques.

 L'association emporte diverses victoires militaires significatives.

 En plus d'imposer une présence sur le territoire du Danemark et de donner à la Ligue un quasi-monopole sur le commerce entre la Baltique et la mer du Nord, négociant entre autres le libre passage du détroit du Sunt (entre Copenhague et Malmö), le traité de Stralsund accordé en 1370 par le roi du Danemark accorde également à la Hanse un droit de veto sur la succession au trône du Danemark-

 La Hanse reste cependant une union politique assez souple et les villes gardent une grande autonomie. Cette ligue avait une flotte qui protégeait les commerçants et parfois les princes.

 La fermeture du comptoir de Novgorod, qui tenait à la fois du blockhaus et de la bourse du commerce le 9 novembre 1494, le déclin de celui de Londres aux deux extrémités du commerce hanséatique, de même que la concurrence des marchands anglais et néerlandais sont les principales causes d'un long déclin du commerce hanséatique. La diète de 1518 constate que 31 villes ne participent plus à aucune des activités de la ligue. Dans son ouvrage Les Étapes du capitalisme, Marcel Laffon-Montels parle d'un « déclin qui fut lié en partie à l'étrange disparition des bancs de harengs - La Hanse avait le monopole de ce commerce - qui émigrèrent de la Baltique vers la mer du Nord. »

 Cette structure politique originale est évincée par les traités de Westphalie en 1648 qui, signant la fin de la guerre de Trente Ans et la guerre de Quatre-Vingts Ans, consacrent définitivement les États-nations. La dernière assemblée des villes hanséatiques eut lieu en 1669. Au XVIIIe siècle, le gouvernement hanséatique ne subsiste qu'à Lübeck, à Hambourg et à Brême.

Les routes commerciales en vigueur dans la ligue hanséatique.

 Aujourd'hui encore, les villes libres de Hambourg et Brême, qui forment deux Länder de l'Allemagne, mais aussi Lübeck et Rostock font état de leur ancienne qualité de ville hanséatique. Ainsi, l'immatriculation de ces villes (l'équivalent des numéros de départements français) sont respectivement HH, HB, HL et HRO, le H initial signifiant Hansestadt, c'est-à-dire « ville hanséatique ». C'est dire la fierté des populations du Nord de l'Allemagne pour la Hanse, dont elles reconnaissent qu'elle a façonné leur identité de manière profonde.

 Une nouvelle Hanse a été relancée en 1980 à l'initiative de la ville hollandaise de Zwolle. Une activité entre villes hanséatiques est à nouveau en développement, avec son siège principal à Lübeck-

Organisation

 Les marchands issus de Lübeck, des villes westphaliennes et saxonnes élisaient quatre Anciens (un pour Visby, un pour Lübeck, un pour Soest et un pour Dortmund) qui exerçaient la justice et les représentaient à l'étranger. La ligue était divisée en 4 sections, présidées par Lübeck, Cologne, Brunswick et Danzig.

 Les villes membres s'engageaient à respecter les decisions du Hansetag (assemblée générale des villes qui avait lieu tous les trois ans, généralement à Lübeck) mais il n'avait qu'un rôle consultatif puisque l'application de ses décisions était laissée au bon vouloir de chaque ville qui devait cependant apporter sa contribution militaire et financière à la ligue.

vieille maison de Bryggen

cité du cercle Wende et de la Poméranie

 

 

 

les entrepôts en bois de Briggen,le quartier hanséatique en bordure mord du vieux port

 

La Hanse possédait des comptoirs appelés kontor dans de nombreuses villes. Ces kontors sont des bureaux de commerce de la Hanse établis à l'étranger. Parmi tous les kontors seul celui de Bergen fermé en 1754 existe aujourd'hui et figure dans la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1979.

 

Hanse de la Baltique

Marienburg, Reval, Dorpat, Koenigsberg, Dantzig, Pernau… ne portent plus les noms germaniques sous lesquels elles ont été créées. Mais, témoignages de l'expansion allemande vers l'est, ces villes demeurent marquées sous leurs noms nouveaux – Malborg, Tallinn, Tartu, Kaliningrad, Gdansk, Pärnu – par l'empreinte hanséatique qui a unifié leur architecture.

Dès la fin du XIIIe siècle en effet, la guilde de commerçants allemands fondée à Visby en 1161 connut un essor remarquable-

Origine et expansion de la Hanse

Le Drang nach Osten, commencé dès le XIe siècle pour des raisons démographiques par la colonisation allemande des marches du Nord – Brandebourg, Poméranie, Mecklembourg – s'est poursuivi pour des raisons commerciales au XIIIe siècle vers les territoires mal connus de la rive orientale de la Baltique et vers les immensités que l'on soupçonnait au-delà et que l'on disait fort riches.

