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Secrets d'officine
Les ouvrages présents dans les officines monastiques et les apothicaireries sont considérés comme des usuels. Aux côtés des grands traités de médecine, de chirurgie et de botanique figurent les antidotaires, premiers ouvrages de thérapeutique, apparus au XIIe siècle.
Véritable thesaurus pharmacologique, aussi bien influencé par la médecine gréco-latine que par la médecine arabe, l'Antidotarium Nicolaï offre une description des médicaments les plus importants, mais l'examen de leur composition demeure réduit laissant médecins et apothicaires libres de présenter leurs propres "recettes". Une liste de simples et plus de cent cinquante formules font de cet antidotaire une référence.
L'usage de l'antidotaire, conçu comme un livre à part entière ou en feuillets ajoutés dans les traités spécialisés de chirurgie ou de médecine, se généralise.
D'un abord plus complexe, les ouvrages de thérapeutique tels que le Canon medicinae d'Avicenne ou les Opera medica de Pseudo-Mésué, rédigés entre le XIe et le XIIIe siècles, sont avant tout des traités de matière médicale. À la pharmacologie (plus de sept cent cinquante plantes décrites par Avicenne) succède une classification précise des médicaments composés qui en fait la base de l'enseignement médical durant tout le Moyen Age.
L'apothicairerie des Hospitaliers de Saint-Antoine se distingue par la présence de remèdes appropriés dans le traitement des deux formes du mal des Ardents et plus largement des maladies dermatologiques et infectieuses. Dans la composition des médecines se trouvent à la fois des substances végétale, minérale et animale. Le premier règne est de toute évidence majoritaire: les simples de Galien, aux sources de la pharmacopée primitive, constituent aussi bien une matière première prélevée dans la nature qu'un médicament à part entière. Dioscorides parle déjà de "matière médicale" dans son traité de référence De materia medica où sont décrits les simples et leurs vertus thérapeutiques.
Fleurs, feuilles, fruits, graines mais aussi racines abondent dans les officines et entrent dans la composition de nombreux remèdes. Ainsi en est-il du baume de Saint-Antoine dont la recette, tenue alors secrète par les Hospitaliers, fait état de feuilles ou de graines de différentes espèces telles que choux, noyer, blette, sureau, tussilage, ortie, sanicle ou rüe. Additionné de graisses animales (mouton et porc), dont Hippocrate vantait déjà les mérites, mais aussi de poix, d'huile d'olive, cet onguent est un antiseptique puissant de par, notamment, la présence de térébenthine et de vert-de-gris.
Bénéficiant d'un statut particulier, le Saint Vinage est bien plus qu'un breuvage thérapeutique. Mis en contact avec les reliques d'Antoine l'Egyptien, il revêt une dimension sacrée. Administré exclusivement aux malades frappés du mal des Ardents à l'issue d'un rituel bien défini (proche de celui de l'incubatio, point d'orgue du pèlerinage) et à une période précise (lors des Fêtes de l'Ascension), le Saint Vinage est de toute évidence perçu comme une "relique représentative", miraculeuse et guérisseuse.
Les végétaux servent aussi à la réalisation d'emplâtres et de robs dont le rôle occlusif est apprécié des chirurgiens dans le traitement des ulcères et des plaies, comme dans celui des rhumatismes liés au phénomène de vascularisation et d'innervation. Ainsi, en 1562, Jean Comeil-Agrippa, chirurgien du prieuré de Rome, confectionne "continuellement de ses propres mains et peines la plupart des onguents et robs, emplâtres et autres choses nécessaires pour la mortification des ulcères et la guérison des plaies ou autres afflictions et accidents survenus aux pauvres malades "qu’on y reçoit... «.
Le règne minéral et le règne animal ne sont pas oubliés: pour traiter les fièvres ou la syphilis, l'usage de terres argileuses, de chaux, de soufre, de mercure, de céruse et de plomb, très toxiques, est fréquent. Le bois et le nerf de cerf proposé en bouillon ou réduits en poudre figurent en bonne place dans les recettes de Claude Allard, religieux de l'Ordre, en 1653.
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