Cette expansion se donna alors une pieuse justification : il convenait d'attirer dans le sein de l'Église romaine les dernières populations païennes afin qu'elles ne fussent pas tentées de se laisser convertir par les Slaves orthodoxes. La domination de la Hanse, ou plutôt des Hanses, car il y en eut plusieurs, a duré près de trois siècles. C'est en 1161 que s'est formée à Visby, dans l'île de Gotland, une première Hanse de commerçants allemands soucieux de développer sur des bases régulières le commerce maritime dans la Baltique et aussi de le rendre plus sûr par une lutte contre la piraterie qui enrichissait presque toutes les peuplades riveraines de la mer. Cette première Hanse se déplaça bientôt à Lübeck, fondée en 1158, qui prit un rapide essor comme point de concentration des marchandises destinées à l'est et comme point de départ des colons vers Riga en Livonie et vers la Russie. Riga avait été fondée par Albert de Brême en 1201 et il avait, en bon politique, jeté un interdit religieux à finalité commerciale sur les autres ports.

En 1259 se rattachèrent à la Hanse les cités de Hambourg, de Wismar et de Rostock ; en 1281 se groupèrent les commerçants de Cologne et d'autres villes germaniques de l'Ouest. Toutes ces associations se réunirent pour former en 1358 la Ligue hanséatique allemande qui devint rapidement une puissance commerciale et politique dans toute l'Europe du Nord et spécialement dans la Baltique, favorisée par la conquête du rivage oriental de cette mer par les chevaliers Teutoniques dont le grand maître faisait partie de plein droit de la Hanse.

Une puissance commerciale et politique

 

                                                       Lübeck est une ville hanséatique de l'Allemagne du Nord

 

Une puissance commerciale d'abord avec ses principes de base : le commerce doit être organisé ; ainsi, plus de colportage à l'échelle locale fondé sur des relations personnelles. Les Hanses mettent en place une gestion stricte avec une comptabilité écrite, un crédit soigneusement encadré et des calculs de commissions. Lübeck joua le rôle principal dans le développement des Hanses. Ville libre, elle commandait par sa position le passage entre la mer Baltique et la mer du Nord. Considérée comme la capitale de la Hanse, elle était gouvernée par un conseil de marchands où siégeaient les représentants des grandes entreprises, souvent familiales, qui faisaient la fortune de l'association. C'est là que se tenaient les « grands jours » de la Hanse et se prenaient les décisions fondamentales.

L'union reposait principalement sur les privilèges que les villes s'accordaient mutuellement pour la protection et l'exercice du commerce. Elles pouvaient appartenir à des princes ou à des rois, lesquels les laissaient en général libres de s'enrichir puisqu'eux-mêmes en profitaient. Mais ces cités prenaient souvent leurs décisions en commun, soit à la « diète générale » qui se tenait à Lübeck, soit, quand les questions à traiter présentaient un intérêt local, dans des diètes régionales. Une puissance politique aussi, car à mesure que les réseaux commerciaux se développaient, la Hanse devenait de plus en plus impérialiste : elle réglementait non seulement les modalités financières des relations commerciales, mais elle décidait qui avait le droit de commercer dans ses ports, qui avait le droit de stocker des marchandises dans ses entrepôts, qui avait le droit d'utiliser ses navires. Les villes qui voulaient profiter de son réseau devaient adopter ses règles et son système financier ; la Hanse veillait jalousement sur ses prérogatives, encadrait de plus en plus le crédit, interdisait d'en faire aux étrangers et refusait même de commercer avec des non-adhérents. Elle interdit aussi aux chantiers navals de Dantzig de construire des bateaux pour des non-hanséates. La prospérité des villes hanséatiques -

Comme les comptoirs affiliés à la Hanse bénéficiaient de privilèges commerciaux et fiscaux conséquents, le commerce hanséatique prit vite une grande importance et apporta la richesse aux villes adhérentes. La prospérité atteignit les villes russes et baltiques ; après Novgorod, Riga, Pernau, Reval et, en 1398, Kaunas en pays lituanien en profitèrent. Au comptoir Peterhof de Novgorod, les commerçants allemands achetaient les fourrures de zibeline, de martre et même d'écureuil qui en hiver, après être passées dans les mains des pelletiers de Bruges ou de Paris, réchauffaient les épaules des dames germaniques. Par la Düna, la Vistule, l'Oder et l'Elbe affluaient les bois précieux et les minerais rares, échangés contre la bière allemande, les vins de France ou du Rhin, les soieries italiennes et les draps flamands, sans oublier le sel français. En effet les moines-chevaliers des ordres germaniques, une fois la conquête de la Livonie et de la Courlande achevée, s'étaient transformés en commerçants avisés qui fournissaient l'Europe en miel, en cire, en céréales, en bois, en lin, en goudron et surtout en ambre, et importaient les ustensiles en métal, les objets de la vie quotidienne, les armes et les caques de harengs. Avec le commerce, l'influence germanique s'étendit à toutes les villes de l'Europe du Nord. On retrouve dans bien des cités la même organisation sociale : le pouvoir est aux mains d'un petit nombre de gros entrepreneurs regroupés dans des guildes, alors que la population n'a aucun droit politique, mais est dispensée d'impôts. L'influence est sensible dans l'unité architecturale des cités hanséatiques : le même type de maison se retrouve dans presque toutes les villes autour de la Baltique, avec des toits en pente forte, à cause de la neige, certes, mais aussi pour abriter dans un grenier-dépôt les marchandises que l'on hissait avec des poulies.

 

les routes commerciales en vigueur dans la ligue hanséatique

 

 

 

Conflits et déclin

Cette réussite et cet enrichissement, avec ses exclusives, ne pouvaient pas ne pas susciter des envies et des rivalités. La Hanse eut à affronter rivaux et ennemis. Contre les Hollandais à qui elle avait concédé un temps le droit de commercer avec la Livonie, elle se défendit en limitant le temps pendant lequel leurs navires pouvaient rester à quai et, plus curieusement, en leur interdisant d'apprendre la langue des autochtones. Certains essayèrent de se maintenir dans la Hanse en épousant de blondes Fraülein, mais cette méthode « héroïque » demeura l'exception ! Sans armée propre, la Hanse préférait à l'affrontement les négociations diplomatiques et, en cas d'échec, le blocus, c'est-à-dire la cessation du commerce avec la ville ou le pays qu'elle voulait frapper. Elle ne disposait pas de trésor commun et devait en cas de conflits lever des taxes spéciales dans les villes sous son obédience – lesquelles, en cas de refus, perdaient leurs privilèges et étaient « mises à l'index ».

La Hanse eut à défendre ses intérêts par la force contre l'Angleterre, la France et la Hollande. Mais l'ennemi le plus dangereux était le Danemark qui détenait les détroits du Sund et du Belt et dominait la Norvège. En 1360, le roi Valdemar IV envahit la Scanie, alliée de la Hanse, et occupa Visby. D'abord battue, la Hanse trouva des alliés en Suède et dans l'Allemagne du Nord ; avec leur aide, elle ravagea Copenhague, détruisit son port et obligea le roi Valdemar à signer la paix de Stralsund en 1370 qui lui accordait également un droit de regard sur le choix du souverain danois. Le triomphe de la Hanse était complet ; elle élabora pendant les hostilités une sorte de constitution – dite de Cologne – qui lui servit de charte jusqu'au XVIe siècle.

Cependant un nouveau conflit avec le Danemark éclata en 1420, qui se termina également par un succès de la Hanse, et le Danemark dut ouvrir ses détroits à la libre circulation. Après la grande prospérité des XIVe et XVe siècles, la Hanse perdit très progressivement son rayonnement, et son pouvoir diminua lentement, moins du reste par un ralentissement des échanges commerciaux que par la montée en puissance des États voisins qui contestaient son hégémonie.

À la fin du XVe siècle, les villes hollandaises se retirèrent de la fédération et devinrent des concurrentes redoutables. Les grandes découvertes, telle celle des Amériques, en suscitant de nouveaux courants commerciaux, déplacèrent les transactions européennes vers l'ouest aux dépens de la Méditerranée et surtout de la Baltique. L'Angleterre, en s'affirmant comme puissance maritime, contribua au déclin de la Hanse ; elle s'offusqua de la domination germanique sur la Baltique et établit une nouvelle route par le nord vers Arkhangelsk, tandis qu'en Russie même le prince de Moscou Ivan III prenait Novgorod et fermait le comptoir de la Hanse. C'est la guerre de Trente Ans (1618-1648) qui ruina la plupart des villes allemandes et qui, ajoutée au déclin de l'ordre Teutonique, mit un terme à cette grande puissance que fut la Hanse et à son commerce dans la Baltique.

 

Source

Suzanne Champennois - Histoire de l'Estonie et Histoire de la Lettonie (Karthala – 1997 et 1999)

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